Librairie-Jean-Jaures

Le coup de cœur de 5 libraires azuréens

 CONSO / Quels sont les livres à ne pas rater en ce début d’automne ? L’Obs’ a demandé leurs avis à 5 libraires azuréens qui dévoilent leurs coups de cœurs.

 

Psychologique

Le corps humain

L’avis de Mikaël Giansily, responsable du rayon littérature de la librairie de la Sorbonne à Nice.
D’après Mikaël Giansily, il ne faut pas rater le roman de Paolo Giordano : « C’est un récit de guerre, mais pas comme dans un film comme Platoon (1986). En fait, on est plus proche d’un univers façon Jarhead (2005) pour ceux qui ont vu le film de Sam Mendes. C’est un livre italien sur une unité italienne en Afghanistan qui se retrouve dans une caserne où ils sont à la merci des intempéries, des maladies et même de l’inaction qui pèse. Je trouvais intéressant de voir un groupe de soldats italiens en Afghanistan. J’aime bien l’idée selon laquelle on met des gens dans un endroit un peu hostile et on les découvre un peu au fur et à mesure. C’est très bien écrit, très intéressant et vraiment porté sur l’aspect psychologique autour de l’attente. »
• Le corps humain, de Paolo Giordano, traduit par Nathalie Bauer, (Seuil), 420 pages, 22 euros.

 

Nucléaire

Le cycliste de Tchernobyl

L’avis de Daniel Schwall, patron de la librairie du Quartier Latin à Nice.
Depuis la catastrophe de Fukushima et les répercussions qui ont suivi dans cette région du Japon, le spectre de Tchernobyl est revenu sur le devant de la scène. C’est un auteur espagnol, Javier Sebastian, qui signe un ouvrage sur le sujet, à mi-chemin entre réalité et fiction, comme l’explique à L’Obs’ Daniel Schwall, patron de la librairie du Quartier Latin à Nice : « C’est une espèce de reportage vérité sur ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe aujourd’hui à Tchernobyl, avec les gens qui y habitent ou qui sont retournés y habiter. C’est basé sur ce qui arrive à un personnage réel mais il y a bien évidemment une partie romancée. C’est raconté à la première et à la troisième personne. Ce n’est pas compliqué à lire, à part au niveau de la structure, surtout au début de ce livre. C’est à la fois loufoque mais très grave en même temps, puisqu’on voit des gens qui se baladent dans un espace contaminé par les radiations nucléaire mais qui se réconfortent les uns les autres. Pour moi, c’est un livre à la fois intéressant, joyeux et ludique dans le style, sur un sujet pourtant très, très sérieux. »
• Le cycliste de Tchernobyl, de Javier Sebastian, traduit par François Gaudry, (Métailié), 208 pages, 18 euros.

 

Mystère

Le cas Eduard Einstein

L’avis de Patrick Esclapez, patron de la librairie Jean Jaurès à Nice.
Pour Patrick Esclapez les pépites de cette rentrée littéraire ne sont pas forcément à chercher du côté des auteurs les plus connus. « Ce ne sont pas des grosses ventes, mais Laurent Seksik, que j’aime beaucoup, a écrit un bouquin qui s’appelle Le dernier jour de Stefan Zweig. Et là, il vient d’écrire un livre, Le cas Eduard Einstein, qui parle en fait du fils d’Albert Einstein. Il était fou et c’est toute l’histoire de l’antagonisme de son père, qui avait déclaré : « Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. » C’est une histoire vraie, un peu romancée, mais c’est superbe. On se rend compte que même des gens exceptionnels ont du mal dans leur vie quotidienne avec un enfant handicapé ou malade. C’est extrêmement bien écrit. »
• Le cas Eduard Einstein, de Laurent Seksik (Flammarion), 304 pages, 19 euros.

 

Russe

Les Eltychev

L’avis de Jean-Baptiste Gache, du rayon littérature de la Fnac de Monaco.
Jean-Baptiste Gache a choisi un ouvrage russe pour cette rentrée littéraire : « C’est l’histoire d’une famille qui doit repartir vivre à la campagne dans la vieille masure que possédait la grand-mère de la mère de famille. Petit à petit, ils vont sombrer. Le fils va mettre enceinte une fille du village, avant de s’installer avec elle. Les parents n’ont pas d’emploi, ils cultivent un jardin, commencent des travaux mais ne vont pas les finir. Et ils vont être aspirés dans une sorte de néant. Tout va aller de plus en plus mal, c’est assez noir. Ce qui m’a plu, c’est l’aspect anti-héros, des personnages qui essayent de lutter contre le destin mais qui n’y arrivent pas. On trouve un certain talent pour décrire, comme chez Dostoïevski ou Tolstoï, les rouages et les ressorts mentaux des gens. Roman Sentchine est un auteur contemporain russe et peu sont édités en France. C’est donc un livre à ne pas rater. »
• Les Eltychev, de Roman Sentchine, traduit par Maud Mabillard, (Les Editions noir sur blanc), 272 pages, 20 euros.

 

Amour

Il faut beaucoup aimer les hommes

L’avis de Véronique Chassepot, directrice de la librairie Masséna à Nice.
Véronique Chassepot a choisi de s’intéresser à un livre qui parle de la « passion amoureuse. En littérature, la passion amoureuse reste un grand mystère jamais élucidé. Darrieussecq a une très belle écriture. Le titre, Il faut beaucoup aimer les hommes, est tiré d’une phrase de Marguerite Duras. Du coup, l’écriture est assez « durassienne. ». Mais c’est aussi un livre très moderne, qui se déroule à Hollywood et où l’héroïne est une actrice française qui a plus ou moins bien réussi. Mais ce livre ne colle pas du tout la réalité. C’est une femme blanche qui tombe amoureuse d’un noir et qui se questionne beaucoup là-dessus. Il y a une réelle interrogation sur la passion amoureuse. Et surtout sur la passion non partagée. »
• Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie Darrieussecq (P.O.L.), 320 pages, 18 euros.

 

4 questions à…

Patrick Esclapez,

patron de la librairie Jean Jaurès à Nice.

Patrick Esclapez

Les gens lisent encore des livres ?
Absolument ! On sent une recrudescence de la lecture et des visites dans des librairies indépendantes. Ce phénomène remonte à un an ou deux et il a lieu au détriment des grandes enseignes comme Virgin ou la Fnac. D’ailleurs Virgin a fermé et la Fnac ne va pas très bien. En tout cas, on sent vraiment que les gens se mobilisent pour soutenir la librairie indépendante et profiter des conseils de vrais libraires. Notamment en ce qui concerne la littérature jeunesse, parce que c’est très important de bien conseiller les enfants pour les ouvrir ensuite à la littérature.

Ce qui se vend le mieux actuellement ?
La littérature jeunesse, qui propose d’ailleurs énormément de parutions. Et puis, il y a aussi la science-fiction et le polar. L’heroic fantasy mais aussi les auteurs connus se vendent bien d’une manière générale. On peut citer par exemple Le Trône de Fer (adapté en série télé sous le nom de Game Of Thrones, voir l’article publié dans L’Obs’ n° 123) ou un auteur comme Tolkien, avec Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit. Du côté des grands classiques, Stephen King marche toujours très bien.

La tablette numérique va tuer le livre ?
Non. Tout simplement parce que lire sur une tablette n’est pas agréable. A la rigueur, il y a les liseuses, mais ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Nous, on est équipé en numérique, ce qui permet à nos clients de télécharger ce qu’ils souhaitent dans tous les formats possibles. Mais pour le moment, la lecture sur les tablettes ou les liseuses ne représente pas grand-chose en France et à Monaco (1).

Les librairies physiques ont encore un avenir ?
Bien évidemment. Après, comme les marges sont très faibles, il faut travailler avec beaucoup d’attention, notamment sur la gestion des stocks. L’accueil, le conseil, le cadre… Tout cela est très important. De plus, il faut aussi des salariés qualifiés, agréables et ouverts aux clients. Et puis bien sûr, être sympathique.
_Propos recueillis par Romain Chardan

(1) Selon une étude Gfk, en France le marché du livre électronique pesait 21 millions d’euros en 2012 et devrait se situer autour de 106 millions en 2015. L’an dernier, l’ebook représentait 0,6 % du marché global du livre, contre 20 % aux Etats-Unis.