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Les idées de la société civile

SOCIÉTÉ/A travers ses propositions, la société civile de Monaco fait évoluer le pays avec son temps. Qu’ils soient professionnels, institutionnels, résidents ou membres de la diaspora monégasque, la vision que ces personnes portent peut façonner l’intérêt collectif. Décryptage.

 

Une communauté de citoyens qui a droit à la parole. A différencier de l’État, c’est par la société civile que s’exprime les opinions publiques. Partout dans le monde, on fait appel à cette masse incertaine et non homogène pour avancer, attirer, évoluer. Une sorte de facilitateur de la régulation publique — intermédiaire entre citoyens et État — sur laquelle les autorités publiques s’appuient en partie pour poursuivre leurs missions d’intérêt collectif. « Cette vision de la société civile comme lieu d’innovation, de libération, de bons sens, d’amateurisme bien placé, prend forme dans les Lumières anglo-écossaises, au début du XVIIIème siècle », décrypte dans une interview accordée à L’Obs’ Gautier Pirotte, sociologue et auteur de l’ouvrage La notion de société civile publié en 2007. En principauté, plusieurs entités font force de société civile en proposant des idées de bon sens. « Vous êtes pour Monaco une forme de fenêtre ouverte sur le monde pour faire que nos politiques publiques soient plus à l’écoute des résidents et des Monégasques. Et ainsi, maintenir ce que nous sommes », s’est exprimé le ministre d’État Serge Telle le 6 novembre face aux membres du conseil stratégique pour l’attractivité (CSA). Chaque année, depuis sa création en 2011, celui-ci propose des « outils d’analyse et de prospective utiles au diagnostic et aux prévisions nécessaires ». Avec comme objectif ultime : l’attractivité du territoire. « Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité », a bien martelé Serge Telle dirigeant un État où elle est « au cœur du développement national ».

Ouverture au monde et long terme

Pour ce faire, le gouvernement incite la société civile à s’ouvrir au monde au maximum. D’autant plus dans « un moment où le monde se renferme, Monaco doit continuer d’incarner cette ouverture, partie intégrante de notre identité ». A ses yeux, cette réflexion ne peut se faire que sur le long terme. Réfléchir à l’avenir, c’est aussi tout l’objet du travail du Conseil économique et social (CES). En 2016, cette instance a fêté ses 70 ans d’existence. Sa création a été décidée par le Prince Louis II en décembre 1945. Au sortir de la seconde guerre mondiale, à Monaco comme dans la plupart des pays, est née la volonté de donner davantage la parole à la société civile. « C’est à cette époque que les conseils économiques et sociaux, les syndicats, les ordres professionnels et divers autres organismes sont nés », rappelait André Garino, son président pendant 15 ans à Monaco Hebdo à cette occasion. Le 30 novembre dernier, l’homme a décidé de ne pas se représenter pour un nouveau mandat. Durant les 27 ans où il en a été membre, puis président, son instance a présenté plus de 800 vœux et rédigé des dizaines de rapports. Autant d’occasions de tâter le pouls de la société civile et d’avoir des retours concrets du terrain pour le gouvernement monégasque. « Les avis du CES n’ont pas vocation à engager le gouvernement, mais à délivrer une information complète et diversifiée sur ce que pense la société civile. C’est donc une forme de démocratie participative et représentative », observait, en 2016, André Garino. « Il faut faire confiance à la créativité des individus, à la poursuite de leurs intérêts privés, dont la confrontation façonne l’intérêt collectif », indiquait pour sa part le sociologue Gautier Pirotte. A Monaco, les propositions sont là. Il n’y a plus qu’à se servir…

_Anne-Sophie Fontanet

 

IMMOBILIER/

Les marchands de bien mieux encadrés

En 2018, Monaco comptabilise 238 marchands de bien pour 85 agents immobiliers exerçant sur son territoire. Une situation qui a alerté la commission immobilier du conseil stratégique pour l’attractivité, présidée par Michel Dotta, parce qu’elle peut avoir « une véritable incidence sur le marché immobilier, les uns et les autres n’ayant pas les mêmes obligations ». En cause : des risques de dérégulation par une hausse du prix de vente des appartements, et des droits de mutations inférieurs pour les marchands de bien. Le CSA propose de mieux encadrer, réglementer et fédérer ce secteur d’activités à travers « une organisation structurée » à l’image de la Chambre Immobilière de Monaco. Cette même commission souhaite voir évoluer la loi sur la copropriété des immeubles bâtis « dans sa globalité ». Les membres considèrent que des surélévations devraient être plus facilement accordées « à condition que celles-ci respectent l’ensemble des aspects techniques et réglementaires ». Dernière piste de réflexion autour d’une démarche environnementale dans le bâti ancien. Pour inciter le parc immobilier de la Principauté à innover en la matière, le CSA propose qu’un bâtiment pilote appartenant à l’État bénéficie de travaux vertueux en la matière et puisse servir de vitrine stimulant la collectivité. _A-S. F

 

ARTISANAT/

Bientôt un “Made in Monaco” ?

Il n’en reste plus beaucoup des tailleurs, cordonniers ou autres horlogers dans le micro-État. Ces métiers de l’artisanat contribuent pourtant au rayonnement du pays. Luxe et artisanat sont loin d’être indissociables aux yeux des membres de la commission Destination Monaco du CSA. « Lorsque le luxe s’éloigne de l’artisanat, il s’appauvrit », cite la commission d’Aleco Keusseoglou. Le président des ports de Monaco invite donc le Monaco Economic Board à prospecter pour pallier les manques et besoins. Comme en France, la commission s’interroge sur l’opportunité stratégique d’un “Made in Monaco” dont un cahier des charges pourrait être défini. Attirer durablement des artisans d’exception en principauté : voilà le but non dissimulé de cette proposition. « Et valoriser leur travail au travers d’un grand prix de l’artisanat ». Ce “Made in Monaco” constituant de cette façon « un critère complémentaire de l’attractivité » du pays. _A-S.F.

 

ÉCONOMIE/

Améliorer la compétitivité de la place bancaire

Pour éviter que les avoirs des trusts ne soient déposés à l’étranger, la CSA souhaiterait que leurs droits applicables soient alignés à celui du droit commun. « Alors que dans certains cas, les trusts étaient imposés à 16 % en principauté, en matière de droits de succession même lorsque les bénéficiaires sont en ligne directe, dans d’autres pays les taux appliqués étaient moindres voire nuls (Suisse, Liechtenstein) », avertit la commission dirigée par Anthony Torriani qui appelle l’État monégasque à mettre en place « le plus rapidement possible les dispositions nécessaires à un tel alignement ». Des avancées — qui réjouissent la commission — ont déjà eu lieu récemment avec l’adoption d’un texte encadrant le régime du droit de succession. C’est notamment le cas de la loi portant sur la réglementation de l’activité de multi-family office. 12 entités sous ce régime ont déjà été créées en principauté. « Monaco a une vraie place à prendre dans le monde des family office. Mais de ce que j’en vois pour l’instant, c’est essentiellement du conseil juridique qui est mis en place alors que ça n’a pas grand-chose à voir avec le family office », soutient François Mollat du Jourdin, gérant du multi-family office installé à Paris depuis 2001 MJ&Cie. A ses yeux, le MFO assiste le client pour se repérer « dans la jungle complexe d’un monde en mutation ». « A Paris, au début, on nous a vus comme des concurrents mais aujourd’hui ce sont les banquiers, avocats, notaires qui nous envoient du business. On ne prend pas de part du gâteau. Nous arrivons à un moment où les très riches doivent s’équiper en conséquence. Il faudrait un acteur réel sur le marché pour démontrer le bon standard dans l’industrie de la gestion de fortune. Monaco a fait passer une loi intelligente qui comprend les tenants et aboutissants mais son utilisation actuelle n’est pas totalement pertinente », fait encore remarquer François Mollat du Jourdin qui ne cache pas son intérêt pour développer une branche de son entreprise en principauté. _A-S. F

 

 

ÉCONOMIE/

Ventes aux enchères : transparence toute !

La commission Destination Monaco, présidée par Aleco Keusseoglou a axé une partie de son travail de l’année sur une amélioration de la réglementation en matière de ventes aux enchères. Celles-ci se multiplient en principauté depuis plusieurs années et de nombreux acteurs du marché espèrent se faire une place de choix. « Un atout complémentaire en matière d’attractivité » pour la commission qui estime « toutefois qu’un contrôle accru et une régulation via un organe indépendant pourrait conforter la notoriété des ventes organisées sur le territoire ». Le CSA propose donc d’étudier la faisabilité de la création d’un comité consultatif ou conseil des ventes « placé sous la tutelle de l’État » qui permettrait de « contrôler et d’encadrer ces ventes (traçabilité des pièces exposées, TVA acquittée) ». « Cela pourrait donner une sérénité sur le marché, garantir un certain sérieux et des règles du jeu identiques pour tous », adhère François Tajan, président délégué de la maison de ventes aux enchères Artcurial. L’homme appelle à plus de transparence dans ce domaine à Monaco. Il approuve aussi la deuxième proposition du CSA vers une évolution du droit de suite, une rémunération des artistes et de leurs ayants droits sur les ventes des œuvres d’art. Mise en place par une loi de 1948, le CSA voudrait ramener le taux applicable du droit de suite à 3 % dégressif avec un plafond à 12 500 euros jusqu’à 50 ans après la mort de l’artiste. « Cette évolution permettrait à Monaco d’avoir une réglementation en adéquation avec ce qui est appliqué par bon nombre de pays voisins et donc d’être compétitif », souligne la commission Destination Monaco. « C’est une bonne initiative de rester compétitif fiscalement parlant. Ça va dans le bon sens, appuie François Tajan. Il est intéressant de se caler sur la législation française. A l’heure actuelle, 3 % linéaire pour un vendeur, c’est un frein. » _A-S.F.

 

ÉCONOMIE/

La blockchain comme valeur ajoutée

Monaco s’est engagé dans une transition numérique sans précédent. Pourtant, pour accompagner cette “smart nation” voulue par le Prince Albert II, un frein persiste encore : le manque d’encadrement juridique, notamment en matière de blockchain. Cette technologie de stockage et de transmission d’information en fort développement à travers le monde sera-t-elle développée en principauté ? « Cela peut avoir du sens à Monaco si la blockchain peut apporter une véritable valeur ajoutée. » La commission Finances présidée par Anthony Torriani adhère à l’instauration d’un cadre législatif et réglementaire en cours d’installation dans le pays. _A-S.F.

 

CULTURE/

Pour la création d’un cluster art

Là encore, l’idée du CSA est de fédérer l’ensemble des acteurs de la filière artistique comme les musées, galeries, opéra, ballets, orchestre philharmonique autour d’une véritable dynamique commune. « Le développement récent de nombreuses initiatives est un atout pour l’attractivité de la Principauté », reconnaît la commission Destination Monaco qui veut placer le pays sur la carte des destinations artistiques mondiales. « Ce cluster permettrait à l’ensemble des professionnels de ce secteur d’envisager des actions communes, les coordonner, les planifier dans le temps et sur l’ensemble du territoire, développer des synergies etc. » _A-S.F.

 

ENVIRONNEMENT/

Une contribution pécuniaire “écologique” pour les navires

C’est ce qu’on appelle un droit de mouillage. La commission Monaco Capitale du yachting, présidée par Bernard d’Alessandri, jugerait utile l’instauration d’une contribution écologique « d’un montant raisonnable et adapté à la taille des navires » utilisée pour protéger les fonds marins. Une taxe qui ne dit pas son nom et qui répondrait à l’augmentation « significative » du nombre d’ancrages dans les eaux territoriales monégasques en concomitance avec une altération des fonds marins. Production exponentielle de déchets urbains solides, production et libération de gaz d’échappements sont autant de raisons de mieux protéger les fonds marins de la Principauté selon le CSA. « Charge aux services de l’État d’étudier la mise en pratique d’une telle mesure (définition des contours d’un tel dispositif, montant de la contribution, caractère volontaire ou non) et de communiquer sur son intérêt écologique », écrit cette même commission. Autre innovation : elle propose la création d’un guichet unique pour l’accomplissement des formalités déclaratives relatives à une escale à Monaco. Une cinquantaine de documents peut être demandée entre les sollicitations des douanes, des affaires maritimes, de la capitainerie ou des services fiscaux. « Un guichet unique placerait Monaco dans une démarche d’excellence », pense le CSA. _A-S.F.

 

SOCIÉTÉ/

De Nice à Monaco en navette maritime

La circulation est au cœur des préoccupations de la commission qualité de vie présidée par Robert Calcagno. Afin de décongestionner le trafic routier, le CSA remet sur le tapis l’étude de faisabilité d’un transport de passagers par voies maritimes. Son développement constituerait une « solution alternative à étudier avec beaucoup d’attention », adresse la commission au gouvernement. La commission rappelle « que ce mode de transport de passagers est privilégié dans de nombreuses villes à travers le monde, quelles que soient les conditions de mer, les navires étant de nos jours très adaptés et performants ». Le CSA imagine déjà une ligne en direction de l’Italie, et une en direction de Nice, via les deux ports de Monaco. La question maintes fois posée au conseiller de gouvernement pour l’équipement, l’urbanisme et l’environnement, Marie-Pierre Gramaglia, trouvera-t-elle un nouvel écho ? Pour des raisons de rentabilité, le conseiller-ministre avait toujours indiqué que l’option ne pouvait être retenue. Pourtant, le CSA appelle carrément à une subvention publique dédiée ou une intervention de l’État « en soutien d’une initiative privée » face à l’urgence de la situation. 110 000 véhicules entrent et sortent chaque jour de Monaco. Avec un point de saturation à partir de 3 000 véhicules complémentaires, et des perspectives de création d’emploi très positives, le CSA ne voit pas beaucoup d’autres options pour contribuer à une meilleure circulation au départ ou vers Monaco. Il appelle à étudier la possibilité d’une régulation des voies de sortie d’autoroute en permettant le passage d’un à deux voies montantes ou descendantes, en fonction des heures de pointes. Et aussi d’imposer aux autocaristes l’accès à Monaco par le tunnel Albert II et non plus par le Jardin exotique. _A-S.F.

 

 

« Notre conseil a su s’adapter aux évolutions de notre pays »

SOCIÉTÉ/Après 27 ans dont 15 en tant que président, André Garino a quitté le Conseil économique et social le 30  novembre. Lors de son dernier mandat, 18 vœux et 4 rapports ont été élaborés. Caroline Rougaignon-Vernin, présidente du Conseil de l’ordre des pharmaciens et ancienne élue du conseil national,  lui succède.

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André Garino passe le relai. Le 30 novembre, date de la fin du 23ème mandat du Conseil économique et social, était son dernier à la tête de cette assemblée apolitique monégasque vieille de plus de 72 ans. Pionnière de la représentation réelle de la société civile en principauté. « Après 27 années passées au sein de cette assemblée, dont 15 années en qualité de président, j’ai estimé qu’il était temps pour moi, de passer le relai, afin de permettre d’insuffler de nouvelles idées et de nouvelles orientations », indique-t-il à l’Observateur de Monaco. Le Conseil économique et social (CES) a pour fonctions essentielles de donner un avis sur les questions d’ordre social, financier, touristique, commercial, industriel, qui intéressent, d’une façon générale, la vie économique du pays. Cette assemblée est ainsi consultée par le gouvernement sur les projets de loi ou d’ordonnances souveraines, mais peut également formuler des vœux sur des questions entrant dans ce cadre. Durant ce dernier mandat de trois ans (2015 à 2018), 18 vœux ont été formulés et quatre rapports rendus. André Garino voit dans le CES « une instance de concertation et de dialogue ». 36 membres bénévoles de plusieurs nationalités, tous nommés par ordonnance souveraine, y participent.

Ouverture des commerces le dimanche

« Notre conseil a su s’adapter aux évolutions de notre pays et affirmer sa place au sein des institutions monégasques », souligne André Garino. Parmi les derniers vœux figure celui relatif à la modernisation de la législation sur les modalités d’ouverture des commerces de détail concernés par le repos hebdomadaire le dimanche. Dans le prolongement des travaux du CES, le Conseil national a d’ailleurs rédigé la proposition de loi n° 241, relative à l’ouverture des commerces de détail le dimanche. Un projet de loi sur ce sujet a enfin été rédigé par le gouvernement, et déposé le 22 octobre dernier au Conseil national pour analyse et vote. Sur ce même thème sociétal, la protection des biens et des personnes a été évoquée avec notamment deux voeux : la création « d’une commission de tarification pour les accidents du travail », et « l’obligation de souscrire une assurance propriétaire non-occupant ».

Maintien à domicile

« Le Conseil économique et social a aussi orienté ses travaux et réflexions sur la transition numérique et énergétique », rappelle son désormais ex-président. Avec l’idée de la dématérialisation des bulletins de salaire ou bien de la gratuité des transports en commun pour les salariés en Principauté par exemple. Le CES s’est aussi penché sur les besoins relatifs à la garde d’enfants pour les salariés résidant en dehors de Monaco. « Dans le domaine de la e-santé, nous avons rédigé un rapport sur la santé connectée, mettant en exergue l’utilité du partage des données, afin d’améliorer le maintien des personnes à domicile, dans le secteur de la gérontologie, afin notamment de limiter les hospitalisations des personnes âgées », ajoute André Garino.

Vade-mecum

Dans le domaine de l’économie, la section commerce et tourisme du CES a rédigé un rapport sur les loyers commerciaux domaniaux. Parmi les solutions déployées : la création d’une liste recensant les locaux faisant partie du domaine public de l’État et ceux relevant de la loi n° 490 appartenant au domaine privé de l’État. Afin d’harmoniser les conventions d’occupation précaire, la section a soumis la possibilité d’un vade-mecum recensant l’ensemble des règles et usages applicables aux conventions d’occupation des locaux domaniaux. Dans le domaine de la finance, le CES a été saisi par le Conseil national fin 2017 afin de transmettre ses observations concernant le projet de loi n° 972 renforçant le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la corruption. Puis en 2018, la section affaires financières a établi une note sur la proposition de loi n° 232, relative à l’instauration d’un droit au compte.

Baromètre social

Enfin, d’un point de vue social et économique, André Garino se réjouit que le baromètre social établi annuellement par un des membres du CES, Gérard Blanchy, soit un outil de travail pour les différentes sections de l’assemblée. « Pour l’année 2017, ce baromètre met en évidence, une nouvelle fois, une croissance du nombre des salariés, des employeurs et une diminution du nombre de demandeurs d’emplois. Il relève également une progression régulière des salariés domiciliés en France, hors communes limitrophes et un constat relatif à une population salariée, dont le domicile est de plus en plus éloigné du territoire monégasque. Enfin, concernant le salaire médian pour l’année 2016, nous constatons une nouvelle progression », conclut André Garino.

_Anne-Sophie Fontanet

 

Initiative/

Au CES, les jeunes aussi ont des idées

Mercredi 18 octobre, le CES des Jeunes a tenu sa douzième séance d’installation. Tout au long de l’année scolaire, les élèves, issus des lycées de la Principauté, auront à mener une réflexion, qui sera matérialisée par un projet de vœu à présenter au printemps prochain. « Au cours de la onzième édition, plusieurs vœux ont été adoptés et transmis aux autorités gouvernementales qui concernaient des thèmes variés visant à améliorer la mobilité des pendulaires en utilisant une navette maritime propre, la création d’espaces dédiés aux jeunes en aménageant les toits publics, à préserver la santé des jeunes dans la lutte contre le tabagisme et dans le cadre de la préoccupation d’autrui et le développement d’une éthique solidaire avec la création d’un parcours humanitaire et environnemental », énumère André Garino. _A-S.F

 

Chiffres/

Plus de 800 vœux en 72 ans d’existence

La CES agit dans l’ombre depuis de nombreuses années. Les idées que soumet cette assemblée ont quelque fois un avenir législatif. Comme on peut le voir avec le travail du dimanche ou plus anciennement avec le télétravail, idée émanant de l’assemblée en 2007, et voté par le Conseil national il y a deux ans. Près de 800 vœux et des dizaines de rapport ont été élaborés en 72 ans, 18 entre 2015 et 2018. André Garino en a révélé la substantifique moelle à l’Observateur de Monaco avant son départ. Pour autant, le CES a toujours refusé de les rendre public. Seule avancée, l’énoncé des vœux adoptés – avec une explication sommaire — publié sur le site de l’assemblée. « Il faut que les membres du CES puissent conserver une totale liberté de parole, assumait André Garino interrogé sur le sujet en 2016 dans Monaco Hebdo. Or, si le contenu de leurs avis et leurs propositions est communiqué a posteriori à la presse et au grand public, je crains que cela n’entraîne de leur part une certaine retenue. Et que les membres ne s’auto-censurent ou n’expriment pas pleinement le fond de leur pensée. On ne veut ni faire de la communication conflictuelle, ni être un lieu où les relations sociales se complexifient. » _A-S.F

 

En France, les gilets jaunes ou la société incivile

 

SOCIÉTÉ/Un mouvement inédit de manifestants, rassemblé via les réseaux sociaux, secoue le pays voisin depuis plusieurs semaines. Les bases de cette revendication ? La hausse du prix des carburants. Mais pas que…

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Une sorte de mariage entre défiance politique et réseaux sociaux. Tout le mois de novembre a été marqué par des blocages spontanés dans les Alpes-Maritimes et toute la France débutés officiellement le 17 novembre. Des milliers de personnes arborant des gilets jaunes — nom attribué à ce mouvement de citoyens — se sont retrouvées dans les rues pour crier leur colère contre une hausse abrupte du prix des carburants. « La goutte de carburant qui a fait déborder le vase », ont insisté certains représentants des gilets jaunes devant les médias. Depuis, les gilets jaunes essaient tant bien que mal d’organiser cette grogne sociale. Depuis le début, c’est le gouvernement français et surtout le chef de l’État, Emmanuel Macron, qui est devenu le catalyseur de leur colère. Un président de la République qui s’était justement fait élire en mai 2017 sur la promesse du renouvellement de la classe politique et son ouverture à la société civile…

« Rarement constructive »

« Quand la société bout, faire appel à elle est sans doute la seule façon de capter son attention. Mais à l’exception de sujets d’extrême proximité, elle est rarement constructive. Les élus qui s’y sont essayés rapportent la difficulté de mobiliser dans la durée sur des sujets de fond, les consultations sur internet gèrent mal le noyautage par des mouvements organisés », écrivait la journaliste Cécile Cornudet dans Les Échos le 7 novembre. Samedi 24 novembre, les Champs-Élysées, à Paris, ont montré l’image d’un mouvement infiltré par des casseurs politisés en provenance de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Mais qui ne veut pas céder de terrain. Des mobilisations sont donc encore annoncées afin de faire fléchir le gouvernement. Alors qu’il avait laissé son gouvernement répondre à cette colère inédite, le président français a finalement pris la parole mardi 27 novembre afin de tenter de faire retomber la pression. Emmanuel Macron a fixé les grands axes de la politique énergétique du pays voisin pour les dix prochaines années.

Baisse du nucléaire d’ici 2035

D’abord via le lancement d’un débat national dans les territoires sur la transition écologique. « Je souhaite une stratégie d’accompagnement, partout sur nos territoires et sur les réseaux sociaux pour faire des propositions », a souligné Emmanuel Macron, qui dit refuser « que la transition écologique accentue l’inégalité entre les territoires ». Le président veut adapter la hausse des taxes à l’évolution des prix mondiaux du pétrole. Objectif ? Limiter l’impact de la fiscalité des carburants et de la fluctuation des prix pour les Français qui utilisent beaucoup leur voiture. D’autre part, le chef de l’État français annonce vouloir ramener la part du nucléaire à 50 % en 2035. « J’aurais aimé le faire dès 2025. Nous maintenons le cap des 50 % mais repoussons l’échéance à 2035. Réduire la part du nucléaire, ce n’est pas renoncer au nucléaire » a-t-il ajouté.

Haut conseil pour le climat

L’exécutif appelle ensuite à transformer sa production d’électricité et développer les énergies renouvelables qu’elles soient électriques, biogaz ou chaleur renouvelable sur 2019-2028.En ce sens, Macron indique avoir demandé à EDF d’intensifier ses recherches dans le nucléaire, mais aussi dans le secteur du « renouvelable et dans le stockage de l’énergie ». Autre annonce intervenue lors de ce discours fleuve sur l’écologie : la fermeture d’ici 2022 de l’ensemble des centrales à charbon. En outre, il a rappelé l’objectif de « renouveler toutes les chaudières au fioul d’ici 10 ans ». Enfin, Emmanuel Macron a validé la création d’un Haut Conseil pour le climat, une nouvelle structure, composée d’experts, qui sera chargée de veiller au maintien du cap écologique de la politique gouvernementale.

« Maintenir le cap »

Réaction amère des gilets jaunes à ces annonces. La promesse d’Emmanuel Macron d’amortir les flambées des prix à la pompe et de baisser les impôts n’a pas calmé la grogne des gilets jaunes qui poursuivent leurs blocages et barrages filtrants. Sa main tendue et une rencontre avec le ministre de l’Écologie et deux porte-paroles n’a pas apaisé la colère des gilets jaunes. De la région Paca à la Bretagne, de la Réunion au Grand-Est, la pression ne retombe que moyennement. Jusqu’à quand et dans quel but ? Au 28 novembre (la veille du bouclage de notre magazine, N.D.L.R.), Édouard Philippe martelait « maintenir le cap » en confirmant une nouvelle hausse des taxes au 1er janvier prochain.

_Anne-Sophie Fontanet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

écrit par AnneSophie