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« L’argent ne fait pas tout »

FOOT / Entraîneur du Paris-SG (2005-2007) puis de l’AS Monaco (2009-2011), Guy Lacombe vient d’être nommé à la direction technique nationale française. Il raconte à L’Obs’ ce qui sépare ces deux clubs qu’il connait de l’intérieur.

Vous avez fait quoi depuis votre départ de Monaco, en janvier 2011 ?
J’en ai d’abord profité pour me ressourcer un peu parce que j’en avais bien besoin. Ensuite, j’ai eu quelques contacts avec des clubs français de Ligue 1 (L1). J’aurais donc pu rebondir assez vite ailleurs. Mais par rapport à ma famille, j’ai préféré calmer le jeu. Et puis, j’avais pour projet de partir à l’étranger.

C’est pour ça que vous êtes allé entraîner le club d’Al Wasl à Dubaï ?
En novembre 2012, j’ai accepté d’aller remplacer Bruno Metsu qui était alors gravement malade*. Avant Bruno Metsu, l’équipe était entraînée par Maradona. Au départ, je n’étais pas très chaud. Et puis, les dirigeants ont été convaincants.

Ce qui vous a intéressé dans ce projet ?
Voir autre chose. Bien sûr, j’étais déjà allé à Dubaï, mais c’était dans le cadre d’un colloque. Là j’ai pu travailler avec des Emirati dans un contexte totalement différent.

Le foot évolue là-bas à quel niveau ?
Le club d’Al Ain est un peu considéré comme le Paris-SG local. D’ailleurs, ils ont remporté le championnat des Emirats en 2012 et 2013. C’est vraiment une bonne équipe qui possède les meilleurs joueurs emirati. Sans oublier des joueurs connus en France, comme les deux anciens joueurs de Rennes, Gyan Asamoah ou Jirès Kembo-Ekoko.

Quel est le niveau par rapport à la L1 ?
Difficile de situer Al Ain par rapport à la L1. Mais cette équipe pourrait très bien faire quelques bons résultats en L1 et aussi connaitre quelques désillusions, notamment par rapport au rythme. Mais à l’inverse, à cause de la chaleur, une équipe française aurait aussi du mal à s’adapter au jeu des Emirats Arabes Unis (EAU).

D’autres équipes sortent du lot ?
Al Ahly, Al Nasr et Al Jazira sont aussi des équipes qui essaient de se professionnaliser. Et puis, il y a aussi d’autres clubs qui ont plus de difficultés. Là-bas, ils recrutent maximum 4 joueurs étrangers par équipe, sachant que les gardiens ne peuvent pas être étrangers. Ils font aussi souvent appel à des entraîneurs étrangers. Résultat, on voit que petit à petit, leur football progresse.

Et Al Wasl ?
Al Wasl a un passé glorieux. Du coup, avec les dirigeants on a essayé de renouer avec ça.

Pourquoi vous avez été viré en février dernier ?
A la trève, sur mes 4 étrangers, 2 étaient blessés. Et le seul international emirati que l’on avait a été victime d’une rupture des ligaments croisés du genou. Ce qui faisait beaucoup. Voilà pourquoi on a perdu 2 derbys importants, ce qui ne pardonne pas là-bas. Et j’ai été remplacé par un entraîneur local.

Votre bilan avec Al Wasl ?
Quand je suis arrivé, l’équipe était 8ème. Lorsque je suis reparti, elle était 9ème. Et Al Wasl a fini sa saison 9ème. Ce qui démontre que cette équipe avait ce niveau-là, pas plus. 9ème, c’était sa place.

Et dans les stades ?
Ce n’est ni Marseille, ni Paris, mais il y a plus de monde qu’au Qatar. Dans les tribunes, on a environ 1 000 à 2000 spectateurs par match.

Comment vous êtes arrivé à la Direction technique nationale de la FFF ?
Le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, m’a contacté pour savoir si je serais intéressé par un poste concernant la formation des cadres. Mon profil les intéressait. Je suis monté à Paris pour en discuter avec le directeur technique national (DTN), François Blaquart, avant de donner mon accord.

Mais on vous voyait plutôt rejoindre un club de Ligue 1 !
J’ai eu le temps de réfléchir à mon parcours. Finalement, ma carrière en tant que joueur, puis comme formateur et entraîneur n’est pas si mal que ça. Après, il y a aussi ma famille à prendre en compte. Donc j’ai estimé que c’était le bon moment pour transmettre ce que j’ai pu apprendre de mes 6 années de formateurs et de mes 18 années d’entraîneur.

Votre fonction exacte à la DTN ?
Je commence en octobre comme entraîneur national et responsable de la formation des cadres techniques. C’est-à-dire tout ce qui concerne les diplômes liés à la formation, pour arriver au diplôme d’entraîneur professionnel de football (DEPF). L’idée, c’est que j’ai une vision d’ensemble sur ces questions là.

Vous avez entraîné le Paris-SG et l’AS Monaco : quels sont les points communs entre ces deux clubs ?
Ces deux clubs ont besoin de gros moyens. Quand l’ASM a bien marché, c’est qu’ils avaient des moyens et un président fort, comme Jean-Louis Campora l’a été à l’époque. A Paris, c’est pareil, sauf qu’il y a une pression des supporters et médiatique qui est beaucoup plus forte.

A Monaco la pression est moins forte ?
En principauté, le manque de pression et l’environnement très protégé obligent à miser sur des joueurs qui arrivent à se motiver par eux-mêmes.

D’autres différences entre ces deux clubs ?
A Paris, il y a en projet un centre d’entraînement ultra moderne qui devrait être livré d’ici le printemps 2016. A Monaco, il y avait aussi des projets car tout n’était pas parfait. Il faut dire que le prix au m2 des terrains autour de Monaco est très, très cher…

Et en interne, les deux clubs sont organisés différemment ?
Au Paris-SG, j’ai connu deux présidents. Pierre Blayau (2005-2006), puis Alain Cayzac (2006-2008). C’est Pierre Blayau qui m’a fait venir en 2006, avec Jean-Michel Moutier comme directeur sportif. C’était un bon attelage, on travaillait bien. D’ailleurs, on a gagné la Coupe de France en 2006. Du coup, Pierre Blayau était prêt à faire des efforts pour l’avenir. Et on s’apprêtait à recruter pas mal de très bons joueurs. Notamment Jérémy Toulalan, Yoann Gourcuff, Mickaël Landreau, Sébastien Squilacci… C’était une nécessité. Car tous les joueurs de mon groupe ne s’entendaient pas bien. Les Qataris devaient racheter le Paris-SG. Tout s’est joué en une nuit, en avril 2006. Finalement, c’est Colony Capital qui a racheté le club.

Les conséquences ?
Au lieu de pouvoir faire un effort sur les achats de joueurs, c’est l’inverse qui s’est produit. On s’est retrouvé à faire -20 % sur tout. Budget, salaires…

A Monaco, le fonctionnement interne était différent ?
Mark Keller était manager général, avec Etienne Franzi au poste de président. Donc le fonctionnement était à peu près identique à celui de Paris, avec des hommes possédant des sensibilités différentes.

C’est-à-dire ?
A Paris, Pierre Blayau souhaitait vraiment que je vienne, malgré des avis contraires autour de lui. Mais avoir la sensation que le patron est derrière soi, c’est une bonne chose. On se sent fort, ça permet de bien travailler.

Et à Monaco ?
A Monaco, c’est Marc Keller qui me désirait. Je pense qu’Etienne Franzi ne savait pas trop.

Monaco c’est un club plus familial que Paris ?
On pourrait le penser. Mais en interne, Paris, c’est familial aussi. Au Camp des Loges, on sentait une vraie solidarité. Comme à La Turbie d’ailleurs. Lorsqu’on a gagné la Coupe de France en 2006 avec le Paris-SG, tout le monde poussait dans le même sens. Ce qui n’est pas toujours le cas, même sur une finale. J’ai connu ce genre de situation dans d’autres clubs, avec la moitié des dirigeants qui ne veulent pas que vous gagnez. Heureusement, pas avec Monaco.

Comment vous jugez le projet de Dmitry Rybolovlev pour l’ASM ?
Quand j’entrainais Monaco, des gens s’intéressaient déjà au club. Je ne sais pas s’il s’agissait déjà de Dmitry Rybolovlev. Mais il y avait des contacts avec des Russes prêts à injecter beaucoup d’argent dans le club. A partir du moment où on donne des moyens à un club, c’est positif. Pour le football monégasque et pour le football français, c’est fantastique. De toute façon, impossible d’être compétitif sans argent.

Pourquoi ?
Ma première saison avec Monaco, en 2009-2010, les moyens économiques étaient à peu près corrects. Mais la saison suivante, on n’a pas pu faire signer certains joueurs. Notamment l’attaquant brésilien Nenê dont on n’a pas pu prolonger le contrat, alors que tout devait être réglé dès novembre 2009. Au fil du temps, on m’a dit « on ne peut pas, il faut travailler avec des jeunes. » Résultat, en juillet 2010 Nenê a signé au Paris-SG.

Monaco est avantagé fiscalement ?
Je ne suis pas un expert de ces problèmes. Mais je me demande pourquoi changer les règles aujourd’hui ? Car cette situation ne date pas d’hier. Mais si payer des impôts fait fuir les investisseurs potentiels, ça serait dommage. Et puis, Monaco a toujours formé des joueurs qui ont ensuite joué en équipe de France. D’ailleurs, pour convaincre Steve Savidan de signer à l’ASM, je lui avais rappelé ceci. Sans ses ennuis de santé, je reste persuadé que Steve aurait fait une grande saison avec nous. Mais le foot, ça tient toujours à peu de choses…

Comment vous jugez le projet mis en place au Paris-SG ?
Les Qataris devaient racheter le club en avril 2006. Tout s’est joué en une nuit. Finalement l’affaire n’a pas été bouclée et Colony Capital a racheté le club. Mais depuis 2011, les Qataris ont mis énormément d’argent sur la table. Du coup, Paris est passé du niveau d’une bonne équipe française à une équipe qui se hisse parmi les 8 clubs qui jouent les phases finales de la Ligue des Champions. Or, on a besoin de clubs de ce niveau.

Pourquoi ?
Parce que l’équipe de France a un peu de mal. On a besoin d’un renouvellement. Surtout que les autres pays travaillent bien et sont efficaces dans leur formation de jeunes joueurs. Donc si on ne s’appuie pas sur des clubs forts comme le Paris-SG, on aura des difficultés. Et on risque de perdre un peu de notre prestige.

Le début de saison de l’AS Monaco vous a surpris ?
Un peu. Vu l’investissement et les joueurs qui sont arrivés, on se dit qu’une belle équipe se forme. Falcao, ça fait rêver ! Et en plus, la mayonnaise a pris tout de suite. Les joueurs sont enthousiastes et ambitieux, avec un mélange réussi de jeunes joueurs et de joueurs d’expérience.

Paris reste plus fort que Monaco ?
C’est vrai que Paris a un peu d’avance. Mais l’armada de l’ASM, qui ne jouera pas la Ligue des Champions cette saison, peut surprendre. En 1978, Monaco a été champion de France alors qu’ils venaient juste de remonter en première division. Je m’en rappelle très bien, puisqu’à l’époque je jouais à Nantes. Or, souvent l’histoire se répète…

Aujourd’hui, il suffit d’avoir beaucoup d’argent pour construire une bonne équipe ?
Non. A Paris comme à Monaco, il y a eu des recrutements intelligents. Au Paris-SG, Leonardo ne s’est pas trompé. En principauté, recruter Lucas Ocampos et Yannick Ferreira Carrasco, c’était bien vu, car ce sont des joueurs d’avenir. Certes, il y a de l’argent. Mais on a connu d’autres équipes qui ont dépensé beaucoup d’argent et dont il n’est rien sorti… Donc l’argent ne fait pas tout. Il faut aussi avoir du bon sens et le sens du football. Donc je leur dit bravo.

Il reste quoi de votre Paris-SG version 2005-2007 et de votre Monaco 2009-2011 ?
Pas grand chose. Le seul joueur qui joue encore, c’est Layvin Kurzawa, que j’ai fait débuter à Monaco d’ailleurs. Je pense qu’il est à l’orée d’une grande carrière, parce que c’est quelqu’un de talentueux. Avec des joueurs autour de lui qui le façonne, Kurzawa progressera car il a du potentiel. A Paris, l’an dernier il y avait Clément Chantôme et Mamadou Sakho, deux joueurs formés au club. Le premier est parti à Toulouse et le second a rejoint Liverpool cette saison.

Mais vu la qualité des effectifs, les jeunes auront de plus en plus de mal à jouer avec Paris ou Monaco ?
C’est vrai que ça sera de plus en plus difficile. Si Monaco et Paris restent au top, un gamin venu du centre de formation aura du mal à se faire une place dans l’équipe.

Le foot business, ça vous dérange ?
Non, il faut s’adapter.

Comment ?
En prêtant les jeunes joueurs pour qu’ils s’aguerrissent dans d’autres clubs. C’est d’ailleurs ce que Monaco et Paris font souvent. Car il ne faut pas que les bons jeunes pâtissent de cette situation.

L’avenir, c’est un foot à 3 ou 4 vitesses, avec les clubs riches et les autres ?
C’est déjà le cas dans beaucoup de pays. Notamment en Espagne, au Portugal… Avec des clubs qui font de très gros transferts et qui cherchent à se renflouer en misant sur la Ligue des Champions.

Le fair-play financier, c’est une bonne idée ?
Bien sûr. Ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne, c’est du bon sens. Avoir des emprunts 10 fois supérieurs à vos actifs, ça n’est pas possible. Certains clubs exagèrent.

Vous aimeriez entraîner Paris ou Monaco ?
Ces deux clubs sont très intéressants pour un entraîneur. Mais attention. Plus on monte dans la hiérarchie, plus c’est délicat. Chaque décision devient chirurgicale.

Il y a aussi les ego des joueurs à gérer ?
Les ego de joueurs qui ont envie de gagner, je ne dis pas que c’est facile, mais on trouve des solutions. En revanche, lorsqu’un joueur se prend pour celui qu’il n’est pas, c’est beaucoup plus embêtant…

Ibrahimovic ou Falcao ne sont donc pas difficiles à gérer ?
Quand vous avez des joueurs qui vous mettent 30 buts par saison, sincèrement…

La différence entre Falcao et Ibrahimovic ?
Dans la surface de réparation, Falcao est un joueur très opportuniste qui cherche toujours une solution, qui fait des appels… Un peu comme l’attaquant italo-argentin Delio Onnis, qui a joué à Monaco de 1973 à 1980.

Vous auriez pu échapper à votre licenciement de l’ASM le 10 janvier 2011 ?
Pour moi, c’est une erreur. Parce que je pense qu’on s’en serait sorti. On aurait évité la descente en Ligue 2. A l’époque, on s’était trompé en recrutant l’attaquant congolais Dieumerci Mbokani, qui n’était pas le premier choix. Lorsque je pars en janvier 2011, Monaco est 17ème, donc on est toujours en première division. Or, j’ai une certaine expérience dans ce domaine.

C’est-à-dire ?
Avec Guingamp, on s’est maintenu en 2000-2001 et la saison suivante aussi. Lorsque j’arrive à Rennes, en février 2007, le club est 17ème. Et on a fini 6ème. Donc je connais les leviers qu’il faut activer dans ce genre de situation. A Monaco, il fallait recruter un joueur pour remplacer notre buteur Mbokani qui partait. J’avais un nom en tête d’ailleurs. Mais j’ai été licencié. Ce qui m’ennuie, c’est pourquoi ils ont fait ça.

Vous savez pourquoi ?
Je l’imagine. Dans le football, il y a parfois des arrangements entre amis, de la connivence… Moi, je n’étais pas là-dedans. Ce qui est dommage, c’est qu’il y avait une belle promotion de jeunes joueurs qui pouvaient faire quelque chose de bien en étant bien encadrés. C’est pour eux que j’ai eu un peu les boules. Du coup, ils se sont dispersés dans d’autres clubs. Mais l’essentiel pour nous éducateurs et entraîneurs, c’est qu’ils arrivent à vivre de leur passion.

Vous avez commis des erreurs ?
On commet tous des erreurs. Celui qui n’a pas de regrets est un menteur. Et je ne vais pas commencer à mentir. Les entraîneurs de ma génération ont un peu la tête dans le guidon : on pense avant tout à l’équipe, aux joueurs. En oubliant un peu ce qu’il y a autour. Or, dans certains clubs, ce qu’il y a autour, c’est parfois l’essentiel. A cette époque-là, c’était ça. Je me suis trompé.

Vous avez digéré votre départ de Monaco ?
Oui. Même si j’ai quelques regrets. J’aurais dù taper du poing sur la table pour garder des joueurs comme François Modesto ou Diego Perez. J’aurais aussi dû insister pour conserver Nenê.

Pourquoi ne pas l’avoir fait ?
Parce que je suis respectueux de ce que défend le président de l’UEFA, Michel Platini : le fair-play financier. Lorsque mon président me dit qu’on ne peut pas acheter un joueur, je l’accepte. Chez moi, 1 + 1 ça fait 2, ça ne fait pas 4. Je suis aveyronnais, donc j’ai toujours été sensible à ces questions. Du coup, je n’ai jamais demandé Di Stefano ou Maradona quand je savais que ça n’était pas possible. On est dans le même bateau, on fait avec les moyens que l’on a.

Monaco n’était pas assez riche à l’époque ?
Pour ma première saison avec l’ASM, en 2009-2010, on termine 8ème et on perd en finale de la Coupe de France contre Paris 0-1 après prolongation en mai 2010. Donc on peut bâtir quelque chose là-dessus. Mais je n’ai rien vu venir. La saison suivante, avant de partir en stage de préparation, on n’avait même pas un jeu d’équipements. Je n’avais jamais vu ça ! Et pourtant, j’ai entraîné des plus petits clubs que Monaco… Comment peut-on en arriver là ? Je ne comprends pas.

Les conséquences ?
Les joueurs ne sont pas fous. Quand on leur propose un projet et qu’ils voient ça, ils ont l’impression que l’entraîneur les prend pour un idiot. C’est dommage parce que Monaco est un club agréable à entraîner. D’ailleurs, j’étais ambitieux pour l’ASM.

Qui sera champion de France en mai prochain ?
Paris ou Monaco je pense. Difficile de donner un pronostic. Mais Monaco a sa chance.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) L’ancien entraîneur du Sénégal, Bruno Metsu, avait quitté le club émirati d’Al-Wasl en octobre pour raisons de santé. Il est décédé le 14 octobre des suites d’un cancer. Il avait 59 ans.