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L’AS Monaco défie le Paris-SG

FOOT / Après être resté prudent, l’AS Monaco affiche désormais ses ambitions : être champion de France. Mais la concurrence avec le Paris-SG s’annonce difficile.

La communication de l’AS Monaco a été réglée au millimètre et en deux temps. Lundi 8 juillet, une première conférence de presse a été consacrée à la présentation de quatre nouvelles recrues : l’ancien arrière gauche du FC Barcelone, Eric Abidal, l’ex-milieu de terrain de Malaga, Jérémy Toulalan, Nicolas Isimat-Marin (21 ans, Valenciennes) et l’international portugais Ricardo Carvalho (35 ans, Real Madrid). Si les journalistes se sont déplacés massivement au Monte-Carlo Bay, ils étaient encore plus nombreux le lendemain à l’hôtel Hermitage à 15 heures pour découvrir la star du recrutement monégasque : l’international colombien Radamel Falcao.

Journalistes
Acheté 60 millions d’euros, cet attaquant venu de l’Atletico Madrid a attiré un maximum de médias. Du coup, il méritait bien une petite mise en scène préparée pour l’occasion. Bien sûr, histoire de faire un peu monter la pression, pas question de présenter Falcao en premier. Ce sont deux autres recrues venues de Porto qui ont été mises en avant : le milieu international portugais Joao Moutinho, 26 ans, et le milieu offensif colombien, James Rodriguez, 22 ans. Problème : l’avion de Rodriguez a du retard, environ 1 heure. Du coup, les dizaines de journalistes présents doivent patienter. Lorsque Moutinho et Rodriguez arrivent, avec plus d’une heure de retard, forcément, tout le monde a le sourire. Mais les 13 caméras de télé attendent surtout Falcao qui finit par arriver à 17 heures. Veste rose pâle, chemise bleu ciel, pantalon gris, cheveux lisses, teint halé, grand sourire… Pendant 30 minutes, le joueur colombien répond aux questions : un discours très convenu bien sûr, comme souvent dans le milieu du foot.

« Champion »
Pas de révélations fracassantes donc, ni sur le contenu des négociations ou sur les salaires. Extrait : « C’est une nouvelle étape de ma vie et de ma carrière. Je pense que ça peut me donner une dimension supplémentaire. Beaucoup pensent que ça va être un échec mais c’est à nous de travailler pour réussir à gagner des titres. Je suis très content de jouer avec Abidal et Toulalan, de très bons footballeurs d’expérience pour accompagner les jeunes. Mon objectif c’est de marquer autant de buts qu’il en faudra pour que Monaco soit champion. C’est la base de tout. »
Mais ce qui a changé, c’est le discours tenu par plusieurs joueurs concernant leurs ambitions. C’est d’abord Toulalan qui a lancé le 8 juillet : « Ce projet monégasque est bien entendu une très bonne chose pour le football français. Nous sommes armés pour batailler contre Paris. Mais il y a d’autres équipes… L’objectif, c’est d’être champion. L’équipe doit se former, mais avec de grands joueurs, ça sera plus facile. »
Le lendemain, Falcao a insisté : « L’objectif est très clair, c’est de gagner toutes les compétitions. Chaque match sera une finale pour nous. Il faudra donc gagner tous les matches… Et on fera les comptes à la fin de la saison. » Un discours très volontariste et ambitieux qui détonne par rapport à la relative prudence affichée par les dirigeants du club.

« Equipe »
Interrogé par L’Obs’ au mois de juin, le président Dmitry Rybolovlev avouait seulement vouloir avancer « étape par étape » parce que « le championnat de France est très difficile. » En fixant comme « première ambition » une qualification pour la Ligue des Champions. Ce qui peut passer par une deuxième ou une troisième place en championnat. A aucun moment le titre de champion de France n’a été évoqué par la direction de l’AS Monaco.
Une prudence dont les joueurs sont sortis les 8 et 9 juillet. Si le directeur sportif de l’ASM, Vadim Vasilyev, s’est borné à dire que la logique était de « construire une équipe » autour de Falcao, il a aussi dévoilé une partie de la stratégie de communication du club : « Falcao représente tout ce qu’on aime : c’est un grand homme et un grand joueur. » C’est-à-dire non seulement un excellent joueur de foot mais aussi une personnalité avec un véritable poids médiatique.

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Idéal pour asseoir la nouvelle image du club dont la communication affichée à travers le slogan « made in Monaco » vise à enraciner en principauté un projet à dimension mondiale, avec des intervenants très internationaux. Banco : le 10 juillet, des mesures d’audience concluaient que 3 millions de personnes ont suivi la présentation de Falcao en direct sur les chaînes d’informations sportives en France, mais aussi en Colombie et au Portugal. Alors que sur le site internet de l’ASM, si la conférence de presse de Toulalan, Abidal, Ricardo Carvalho et Isimat-Mirin a réuni 42 000 internautes, celle de Falcao a comptabilisé 100 000 connexions.

Naples
« On m’a demandé d’être la pièce essentielle d’un projet. Et ça, c’est quelque chose qui a beaucoup compté pour moi dans mon choix. C’était même fondamental » a souligné Falcao. Une « pièce essentielle » d’un puzzle hyper médiatisé et qui n’est évidemment pas passé inaperçu du côté du Paris-SG qui nourrit aussi depuis juin 2011 et le rachat du club par le fonds d’investissement qatari Qatar Sport Investments (QSI) un projet assez comparable. Le 11 juillet, alors que L’Obs’ était en bouclage, le Paris-SG était d’ailleurs sur le point de battre le record du transfert le plus cher détenu jusqu’alors par Monaco avec 60 millions pour Falcao et un salaire estimé à 14 millions d’euros nets par saison. En effet, l’arrivée de l’Uruguayen Edinson Cavani, en provenance de Naples, était quasiment bouclée. Montant estimé de la transaction : 63 millions d’euros.

Leonardo
Si la démission du directeur sportif Leonardo le 10 juillet a jeté le trouble sur la réputation du Paris-SG, champion de France en titre, le départ de l’entraîneur Carlo Ancelotti pour le Real Madrid pose aussi question. Résultat, si on ajoute les bagarres lors de la célébration du titre au Trocadéro et la suspension de Leonardo de toute fonction officielle jusqu’au 30 juin 2014 pour avoir bousculé volontairement l’arbitre de la rencontre entre Paris et Valenciennes, Alexandre Castro le 5 mai, l’image du club est considérablement brouillée. Le départ de Leonardo, homme de réseaux, sera effectif le 2 septembre. Ce qui fait grandir l’idée d’un Paris-SG victime d’une instabilité chronique, qui peine à afficher une véritable continuité dans son projet.
En face, Monaco affiche, pour le moment, une unité enviable. Tout en continuant à construire une équipe dont l’objectif sera de concurrencer le Paris-SG.

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Alors que L’Obs’ était en bouclage mi-juillet, l’AS Monaco avait déjà dépensé environ 145 millions d’euros. Et même si peu de journalistes y ont cru, le directeur sportif Vadim Vasilyev a juré que l’effectif de Monaco était au complet. Les arrivées de James Rodriguez, Joao Mouthinho (FC Porto), Anthony Martial (Lyon), Nicolas Isimat-Mirin (Valenciennes), Gaetano Monachello (Metalurg Donetsk), Falcao (Atletico Madrid), Eric Abidal (FC Barcelone), Ricardo Carvalho (Real Madrid) et Jérémy Toulalan (Malaga). Un effectif au complet, sauf si une jolie opportunité se présente d’ici la fin du mercato estival, le 2 septembre.

Automatismes
L’équipe entraînée par Claudio Ranieri aura donc une mission claire : décrocher l’une des trois premières places du championnat de Ligue 1 qui permet d’accéder la saison suivante à la prestigieuse et lucrative Ligue des Champions. Autant dire que se qualifier pour jouer en 2014-2015 la Ligue Europa, souvent appelée « petite Coupe d’Europe », serait vécu comme un échec par les supporters redevenus ambitieux après plusieurs saisons très délicates et une descente en Ligue 2.
Reste à savoir si l’équipe construite cet été parviendra à trouver les automatismes nécessaires et la capacité à jouer ensemble que tout groupe doit posséder pour espérer s’imposer. Dans le milieu du foot, beaucoup d’expériences démontrent qu’aligner de grands noms ne suffit pas à remporter des titres dans la foulée.

Fortune
Manchester City en sait quelque chose. Racheté en 2008 par le groupe uni d’Abu Dhabi pour le développement et l’investissement (ADUG) pour un prix estimé entre 268 et 375 millions de dollars, ce club a souffert avant de remporter des trophées. Le cheikh Mansour, président de l’ADUG et membre de la famille royale du riche émirat pétrolier n’a pas hésité à commencer fort. 42 millions d’euros pour acheter Robinho au Real Madrid dès la première saison qui se termine par un fiasco. Manchester City échappe de peu à une descente en deuxième division. En 2010, ce club anglais dépense 150 millions d’euros en transferts. Et l’année suivante, le déficit est estimé à 195 millions de livres.

Milliard
En quatre ans, Manchester City a dépensé un milliard de livres, soit environ 1,2 milliard d’euros, pour finalement remporter le championnat d’Angleterre en 2012. Un exemple que Monaco cherchera à éviter. Car si le Paris-SG peut s’appuyer sur une surface financière qui semble presque illimitée, l’ASM repose uniquement sur la fortune de Dmitry Rybolovlev. Une fortune énorme mais limitée, puisqu’elle est estimée à 9,1 milliards de dollars, soit environ 7 milliards d’euros. Une fortune qui pourrait être divisée par deux si Elena Rybolovleva, l’ex-épouse de Rybolovlev, obtient satisfaction suite au divorce qu’elle a demandé en décembre 2008. Ce qui fait peser une réelle incertitude sur la durée de l’implication de Dmitry Rybolovlev dans l’AS Monaco.

Bataille
Sur le terrain juridique, d’autres incertitudes se font toujours sentir. En ce qui concerne le combat qui oppose l’ASM à la Ligue de football professionnel (LFP) et à la Fédération française de football (FFF) (voir L’Obs’ n° 122), rien n’est réglé. Obligé de « se conformer aux règles françaises, notamment sur le plan fiscal », en installant son siège social en France d’ici juin 2014, Monaco a lancé deux recours auprès du Conseil d’Etat. Première bataille perdue, puisque le juge des référés du Conseil d’Etat a rejeté le 20 juin la demande du club de suspendre l’exécution de la décision du 21 mars 2013. Une décision dans laquelle le conseil d’administration de la LFP prévoit que les clubs de foot professionnels évoluant en Ligue 1 et Ligue 2 devront avoir leur siège en France à partir du 1er juin 2014. Ce qui mettrait donc fin aux avantages fiscaux dont bénéficient les joueurs étrangers de l’ASM.
Le juge a donc invoqué un « défaut d’urgence », étant donné que cette mesure ne sera pas appliquée immédiatement. Tout en estimant que cette décision n’a pas eu de véritable effet sur la préparation du budget 2013-2014 ou sur les exercices suivants, pas plus que sur le recrutement des joueurs.

« Equité »
Mais tout n’est pas perdu pour l’ASM qui verra sa requête en annulation de cette décision du 21 mars examinée par le Conseil d’Etat dans les mois à venir. Lors de l’audience du 20 juin, le juge Alain Ménéménis a indiqué que cette décision n’aurait pas d’impact sur la « décision au fond. » Ce qui a fait réagir la LFP dans un communiqué : « Même si cette décision ne préjuge pas juridiquement le fond, elle conforte incontestablement la démarche de la LFP qui vise simplement à rétablir une certaine équité dans la compétition. » En face, Monaco a également réagi dans un communiqué : « Le juge n’a pas pris parti sur le doute sérieux affectant la décision. Il s’en est tenu à l’urgence. Il a estimé que la décision n’affectait pas le passage de l’AS Monaco en Ligue 1 pour la saison 2013-2014 et il a indiqué que le Conseil d’Etat allait faire le nécessaire pour statuer sur la légalité de la décision de la Ligue dans les mois prochains, donc avant qu’elle ne prenne effet. » Avant d’expliquer que pour le club, cette décision « ne préjuge en rien de la décision au fond. » Réponse dans les prochains mois.
_Raphaël Brun

Discipline/
LFP : sanctionné, Monaco fait appel

Un match ferme à huis clos ferme et un retrait de 3 points, dont un avec sursis. C’est la sanction infligée à l’ASM par la commission de discipline de la LFP fin juin. En cause, le match à domicile contre Le Mans le 17 mai dernier (2-1). La commission reproche à Monaco un « usage d’engins pyrotechniques, l’envahissement de terrain à l’issue de la rencontre et une brutalité envers l’arbitre par un spectateur ayant envahi le terrain. » Monaco a décidé de faire appel le 10 juillet en estimant que « cette sanction est anormalement sévère et qu’elle est disproportionnée en regard de la jurisprudence habituelle des instances disciplinaires fédérales et de l’absence de précédents. » Une banderole a été installée fin juin sur la moyenne corniche 200 mètres après la sortie du tunnel de l’A8, sur laquelle on peut lire « LFP = Mafia. ». Tous les automobilistes se rendant en principauté pouvaient profiter de ce coup de gueule._R.B.