Pierre-Delval-Fondation-Waito

« Les scandales sanitaires sont permanents »

ASSOCIATIONCréée en décembre 2010, la fondation Waito, une ONG internationale basée en Suisse, a inauguré une antenne monégasque en juillet dernier. Objectif : lutter contre les trafics de produits alimentaires et médicamenteux contrefaits.

La contrefaçon de produits alimentaires, de médicaments ou encore de produits cosmétiques est un fléau qui ne cesse de se développer et de provoquer des ravages sanitaires sur les consommateurs. Des commerces illicites aux mains d’organisations mafieuses que la fondation Waito, créée en décembre 2010, a décidé de combattre. Objectifs affichés par cette ONG : sensibiliser les Etats sur les dangers de ces produits frelatés et sur la nécessité de renforcer l’arsenal répressif.

« Décès »

« On n’en parle pas forcément, mais les scandales sanitaires sont perpétuels. Les décès par absorption de produits alimentaires contrefaits, il y a en permanence. Que ce soit en Europe de l’est, en Russie, en Ukraine, en Biélorussie ou dans les pays du Moyen-Orient ou en Asie, explique Pierre Delval, criminologue et président de Waito. En Afrique de l’ouest par exemple, on recense 200 000 décès par an uniquement liés à l’utilisation de médicaments contrefaits utilisés pour la lutte contre la malaria. Sans parler des effets secondaires graves liés à la prise de ces médicaments. » Des organisations criminelles qui, selon la fondation, accèdent à des chiffres d’affaires comparables aux capitaux générés par le trafic de drogue. Aux alentours de 300 milliards de dollars par an. « Ces produits contrefaits ne sont plus fabriqués de manière artisanale. Il s’agit en fait d’une véritable industrie de masse. Ce qui fait la différence en terme de prix c’est la main d’œuvre, notamment en Chine, et l’absence de coûts liés aux contrôles qualité et sécurité, qui ne sont évidemment pas effectués », précise Delval.

 

Pénal

Autre facteur qui dope ces trafics : la crise économique. Car plus la pauvreté augmente, plus les individus cherchent des produits à moindre coût pour survivre. Quant à l’arsenal répressif, il est insuffisant. Et pas suffisamment dissuasif. « Les condamnations se font aujourd’hui essentiellement sur la base du droit de la propriété intellectuelle. Ces organisations mafieuses ont donc tout intérêt à poursuivre leurs commerces illicites car les bénéfices sont énormes et les risques de condamnation minimes », résume Delval. Voilà pourquoi la fondation Waito milite pour que ces trafics soient désormais condamnés de manière pénale. « Les Etats doivent rétablir leur autorité régalienne. Ils ne faut pas qu’ils laissent la toute capacité aux titulaires de droit, c’est-à-dire aux marques ou aux détenteurs de brevets, de décider ou non s’il doit y avoir poursuite sur ces contrefaçons. Il faut que les pays prennent conscience qu’il existe d’autres arsenaux juridiques, notamment en matière pénale, pour protéger les populations. C’est tout le travail de la fondation », ajoute son président.

 

Empoisonnement

D’ailleurs, ces règles pénales existent déjà dans la quasi totalité des pays. Sauf qu’elles ne sont pas forcément associées à la contrefaçon. Exemple : tromperie aggravée, empoisonnement ou encore nuisance à la vie d’autrui. De son côté, l’antenne monégasque, lancée en juillet dernier, composée notamment de l’élu Union des Monégasques (UDM) Bernard Marquet, aura pour mission spécifique de lutter contre la criminalisation de l’environnement. Exemple concret de ce type de criminalité : suite à la catastrophe de Fukushima, la mafia japonaise, les Yakuza, a récupéré les matériaux contaminés, notamment plastiques, pour les revendre à des industries chinoises qui fabriqueront à leur tour… des jouets.

_Sabrina Bonarrigo