© Georges Detaille Archives Palais Princier

Le Monaco d’avant-guerre

© Georges Detaille Archives Palais Princier

FASCISME/Alors que les tambours de la guerre résonnent, la Principauté assiste à la montée du fascisme avant d’être occupée par les Italiens.

« Lors du recensement de 1938, la population de Monaco s’élève (entre les saisons touristiques) à 23 956 habitants, comprenant 52 nationalités dont : 1 671 Monégasques, 8 540 Français, 9 724 Italiens, 1 902 Anglais, 270 Américains, 278 Suisses, 194 Belges et 164 Néerlandais. Deux mondes, qui se voient et se côtoient mais ne se fréquentent pas, coexistent dans la Principauté : d’un côté, un Monaco populaire, peuplé d’ouvriers et de salariés vivant entre le Rocher, le port de la Condamine et les quartiers ouvriers à cheval entre la Principauté et la commune française de Beausoleil ; de l’autre, […] le « carré d’or ». Cet endroit protégé abrite la vie artistique et culturelle de la Principauté mais également l’épicentre d’un certain monde des affaires. D’ailleurs tout le monde se retrouve, en voisins, en fin de journée au casino, qui ne désemplit jamais… et qui ne désemplira jamais durant toute la guerre. D’autres lieux rencontrent aussi du succès. Ainsi, la première agence matrimoniale, Desachy, offre ses services à des messieurs de bonne famille pour union avec des jeunes femmes « sérieuses ». Sinon, le bordel local, sur la route de Nice, est toujours là. Armand Gatti, un jeune de la ville, se souvient de ses jeunes années comme enfant de chœur : « Le curé nous faisait aller en procession jusqu’au bordel et on devait chanter en tournant autour du bâtiment pour faire honte aux clients. »

A cette période, « les fascistes italiens sont de plus en plus actifs. L’un de leurs chefs, l’abbé Arici, va, dès la fin des années 1920, aider à la création de ce que l’on appelle la « Casa degli Italiani », la Maisons des Italiens rebaptisée « Casa Italiana » ou la Maison italienne, comme on dit la Maison Brune chez les nazis. Logée au pied du Rocher, la Maison italienne va bientôt retentir des cris et des chants fascistes hurlés par des Chemises noires de plus en plus nombreuses en principauté. »

La Casa Italiana apparaît comme le centre de l’activisme fasciste à Monaco. Manifestations, tracts… De juin 1940 à novembre 1942, les fascistes expriment leur hostilité au Palais et à la France. © Photo DR

La Casa Italiana apparaît comme le centre de l’activisme fasciste à Monaco. Manifestations, tracts… De juin 1940 à novembre 1942, les fascistes expriment leur hostilité au Palais et à la France. © Photo DR

 

La gare de Monaco, à la fin des années 1930. © Photo Mairie de Monaco Fond Régional

La gare de Monaco, à la fin des années 1930. © Photo Mairie de Monaco Fond Régional

 

Une situation sociale tendue

« Depuis, le début du XXème siècle, politiquement, la situation est très difficile pour le Palais, contesté par les Monégasques emmenés par un jeune avocat socialiste constamment élu local ou national, Louis Aureglia […]. Quant aux étrangers, les Français, autour de la Maison de France, annexe du consulat, ils sont invités par Paris à ne pas demander la nationalité monégasque, pour rester un levier permanent actionné par le Quai d’Orsay. Le parti communiste, surtout, inquiète : il recrute ! Albert Sutto adhère et, en 1936, part pour l’Espagne de la guerre civile, donner l’argent récolté par les communistes de Monaco et de Beausoleil. Il a 15 ans ! En 1937, une grève générale, copie conforme de celle qui a paralysé la France, l’année précédente, affecte les services publics de la Principauté et la SBM. Le conflit va durer sept mois. Mais à mêmes causes, effets différents. Monaco n’est pas la France, le Front populaire n’y gouverne pas et Louis II n’est pas Léon Blum. […] Utilisant les accords franco- monégasques de 1930, il insiste auprès de Paris pour faire intervenir la force publique française et faire nommer ministre d’État un homme à poigne, serviteur de l’État, prêt à agir avec fermeté contre les grévistes, suspectés d’être complètement inféodés aux communistes. […] L’homme au profil souhaité pour briser la grève est préfet du Bas-Rhin. Émile Roblot va mettre en œuvre l’intervention de l’armée française à Monaco et va briser la grève. Ni semaine de quarante heures, ni droit syndical, ni toutes les avancées sociales obtenues en France. Ce sera partie remise jusqu’à la Libération. »

 

La guerre menace…

« Le 1er septembre 1939, les nazis attaquent la Pologne. Deux jours plus tard, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne. Monaco se prépare à la guerre, non sans avoir réaffirmé sa neutralité auprès de l’Italie voisine. La fermeture du casino, du restaurant de l’hôtel de Paris et du café de Paris donne à la place ordinairement la plus animée de la ville une atmosphère étrange. Les pelouses des jardins sont creusées de tranchées joliment faites, très décoratives et probablement inutiles. Les sirènes attendent de sonner l’alerte. Les personnels sont prêts, exercice après exercice, à éteindre les incendies et, le cas échéant à évacuer la population, comme prévu, dans l’Hérault. Roblot, omniprésent, supervise avec le colonel des carabiniers la préparation de la Force publique. »

« Entre le 18 et le 21 juin 1940, les alertes aériennes et les bombardements d’artillerie s’intensifient et, pour la première fois, la Principauté est directement touchée : deux obus tombent sur Monaco. C’est la panique, nombreux sont ceux qui pensent que l’armée italienne va déferler sur le territoire. Les fascistes de la Casa Italiana exultent. […] Menton, annexé, devient Mentone d’Italia et on efface, à la hâte, tous les signes rappelant la France. L’italien remplace le français et les fascistes transforment la ville en lieu de villégiature pour Chemises noires méritantes ainsi qu’en colonie pour les enfants embrigadés dans les Balillas. […] La frontière est déplacée de plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire français. […] « Comme la famille princière qui refuse de quitter la Principauté, la majeure partie de la population est restée à Monaco, toutes nationalités confondues, à l’exception des Anglais. Ceux-ci font l’objet d’un plan particulier. Les plus fortunés partent en yacht ou en voiture vers la frontière espagnole. Les autres font l’objet d’un plan d’évacuation sur injonction de Londres. Parmi ceux-ci, l’écrivain Somerset Maugham. »

écrit par La rédaction