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L’AS Monaco
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FOOT / De plus en plus de sites internet amateurs tenus par des bénévoles suivent l’actualité de l’AS Monaco. Pourquoi ? Qui se cache derrière ces sites ? L’Obs’ a enquêté.

Asmfoot.fr, Planete-asm.fr, Asmousquetaires.com, Liveteam-asm.com… Depuis plusieurs années, les sites amateurs consacrés à l’AS Monaco se multiplient. Et ce phénomène a bien sûr été dopé par la reprise du club par le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev le 23 décembre 2011 pour 1 euro symbolique.

Forums
Car aux sites internet, il faut aussi ajouter les forums de discussions où l’on ne parle que de l’ASM. Le plus ancien, c’est Asm-visu.net, lancé début 2000. Début janvier, ce forum affichait plus de 825 000 messages rédigés par 1783 membres actifs qui ont ouvert plus de 8 600 sujets de discussion sur le club. De son côté, asm-foot.forum réunit environ 5 400 membres. Mais c’est Asmforum.fr qui regroupe le plus grand nombre de fans, avec près de 16 000 membres et 1,1 million de messages. Des chiffres qui n’étonnent pas vraiment Anthony Alyce, fondateur du site Ecofoot.fr : « Une grosse partie des fans de l’ASM ne vivent pas à Monaco ou sur la Côte d’Azur. Du coup, ils ont moins accès aux médias locaux. Donc ils se rabattent sur des sites amateurs qui agrègent l’essentiel des informations sur leur club préféré. Ce qui évite à ces supporters de lire L’Equipe, Nice-Matin, France Football… Chaque jour, ces sites amateurs font un véritable travail de synthèse. »

« Discussion »
Le site Asmfoot.fr a été lancé en 2000 par Christophe, un étudiant. Au bout d’un an et demi, Aurélien Maestracci l’a rejoint : « C’était un petit site sans prétention pour suivre l’actualité du club avec un œil très supporter. L’idée, c’était surtout de se faire plaisir. On avait un « chat » relié à des forums de discussion. » Au fil du temps, une équipe assez solide se constitue. Alors que la moyenne d’âge était de 17-18 ans, aujourd’hui, les collaborateurs de ce site ont plutôt la trentaine.
Toute l’actualité du club est passée en revue quotidiennement, y compris les week-ends. Des interviews de joueurs en vidéo ont été lancées il y a quelques années, avec le soutien de l’attaché de presse de l’ASM, Pierre-Joseph Gadeau. « L’an dernier, avec l’arrivée de la nouvelle direction de la communication, c’est devenu plus compliqué. Et cette année, c’est terminé : les médias amateurs ne sont plus autorisés à réaliser des interviews de joueurs ou de dirigeants. On est forcément un peu frustrés car on prenait beaucoup de plaisir. Mais ça n’est pas vraiment une surprise. On respecte la décision du club », souffle Maestracci.

« Webradio »
A l’origine de ce site, un sentiment de frustration. L’impression que l’ASM n’est pas assez exposée médiatiquement. « La plupart des médias ne creusent pas beaucoup leurs sujets. L’Equipe ou Nice-Matin n’ont pas cette possibilité. Nous, avec notre webradio lancée il y a 5 ans, on peut se permettre de faire 30 ou 45 minutes de retour sur un match, avec une analyse tactique de la rencontre, passer en détail les performances de chaque joueur… », ajoute celui qui gère ce site, avec son collègue Maxime Massicard. L’émission en question est disponible sur le site dans les 2 heures qui suivent la fin de chaque match. Sans oublier les émissions spéciales : pour un changement d’entraîneur, l’arrivée d’un joueur… Pendant les périodes de mercato l’été et l’hiver, un « hebdo du mercato » de 20 minutes fait le point sur l’ensemble des rumeurs du moment.

LOCAUX/« Une grosse partie des fans de l’ASM ne vivent pas à Monaco ou sur la Côte d’Azur. Du coup, ils ont moins accès aux médias locaux. Donc ils se rabattent sur des sites amateurs qui agrègent l’essentiel des informations sur leur club préféré. » Aurélien Maestracci. Responsable d’Asmfoot.fr. © Photo ASMFoot.fr

« Communautaire »
Autres atouts d’Asmfoot.fr : les applications mobiles disponibles sur Google-Android et sur iPhone-iPad : « C’est sur la partie communautaire que l’on peut apporter un plus. Les supporters peuvent par exemple partager des photos et des vidéos en direct pendant un match. Ils peuvent aussi accéder à un système de covoiturage. »
Cette association française loi 1901 regroupe aujourd’hui une quinzaine de collaborateurs qui ont entre 25 et 30 ans. Tous sont bénévoles. Les 2/3 sont à Monaco et le reste est en région parisienne. Depuis 5 ou 6 ans, le turnover est plus faible. Un noyau dur s’est formé. « On est devenus de vrais amis. Après, on perd 2 ou 3 personnes chaque année mais on en intègre autant. »

« Apéritif »
Pour financer l’achat de matériel, de micros, d’une table de mixage pour faire les directs radio ou l’hébergement du site, il faut de l’argent. Du coup, Asmfoot.fr s’est ouvert à la publicité. Ce qui rapporte quelques centaines d’euros par mois. Insuffisant. Alors, il a fallu trouver autre chose. « On vend une carte de membre 12 euros qui permet d’avoir des réductions chez une vingtaine de commerçants partenaires. Apéritif ou café offert dans certains bars et restaurants, réduction de 10 ou 15 % sur de l’habillement ou de la nourriture… En échange, on permet au commerçant d’attirer chez lui les membres d’Asmfoot.fr. Cette saison 400 cartes ont été vendues en 3 mois en début de saison », explique Maestracci. Mais ces revenus restent insuffisants pour embaucher un salarié.

« Orthographe »
Pour recruter, l’équipe d’Asmfoot.fr est devenue de plus en plus sélective au fil du temps. « Mais on permet aussi aux gens de progresser avec nous. La base, c’est l’orthographe. Sinon, on est organisé comme une rédaction. Avec un calendrier où les gens s’inscrivent pour traiter les événements à venir. Ensuite, on essaie d’avoir du recul sur l’actualité. Car on ne publie évidemment pas toutes les infos que l’on voit passser… » Mais ce site avoue posséder un réseau d’informateurs assez efficace : « On a nos propres contacts. Monaco est un petit village. Comme on a des collaborateurs qui travaillent en principauté, on profite de leurs informations. J’ai travaillé dans le journalisme et j’ai été en lien avec l’ASM puisque je me suis occupé de Diagonale, le magazine officiel de l’ASM. Du coup, j’ai aussi mes contacts. Et je peux vous dire qu’il y a énormément d’informations que l’on a mais que l’on ne publie pas. Exemple : on ne publie rien sur des partenariats en train d’être signés. En revanche, sur les transferts, on a moins de scrupules… »

Bienveillant
Les projets ne manquent pas pour Asmfoot.fr qui revendique une moyenne de 50 000 visiteurs chaque jour, soit l’équivalent de la capacité du Parc des Princes. Notamment le développement de la partie historique du site. L’application Asmfoot.fr disponible sur les smartphones Android et iPhone va aussi être étendue courant 2014 aux tablettes iPad et Android. Et pour la saison 2014-2015, une nouvelle version du site est prévue. « Un autre gros projet va nous faire prendre des risques financièrement. Pour l’instant, je ne veux pas en dire plus. Mais comme on est en auto-financement, chaque décision est mûrement réfléchie. »
Face à eux, le club suit tout ça d’un œil plutôt bienveillant. « Tant qu’on est une association qui rend service aux supporters et qu’on ne cherche pas à faire de l’argent sur le dos de l’AS Monaco, ça ne pose pas de problème au club. » Mais l’évolution d’internet et des nouvelles technologies font qu’il sera de toute façon impossible d’empêcher le développement de nouveaux médias. « Avec la généralisation de la 4G, on pourra même aller plus loin avec l’utilisation des photos et des vidéos. On peut par exemple facilement imaginer la diffusion de vidéos en direct depuis les tribunes du stade. »

« Développeur »
Face à Asmfoot.fr, l’autre gros site amateur consacré à Monaco s’appelle Planete-asm.fr. Un site créé le 4 juin 2004 par l’un des fondateurs du forum de supporters Asmforum.fr. « En 2008, le site Planete-asm.fr ne tournait plus vraiment. C’est tombé à un moment où j’avais envie de me lancer dans la gestion d’une équipe rédactionnelle. Je suis développeur web donc je me suis dit : pourquoi pas ? » raconte le responsable, Damien Louis qui a été rédacteur pour le site Asmfoot.fr de 2005 à 2007.
En avril 2008, il faut alors se lancer dans le recrutement d’une équipe. Le 8 juillet 2008, Planete-asm.fr réouvre. Quelques rédacteurs de l’ancienne version du site rejoignent Damien Louis : « Aujourd’hui, je crois qu’il n’en reste plus qu’un seul. » Entre 2008 et 2014, les effectifs passent de 10 à 15 personnes. Aucun n’est rémunéré. « On teste les gens avant de leur permettre de travailler avec nous. Mais c’est la qualité rédactionnelle qui prime. Si on fait 10 fautes par phrase, ce n’est pas possible… »

LIBERTE/« C’était un challenge personnel. J’avais envie de diriger une équipe. J’étais développeur web dans une équipe qui ne me faisait pas participer à des projets intéressants. Du coup, j’ai eu la volonté d’avoir un vrai projet avec une audience intéressante et une vraie liberté. » Damien Louis. Planete-asm.fr. © Photo DR

1901
Pour s’organiser, le groupe de rédacteurs utilise un forum interne, qui n’est évidemment pas accessible au grand public. « C’est notre salle de réunion, le lieu à partir duquel on s’organise. Et où on déconne aussi entre nous… » C’est aussi là que sont distribués les sujets sur lesquels il faudra écrire.
Les nouvelles recrues ne sont pas autorisées à publier directement leurs articles sur le site. « Mais une fois que l’on a confiance en quelqu’un, il peut mettre ses articles directement sur le site. Sur les sujets les plus sensibles, on tranche à plusieurs. » Bref, pas question de prendre de risques. « On a créé une association française de type loi 1901 uniquement pour que la responsabilité repose sur une personne morale et non plus physique. »
Dès 2009, le design du site est totalement revu. En 2013, c’est une mise à jour complète que s’offre ce site.

« Exclusives »
Sans journaliste professionnel et donc sans carte de presse, difficile d’approcher les joueurs de l’AS Monaco. Mais le site est reconnu par le club qui l’a intégré dans sa base de données. « On reçoit donc les communiqués officiels, comme n’importe quel autre média. » En revanche, depuis cette saison 2013-2014, plus question d’assister aux conférences de presse. « C’était possible quand l’ASM jouait en Ligue 2. Mais aujourd’hui, grâce à internet, tout va très vite. Donc même sans pouvoir accéder aux conférences de presse, on peut relayer les informations sur les réseaux sociaux comme Twitter par exemple. »
Pour avoir des infos sans accéder aux joueurs, il faut être malin. Si la majorité de ce qui est publié sur Planete-asm.fr a déjà été publié ailleurs, les recherches d’informations se font essentiellement sur le web. « On n’est pas à la chasse aux scoops. Mais on a des gens qui connaissent des gens… Et il nous est arrivé d’avoir quelques informations exclusives. »

« Buzz »
A partir de 2007, l’ASM devient moins attractif pour les médias car les résultats ne suivent plus vraiment. La relégation en Ligue 2 à l’issue de la saison 2010-2011 est vécue comme une catastrophe par les fans. « Il y avait un manque. Ce manque nous a permis de grandir. Car les supporters qui voulaient avoir des infos sur le club étaient demandeurs. » Peu à peu, l’audience de Planete-asm.fr grimpe pour atteindre une moyenne de 30 000 visiteurs chaque jour. Et Damien Louis n’hésite pas à égratigner une partie de la presse : « Beaucoup de médias traditionnels sont à côté de la plaque. Ils ne font pas l’effort de voir plus loin que le bout de leurs nez. Il se limitent à faire de la presse à scandale en tombant dans une sorte de « peoplisation » de la vie sportive. Après, en tant que jeunes amateurs, on fait nous aussi des erreurs. Mais quand on publie quelque chose, on est sûr de nous. Et on ne cherche pas à faire du buzz. »

Statistiques
Parmi les projets, une encyclopédie en ligne consacrée à l’AS Monaco, sur le modèle de Wikipedia. L’ancien président du club des supporters de Monaco (CSM), Norbert Siri, a d’ailleurs rejoint l’été dernier Planete-asm.fr en partie pour s’occuper de ce lourd dossier. Objectif : un lancement courant 2014.
Autre idée : trouver de nouvelles sources pour obtenir des statistiques qui concernent l’ASM. « Aujourd’hui, pour avoir des chiffres sur le club, il faut obligatoirement aller sur le site de la Ligue de football professionnel (LFP). »
Une certitude, pas question de faire preuve de complexes. Même sans être des professionnels de l’information reconnus, Planete-asm.fr estime être crédible, comme l’explique Damien Louis : « La légitimité vient naturellement. L’évolution du web permet aux gens de prendre la parole. Si cette parole est fiable, elle a toute la légitimité possible pour s’exprimer. A partir du moment où on ne raconte pas n’importe quoi, on devient légitime. Après, si certains estiment qu’on ne l’est pas, ils vont chercher leurs informations ailleurs. Ce n’est pas un problème. »

Grenoble
Grâce au métier de Louis, le site fait l’économie du paiement d’un hébergement. C’est environ 100 euros par mois d’économisés. Pour générer un peu d’argent, des bannières publicitaires permettent de récolter quelques centaines d’euros. « L’objectif, c’est d’arriver à payer nos abonnements à Nice-Matin et à L’Equipe. On n’est pas là pour faire du chiffre, car on reste une association à but non lucratif dont l’objectif reste de relayer une information fiable. C’est aussi par manque de temps qu’on ne travaille pas vraiment sur ces questions-là. »
Autre préoccupation : les effectifs de Planete-asm.fr sont loin de Monaco. Damien Louis vit en Dordogne, alors que son associé, Maxime Massicard, fait ses études en Inde. Le reste de l’équipe est à Grenoble, Paris, Strasbourg et en Bretagne. « Depuis peu, on a deux personnes à Monaco et trois dans les communes proches de la principauté. »

Boulet
Décalé, misant sur la dérision et même sur l’auto-dérision, le site Asmousquetaires.com démontre que l’on peut parler de foot et de Monaco en refusant de se prendre au sérieux. Toute l’actualité du club est passée à la moulinette de l’équipe de Jartagnan et d’Andy Shrek. Autoproclamé « le site de câpres et de pets », Asmousquetaires.com s’appuie sur un humour souvent absurde et des personnages dont le graphisme est inspiré de la série américaine South Park. Sans oublier des affiches de films détournées pour coller à l’actualité du club. Le premier détournement, c’est le président de l’époque, Jean-Louis Campora, transformé en cardinal Richelieu.
« On l’appelait le cardinal à ce moment-là. »
Autre exemple : déçu par les résultats de son équipe championne de France en 2000, qui a perdu de bons joueurs comme Fabien Barthez, David Trezeguet, Sabri Lamouchi ou Willy Sagnol, Jartagnan retravaille l’affiche du film Le Boulet (2002) d’Alain Berbérian et Frédéric Forestier. Pour l’occasion, Didier Deschamps et Marco Simone remplacent Gérard Lanvin et Benoît Poelvoorde. L’idée de créer un site satirique autour de l’ASM vient de naître. « L’objectif, c’est aussi de s’amuser ou de se défouler. Après des matches pourris, ça fait parfois du bien… »

« Vindicatif »
Lancé le 11 avril 2002, le site a été fermé en juin 2010. En cause, le manque de temps. « Mon boulot me prenait beaucoup de temps. En plus, je suis devenu papa… Impossible d’arriver à tout faire », raconte Jartagnan. En juin 2011, un membre d’Asmousquetaires.com tente de relancer le site. « Le club était alors en Ligue 2. Du coup, le site est devenu assez critique, assez vindicatif. Ce qui n’était pas l’idée de départ, puisqu’on misait surtout sur l’humour. »
Un changement de boulot plus tard, ce Monégasque de 33 ans parvient à dégager plus de temps libre. Du coup, en janvier 2013, Jartagnan fait son come-back. « Semu de returnu » lance alors ce site pas comme les autres. « A temps plein, on est deux, avec Andy Shrek. Après, on travaille aussi beaucoup avec les réseaux sociaux comme Facebook et surtout Twitter. Donc on peut aussi être 50… Sur Twitter, grâce à cet esprit communautaire, les idées fusent. », souligne Jartagnan. Une soirée par semaine, en général le lundi, est bloquée par Jartagnan pour assurer le fonctionnement du site.

@MFlacDo
Toutes les semaines, Asmousquetaires.com propose un compte-rendu du match du moment sur Twitter : l’équipe récupère les meilleurs morceaux de la dizaine de personnes qui commentent le match en direct sur ce réseau social. Seules limites : « Pas d’insultes, d’acharnement sur un joueur ou de commentaires trop graveleux. » Toujours sur Twitter, Asmousquetaires.com a créé un compte parodique pour le joueur de l’AS Monaco, Emmanuel Rivière : Manu FlacD’eau (@MFlacDo), un sportif pour qui « ça coule de source. » Tous les 15 jours, un compte rendu livré par ce joueur est mis en ligne. « On va suivre ce vrai-faux personnage toute la saison, comme si on était à l’intérieur du groupe monégasque. » Et ça marche. Puisque, selon Jartagnan, les jeunes joueurs de l’ASM suivent sur Twitter Asmousquetaires et Manu FlacD’eau et acceptent parfois le dialogue.

« Cheptel »
En plus des informations loufoques et souvent très drôles, Asmousquetaires.com s’est aussi fait connaître pour l’utilisation du mot « cheptel » pour désigner le groupe de joueurs monégasques. « En avril 2002, on avait une belle équipe de chèvres : Cyril Domoraud, Pontus Farnerud, Alex Nyarko… Après un match catastrophique, un membre avait posté sur un forum un article qui mélangeait le jeu de la soule avec nos joueurs qui broutaient paisiblement. » C’est comme ça qu’est né le cheptel.
« Sur Monaco, on est les seuls à faire ça. A Bordeaux, le site Chezlesgirondins.com travaille un peu dans le même esprit que nous : c’est-à-dire sans se prendre au sérieux. On entretient d’ailleurs d’excellentes relations avec eux. » Et à part ça ? Pas grand chose. Est-ce que les footeux auraient du mal à verser dans l’auto-dérision ? « Même si le foot brasse énormément d’argent, tout ça ne reste que du foot. Il faut absolument arriver à prendre du recul et à rire de tout ça. »

Juridique
Contrairement aux autres sites constitués en association française loi 1901, Asmousquetaires n’a pas de statut juridique. Et ce site ne vise aucun objectif d’audience. « Notre modèle économique, c’est 0. On ne gagne pas un centime. L’été dernier, on a vendu 45 écharpes à 15 euros, frais de port offert. C’est tout. Ça paie le nom de domaine pour les trois prochaines années. » Peut-être que cet argent permettra de proposer de la vidéo sur le site. L’occasion de diffuser quelques films parodiques. En mars 2012, un remake de la série télé de Canal+, Bref, était en projet. Si en mai prochain l’ASM se qualifie pour la Ligue des Champions 2014-2015, Asmousquetaires.com devrait proposer à la vente « 50 ou 100 tee-shirts » pour célébrer cet événement et continuer à financer le développement de son site.

« Guerre »
Quant aux relations entretenues par tous ces sites, elles sont quasi nulles. Si tout le monde supporte l’ASM, chacun le fait à sa manière et surtout, dans son coin. « Au début, c’était un peu tendu avec les autres sites consacrés à l’ASM, avoue Jartagnan. Pourtant, on n’est pas du tout sur le même créneau. On a assez peu de contacts avec eux. Sur Asmfoot.fr je connais 4 ou 5 rédacteurs. Planete-asm.fr est moins présent à Monaco, mais je connais leur dessinateur. Aujourd’hui, on se parle peu, mais c’est plus calme. Chacun dans son coin et les vaches seront bien gardées… » Aurélien Maestracci confirme ce ressenti : « Avec Planete-asm.fr, on a peu de contacts, mais ce n’est pas la guerre non plus. D’ailleurs, Damien Louis est un ancien de chez nous. »
Une certitude, la concurrence est plus frontale entre Asmfoot.fr et Planete-asm.fr puisque le traitement de l’actualité est assez similaire. Mais Damien Louis ne voit pas tout à fait les choses ainsi : « C’était vrai au début. Ça l’est moins aujourd’hui. Et puis, cette concurrence est stimulante. Ça permet de ne pas s’endormir et de toujours se remettre en question. » Avec Asmfoot.fr peu ou pas de contacts : « Eux proposent une webradio, nous non. Eux font des interviews, pas nous. Seules les interviews pas éphémères nous intéressent. Comme, par exemple, Didier Deschamps qui reviendrait sur l’épopée européenne de 2003-2004. Du coup, avec Asmfoot.fr, on est complémentaires. »

Mediapart.fr
En face, Aurélien Maestracci préfère garder les pieds sur terre : « Même si Monaco a des supporters partout en France et dans le monde, on ne pourra jamais atteindre 300 000 visites par jour sur notre site. Pour quitter le statut associatif et se lancer sous la forme d’une SARL, il faudrait un potentiel de visiteurs que l’on n’aura jamais. Seuls le Paris-Saint-Germain ou l’OM génèrent assez de visites pour pouvoir embaucher un ou deux salariés à temps plein. »
Mais aucun de ces sites ne veut devenir payant. Pas question de se professionnaliser, avec un abonnement mensuel, sur le modèle de Mediapart.fr par exemple. Plus qu’un choix économique, c’est une certaine idée de l’information que veulent défendre ces bénévoles : « Je comprends bien qu’il faut rémunérer les journalistes. Mais j’ai du mal à accepter que l’information ne soit accessible qu’à ceux qui ont les moyens de l’acheter. Comme la culture, la connaissance et tout ce qui n’est pas matériel, l’information devrait être gratuite. C’est mon point de vue », insiste Damien Louis.

« Live »
Peut-être. Reste que le 1er janvier un nouveau site consacré à l’AS Monaco a été lancé : Liveteam-asm.com. Un site qui promet « l’AS Monaco en live et en direct » à travers les réseaux sociaux. Twitter, Facebook, Instagram et même YouTube, Liveteam-asm.com joue sur tous les tableaux. Une section « Live TV » est aussi prévue, avec des montages vidéos. Alors qu’Asmousquetaires.com est invité chaque semaine à chroniquer l’actualité à sa manière. Reste à savoir si l’audience sera suffisante pour parvenir à s’imposer. Et comment vont réagir les sites installés depuis des années.


En tout cas, à l’heure du « tout gratuit » sur internet, la presse française doit accélérer sa modernisation. Son modèle économique est clairement fragilisé par les nouveaux usages liés à internet. Et si la presse « papier » risque de devenir l’un des rares médias d’information payant, les recettes publicitaires sur internet affichent de jolies perspectives. Quant aux médias « papier » présents sur internet, il leur reste encore à trouver un modèle économique stable pour assurer leur rentabilité sur le web.

« Dédale »
Même si, à ce jour, aucun média n’a tué ceux qui l’ont précédé, la presse « papier » ne peut pas se priver d’une réflexion en profondeur : comment réinventer la façon de produire et de diffuser l’information ? « Ce que démontre le “tous journalistes” est précisément, a contrario, qu’il y a un vrai métier de journaliste. Qu’il faut redéfinir profondément, mais qui va sortir vainqueur de cette confusion. Car on aura de plus en plus besoin de professionnels pour s’y retrouver dans le dédale et nous épargner de chercher au milieu des 999 000 prises de parole à disposition », estime le philosophe Marcel Gauchet, interrogé par Le Monde en février 2009.
Pendant ce temps, les sites amateurs consacrés au foot militent pour une information libre et gratuite. « Ces sites sont gérés par des bénévoles qui ne vivent pas de cette activité, rappelle le fondateur d’Ecofoot.fr, Anthony Alyce. Or, même avec 50 000 visiteurs par jour, tout peut s’effondrer assez vite si le site n’est plus mis à jour quotidiennement. Tout repose donc sur la motivation et le degré d’implication de ces bénévoles. Ça reste donc un modèle fragile et ces nouveaux médias peuvent être éphémères. Leur succès peut aussi être éclipsé par l’arrivée d’un autre site. » A suivre.
_Raphaël Brun

L’essentiel/
Qui fait quoi ?

Nom : Asmfoot.fr
• Date de création : 2 000
• Statut juridique : Association loi 1901
• Dirigeant : Aurélien Maestracci
• Audience : 50 000 visites/jour en 2013
• Nombre de collaborateurs : 15
• Chiffre d’affaires 2013 : NC
Nom : Planete-asm.fr
• Date de création : 8 juillet 2008
• Statut juridique : Association loi 1901
• Dirigeants : Damien Louis et Maxime Massicard
• Audience : 30 000 visites/jour en 2013
• Nombre de collaborateurs : 15
• Chiffre d’affaires 2013 : 1 200 euros
Nom : Asmousquetaires.com
• Date de création : 11 avril 2002
• Statut juridique : Néant
• Dirigeant : Jartagnan
• Audience : 420 visites/jour en 2013
• Nombre de collaborateurs : 3
• Chiffre d’affaires 2013 : 600 euros

 

« Une information immédiate, courte et à fort impact »

ECONOMIE / Anthony Alyce, fondateur du site ecofoot.fr, décrypte les mécanismes sur lesquels repose le développement des sites internet de foot gérés par des amateurs.

TWITTER/« Désormais, avec des réseaux comme Twitter tout le monde peut donner son avis en direct et à tout moment, sur n’importe quel sujet. Et même créer des communautés. Résultat, un écosystème digital annexe s’est créé autour de l’AS Monaco. » Anthony Alyce. Fondateur du site Ecofoot.fr. © Photo DR

Tous les clubs de foot sont suivis par des sites amateurs ?
Non. Ce phénomène ne concerne pas tous les clubs de foot. C’est assez spécifique. Il faut que plusieurs paramètres soient réunis. A Monaco, trois paramètres expliquent le développement de ces sites d’actualité amateurs.

Lesquels ?
D’abord, il y a le rachat du club par le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev qui a fait changer l’ASM de dimension. Ensuite, l’actualité florissante autour du club joue aussi, avec par exemple les problèmes de fiscalité.

Et le troisième paramètre ?
Il existe aussi une tendance de fond qui remonte à 2006-2007, avec le développement de sites communautaires autour de l’AS Monaco. Une logique qui s’inscrit également dans le développement des réseaux sociaux. Désormais, avec des réseaux comme Twitter tout le monde peut donner son avis en direct et à tout moment, sur n’importe quel sujet. Et même créer des communautés. Résultat, un écosystème digital annexe s’est créé autour de l’AS Monaco.

Mais avec 50 000 visiteurs par jour, ces sites amateurs génèrent une véritable audience !
C’est exact. J’ai discuté récemment avec Arnaud Viodé-Vignon, responsable éditions/multimédia des Girondins de Bordeaux. Il m’expliquait que ces sites amateurs cannibalisent un peu l’audience du site officiel du club. A Bordeaux, l’audience du site officiel diminue parce qu’une partie des visiteurs préfère aller sur des sites ou des blogs pas institutionnels ou même se contenter de Twitter.

Comment vous expliquez ce succès ?
Au fond, ce qui plait, c’est que la communication n’est pas verrouillée, contrairement aux sites officiels des clubs. Planete-asm.fr, asmousquetaires.com ou asmfoot.fr peuvent reprendre des informations qu’ils ont vu sur internet. Notamment en période de transferts, où les fans de foot adorent lire ce genre de rumeurs. Alors que le site officiel de l’AS Monaco doit attendre l’officialisation d’un transfert pour publier l’information sur son site. Du coup, une partie de l’audience se déporte du site officiel vers les sites amateurs qui sont aussi beaucoup plus réactifs.

D’autres explications ?
Une grosse partie des fans de l’ASM ne vivent pas à Monaco ou sur la Côte d’Azur. Du coup, ils ont moins accès aux médias locaux. Donc ils se rabattent sur des sites amateurs qui agrègent l’essentiel des informations sur leur club préféré. Ce qui évite à ces supporters de lire L’Equipe, Nice-Matin, France Football… Chaque jour, ces sites amateurs font un véritable travail de synthèse.

Mais depuis que Monaco est remonté en Ligue 1, ces sites amateurs ne peuvent plus interviewer ni les dirigeants du club, ni les joueurs ?
Dans la mesure où ces sites attirent plusieurs dizaines de milliers de personnes chaque jour, c’est assez logique. L’AS Monaco a restructuré son pôle communication, avec l’arrivée d’un ancien du Paris-SG, Bruno Skropeta, au poste de directeur de la communication. Or, Bruno Skropeta cherche à donner une valeur ajoutée aux médias digitaux du club.

Et ça marche ?
Depuis son arrivée, les comptes Twitter et Facebook de l’ASM ne cessent de progresser. L’ASM compte plus de 111 000 abonnés sur Twitter (1). L’objectif, c’est de reprendre la main sur les médias digitaux.

Ces sites amateurs sont vraiment crédibles ?
Aujourd’hui, certains clubs sont ouverts aux communautés de fans sur internet. Parce qu’ils savent que ces sites amateurs sont aussi des leaders d’opinion capables d’influencer les milliers de personnes qui les suivent. Du coup, souvent les clubs préfèrent les avoir avec eux que contre eux. Résultat, avoir une carte de presse et être journaliste professionnel n’est plus forcément une nécessité.

Ces sites amateurs vivent de quoi ?
Pour monétiser l’audience d’un site, il y a plusieurs solutions. On peut publier de la publicité pour des annonceurs. Pour cela, il suffit par exemple de s’inscrire auprès de la régie publicitaire de Google : ensuite Google propose des publicités en lien avec le foot ou en lien avec les centres d’intérêts de l’internaute.
Les sites avec une forte audience peuvent miser sur le coût par 1 000 impressions (CPM), c’est-à-dire pour 1 000 pages vues. C’est une unité qui permet de mesurer le prix d’un espace publicitaire sur un site internet.

D’autres solutions ?
Pour les sites qui ont une audience plus faible, il y a le coût par clic (CPC) : le site touche de l’argent chaque fois qu’un visiteur clique sur une publicité.

Le groupe L’Equipe est en perte de vitesse ?
Les éditions « papier » de L’Equipe et de L’Equipe Mag’ souffrent. Du coup, il y a eu un changement éditorial. Désormais, ces journaux n’hésitent pas à parler de nouveaux sports et à traiter de sujets plus économiques. Leur site internet lequipe.fr a évolué aussi : les sports américains sont suivis alors qu’ils ne l’étaient que très peu auparavant. Mais avec les charges, il est très difficile pour L’Equipe d’être rentable.

L’Equipe est condamnée ?
Pas forcément. D’ailleurs, ils ont réagi en cherchant à monétiser autrement l’audience de leur site internet. Ils proposent par exemple EVoyages, un service de voyages en ligne pour assister à des événements sportifs bien précis : grand prix de F1, tournoi des VI Nations de rugby, matches de foot anglais, boxe au Madison Square Garden… Le pack comprend le billet pour accéder à l’épreuve sportive, mais aussi le billet d’avion, l’hôtel… Et puis, ils ont aussi lancé EBar.

En quoi consiste EBar ?
C’est un service qui permet de localiser quel bar diffuse quel match selon le lieu où l’on se trouve. Là encore, ça permet au site lequipe.fr de générer de nouvelles rentrées d’argent.

Les grands médias sportifs sont en danger ?
Je ne pense pas. D’ailleurs, les sites de foot amateurs reprennent souvent des informations venues de grands médias sportifs. Ils ne sont que rarement à la source de l’information qu’ils publient. En revanche, les grands médias sportifs vont devoir rapidement songer à travailler avec ces sites amateurs.

Comment ?
Le site du Monde, lemonde.fr, le fait déjà très bien. Lorsqu’un blog sur internet commence à avoir une audience confortable, le responsable du blog devient un salarié du Monde. Et le contenu du blog est intégré dans le contenu éditorial proposé par lemonde.fr. L’avantage, c’est que Le Monde récupère en même temps l’audience du blog et vend ensuite plus cher les espaces publicitaires sur lemonde.fr.

Mais avec Twitter, les sites amateurs sont plus réactifs que les médias traditionnels ?
Grâce à Twitter, les barrières tendent à s’effacer entre le grand public et les dirigeants des clubs de foot. Souvent, on voit des dirigeants suivre leur communauté de fans sur Twitter. Résultat, l’information est parfois donnée en direct sur Twitter. Ce n’est plus la peine d’attendre le lendemain pour lire L’Equipe.
Mais Twitter est limité à 140 caractères !
C’est vrai que Twitter se limite à des informations courtes. Du coup, il manque une analyse et une profondeur dans les sujets traités. Une richesse d’analyse que l’on retrouve à l’inverse dans L’Equipe ou L’Equipe Mag’. Twitter reste de l’information immédiate, courte et à fort impact. Un fan de foot qui arrive sur une page internet avec un article long de 5 000 mots n’ira pas forcément au bout de sa lecture.

Pourquoi ces sites amateurs refusent de devenir payant ?
Devenir payant, ça implique de restreindre son audience à ceux qui accepteront de payer pour vous lire. Or, moins de lecteurs c’est aussi moins valorisant et moins encourageant… En revanche, ces sites proposent souvent une boutique dans laquelle ils vendent des écharpes, des tee-shirts… Du coup, pour vendre, ils ont besoin d’avoir une audience la plus large possible. Ce qui les oblige à produire le plus de contenu possible. Un modèle payant ruinerait immédiatement cette logique qui repose en partie sur la vente de produits dans leurs boutiques en ligne.

L’avenir de ces sites amateurs est assuré ?
Beaucoup de ces sites amateurs ne gagnent pas assez d’argent pour être rentables. Ils sont d’ailleurs gérés par des bénévoles qui ne vivent pas de cette activité. Or, même avec 50 000 visiteurs par jour, tout peut s’effondrer assez vite si le site n’est plus mis à jour quotidiennement.
Tout repose donc sur la motivation et le degré d’implication de ces bénévoles. Ça reste donc un modèle fragile et ces nouveaux médias peuvent être éphémères. Leur succès peut aussi être éclipsé par l’arrivée d’un autre site. Un rachat peut aussi changer la donne.

Comment vous voyez l’avenir de l’information sportive ?
Les journaux papiers ne vont pas forcément disparaitre. Mais demain il y aura une cassure entre les journaux « papier » et les journaux sur internet. Le journal « papier » proposera de vrais articles de fonds, des analyses, des enquêtes, des reportages… Bref, des articles longs. Alors que sur internet, on sera sur un format court, avec des scoops et des exclusivités en direct, sans traiter des sujets de fonds. On restera dans la recherche de l’immédiateté.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) Début janvier, le Paris-SG affichait 985 631 abonnés sur Twitter, contre 833 110 pour l’OM.