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« La France devient un épouvantail à investisseurs »

POLITIQUE/Grèves dans les transports, sites pétroliers bloqués, centrales nucléaires tournant au ralenti… La révolte sociale gronde en France. Le sénateur Les Républicains représentant les Français de l’étranger Christophe André-Frassa, livre son analyse et évoque quelques dossiers monégasques.

Durant le match Olympique Lyonnais-AS Monaco (6-1) le 7 mai dernier à Lyon, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes dans le parcage des supporters monégasques. Le 26 mai, vous avez adressé une question écrite au ministre de l’intérieur français pour obtenir des explications. Pourquoi cette démarche ?

Il faut d’abord rappeler le contexte. Dans ma question écrite, j’ai précisé que vers 21h30 une bagarre a éclaté entre deux hommes dans les coursives du secteur réservé aux 700 supporters monégasques. Alors que ces deux hommes étaient sur le point d’être séparés, les forces de l’ordre sont intervenues et ont, semble-t-il, fait usage de gaz lacrymogènes sur l’ensemble des personnes présentes dans la tribune. Cette intervention a alors créé un mouvement de panique dans la tribune où se trouvaient de nombreuses familles. Des femmes et des enfants ont dû être évacués à la suite de malaises. J’ai donc été surpris, comme tout le monde, de ce déploiement de force que j’ai considéré comme disproportionné.

Qu’avez-vous demandé au ministre de l’intérieur ?

Des explications… Etait-ce vraiment nécessaire d’en venir au gaz lacrymogènes de manière indistincte quand il y a des familles et des enfants ? De surcroît, dans une tribune où l’on sait que, par nature, ce ne sont pas les supporters les plus enragés que l’on va trouver ? Ce n’est pas franchement à Monaco que l’on compte le plus grand nombre de hooligans…

Vous avez obtenu une réponse ?

Le règlement des assemblées prévoit un délai de 30 jours pour obtenir une réponse à une question écrite. Et je peux vous dire que lorsqu’il y a effectivement une réponse dans les 30 jours… c’est champagne. Donc, non, pour l’heure, pas de réponse.

Vous avez suivi de près le projet de loi sur le télétravail. Un texte très attendu en principauté. Où en est-on côté français sur ce texte ?

Côté français, le job est fait. L’Assemblée nationale d’abord, puis — plus récemment — le Sénat ont adopté l’avenant de la convention franco-monégasque sur le télétravail. A présent, c’est à la partie monégasque de prendre le relais.

Justement, le conseil national n’a-t-il pas trop trainé sur ce dossier ? L’un des élus de la minorité Union monégasque a même déclaré avoir eu « honte » (1) que l’assemblée nationale et le sénat avancent plus vite que le parlement monégasque…

Ce n’est pas à moi de porter un quelconque jugement sur l’avancée du travail au conseil national. D’autant qu’il vaut mieux balayer devant sa porte avant de faire des commentaires… Car côté français, il y eu tout de même eu des longueurs. Nos collègues monégasques n’ont vu que la partie émergée de l’iceberg. Mais je peux vous dire que Jean-Claude Guibal et moi-même avons dû batailler fermement pour que le texte soit inscrit à l’ordre du jour du parlement. En juillet 2015, nous avions déjà alerté Laurent Fabius — alors ministre des affaires étrangères — sur l’urgence de faire inscrire rapidement ce texte. Côté monégasque, on a donc peut-être l’impression que c’est allé vite. Mais c’est allé vite une fois que le texte était inscrit à l’ordre du jour.

La France est actuellement paralysée par des manifestations contre la loi El Khomri. Que vous inspire cette situation ?

Que la France est en train de devenir un épouvantail à investisseurs et à touristes… Nous sommes face à des syndicats — dont la CGT et l’UNEF — qui se targuent de pouvoir écrire la loi. L’UNEF est un syndicat étudiant… Il représente qui ? Il représente quoi ? Rien ! La CGT ne représente pas grand chose non plus. 3,5 à 4 % des salariés. Or, elle est en train de bloquer la France et de prendre tous les vrais salariés — c’est-à-dire ceux qui vont travailler — en otages ! C’est devenu un pays qui fait peur à regarder. Il suffit d’ailleurs de lire la presse étrangère pour s’en rendre compte.

Le gouvernement socialiste a eu recours à l’article 49-3 pour la loi travail. Que vous inspire le procédé ?

Lorsqu’un gouvernement n’en peut plus… il dégaine la dernière cartouche qu’il lui reste. Tout le monde crie haro sur le baudet en parlant de Nicolas Sarkozy. Or, il n’a jamais utilisé l’article 49-3. Manuel Valls, lui, l’a utilisé à deux reprises. Sur la loi Macron et sur la loi El Khomri. L’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme. Or, ce gouvernement ne fait preuve que d’autoritarisme. Si en 2008, nous avions eu recours au 49-3 pour la réforme des retraites, six ans plus tard, on nous en parlerait encore… Pourtant, à l’époque aussi, il y avait du monde dans la rue.

Et sur le contenu de la loi El Khomri, vous y êtes favorable ?

Il n’y a plus rien dans cette loi… Les seules bonnes idées étaient celles de la première mouture.

Quel est votre sentiment sur le mouvement Nuit Debout ?

Je ne vois pas vraiment ce que ce mouvement apporte. Je veux bien que l’on soit excédé… Mais la France est en état d’urgence. Comment peut-on tolérer qu’autant de personnes occupent l’espace public ? Ce mouvement monopolise les forces de l’ordre qui ont bien mieux à faire en ce moment. Je ne saisis pas — ou plutôt, je saisis trop — ce que le gouvernement cherche à faire avec ce type de mouvement.

Qu’est-ce que vous sous-entendez ?

Je constate juste une chose : dès que le mouvement se réclame de gauche ou d’ultra-gauche, on laisse faire… Il y a deux poids deux mesures. Je suis en tout cas désespéré par la situation de la France en ce moment. Des policiers se font tabasser ou menacer… Comment peut-on tolérer des mouvements qui s’appellent Silence, notre police assassine ? Je n’ai tout de même pas l’impression de vivre dans la Turquie d’Erdogan. Je suis sidéré qu’on laisse survivre de tels groupuscules.

Pour le moment, il y a onze candidats déclarés à la primaire Les Républicains. On pourrait constituer une équipe de foot…

Si vous voulez dire par là, qu’il y trop de candidats à la primaire, en effet, il y en a horriblement trop. Et s’il y a 12 candidats, j’aurais même tendance à dire qu’il y en a 11 de trop… Ce qui est terrifiant dans cette primaire, c’est que cette période où les uns et les autres se déclarent candidats, est beaucoup trop longue. Lorsque la vraie campagne des primaires débutera – avec les 4 ou 5 candidats qui seront sur la ligne de départ — les Français en auront marre, et seront excédés. Je ne sais pas s’ils seront encore très réceptifs au débat.

Vous étiez favorable à l’organisation d’une primaire à droite ?

Je ne suis pas spécialement un grand partisan de la primaire. J’ai un vieux fond bonapartiste… Pour moi, il y a un chef. J’aurais donc préféré que la primaire ce soit plutôt l’élection du président du parti en 2014. Mais comme je suis un bon soldat, je me plie à la règle…

Vous allez donc soutenir Nicolas Sarkozy à la primaire ?

Je n’ai pas encore affiché mon choix. Mais il est fait. Lorsqu’on me demandera de l’afficher, je l’afficherai.

Et si je vous le demande…

Si vous me le demandez… je ne le dirai pas (sourire). Mais vous avez le droit de me le demander.

Sur Facebook ou Twitter, vous relayez souvent Nicolas Sarkozy. Est-ce un indice ?

C’est parce que Nicolas Sarkozy est le chef des Républicains… Si le patron du parti s’appelait Jacques Myard, Hervé Mariton, Frédéric Lefebvre, Geoffroy Didier, Bruno Le Maire, François Fillon ou Alain Juppé etc.. j’en ferai tout autant.

Que pensez-vous justement de l’engouement autour d’Alain Juppé ?

Jean Guitton, qui était un grand philosophe chrétien, écrivait : « Etre dans le vent, c’est avoir le destin des feuilles mortes. » Jacques Chirac s’était servi de cette phrase il y a 21 ans à propos d’Edouard Balladur que tout le monde voyait à l’Elysée. On connaît la suite…

Vous sous-entendez que vous ne voyez pas Juppé président ?

En citant cette phrase, je ne vise pas Alain Juppé à proprement parler… J’entends par là que je me méfie des sondages qui annoncent un grand vainqueur un an avant l’échéance électorale. Pour l’instant, cet engouement autour d’Alain Juppé, est sondagier. Je ne sais pas s’il est réel. L’avenir nous le dira. Pour l’instant, il semble marquer le pas. En général, les sondages, je les regarde plutôt avec un rétroviseur. C’est-à-dire une fois que les jeux sont faits. Pour voir s’ils avaient vu juste. J’étais dans l’équipe d’Edouard Balladur en 1994-1995. J’ai vécu cette défaite de l’intérieur. La phrase de Jean Guitton est donc forcément restée dans ma mémoire…

Vous avez été nommé secrétaire national chargé des Français de l’étranger au sein du groupe Les Républicains. Après de vives tensions, le bureau politique a finalement décidé que les Français vivant à l’étranger pourront voter sur Internet pour les primaires. Mais aussi dans un bureau de vote physique dans certaines grandes villes…

Un compromis a en effet été trouvé. Nous allons déterminer quelles sont les grandes villes dans lesquelles il sera matériellement possible d’organiser un bureau de vote physique. J’ai nommé pour cela 11 référents dans les 11 circonscriptions des Français de l’étranger. Il est vraisemblable que cela se cantonnera aux 50 grandes villes de la planète dont Londres, Bruxelles, Genève ou encore Madrid. La haute autorité de la primaire arrêtera la liste définitive des bureaux de vote physiques à l’étranger le 15 juillet. Dans les autres cas de figure, le vote se fera par Internet.

Le vote électronique était incontournable pour les Français qui vivent à l’étranger ?

Oui, car il faut savoir que lorsqu’il s’agit d’élections non organisées par les Etats, de nombreux pays n’autorisent par les bureaux de vote physiques. C’est le cas en Chine ou au Canada. Sans aller chercher aussi loin, en Allemagne aussi, on ne voit pas non plus d’un bon œil – notamment pour des problèmes administratifs – l’organisation d’une élection si ce n’est pas l’Etat qui est derrière. Il y a donc des tas de pays dans lesquels il est très compliqué d’organiser des élections autrement que par voie électronique.

Quelles sont les conditions requises pour organiser un bureau de vote physique à l’étranger ?

Il faut bien sûr qu’il y ait un nombre assez conséquent d’inscrits sur les listes électorales — 5 000 à 6 000 – et qu’ils soient géographiquement dans une zone assez rapprochée. Si par exemple, il y a 5 000 inscrits, mais tous sont dans un rayon de 600 kilomètres autour du bureau de vote, cela ne marche pas… Il faut bien sûr aussi que les conditions de sécurité soient réunies. C’est d’ailleurs l’un des arguments que j’ai avancé pour encourager le vote électronique. Car faire des files d’attente à Bamako, à Alger, à Dakar ou en Tunisie, c’est transformer ces Français qui iront voter en tir aux pigeons. Le danger est trop grand.

Comment sera organisé le vote pour les Français de Monaco ?

Ce n’est pas encore décidé. A Monaco, il y a un avantage avec la présence de la Maison de France. Mais c’est une structure privée. Il faudra donc voir si elle accepte ou non que l’on organise un bureau de vote physique sur place.

Avec le vote électronique, il n’y a pas de risque de fraude ?

Cela fait tout de même depuis 2003 que l’on vote par Internet pour les élections des représentants des Français de l’étranger. Et depuis 2012 pour les députés des Français de l’étranger. Il y a déjà eu des attaques informatiques mais aucun hacker n’est passé à travers.

Et des risques de triche ?

On fait appel à des sociétés spécialisées dans le vote électronique, parmi les meilleures du marché. Pour cette élection spécifique, la seule innovation à mettre en place est le système de paiement en ligne, puisque pour voter aux primaires, une contribution de deux euros est demandée.

Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo.

(1) L’élu UM Bernard Pasquier a déclaré en conférence de presse : « La France s’est débrouillée pour faire voter le texte (sur le télétravail) au Sénat et à l’Assemblée Nationale avant que nous l’ayons voté. J’ai honte. On doit aller plus vite. »