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Les sombres dessous de Monaco

FAITS DIVERS/L’Obs’ s’est plongé dans l’histoire criminelle de la principauté. La rédaction vous relate ces faits divers et affaires qui ont assombri Monaco.

 

L’ex-directeur de la sûreté tué par l’hélice de son bateau

 

Le 23 juin 2013, André Muhlberger, directeur de la sûreté publique de Monaco de septembre 2006 à octobre 2012 meurt, broyé par l’hélice du Joÿka, un Mangousta 72 dans la baie de la Mala à Cap d’Ail. Avec des amis et sa compagne, il vient de passer la journée sur le navire de 22 mètres battant pavillon maltais, et après avoir rejoint la plage à la nage avec ses amis, ses derniers rejoignent le Joÿka avec une embarcation prêtée par un commerce de la Mala. André Muhlberger préfère faire les 300 mètres qui le séparent du bateau à la nage. C’est alors que survient le drame, les jambes attrapées par l’hélice du bateau, il est grièvement blessé au visage et au torse. Conscient lorsqu’il est remonté à bord, les très nombreux secours dépêchés sur place n’ont rien pu faire pour le réanimer. L’enquête à l’époque confiée au parquet de Nice avait conclu à un accident. _S.N.

 

Hobbs-Melville : 15 ans d’instruction

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La plus grande escroquerie des annales de Monaco. C’est souvent ainsi qu’est qualifié le scandale financier Hobbs-Melville. 450 victimes du monde entier. 170 millions d’euros de préjudice. De l’argent évaporé. L’arnaque débute en 1993 quand William Fogwell crée Hobbs-Melville, une activité de gestion de portefeuilles. Le siège social est à Beausoleil. Un bureau « de représentation » est installé à Monaco. Avec sa fille, Shelley Fogwell, ils promettent à leurs clients de 30 à 50 % de rendements. Fogwell vit grand train, possède des chalets en Suisse, des chevaux d’équipes de polo, invite ses clients sur un yacht pendant le Grand Prix où le champagne coule à flot… C’est un homme difficile à saisir à tel point qu’on l’accuse tour à tour d’être un blanchisseur de la criminalité russe puis de travailler pour la CIA ! En 1999, l’administration lui refuse l’agrément obligatoire pour la gestion de portefeuilles et les activités boursières à Monaco. Fogwell décale son bureau monégasque de quelques mètres pour l’installer à Beausoleil. Mais en 2000, un ex-courtier dépose plainte pour abus de confiance lorsqu’on lui répond qu’il est impossible de recouvrir les 18 millions d’euros investis par une cinquantaine de ses clients italiens. Les Fogwell ont mis en place un système de cavalerie : les investissements des nouveaux clients permettent de couvrir ceux des précédents… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de liquidités. Les fonds étaient remis à Hobbs-Melville en cash dans la principauté ou virés en Suisse sur des comptes omnibus, argent transféré sur d’autres comptes à Curaçao, Londres, Chicago… William Fogwell a toujours assuré que l’argent avait disparu dans un krach financier en 1998. Après une longue instruction, un report, le procès en 2006 puis l’appel en 2007 condamnent le père et la fille : 5 ans de prison et 500 000 euros pour lui, 4,5 ans de prison et 300 000 euros d’amende pour elle. Deux des commerciaux de Hobbs-Melville sont condamnés à 18 mois de prison et 50 000 euros d’amende. Le troisième prévenu est relaxé. Mais l’affaire n’était pas terminée, car tout au long de l’instruction et des procès, l’un des avocats des parties civiles, Me Yann Lajoux, met en cause la responsabilité des services de l’état qui n’ont pas vérifié la situation du bureau Hobbs-Melville. Après un premier non-lieu, la procédure au civil condamne finalement en février 2015 l’Etat monégasque à verser 330 000 euros d’indemnisation à 8 victimes des Fogwell. _S.N.

 

Le violeur du Legend

C’est une histoire sordide, où la parole de la victime est remise en cause par le violeur, pourtant reconnu coupable par la justice monégasque en mai 2007. L’agression a lieu deux ans plus tôt le 22 octobre 2005. Une jeune femme de 18 ans est sortie en boite de nuit avec deux amies. Elle boit beaucoup, flirte sur la piste de danse avec un jeune homme de 4 ans son ainé. Une amie de la jeune femme intervient même, inquiète pour elle, consciente de son alcoolisation excessive. Une altercation éclate entre l’amie et le jeune homme… Puis tout le monde se sépare. Jusqu’à ce que la jeune majeure aille aux toilettes. Suivie par le garçon, il la pousse dans un WC, baisse ses vêtements et la pénètre alors qu’elle le supplie d’arrêter. Il ne se serait interrompu qu’à cause des coups donnés contre la porte par d’autres personnes. Lui maintient devant le tribunal que la jeune femme était consentante, mais les juges ne l’ont pas cru, le condamnant à 5 ans de prison et à 20 000 euros de dommages et intérêts. _S.N.

 

Il se poignarde au tribunal

Il a enfoncé la lame d’un couteau de cuisine dans son flanc droit. En pleine cour d’appel. L’ex-restaurateur de la Moule d’Or venait d’être débouté de son affaire en justice le 8 janvier 2013. Il avait assigné la banque Barclay’s à laquelle il imputait ses échecs et sa situation financière délicate. Malgré une importante blessure à l’abdomen, l’homme a pu être soigné. Depuis, le tribunal s’est muni d’un portique de sécurité… _S.N.

 

Les bijouteries cibles des braqueurs

Braquage-Bijouterie-Zegg-et-cerlati--mai-2008-Estoniens

Un braquage, en plein jour, sur la place du Casino. Le vol à main armée de la bijouterie Cartier du 25 mars 2017 restera dans les annales de la criminalité monégasque. Les hommes sont liés à un réseau venu de Vallauris. Quelques mois plus tôt, le 22 décembre 2016, un autre braquage à main armée avait saisi la bijouterie Graff Diamonds, située dans le Casino de Monte-Carlo où l’une des employées avait été prise en otage quelques instants avant que le malfrat ne soit très vite arrêté. Quelques années plus tôt, une autre attaque avait marqué Monaco. Le mode opératoire employé avait prouvé son efficacité à travers l’Europe. Le Gang des Estoniens sévissait vers la fin des années 2000. En mai 2008, ce sont trois de ses membres qui font irruption dans la joaillerie et horlogerie de luxe de l’avenue de la Costa, Zegg & Cerlati. Ils sont armés et braquent un pistolet sur les quatre employés présents. A l’aide de marteaux de bricolage, ils brisent 5 des 9 vitrines et s’emparent de 28 montres d’une valeur de 73 045,23 euros. Mais les hommes commettent des erreurs. L’un d’eux se blesse avec le verre brisé et laisse des traces de sang, ils abandonnent aussi des vêtements dans les ruelles adjacentes et agissent à visage découvert. Durant le procès les 16 et 17 mars 2015, où deux des trois hommes comparaissent — le troisième est incarcéré en Angleterre —, il laissent entendre qu’ils seraient victimes d’un réseau et n’auraient pas eu le choix de commettre ce braquage… mais aussi d’autres, puisque les prévenus ont pour l’un commis un braquage en Italie, pour l’autre en Angleterre. Des explications qui n’ont pas convaincu le tribunal qui les condamne à 6 ans de prison ferme. _S.N.

 

Un octogénaire massacré à coup de pieds de tabouret

 

Coup de folie ou vengeance ? L’auteur du meurtre de Roger Lardy, 86 ans, n’a jamais donné de motifs à son geste. Ou plutôt ses gestes. Le 27 février 2006, il frappe à 25 reprises l’octogénaire avec le pied d’un tabouret. Le corps de Roger Lardy, baignant dans son sang, n’est trouvé que 3 jours plus tard dans son appartement du palais Armida. En chien de fusil, les pieds coincés entre le matelas et le sommier, le nez fracturé, le corps est recouvert d’un tapis. « De mémoire d’avocat, c’est le crime le plus odieux jamais commis en principauté », déclare lors du procès en décembre 2008 Joëlle Pastor-Bersa, l’avocate des parties civiles. L’auteur des coups est un ancien employé de la Société des bains de mer, âgé de 65 ans à l’époque, italien, originaire de Naples. Il n’a rencontré que quelques jours plus tôt Roger Lardy. Criblé de dettes, l’homme est un joueur et emprunte pour les rembourser. Pourtant, il explique au tribunal qu’une querelle a éclaté avec l’octogénaire qui l’a poussé et frappé, parce qu’il ne lui avait pas amené de « dame ». L’affaire ne dit pas de quel genre de dame il s’agissait mais la réaction du sexagénaire est extrêmement violente. Après deux ans de réclusion provisoire, le tribunal de Monaco l’a condamné à 15 ans de prison et à 25 000 euros de dommages et intérêts. _S.N.

 

 

 

 

 

 

écrit par Sophie Noachovitch