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Les jeunes face au tabagisme

SANTÉ — Le 13 mars, lors de la 7ème édition du congrès Monaco Age Oncologie (MAO), 200 lycéens monégasques ont été sensibilisés au danger du tabagisme (1). Quels sont les risques d’une consommation régulière pour cette jeune population ? La cigarette électronique est-elle une alternative sans incidence pour leur santé ? —

 

 

Pour attirer de nouveaux clients, l’industrie du tabac dépense chaque année des dizaines de milliards de dollars… Une des cibles privilégiées ? Les jeunes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la plupart des consommateurs de tabac commencent avant l’âge de 18 ans. Et près du quart d’entre eux… avant 10 ans. L’éducation nationale monégasque a donc souhaité sensibiliser les lycéens de la Principauté au danger du tabac à travers une conférence animée par plusieurs spécialistes. Le docteur Sébastien Couraud, exerçant au centre hospitalier Lyon Sud, a introduit son exposé avec des chiffres sans équivoques (2). Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), 59 % des jeunes disent avoir expérimenté la cigarette. La répartition est de 60 % chez les jeunes femmes et 58 % chez les jeunes hommes. Le tabagisme quotidien touche 25 % de cette population. Quant au tabagisme régulier — supérieur à un mois — il concerne 34 % des jeunes : 35 % des hommes et 33 % des femmes. « Malheureusement, certains des élèves ont l’habitude de fumer régulièrement car c’est un phénomène de mode. Ils ont l’impression que c’est fun de fumer. Il arrive aussi qu’ils agissent par mimétisme vis-à-vis de leurs parents », a déploré Isabelle Bonnal, la directrice de l’éducation nationale à Monaco.

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Dépendances physique et comportementale

Aussi, le Dr Sébastien Couraud a indiqué que le tabagisme est un puissant inducteur de dépendances physique et comportementale. Cela se manifeste par des pulsions fortes à fumer. Une dépendance physique s’instaure avec pour conséquences des palpitations, l’élévation de la tension artérielle, l’irritabilité, le stress, l’agitation et l’anxiété. D’autres phénomènes se produisent comme des perturbations du sommeil, des troubles de la concentration, l’augmentation de l’appétit, la prise de poids voire la constipation. En outre, la cigarette entraîne une dépendance psychologique et donne l’illusion de procurer du plaisir, de la détente et une stimulation intellectuelle. Les fumeurs considèrent également que la cigarette est un anxiolytique, un antidépresseur et un coupe-faim. Sébastien Couraud a poursuivi les échanges avec les élèves en abordant également la dépendance comportementale. La pression sociale et une certaine forme de convivialité incitent l’usager à ne pas s’arrêter de fumer. Il existe des associations réflexes comme par exemple le café et la cigarette, les pauses cigarettes du matin et d’après repas.

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« Vapoter n’est pas sans risque »

Face au tabagisme, des alternatives existent comme l’e-cigarette. Elle aide certains fumeurs à sortir progressivement de leurs addictions. Pourtant, son usage comme palliatif de la cigarette suscite des débats. L’impact d’une utilisation prolongée de la cigarette électronique est en effet mal connu à ce jour. Aussi, le Dr Sébastien Couraud a spécifié que vapoter n’était pas sans risque. Certaines cigarettes électroniques contiennent en effet des composants similaires à la cigarette classique. La cigarette électronique est composée d’un tiers de glycérol (ou propylène glycol), un tiers de plusieurs niveaux de concentrations de nicotine et d’un tiers de parfum (7 764 arômes). De plus, les fragilités psychologiques (dépression, anxiété et troubles émotifs) doublent chez les vapoteurs comparées aux abstinents. Cette observation a été révélée lors du 68ème Congrès de l’American College of Cardiology (ACC), en mars 2019. Enfin, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le tabagisme passif est également un problème important chez les jeunes. Au niveau mondial, 40 % des enfants âgés de moins de 14 ans ont déjà été exposés à la fumée secondaire. Environ 28 % des 600 000 décès annuels liés au tabagisme passif concernent des jeunes.

Pascallel Piacka

(1) Conférence au Sea club de l’hôtel Méridien

(2) Sébastien Couraud exerce au service de pneumologie aigue spécialisée et cancérologie thoracique à l’institut de cancérologie des hospices civils de Lyon — CH Lyon Sud.

 

LYCÉENS

Consommation quotidienne : près d’un lycéen sur quatre à Monaco

Quel est le niveau de consommation des 1 400 élèves de Seconde, Première et Terminal scolarisés à Monaco ? Selon les résultats d’une enquête européenne (European school project on alcohol and other drugs) révélés en 2017 (enquête menée toutefois en mars 2015), les jeunes de la principauté sont bien sûr concernés par les problèmes de tabagisme. En 2015, la consommation quotidienne, c’est-à-dire au moins une cigarette par jour, concernait près d’un lycéen sur 4 à Monaco. 23 % d’entre eux (contre 31 % en 2011) se disaient fumeurs réguliers. Selon les jeunes interrogés, les cigarettes étaient toutefois de plus en plus difficile d’accès : en 2015, environ 71 % des jeunes estimaient qu’il était facile de s’en procurer, contre 81 % en 2007. S.B.

 

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ETUDE

Régime Dukan : 80 % des personnes ont repris leur poids initial

L’obésité est devenue une véritable épidémie mondiale. Les statistiques énumérées durant la conférence MAO sont éloquentes : aux États-Unis, 33,8 % de la population américaine adulte peut être considérée comme souffrant d’obésité. Il s’agirait de la deuxième cause de mortalité annuelle dans ce pays, avec plus de 300 000 décès (le tabagisme est au 1er rang avec plus de 400 000 morts par an). D’autres pays sont également très exposés : 24,5 % pour le Royaume-Uni, 16 % pour l’Allemagne, 11,5 % pour la France et 10 % pour l’Italie. Le professeur Gilles Freyer (1) , président du Monaco Age Oncologie a également rappelé les conclusions de l’étude du CCM Benchmark (2011). Ce dernier a indiqué que 80 % des personnes ayant fait un régime Dukan ont repris leur poids initial au bout de quatre ans. Il en résulte que 60 % des interviewés s’estiment responsables de cette reprise de poids. 37 % des interrogés considèrent que le régime était inadapté. Pour rappel, le régime Dukan est très en vogue et fondé sur un régime à base de protéines. Après une première phase, il réintroduit progressivement d’autres aliments (légumes puis le pain, les fruits, les féculents et les fromages). P.P.
(1) Professeur de cancérologie, service d’oncologie médicale, Centre hospitalier Lyon sud et directeur de l’institut de cancérologie des hospices civils de Lyon.

 

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IA

Intelligence artificielle forte et faible

Née dans les années 1950, l’Intelligence artificielle est de plus en plus au cœur de la médecine du futur… Son objectif ? Faire produire des tâches humaines par des machines mimant l’activité du cerveau. Ses applications toucheront des domaines de plus en plus variés comme les opérations assistées, le suivi des patients à distance, ou encore les prothèses intelligentes. Lors de la conférence MAO, les professeurs Gilles Freyer et Frédéric Prate (1) ont rappelé aux élèves la distinction qu’il existe entre l’IA dite “forte” et l’IA dite “faible”. L’intelligence artificielle dite “forte” vise à concevoir des machines capables de raisonner comme les humains. Le risque ? Créer des robots supérieurs à l’homme, dotée d’une conscience propre… De nos jours, cette voie de recherche est bel et bien explorée. Néanmoins, selon ces spécialistes, le robot omniscient, n’est pas prêt dans un futur proche. Qu’en est-il de l’IA dite “faible” ? Son objectif est de mettre en œuvre toutes les nouvelles technologies pour concevoir des machines capables d’aider les humains. Exemples concrets : la chirurgie assistée par ordinateur, les prothèses intelligentes visant à réparer, voire augmenter le corps humain (membres ou organes artificiels) ou encore, les robots d’assistance aux personnes — âgées ou fragiles — qui représentent un troisième secteur en développement. P.P.
(1) Directeur du Centre Référence santé, bien-être et vieillissement de l’Université Côte d’Azur.

 

 

écrit par Pascallel Piacka