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La dernière ligne droite

ANALYSE/Le 27 avril, le conseil national aura-t-il le même président ? Depuis un mois, on assiste à un match entre les pro et anti-Nouvion.

 

Au conseil national, le compte à rebours a démarré. La date du 27 avril est désormais dans toutes les têtes. Pour la première fois de l’histoire du conseil national, la séance d’ouverture de la session de printemps, durant laquelle est élu le président, aura un enjeu de taille. Renouveler ou dégommer de ses fonctions le patron actuel de l’assemblée, Laurent Nouvion. Depuis des semaines, la presse monégasque fait ses gros titres sur cette échéance, dans une ambiance digne d’une campagne électorale.

Le premier des frondeurs, Jean-Charles Allavena, avait clairement fait des appels du pied dans nos colonnes en mars. « Tous les grands sujets de cette mandature ont été massacrés par l’absence de méthode, de motivation, de cohérence, de constance et de travail », tonnait l’ancien président de Rassemblement & Enjeux. Désignant un coupable : Laurent Nouvion, qui, selon lui, a « définitivement perdu la confiance de la majorité ». « Tous les élus, même de vrais fidèles, on compris qu’on ne pouvait compter sur lui », diagnostiquait-il, sans ambages.

Crescendo, de nombreux élus de la majorité Horizon Monaco, ont publiquement pris parti pour un changement de gouvernance. Thierry Poyet, Nathalie Amoratti-Blanc, ainsi que les ténors Christophe Steiner, Marc Burini et Jean-Michel Cucchi. Le vice-président et les présidents de commission des finances et du logement ont signé une tribune commune sans appel. Leur objectif ? « Mettre un terme à une gestion personnelle et solitaire de notre institution. Aujourd’hui, la dimension collective a échappé peu à peu à celui qui aurait du être un coordinateur, un capitaine, en mesure d’indiquer un cap, d’avoir une stratégie, et de s’y tenir. » Au-delà l’attaque frontale à Laurent Nouvion, ces frondeurs en appellent à l’unité nationale et au rassemblement. « Qu’est devenue cette union dès lors que les partis ressurgissent en des affrontements ne pouvant qu’être dommageables pour Monaco ? », s’interrogent-ils.

Il est certain que depuis un mois, la gronde alliance formée pour les élections de nationales de 2013 entre R&E et l’UP a pris du plomb dans l’aile. On a assisté à des passes d’armes violentes entre le nouveau président de R&E, Antoine Bellando de Castro et Patrick Rinaldi, à la tête de l’UP. Y compris au moment où Sophie Lavagna a décidé de quitter l’UP pour devenir indépendante. Au point que l’UP ait carrément suspendu ses accords électoraux avec son partenaire. Ambiance…

Revit-on un « tous contre Nouvion » comme il y a pu avoir en un autre temps le « tous contre Valeri », mais dans le cadre d’une vraie campagne électorale ? « Il ne s’agit aucunement d’écarter un homme, mais une pratique du pouvoir, le mode de fonctionnement notre institution et de toutes ses composantes, quitte à changer pour ce faire, à l’occasion du renouvellement annuel du bureau de l’assemblée, le président du conseil national, afin de sauver cette mandature et de faire redémarrer notre assemblée », défendent les cadors de la majorité.

 

Timing

Jacques Rit, lui, n’est pas surpris par le désordre ambiant. L’ancien élu Promotion pour la famille monégasque avait senti le vent venir. Dénonçant « des charges répétées contre la personne de Laurent Nouvion et un vrai travail de sape. » Seul le timing l’étonne. « Quand vous observez un œuf, vous ne savez pas quand la coquille va se fendre. Je pensais qu’elle se fendrait plus tard… » sourit l’élu indépendant, devenu un défenseur de poids de Laurent Nouvion. « Seul un événement, le changement de ministre d’Etat, a créé la nécessité de précipiter les choses et de tenter de prendre la présidence avant que de nouvelles élections aient lieu », analyse-t-il. Le fidèle de Laurent Nouvion balaie d’un revers de la main les accusations faites au président de l’assemblée. Immobilisme ? Inconstance ? Pour lui, quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… « Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Jean-Charles Allavena est cohérent avec lui-même, il n’a jamais cessé de critiquer Laurent Nouvion. Pour le reste des élus, j’ai du mal à voir un conseil national en souffrance derrière un président indigne de ses fonctions… » Avant de lâcher, très sérieusement : « Rien ne justifie un changement de président. Une telle décision est motivée pour faute grave, comme le prévoit la procédure d’impeachment dans d’autres pays. » Pour Jacques Rit, « les putschistes auraient dû commencer par démissionner de la majorité pour ne plus la cautionner et engager une campagne interne. Le fait qu’ils restent dans la majorité, ça me renverse… »

 

Comptage

N’empêche. Il reste moins d’un mois à chaque camp pour compter ses troupes. Et sans doute à Christophe Steiner, challenger pressenti, pour annoncer sa candidature. Les anti-Nouvion comprennent déjà officiellement 8 élus de la majorité Horizon Monaco et 4 de l’opposition. En décembre, dès le budget primitif 2016, l’Union monégasque Jean-Louis Grinda avait en effet tracé la feuille de route. Il annonçait que son groupe soutiendrait une candidature alternative, et ce, sans contrepartie. « Avec 12 élus contre Nouvion, la messe est dite, souffle un observateur. Laurent Nouvion est dans le déni et ne mesure pas que de son côté il ne compte pas 11 amis, dans le meilleur des cas. A peine 7 se sont ouvertement déclarés pour lui. Son fan club s’est rétréci et certains s’abstiendront peut-être. » « Côté stratégie, Laurent Nouvion rejoue la carte de la victimisation et de l’argument du risque de changement de régime comme en 2013. Il croit devoir toucher ses électeurs alors que ce sont les élus qu’il doit convaincre », observe un autre.

« Les dés ne sont pas jetés, rétorque Jacques Rit. On verra bien comment cette crise se terminera. » Selon le président de la commission pour la loi d’organisation du conseil national, cette période laissera des traces même si elle permet une clarification : « L’impression de pagaille qui s’en dégage est regrettable. » Seule certitude : l’opposition Union monégasque peut se frotter les mains. Après avoir lancé l’offensive en décembre, elle joue aujourd’hui les arbitres, en apportant ses voix aux frondeurs de la majorité. Il y a pire comme statut en vue de 2018…

_Milena Radoman

écrit par Milena