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« Le prix d’un futur viable »

APPEL/Envoyé spécial pour la préservation de la planète de François Hollande, Nicolas Hulot milite pour un succès de la COP21. IL met le doigt sur le nerf de la guerre : l’argent.

 

Votre fondation a fait le bilan. Les engagements annoncés jusqu’à présent par les Etats (dont Monaco) ne suffisent pas à atteindre l’objectif d’une stabilisation du réchauffement à 2°C. Vous êtes optimiste sur le succès de la COP 21 ?

A la Conférence de Paris, pour la première fois, les 195 pays vont mettre sur la table des engagements chiffrés. C’est inédit dans l’histoire de la communauté internationale. Mais je crains qu’ils ne soient pas à la hauteur des enjeux. Les experts de ma fondation estiment qu’avec les contributions déposées à ce jour, qui représentent plus de 60 % des émissions totales, on s’achemine vers un réchauffement de 3 à 4 degrés, bien loin de l’objectif des 2 degrés. Il faut profiter des quelques semaines qui restent pour convaincre de la nécessité de rester ambitieux. Mais rien n’est joué. A ce stade, mieux vaut être inquiet, plutôt que trop optimiste et se prendre finalement une douche froide, comme à Copenhague.

 

Il faut impérativement l’accord des Etats les plus pollueurs, Chine, Etats-Unis, Canada… Comment déclencher un électrochoc chez les chefs d’Etat ? Comment obtenir d’eux un engagement ferme ?

Depuis Copenhague, la position des deux pays les plus émetteurs que sont les Etats-Unis et la Chine ont évolué dans le bon sens. La Chine a pris un vrai tournant dans sa politique énergétique et s’est engagée à atteindre son pic d’émissions avant 2030, même si on aurait aimé qu’elle assume d’aller plus vite. Les Etats-Unis se sont engagés sur au moins 26 % de réduction en 2025 ; ils auraient pu faire plus mais c’est déjà là aussi un tournant. D’autres pays, comme le Canada ou l’Australie, ont rendu des contributions clairement décevantes. J’espère que toutes les cartes ne sont pas sur la table et que certaines ambitions pourraient être revues à la hausse, avant ou juste après Paris. Si chacun de ces grands pays faisait 1 % d’effort en plus par an, on se remettrait sur la route des 2 degrés. L’électrochoc que vous évoquez pourrait venir d’une initiative porté par quelques pays du G20, qui représente 3/4 des émissions mondiales. Il y a d’ailleurs une réunion du G20 quelques semaines avant la conférence de Paris, ce sera un moment capital.

 

Si la COP échoue, que se passera-t-il à votre avis ?

Si la COP échoue, nous serons tous perdants. Mais j’insiste aussi sur la nécessité de ne pas se focaliser uniquement sur les engagements de réduction. Car, ce qui compte le plus, ce seront les outils mis en place pour les respecter. Les pays mettront-il réellement en œuvre les politiques nationales nécessaires pour inverser la tendance ? Stopperont-ils les subventions aux énergies fossiles ? Prendront-ils enfin des initiatives pour généraliser le prix du carbone, par exemple via un corridor carbone ? Le volet financement est également essentiel. Il faut qu’à Paris soit tenue la promesse prise à Copenhague de mobiliser 100 milliards de dollars par an (public et privé) à partir de 2020 pour aider les pays du Sud à s’adapter. Ce n’est que 0,2 % du PIB des pays de l’OCDE mais cela permettra de déclencher 6 % du PIB d’investissements climat dans les pays en développement. C’est le prix de la solidarité, et d’un futur viable pour tous.

 

Peut-on croire en la fameuse taxe sur les transactions financières (TTF) européenne ? Quelle forme prendra-t-elle à votre avis ?

C’est un vieux serpent de mer. Mais soit on y arrive là, soit on n’y arrivera jamais. Le président François Hollande vient d’ailleurs de rappeler qu’il s’agissait d’une source de financement potentielle essentielle pour l’accord de Paris et que donc l’architecture de la TTF devait être actée avant Paris 2015. 11 pays européens y travaillent et pourraient aboutir dans les prochaines semaines. Ce serait un beau signe avant Paris. Car si on ne sort pas de l’orthodoxie financière, comment voulez-vous répondre aux besoins d’adaptation et de développement des pays les plus vulnérables qui payent les effets pervers de notre modèle de croissance. J’ai de fréquents échanges sur le sujet avec le président, le premier ministre et le ministre en charge du budget. Je pense qu’il y a une vraie convergence sur l’idée d’une TTF à l’assiette la plus large possible, incluant donc les produits dérivés.

_Milena Radoman

 

« Poursuivre l’incinération, c’est un pari à l’envers »

 

DECHETS/Monaco continuera-t-il d’incinérer ses déchets en ville ? Entre opposants et suiveurs, le débat fait rage.

 

C’est le débat environnemental du moment à Monaco. Le président de la commission pour l’environnement et le cadre de vie au Conseil national, Jean-Louis Grinda, ne veut pas d’usine d’incinération en Principauté, ni en centre-ville, ni nulle part. Son groupe politique Union monégasque plaide même pour un transfert des déchets vers Nice-Est. Justification apportée : « Le glas de cette usine, c’est la feuille de route du prince pour la Cop 21 » assure Jean-Louis Grinda. « Poursuivre l’incinération à Monaco, c’est un pari à l’envers et vicié. Car construire cette usine nous incite à produire plus de déchets ». A la tête de la commission parlementaire pour l’environnement, il souhaite élargir le débat et penser pour 2050. « Ce qu’il nous faut, c’est un centre de valorisation des déchets » assure-t-il. Un centre qui pourrait trouver sa place au troisième étage au « soubassement technique » de la futur extension en mer à l’Anse du Portier.

 

Méthanisation ?

S’il est peu probable qu’une telle usine de valorisation voit le jour dans le futur éco-quartier du Larvotto, le gouvernement ouvre la porte à une technologie moins polluante. L’appel d’offre à venir pour remplacer l’incinérateur de Fontvieille ne se bornera pas à la technique d’incinération (voir p. 52 interview de Marie-Pierre Gramaglia). Sans doute parce qu’à Monaco, les élus Union monégasque ne sont pas les seuls à prôner des technologies plus propres telles la méthanisation ou le traitement biologique des déchets. « Il n’y a plus qu’à Monaco ou en France qu’on brûle encore les déchets, plaisante ainsi Bernard Fautrier, vice-président de la Fondation Albert II. C’est fini depuis longtemps en Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques… La priorité des priorités doit être de faire une installation d’élimination des déchets aussi neutre que possible en émission carbone. » Ce qui n’empêche pas Laurent Nouvion ou ses amis de la majorité parlementaire Horizon Monaco de ne pas vouloir s’emparer du débat : « Je ne comprends pas cette espèce d’obsession sur un sujet sur lequel nos collègues de l’opposition n’arrivent pas à obtenir gain de cause… » a glissé le président du conseil national. A Horizon Monaco, visiblement, la question est réglée : « Je ne peux pas imaginer que les personnes responsables et les techniciens puissent prendre un risque en matière de santé publique » juge Laurent Nouvion.

_M.r. et A.-S.F.

écrit par Milena