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Le port de Vintimille renaît de ses cendres

ECONOMIE/Monaco a officiellement jeté l’ancre à Vintimille. Dès l’été 2018, 171 bateaux pourront amarrer sur le port italien, laissé à l’abandon depuis des années.

Les habitants de la vieille ville de Vintimille ont depuis des années le même paysage morne sous les yeux : un port vide et totalement laissé à l’abandon. Dès l’été 2018, ce décor monotone va radicalement changer. Un tout nouveau complexe portuaire va en effet émerger des eaux italiennes grâce à un accord conclu le 6 décembre entre le groupe italien Cozzi Parodi, et une filiale de la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM). Coût de l’opération pour Monaco : 80 millions d’euros au total. Dont 40 à 50 millions uniquement pour les travaux. Dans le détail, ce port flambant neuf prévoit d’accueillir 171 bateaux (pouvant mesurer de 6 à 60 mètres), environ 400 places de parking, un chantier naval, et 3 800 m2 de locaux à usage commerciaux. De quoi redonner vie à cette petite cité perchée dans les hauteurs de Vintimille, qualifiée de « petit bijou en devenir » par Aleco Keusseoglou, président délégué de la SEPM. Pour attirer une riche clientèle, impossible en effet de laisser ce coin de la ville en l’état. Des travaux d’embellissement seront effectués sur le front de mer, mais aussi au pied du vieux Vintimille. Une liaison verticale par ascenseur reliant le port à la vieille ville a également été prévue.

Frein à l’attractivité

Au-delà de l’opportunité économique pour la ville frontalière, cette opération permettra surtout à la SEPM d’alléger ses listes d’attentes bien remplies (voir interview p. 28). Les ports Hercule et Fontvieille sont en effet totalement pris d’assaut, et il n’y a plus de place pour accueillir de nouveaux propriétaires de bateaux. Au delà du manque-à-gagner pour la société qui serait d’environ 1 à 2 millions d’euros, cette pénurie d’emplacement est également un gros frein pour attirer de riches fortunes. Alors, pour Aleco Keusseoglou, pas question de laisser filer entre les doigts cette opportunité. Surtout dans une ville située à seulement 20 minutes de navigation du port Hercule. Le président-délégué en est d’ailleurs convaincu : cette opération « sera attractive et rentable ». Un sentiment que ne partage pas forcément les élus du conseil national qui lors des dernières séances budgétaires ont fait part de leurs craintes. Tant sur le fond que sur la forme du dossier.

Conditions « risquées »

Plusieurs élus ont notamment émis des doutes sur l’attractivité commerciale du port italien. Les propriétaires de yachts fortunés vont-ils en effet accepter d’amarrer loin du port de Monaco ? Ne seront-ils pas chagrinés d’effectuer des aller-retours malgré le service de navette et d’hélicoptères qui sera mis en place ? D’autres conseillers, à l’instar de Laurent Nouvion, ont fait part de leurs « extrêmes réserves » sur les conditions jugées « inutilement risquées et hasardeuses » de cet accord. Ces doutes ciblent essentiellement la société avec laquelle la SEPM a contracté. A savoir la Société Cala del Forte, contrainte à une première faillite. « Je tiens à votre disposition des articles et des documents, a notamment lancé en séance publique l’élu Alain Ficini. Je peux vous dire que cette société… c’était pas très clair ! » Raison pour laquelle les élus ont demandé à ce que le gouvernement monégasque obtienne des garanties nationales de la part de l’Etat italien. Sauf que les deux parties n’ont pas réussi à se retrouver autour d’une table… En effet, un premier rendez-vous était fixé le 15 juillet 2016 avec le ministre des affaires étrangères transalpin et son collègue des transports. Sauf que la veille avait lieu le tragique attentat de Nice. Résultat : le rendez-vous a été reporté. Quelque temps plus tard, c’est le gouvernement italien qui a décliné les retrouvailles en raison du référendum en Italie. « Le gouvernement Renzi nous a indiqué qu’il n’était pas en mesure de nous accueillir, a précisé en séance publique le ministre d’Etat Serge Telle. Nous ne pouvons donc pas obtenir les garanties que nous souhaitions obtenir de la part des autorités italiennes. Mais des échanges téléphoniques avec eux me laissent penser qu’ils accueillent favorablement l’investissement de Monaco à Vintimille. Ils feront tout pour que cet investissement se passe bien. En revanche, on a déjà obtenu des garanties locales. Et on en obtiendra aussi au niveau national. ».

« Opacité »

Des propos qui n’ont pas franchement rassuré les élus. Notamment Marc Burini qui s’est dit « encore plus inquiet. Je pensais que Monaco traitait ce genre de dossier d’Etat à Etat, et pas avec la sous-préfète de la région où on va construire ce port. On pouvait sans doute attendre début 2017. Car je ne pense pas qu’il y avait beaucoup de concurrents sur ce dossier… » Deux autres éléments ont considérablement chagriné les élus. Primo : ils ont appris la conclusion de l’accord dans la presse. Deuzio : la commission de place de fonds n’a pas été consultée. « Je sais que cette commission n’est que consultative. Mais là, elle n’a même pas été consultée ! », a regretté Marc Burini. Un petit couac entre les deux institutions qui n’a pas échappé à l’élue Horizon Monaco, Béatrice Fresko-Rolfo : « Je ne puis m’empêcher de repenser aux interventions de mes collègues de l’assemblée majoritaire, nous assommant sur les bienfaits de la nouvelle méthode mise en place depuis qu’ils sont aux affaires. Et indiquant à nos compatriotes combien le travail avec le gouvernement était devenu transparent. Votre nouvelle méthode a manifestement du plomb dans l’aile. La transparence semble virer à l’opacité dès qu’on aborde des sujets plus complexes qu’un projet de loi. »