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Ligne n° 100
Le pari des bus XXL

Article publié dans L’Obs’ n°134 (juillet-août 2014) :

POLITIQUE/Depuis le 1er juillet, la ligne de bus n° 100 Nice-Menton qui dessert Monaco fonctionne avec des bus de 180 places. Pendant que Monaco finance et teste une ligne 101 entre Cap d’Ail et Roquebrune-Cap-Martin. Objectif : faire face à une fréquentation qui explose.

« Depuis 2006, on a essayé beaucoup de choses. » C’est Yvette Lartigau qui parle. La directrice des transports et des déplacements au conseil général des Alpes-Maritimes avance une explication majeure à la hausse continue du nombre d’usagers sur la ligne de bus n° 100 Nice-Menton, qui dessert quotidiennement la principauté : le passage du prix du ticket de 1,30 à 1 euro. « Le trafic a commencé à augmenter sans que l’on ait beaucoup de solutions possibles. »

 

Pics

Le nombre de passagers transportés est passé de 3,3 millions en 2009 à 3,6 millions aujourd’hui. Mais ce qui a le plus évolué, ce sont les pics de passagers sur une journée. Des pics qui sont passés de 10 000 voyageurs par jour à 15 000. « J’ai toujours entendu dire que la ligne 100 était la ligne interurbaine la plus fréquentée de France », souffle Yvette Lartigau.

Résultat, des bus surchargés, avec des usagers obligés de voyager debout matin et soir pendant plus d’une heure. Mais aussi des bousculades pour parvenir à entrer dans les bus. « On frôle même parfois des débuts de bagarre… », soupire un chauffeur de cette ligne, résigné. Autre problème : les bus qui affichent complet au départ de Nice, de Monaco ou de Menton et qui, du coup, ne desservent plus les arrêts suivants.

 

Timide

La première réaction du conseil général remonte à 2010. A l’époque, des autobus sont autorisés à circuler, plutôt que des autocars. Avantage des autobus : ils offrent plus d’espace debout. « On a gagné 30 à 35 % de places supplémentaires », indique la directrice des transports et des déplacements. En effet, un autobus dispose d’une soixantaine de places debout, contre une vingtaine pour un autocar. Une timide amélioration est constatée.

 

Bondés

Alors, pendant l’été 2011, des bus articulés, prêtés par la métropole de Nice, sont testés. Selon les heures, un bus sur deux ou un bus sur trois est un bus articulé. Théoriquement un bus articulé offre 180 places, contre 100 places pour un autobus classique. « Même si on ne met jamais 180 personnes dans un bus articulé, on estime que l’augmentation de capacité est tout de même de 80 % », glisse Yvette Lartigau. Ces tests sont reconduits pendant l’été 2012 et l’été 2013. Problème : avec l’afflux irrégulier de croisiéristes, difficile de répartir la charge de voyageurs entre les autobus et les bus articulés. Du coup, certains bus sont bondés et laissent encore trop de voyageurs sur le carreau.

 

Multinationale

En 2012, le conseil général rediscute la délégation de service public (DSP) pour la gestion jusqu’en 2020 de cette ligne de bus n° 100, qui est sous-traitée à un prestataire extérieur. C’est Transdev qui décroche ce marché et qui est donc chargé de mettre les bus à disposition. Cette multinationale propose d’utiliser toute l’année uniquement des bus articulés sur la ligne 100. Le temps de commander 15 bus, cette volonté est devenue réalité depuis le 1er juillet. Treize bus articulés circulent désormais entre Nice et Menton, avec une fréquence de 15 minutes entre 6h du matin et 20h30 environ. Les deux bus restants sont conservés en réserve.

« Résultat, on dispose en semaine de 50 % de places supplémentaires offertes par rapport à avant. Le week-end on est à au moins 60 % de capacité en plus. Même si la fréquence des bus a baissé de 10 ou 12 %, comme la capacité est en moyenne supérieure de 80 %, cela a largement compensé », estime la directrice des transports du conseil général des Alpes-Maritimes.

 

« Déficitaire »

« Cette première année d’exploitation servira à se caler. Ensuite, on affinera pour décider de ce qui est fait l’hiver et l’été. Car la fréquentation de cette ligne est très liée à la météo », soupire Yvette Lartigau. Mais lorsqu’on demande le budget de fonctionnement de la ligne 100, difficile d’obtenir des chiffres précis. « On ne donne jamais le budget, ni le coût de ces services. Parce qu’il s’agit de prix négociés avec les délégataires. » On insiste un peu. « Ce qu’on peut dire, c’est que sur un réseau départemental, les recettes liées au trafic couvrent en général 30 % des dépenses. Comme la ligne 100 est très fréquentée, on monte à 50 % de dépenses couvertes par les recettes. Il n’y a pas de ligne rentable. Mais cette ligne 100 est moins déficitaire que les autres, grâce au volume de voyageurs qu’elle transporte », consent à ajouter la directrice des transports.

 

Touristes

Le maire UMP de Cap d’Ail et conseiller général, Xavier Beck, est un peu plus précis : « Le conseil général verse chaque année environ 2 millions d’euros, uniquement pour la ligne 100, pour compenser les pertes enregistrées par le délégataire. » Il faut dire qu’en heure creuse, la ligne 100 transporte beaucoup de touristes qui paient 1,50 euro le ticket. Ce qui est beaucoup plus rentable que les tarifs préférentiels accordés aux abonnés. Reste à voir si ces bus de taille XXL résoudront vraiment les problèmes de transports rencontrés une partie de l’année par les salariés qui viennent quotidiennement travailler à Monaco.

 

« Croisiéristes »

Au conseil général, on est prudent car on s’inquiète notamment de « l’afflux de croisiéristes, qui sont de plus en plus nombreux. » Mais pas seulement. Dès que la SNCF est défaillante, les bus sont pris d’assaut. Même chose lorsque la météo se dégrade. Une solution consisterait à faire passer la fréquence de passage d’un bus toutes les 15 minutes, à un bus toutes les 10 minutes. « Cela générerait un surcoût de 1 million d’euros par an, explique Xavier Beck. Ce qui supposerait donc une participation financière de Monaco. Car, jusqu’à ce jour, la principauté ne participait absolument pas au financement de la ligne de bus n° 100. » Depuis le 1er juillet, Monaco finance un test avec la ligne de bus 101, qui relie Saint-Laurent-d’Eze à Carnolès (voir l’interview du conseiller pour l’équipement Marie-Pierre Gramaglia par ailleurs). Si les retours sont positifs, cette ligne 101 pourrait devenir permanente.

 

« Substituer le bus à la voiture »

POLITIQUE/Pourquoi le gouvernement teste la ligne de bus 101 ? Les réponses du conseiller pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia.

Monaco participe au financement de la ligne de bus n° 100 qui dessert quotidiennement la principauté ?

En 2008, l’Etat monégasque a investi 50 millions d’euros dans des rames de TER qui ont permis de renforcer la desserte de la gare de Monaco au quart d’heure, particulièrement aux heures de pointe du matin et de fin de journée. Concernant le financement de lignes de bus, les efforts de l’Etat portent sur les lignes de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM). Nous participons également à hauteur de 170 000 euros par an au financement de lignes de la Communauté d’Agglomération de la Riviera Française (CARF). Notamment la ligne 18, qui relie Menton à Monaco via Roquebrune et Beausoleil.

 

Pourquoi Monaco teste une ligne de bus 101 ?

En partenariat avec le conseil général des Alpes-Maritimes, l’action du gouvernement porte sur le lancement de la ligne de bus 101 qui depuis le 7 juillet dessert tous les arrêts de la ligne 100 entre le parking de Saint-Laurent d’Eze et Carnoles Pont de l’Union via Cap d’Ail, Monaco et Roquebrune Cap Martin, aux heures de pointe du matin et de fin d’après-midi.

 

L’objectif de cette ligne 101 ?

Cette nouvelle ligne a été créée plus particulièrement pour les salariés de la principauté qui résident dans ces communes, afin de leur permettre de substituer le bus à leur voiture ou leur deux roues, pour venir travailler le matin à Monaco et rentrer chez eux en fin de journée. La ligne 100 reliant Nice à Menton via Monaco étant particulièrement chargée aux heures de pointe et ces bus en approche de la principauté affichant bien souvent complet, il nous a paru intéressant de proposer la création de la ligne 101.

 

Le budget de cette ligne 101 ?

L’Etat prend en charge l’ensemble des coûts estimés à environ 570 000 euros par an, auxquels il conviendra de retrancher les recettes générées par les utilisateurs. A l’issue de l’analyse complète des résultats nous définirons avec le conseil général les conditions ou pas d’une mise en service permanente.

 

Lors des jours fériés en France, mais pas à Monaco, les bus 100 sont insuffisants : Monaco serait prêt à assumer le surcoût de 1 million d’euros pour assurer un service normal ?

La ligne 100 relève de la compétence du conseil général. Concernant la période de test de la ligne 101, le service sera proposé du lundi au vendredi, sauf jours fériés monégasques et ceux communs à la France et à la principauté.