L’esprit de Rio en panne

L’absence d’Obama et d’autres chefs d’Etats influents avait fait craindre un fiasco programmé. La conférence onusienne sur le développement durable Rio+20 s’est soldée par une grande déception.

«Un proverbe brésilien nous rappelle que « la bonne volonté raccourcit le chemin ». Au-delà de la volonté, il nous faut du courage. » Lors de la session plénière de la conférence Rio+20, le prince Albert avait exhorté les dirigeants de la planète à se donner les moyens pour construire « l’avenir que nous voulons ». Mais visiblement, vingt ans après le premier Sommet de la terre de 1992, l’esprit de Rio a pris du plomb dans l’aile. Les représentants de 188 pays de l’ONU se sont bornés, dans un accord final d’une soixantaine de pages, sans objectif contraignant, à « promouvoir une économie verte, épargnant les ressources naturelles de la planète et éradiquant la pauvreté ». Pessimiste avant de se rendre à Rio, Albert II a finalement résumé la situation dans son allocution : « Le monde, dans sa course effrénée à la croissance, repousse les questions environnementales, renforçant l’illusion que l’économie et l’environnement sont dissociables, voire incompatibles. » Depuis 1992, les défis auxquels l’humanité doit faire face « n’ont pas été relevés ». Pourtant, comment faire l’impasse aujourd’hui sur « la surexploitation des ressources naturelles, les pollutions, les changements climatiques, l’érosion et la désertification des Terres, les réfugiés environnementaux, les inégalités croissantes et la dégradation de nos mers et de nos océans », listés par le chef d’Etat monégasque ? Ce dernier stigmatisant au passage, comme son père 20 ans auparavant, « la négligence, au pire l’hypocrisie dans la mise en œuvre des textes internationaux en matière d’environnement ».

Pas de financement
La réforme du droit environnemental que le prince Albert II a appelé de ses vœux n’a pas été entérinée au Brésil. Dans le document final intitulé L’avenir que nous voulons, les chefs d’État et de gouvernement préconisent certes la mise en place d’un « mécanisme intergouvernemental transparent et participatif ». Mais personne ne sait quand prendra forme concrètement ce renforcement du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). « C’est un sommet en demi-teinte. Comme l’a dit le président français François Hollande, les résultats sont en-dessous de nos responsabilités et de nos attentes », lâche l’ambassadeur de France à Monaco Hugues Moret, qui estime néanmoins que « Rio+20 a le mérite d’avoir abouti à un consensus entre 193 Etats et à une feuille de route porteuse d’avenir ». Comme rien n’est jamais entièrement noir, les Etats ont tout de même réussi à se mettre d’accord sur un certain nombre d’objectifs de développement durable d’ici 2015. Le PNUE devrait également intégrer dans sa gouvernance des acteurs de la société civile et des collectivités locales.

Une taxe pour le développement
Quant à la mise en place d’un nouveau modèle économique souhaitée par le prince, elle a par contre été mise de côté. Relayée à une déclaration de principe. Prôner une « économie verte » ne suffit pas pour une population mondiale promise à passer de sept milliards à 9,5 milliards en 2050. Il aurait fallu chiffrer les engagements étatiques et mettre en place un calendrier. Or si les pays en développement avaient proposé la création d’un fonds de 30 milliards de dollars, le financement des mesures vertes est resté lettre morte. « Je regrette que la proposition d’instaurer des financements innovants n’ait pas trouvé de traduction concrète », a d’ailleurs déclaré le président français François Hollande, qui a relancé la fameuse taxe Tobin. « La France reste donc déterminée à instituer avec les Etats qui le voudront, une taxe sur les transactions financières. » Selon l’ambassadeur Hugues Moret, « la France poursuivra son initiative dans d’autres enceintes, notamment dans le cadre de l’Union européenne, pour créer une taxe destinée à financer à la croissance et le développement durable. Le sujet a été évoqué à Rome entre le Président de la République, la Chancelière Merkel et les premiers ministres italien et espagnol et les débats se poursuivront au Conseil européen ». Car comme le rappelle le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, « le travail commence maintenant ». Avec un objectif : éviter à « nos enfants et petits-enfants (de) convoquer un Rio+40 ou un Rio+60».