Logement-immobilier

Logement
Des paroles… aux actes

Le 11  mars, le prince Albert, le ministre d’État et le président du conseil national ont dévoilé le très attendu plan pour loger les Monégasques durant les 15 années à venir. Selon les autorités, il s’agit d’« une étape cruciale et d’un effort considérable » qui a été entrepris. D’ici 2033, l’État va construire plus de 1 800 appartements neufs, augmentant ainsi de 43 % le parc domanial.

Va-t-on (enfin) ne plus parler de pénurie de logements ? Va-t-on (enfin) arrêter les querelles interminables de chiffres entre gouvernement et conseil national ? Les enfants du pays vont-ils (enfin) pouvoir se loger en Principauté ? Depuis des années, ces questions sont au cœur de tous les débats… Aussi bien en ville, au conseil national qu’au gouvernement. Chacun avançant ses propres chiffres. Chacun avançant, aussi, sa vision plus ou moins alarmiste des choses… Le plan logement annoncé le 11 mars par le prince Albert, le ministre d’État et le président du conseil national devrait — a priori — calmer les esprits. Et peut-être rassurer les Monégasques et (à plus long terme) les enfants du pays en quête — parfois désespérée — d’un appartement.

« Grave manquement »

Selon les trois hommes réunis pour la première fois dans une conférence de presse commune, ce plan — conçu selon les propos du souverain « à l’écart de toute polémique et dans un esprit constructif » — constitue une « étape cruciale » et « historique ». « Un moment fort de la vie politique publique. » « Depuis mon accession au trône, le logement des Monégasques représente pour moi, une priorité absolue. Nous savons parfaitement que les tensions dans ce secteur sont particulièrement sensibles », a indiqué en préambule le prince Albert. Même tonalité pour Stéphane Valeri qui avait fait du logement des nationaux, un pilier de sa campagne électorale. Pour le président du conseil national, le constat est limpide : la situation du logement des Monégasques était « très tendue » et justifiait donc « pleinement ce caractère d’urgence. » Selon lui, la précédente mandature n’a clairement pas fait le job, ni suffisamment alerté le gouvernement sur la pénurie qui gagnait du terrain… Résultat : en raison de ce « grave manquement », et en raison du délai « d’environ 3 à 5 ans » entre une décision et la livraison d’un nouvel immeuble, « les années 2019, 2020 et 2021, ne verront l’attribution possible que de quelques dizaines d’appartements neufs », a-t-il déploré.

122 appartements neufs par an

Que contient alors ce plan logement décliné en trois phases, et préparé de façon express, en seulement quatre mois ? En substance, il prévoit des constructions d’immeubles domaniaux tous azimuts : à la fois des petites et grandes opérations immobilières, mais aussi une reconstruction « de la ville sur la ville ». Comment ? Avec des démolitions-reconstructions de plusieurs immeubles vieillissants. Et ce dès 2020, avec le Bel air et l’Herculis au Jardin exotique (voir article par ailleurs). Au compteur : 1 831 appartements domaniaux neufs seront construit en 15 ans dont un solde net de 1 363 appartements. En moyenne, cela représente 122 appartements neufs livrés par an. « Plus de 100 logements par an, cela correspond parfaitement aux besoins que nous avions estimés. C’est le chiffre que nous avons toujours défendu au conseil national », a précisé Stéphane Valeri. D’ici 2033, le parc domanial va donc considérablement s’étoffer, passant précisément de 3 185 logements aujourd’hui à 4 548. « La capacité d’accueil du parc domanial va s’accroitre de 43 % sur les 15 prochaines années, s’est réjoui le prince Albert. Cette augmentation permettra d’accueillir plus des trois quarts des foyers monégasques, contre moins des deux tiers à ce jour. »

Un « phénomène d’exclusion » des Monégasques

Pourquoi les autorités ont-elles alors décidé d’élaborer ce plan sur les 15 ans à venir ? En raison de deux constats majeurs. Démographique d’abord : le nombre de Monégasques va en effet considérablement augmenter dans les prochaines années. D’après l’IMSEE (Institut monégasque de la statistique et des études économiques), en 2033, il y aura environ 10 770 Monégasques, contre 9 300 aujourd’hui. « La démographie est une science assez exacte. Il y a un accroissement naturel de cette population que l’on sait anticiper », a expliqué le ministre d’État, Serge Telle. Une population qu’il faudra donc loger… Autre constat qui a poussé les autorités à multiplier les chantiers : l’augmentation du prix des loyers dans le secteur privé, que l’on peut imaginer de plus en plus forte au fil des années. En effet, ces tarifs deviennent à tel point prohibitifs que les Monégasques — même les plus privilégiés — ne peuvent, ou ne pourront plus, y vivre. Ils font, et feront donc à l’avenir, de plus en plus de demandes de logements dans le domanial. « On constate en effet un phénomène d’exclusion des Monégasques dans le secteur privé, a souligné le ministre d’État. Les nationaux qui sont actuellement locataires dans le privé, y compris avec les aides de l’État, ont de plus en plus de difficultés à y rester ».

25 % de Monégasques ne font pas de demande

Pour élaborer ce plan, d’autres données ont été prises en compte. Selon les autorités, il n’est pas nécessaire de loger 100 % des Monégasques dans les domaniaux. « Nous sommes partis sur une hypothèse de base de 75 %, a en effet souligné le ministre d’État. Nous estimons en effet que 25 % de Monégasques ne feront pas, a priori, de demandes de logement domanial. » Pourquoi ce constat ? Car parmi eux, 5 % n’habitent tout simplement pas sur le territoire national. « Statistiquement, le nombre de Monégasques habitant à l’étranger est le même depuis 50 ans. On peut donc considérer que c’est une constante », a détaillé le ministre d’État. Les autorités ont également “écarté” de leur calcul les Monégasques, propriétaires, « voire très grands propriétaires » d’un certain nombre d’immeubles ou d’appartements en Principauté. Gouvernement, palais et conseil national ont en effet estimé que ces derniers ne feront pas, a priori, de demandes d’appartements domaniaux. « Ces propriétaires sont même exclus de la possibilité de faire une demande de logement domanial, a d’ailleurs précisé le président du conseil national, Stéphane Valeri. Si vous possédez un appartement à Monaco conforme à vos besoins, vous ne pouvez pas demander un appartement à l’État. Aujourd’hui, on estime qu’environ 12 % de Monégasques sont propriétaires à Monaco. »

Quel coût pour l’Etat ?

Reste à savoir combien ce plan logement coûtera à l’État ? Pour l’élaborer, le prince avait en tout cas donné une directive claire à ce sujet au gouvernement : privilégier de grandes opérations sur des sites appartenant à l’État, « en cherchant à maintenir une mixité sociale, un secteur privé dynamique et des finances publiques équilibrées ». « La demande du souverain était de ne pas aller chercher des opérations très chères, a indiqué Serge Telle. L’État est propriétaire des différentes parcelles où ce plan logement va se déployer. Cela nous coûte évidemment beaucoup moins cher que si nous devions acheter pour 50, 60, ou 100 millions d’euros une propriété privée que nous devons démolir pour ensuite construire un immeuble. » Ce plan est donc selon le gouvernement le « plus réaliste et réalisable, à un moindre coût. » Selon les chiffres officiels, le coût de ce plan est fondé sur une fourchette allant de 800 000 à 1 million d’euros par appartement. Le budget de l’État supportera ainsi 100 à 110 millions d’investissement par an pendant 15 ans pour que ce plan soit réalisé.

Sabrina Bonarrigo