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La Roca Team : un destin lié ?

EN VOGUE/Dans l’ombre du foot, l’AS Monaco Basket veut se refaire un nom. A tout prix.

 

Un président au parfum sulfureux de l’Est, une montée record dans l’élite, et une échappée miracle à l’exclusion du championnat. Il n’y a pas à dire : la Roca Team et l’ASM-FC semblent suivre une trajectoire parallèle. A tel point qu’ils partagent dans leur staff des dénominateurs communs : le Belge Willy de Bruyn comme administrateur et l’ancien conseiller de gouvernement Paul Masseron (coiffé de la double casquette de conseiller et vice-président). Sergei Dyadechko, le nouveau dirigeant de l’ASM Basket (Pro), a commencé à financer le club il y a 3 ans, à peine il avait posé ses valises à Monaco. Son profil ? Un homme d’affaires, cofondateur de la banque Rodovid, autour de laquelle les détournements de fonds publics et les disparitions mystérieuses ont fait couler beaucoup d’encre.

 

Audit interne

Ce passionné de basket, qu’on dit proche de Bubka, est venu se réfugier en principauté après être sorti indemne d’une fusillade à Kiev. C’est Arnaud Giusti qui le contacte en 2012. Ce grand gaillard de 2 mètres, qui connaît le club comme sa poche pour l’avoir fréquenté depuis l’âge de 6 ans, a pris les rênes de l’ASMB en 2009. Nouveau staff, nouvelle impulsion : après avoir sommeillé en National depuis plus de 30 ans, l’objectif est alors de retrouver l’élite en 5 ans. En recrutant intelligent, notamment Jean-Michel Sénégal au poste d’entraîneur, mais aussi en allant chercher comme mécène cet ancien banquier au regard froid, qui ne communique que via un interprète. Progressivement, l’Ukrainien, qui injecte 70 % du budget, se montre de plus en plus omnipotent : il impose des joueurs étrangers, bientôt un nouvel entraîneur. « Il estimait qu’avec Sénégal, ce n’était pas assez la Schlag… Il a voulu le faire partir mais il fallait honorer encore un an de contrat. Je l’ai alors récupéré pour la structure amateur. Question de culture ou mauvaise traduction : M. Dyadechko m’en a voulu qu’il soit toujours là », explique Arnaud Giusti, qui sera lui-même bientôt débarqué. Car à partir de ce moment-là, il y a une crise de confiance au club. « Sergei Dyadechko a demandé un audit interne, fait venir un homme de confiance alors qu’aucun centime n’a jamais été détourné », rappelle l’actuel président de l’ASM Basket amateur, qui estime que son « honneur a été bafoué ». Dyadechko aurait même demandé sa tête et exigé la présidence du club professionnel (au moment de la scission exigée par la ligue), sous peine de stopper le financement…

 

Accord valide ?

Aujourd’hui, après une nouvelle valse d’entraîneurs, la Roca Team, dont le budget dépasse les 5 millions d’euros, a gagné son ticket en Pro A et recruté un meneur américain réputé comme Larry Drew II. Tant mieux. La situation a été sauvée de justesse. A l’été 2014, la Ligue de Basket, sans doute inspirée par la transaction entre l’ASM-FC et son homologue du football, et sous la vindicte de clubs en difficulté en pro B, refusait que Monaco participe au championnat français sans payer une dîme de 150 000 euros. « Je n’étais pas favorable à payer pour “acheter la loi” mais il a fallu négocier » explique Giusti. Il en est sorti un accord prévoyant que pendant quatre ans, les droits d’inscription de l’ASMB seront 2,8 fois plus élevés, le produit étant redistribué aux autres clubs. Une transaction tellement semblable à celle qui vient d’être annulée par le Conseil d’Etat en juillet (voir p. 63), qu’on peut d’ailleurs se demander si elle ne pourrait pas être remise en cause de la même manière.

_Milena Radoman

écrit par Milena