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L’appel du large

ENVIRONNEMENT/Monaco concentre de nombreuses initiatives d’explorations en mer. La recherche scientifique, la protection de la planète sont au cœur de leurs motivations. L’Obs’ leur tire le portrait.

 

Ce sont des marins. Des fadas des océans. Des fous des grands espaces. Des accros à la puissance maritime. Des tendres aussi, face à la nature, la faune, la flore. Ce sont avant tout des rêveurs. Appelez-les aventuriers, explorateurs, ils ont tous choisi Monaco comme port d’attache. Dans leur bouche, reviennent souvent les aventures du prince Albert Ier ou les découvertes du commandant Cousteau. Ils ont souvent déjà bravé les mers à de nombreuses reprises, comme navigateur sur les courses les plus prestigieuses telles que la Transat Jacques Vabre ou le Vendée Globe. Ils sont investis au quotidien pour la mer et la planète. Le choix de Monaco pour démarrer leurs projets n’est donc pas complètement anodin. Le lien de la principauté avec la mer est une évidence. Le soutien du Yacht Club coule de source, et celui d’Albert II est une certitude. Avec sa fondation, le prince a fait de la protection de l’environnement et de la mer son combat. Il soutient ces initiatives, qui se multiplient.

 

Le Manta, ramasseur de plastiques en mer

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Il a eu la peur de sa vie lorsqu’un ours est monté sur le catamaran de 6 mètres — seulement ! — sur lequel il a relié l’Alaska au nord du Canada en passant par le Passage du nord-ouest l’été 2017. Yvan Bourgnon est un navigateur chevronné, vainqueur de la Transat Jacques Vabre 1997. Lors de cette expédition, il s’est fait « ambassadeur de l’écologie » et a constaté les effets du réchauffement climatique. Les glaces ont fondu dans le grand Nord quand le Pacifique est noyé de plastiques. Alors, avec une douzaine de personnes, il a créé l’association Sea Cleaners, les nettoyeurs des mers. Leur objectif : créer un bateau, le Manta, capable de nettoyer les océans. Après plusieurs études de faisabilité, le navire devrait voir le jour d’ici 4 ou 5 ans pour les premiers tests. Long de 70 mètres, large de 49, il a une capacité de 600 m3 soit près de 200 tonnes. Equipé de 4 coques, il aura une empreinte carbone réduite au minimum grâce à ses 1 500 m2 de panneaux solaires et à 4 éoliennes verticales. Un système de panneaux coulissants au niveau de l’eau permettra de ramasser les déchets en mer, principalement le long des côtes où les plastiques arrivent en mer par le biais des rivières.

 

Comme à l’origine du monde

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Transat en double, route du rhum, Volvo Ocean Race… Yvan Griboval est un marin confirmé. Son frisson, il l’a vécu du 17 novembre 2016 au 2 juin 2017. En solo, sur un voilier de 12 mètres équipé des dernières technologies scientifiques, il est parti affronter le courant circumpolaire antarctique. Organisée avec son association Oceano Scientific avec l’Ifremer et le CNRS, cette expédition avait pour but de réaliser des relevés in situ de cette zone dont les scientifiques disposent de très peu de données. Il en est revenu avec des résultats extraordinaires : le phytoplancton est présent en quantité telle que les scientifiques recevant les résultats en direct par satellite lui ont demandé de nettoyer ses capteurs… qui donnaient les bons chiffres ! Des indicateurs qui lui font dire que le courant circumpolaire est comme à l’origine du monde. Cela le pousse à rejoindre à nouveau l’océan pour avoir encore plus de données réelles. Deux expéditions sont en cours de préparation. La première à l’été austral de décembre 2018 à février 2019 puis l’hiver austral de juillet à septembre 2020. Cette fois, Yvan Griboval ne partira pas seul mais avec un équipage de 6 à 7 personnes, pour pouvoir réaliser des relevés très précis.

 

Le Yersin, le navire qui peut aller partout

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Son héros est Alain Gerbault, « personnage hors norme, membre de l’équipe de France de tennis, dandy à bord d’un formidable bateau, le Firecrest. » François Fiat a toujours voulu devenir lui aussi un aventurier des mers. Après avoir fondé Leader Price, puis revendu ses participations, il se consacre à son rêve. Avec son capitaine de navire, Jean Dumarais, il imagine un « bateau qui puisse aller partout, n’importe où, par tous les temps ». Le Yersin est né. 76,6 mètres de long sur 13 de large, cet imposant navire est avant tout scientifique. Ce “clean ship” est un bateau propre avec quasiment aucun impact environnemental. Avec sa coque renforcée, il peut supporter des écarts de température allant de -20 °C à +50 °C. Et pour que ce bijou de technologie ait un but, il l’a mis à disposition des Explorations de Monaco, menées sous le patronage du prince Albert. Le navire est parti en août 2017 pour un tour du monde d’observations et de prélèvements en Macaronésie, dans les Caraïbes, la Polynésie, la mer de Corail, l’océan Indien et la mer Noire. Un voyage qui devrait en apprendre beaucoup sur la biodiversité.

 

Le passage le plus dangereux du monde

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Des eaux glacées à perte de vue, un océan hostile. Et une faune très peu connue. Du 12 au 28 février, la mission Antarctic blanc, composée de 12 marins, s’est élancée à l’assaut du passage du Drake à bord du voilier, le Santa Maria Australis. Réputé le passage le plus dangereux du monde, cette zone relie le sud de l’Amérique du sud à l’Antarctique et a très peu été explorée. A son bord, David Gambas, Monégasque de 28 ans, se lançait pour la première fois dans une expédition pour laquelle « il faut peut-être un grain de folie ». Ce spécialiste des cétacés a pu observer 18 baleines de 4 espèces différentes, très craintives, car peu habituées à l’homme. Le voyage organisé conjointement avec le Yacht Club de Monaco et la Global Offshore Sailing Team (Gost) avait aussi pour but de sensibiliser à l’impact de la pollution plastique dans les océans en soutenant l’initiative de l’ONU, « Clean Seas ». 8 millions de tonnes de plastique sont rejetées tous les ans dans les océans. « Le plastique se divise en microparticules, que les poissons mangent et qui finissent par revenir à nous quand nous les ingérons », expliquait Benon Z. Janos, chef météorologiste de la mission.

_Sophie Noachovitch

 

 

écrit par Sophie Noachovitch