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Le Grimaldi Forum raconte Dalí dans son intimité

Exposition — Pour marquer le trentième anniversaire de sa disparition, le Grimaldi Forum consacrera sa grande exposition estivale à l’artiste catalan et chantre du surréalisme, Salvador Dalí (1904-1989). Une plongée intime dans l’univers de ce peintre aussi fantasque que complexe —

On connaît le Dalí fantasque. Le Dalí provocateur et impertinent. Le Dalí extravagant… On le disait tantôt fou. Tantôt mégalomane. Une des (nombreuses) preuves de la singularité et de l’excentricité de cette icône de l’art fut sa fameuse publicité tournée en France en 1974… Un spot pour le chocolat Lanvin qui est entré dans la légende des pépites de la télévision. Mais à Monaco, c’est un tout autre visage qui sera dévoilé au public : le Dalí intime, le Dalí complexe et le Dalí penseur. « L’exposition nous invite à aller au-delà du personnage, explique Montse Aguer, directrice des musées Dalí et commissaire de l’exposition. C’est un retour à sa peinture. Dalí a parfois une image de superficialité mais c’était en réalité un artiste extrêmement profond, complexe et puissant. Il se définissait d’ailleurs comme une grande machine à penser. Il disait qu’entrer dans son musée, c’est comme entrer dans son cerveau. Étudier son œuvre est pour moi un perpétuel “work in progress”. »

Touche-à-tout

Il faut dire que cet artiste n’a pas été seulement un peintre de génie. Il a été également un véritable touche-à-tout qui a marqué de son empreinte la littérature, la parfumerie, le design, tout en collaborant avec de grandes personnalités comme Coco Chanel et Christian Dior dans la mode, Peter Brook au théâtre, Maurice Béjart pour les décors des ballets, ou encore Walt Disney et Hitchcock pour le cinéma. Quant à ses peintures, elles fascinent encore et toujours pour leur complexité et le mystère qu’elles dégagent. Dalí fut clairement un peintre méticuleux et acharné. « Ses œuvres sont généralement de petite dimension mais il y a beaucoup de détails, de significations et d’éléments énigmatiques. Il faut bien les contempler pour comprendre toute leur complexité. Dalí disait d’ailleurs qu’il aimait créer la confusion et perturber le spectateur », rajoute la commissaire de l’exposition.

38 peintures, 28 dessins

Les visiteurs qui feront une escale du 6 juillet au 8 septembre au Grimaldi Forum seront sans doute à leur tour saisis par ses œuvres… Le centre des congrès dévoilera au total 38 peintures, 28 dessins et de nombreuses photographies (notamment avec la princesse Grace) qui retraceront une partie de sa production artistique, de 1910 à 1983. Des œuvres en provenance (pour l’essentiel) de la Fondation Gala-Salvador Dalí de Figueres, et du musée national Arte Reina Sofia de Madrid. Pour bien comprendre son atmosphère de création et l’intimité de son univers artistique, le matériel de son atelier sera également dévoilé au public : « Il y aura ses pinceaux, sa palette… C’est la première fois que l’on fait une telle proposition. On dévoilera le lieu sacré du peintre », s’enthousiasme Montse Aguer.

Violettees Impériales peint à Roquebrune

Parmi les tableaux emblématiques qui seront exposés à Monaco figure Violettees Impériales que Salvador Dali a peint durant une période agitée de l’Histoire, en 1938, alors que l’Espagne est en pleine guerre civile et que la deuxième guerre mondiale se dessine. « Ce tableau reflète parfaitement cette atmosphère de guerre qui approche. Une ambiance très sombre y règne. Dans ce tableau, on peut voir un téléphone sans fil. Il est là pour signifier l’échec du dialogue. C’est une sorte de tableau d’anticipation, explique encore la commissaire. Habituellement, ce tableau n’est pas prêté mais on a beaucoup insisté pour l’avoir. » Cette peinture a aussi la particularité d’avoir été peinte (en partie) à Roquebrune-Cap-Martin dans la maison de Coco Channel où il a séjourné…

Ses influences

Si Dalí a influencé de nombreux artistes, de son côté, le peintre catalan vouait une grande admiration à d’illustres peintres comme Vermeer de Delv, Raphaël, Vélasquez, Picasso, Michel Ange ou encore Marcel Duchamp. « Les mouvements qui vont l’influencer vont de l’impressionnisme jusqu’à la peinture métaphysique en passant par le futurisme, le fauvisme, le cubisme, l’abstraction, l’hyperréalisme et le Pop Art… rajoute la commissaire de l’exposition. C’est une oscillation permanente entre tradition et innovation. L’avant-garde est présente dès ses premières peintures comme dans son Autoportrait au cou raphaélesque (1921) qui est le portrait d’un Dalí jeune aux cheveux longs à l’air mélancolique, peint à la manière impressionniste »

Dalí voulait devenir immortel

L’autre singularité de Dalí est son rapport à la mort et surtout son obsession de l’immortalité. Pourquoi une telle obsession ? Salvador Dalí hérite son prénom de son frère aîné, décédé. Son existence sera d’ailleurs toujours influencée par l’ombre de ce frère défunt dont Salvador pensera toujours lui avoir « volé » sa vie. Tout au long de son parcours, il tentera donc de s’imposer comme l’unique Salvador Dalí. La mort est essentiellement présente dans la dernière étape de sa création, dans les années 80. Dalí est alors déjà malade.

Dalì et ses moustaches

Il les a entretenues très soigneusement et sans relâche… Salvador Dalí est également célèbre pour ses fameuses moustaches très pointues qui remontaient vers le ciel… Une coquetterie empruntée à Diego Vélasquez, peintre qu’il admirait beaucoup « Dalí a commencé à porter cette moustache dans les années 30. Il disait qu’elles sont des antennes qui le connectaient au monde conscient et subconscient », explique Montse Aguer. Ses moustaches ont d’ailleurs été de nouveau dans l’actualité il y a deux ans dans un contexte très particulier. Son corps a été exhumé pour un test ADN. La justice espagnole a chargé un médecin légiste de faire un prélèvement sur le corps de Dalí pour déterminer s’il était ou non le père de Pilar Abel, une femme de 61 ans. Finalement il ne l’était pas… Quant à sa moustache, elle était manifestement encore parfaitement intacte.