JO-Londres

JO de LondresMonaco puissance 6

SPORT / Ils seront 6 Monégasques à défendre les couleurs de la principauté du 27 juillet au 12 août aux Jeux Olympiques de Londres. Si décrocher une médaille semble hors de portée, tous sont décidés à faire le maximum.

Depuis 1920, Monaco a participé à 26 éditions des Jeux Olympiques. Au total, 133 athlètes monégasques ont été alignés dans 13 disciplines, JO d’été et d’hiver confondus. Mais jamais la principauté n’a pu ramener la moindre médaille. « Il n’y a pas de jugement de valeur à porter sur toutes ces participations monégasques, souffle la secrétaire général du comité olympique monégasque (COM), Yvette Lambin-Berti. Il est intéressant de noter par contre que sur les 26 JO d’été et d’hiver, la diversité de la pratique a énormément progressé. » Pas de médaille donc, mais l’envie de rester positif. Toujours.

« Performance »
À Londres, Monaco sera donc représenté par 6 athlètes : Brice Etes en athlétisme, Hervé Banti en triathlon, Damien Desprat Lerale en voile, Mathias Raymond en aviron, Yann Sicardi en judo et Angélique Trinquier en natation. « A une, voire deux unités près, nous aurions pu présenter un peu plus de 6 athlètes. Mais certains sont probablement encore trop jeunes et n’ont pas d’assez bons résultats internationaux », ajoute Lambin-Berti, en insistant sur le fait que les 6 athlètes sont issus de 6 disciplines différentes. Dont deux, la voile et l’aviron, ont bien sûr un lien direct avec Monaco. Mais pas question de mettre une pression démesurée sur les épaules de ces sportifs monégasques. Pour le COM, la mission est simple : « Être prêts pour ces Jeux afin qu’ils accomplissent leur meilleure performance à cette occasion. »

Triathlète
Né le 26 mars 1977 à Ollioules (Var), le triathlète Hervé Banti a bien entendu le message : « Les Jeux, c’est énorme parce que c’est une fois tous les 4 ans. Donc il ne faut pas se rater sur les qualif’ olympiques. Il y a beaucoup de pression. » Banti devait finir dans les 140 meilleurs athlètes mondiaux de sa discipline pour pouvoir aller à Londres. Avec une 130ème place, le contrat est rempli. « Fin 2011 j’étais 100ème. Mais ensuite, j’ai été blessé : une déchirure au mollet qui a eu du mal à cicatriser. Ce qui a pris environ 3 mois. » À Londres, Banti devra faire face aux frères Brownlee, deux jeunes Anglais qui dominent sa discipline. Si Alistair et Jonathan Brownlee semblent intouchables, que peut espérer Banti ? « Ils ont émergé il y a 3 ou 4 ans. Et depuis, ils gagnent à peu près tout. » Au programme, 1,5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km de course à pied, ce qui fait environ 2 heures d’efforts. Rendez-vous mardi 7 août pour vérifier si la domination des frères Brownlee se confirme. « L’an dernier, avant ma blessure, j’étais capable d’être dans les 30 premiers. Au Canada, en Coupe du monde, j’ai accroché une 9ème place. Mais ça sera la forme du jour qui fera la différence. Tout peut arriver. Mais il est tellement difficile de se qualifier, qu’être aux Jeux, c’est ma médaille à moi. » 9ème en 2009 à l’Ironman de Nice, Banti sait de quoi il est capable.

Voile
Né le 14 septembre 1974, Damien Desprat-Lerale enregistre à bientôt 38 ans sa première sélection aux JO dans la catégorie voile. « Dans notre catégorie, la maturité est atteinte entre 32 et 35 ans. D’ailleurs, en 2008 à Pékin, la moyenne d’âge sur le podium était de 33 ans », explique Desprat-Lerale. Privé des Jeux de justesse en 2008, il a fallu trouver un exutoire pour digérer cette énorme déception. Un exutoire vite trouvé : « 3 jours après avoir appris que je n’allais pas aux JO, je suis parti travailler pendant 1 an sur un gros bateau de course au large. Un bateau de 44 mètres, avec deux mats de 45 mètres. J’étais responsable de la partie électronique et informatique : tous les logiciels de navigation et de communication… » Voilà pourquoi, cette fois, cet athlète n’a pas laissé passer sa chance. Les 48 premières nations au classement mondial sont sélectionnées : avec une 40ème place, Monaco assure et a donc décroché son billet pour les JO.

« Rêve »
« Pour moi, les Jeux, c’est un rêve de gamin. » Cette année, c’est un Australien, Tom Slingsby qui est favori. Sinon, Desprat-Lerale voit bien l’Anglais Paul Goodison faire quelque chose. Il faut dire que Goodison a remporté la médaille d’or en catégorie Laser aux JO de 2008 à Pékin. Sinon, la Nouvelle Zélande ne devrait pas être loin, avec Andrew Murdoch : « En ligne droite, c’est l’un des plus rapides. Mais attention à son mental, un peu friable parfois. »
Après une grosse préparation physique, Desprat-Lerale sait à quoi s’attendre : 9 jours de compétition, contre 5 à 7 jours d’habitude pour les compétitions hors JO, comme les coupes du monde et les championnats du monde par exemple. Mais à Londres, sauf énorme surprise, les meilleurs devraient s’imposer. « C’est frustrant de savoir que mes chances de médaille sont quasi nulles. Mais je fais avec mes armes. À la fin, j’espère pouvoir dire que j’ai tout donné, que je suis allé au bout de moi-même. Car je ne veux avoir aucun regret. » En janvier, à Miami, Desprat-Lerale a remporté une manche de la Coupe du monde. « On a 14 courses. Alors accrocher un podium sur l’une de ces 14 courses, ça serait énorme. On exploite les fautes des autres. Et avec un peu de réussite… C’est vrai qu’on est une petite nation. Mais tout le monde a du respect pour nous. »

800 mètres
À 28 ans, c’est aussi une première pour Brice Etes sur 800 mètres : « Les JO, c’est l’aboutissement de toute une carrière. C’est ce qu’on attend depuis le début. » Pour voir Etes, il faudra allumer la télé le 6 août, puis le 7 août pour la demi finale et le 9 août pour la finale. Une finale dans laquelle le grand favori reste le Kényan David Rudisha, recordman du monde sur 800 mètres. « Derrière, tout le monde se tient. » Mais là encore, pas question d’accrocher une médaille bien sûr. Car l’écart est trop grand. Ce qui ne rend pas Brice Etes plus amer que ça : « Beaucoup d’athlètes aimeraient participer aux JO et n’y seront pas. Donc je suis très heureux d’avoir la chance d’y être. » Né le 11 avril 1984 à Monaco, la carrière sportive de Brice Etes est encore devant lui. Même s’il sait qu’une blessure peut tout remettre en cause.

Bobsleigh
Et puis, bien sûr, il ne faut pas oublier Mathias Raymond en aviron, Yann Sicardi en judo et Angélique Trinquier en natation. Avec les mêmes problématiques que les autres athlètes monégasques, tous essaieront de donner le maximum. Sans trop d’illusions sur une chance de médaille. « Le vivier de sportifs monégasques qui pratiquent une activité de haut-niveau n’est pas suffisant pour être sûrs, dans le lot, d’avoir des talents d’exception. En effet, être médaillé olympique est quelque chose de très difficile, qui n’est pas donné à tout le monde, même dans des nations plus grandes que la nôtre. Cela ne veut pas dire qu’un jour un athlète monégasque ne puisse pas conjuguer tous ces talents. Et qu’il ait, de surcroît, envie de faire tous les sacrifices nécessaires », espère Lambin-Berti. Avec une médaille de bronze aux premiers JO de la jeunesse en bobsleigh à deux, Monaco a démontré qu’une nouvelle génération était déjà là.

_Raphaël Brun

 

« Les tricheurs sont très bien informés »

Même si le passeport biologique mis en place dans des sports comme l’athlétisme est venu renforcer l’arsenal antidopage, le médecin du sport et expert du dopage Jean-Pierre de Mondenard (1) ne croit pas à des JO propres.

MAILLON/« Aujourd’hui, le maillon fort de la lutte antidopage, ce sont les douaniers et les gendarmes. Et le maillon faible, c’est le contrôle antidopage. » Docteur Jean-Pierre de Mondenard. © Photo L’Obs

Les JO sont aussi concernés par le dopage ?
Bien sûr. Mais il faut savoir qu’il a fallu attendre 1968 pour que le dopage soit reconnu en tant que tel. Avant il y avait peu de sanctions. Aux Jeux de 1904, comme le vainqueur du marathon s’est dopé pour gagner, on reconnaît simplement que… la prise de drogues est efficace. Sans condamner cette pratique ! Il faudra attendre 1920 pour voir l’interdiction de prise de drogues pour le marathon. Même si en 1912 un Portugais meurt pendant un marathon.

D’autres exemples ?
Aux Jeux d’été d’Athènes de 1896, qui sont les premiers Jeux de l’ère moderne organisés par le Comité international olympique (CIO), le Grec Spyrídon Loúis remporte le marathon. Après avoir été en dessous de ses possibilités maximales pendant 30 km, il s’arrête pour boire du vin et passe ensuite à l’attaque. Avant de s’imposer.

Et pendant l’antiquité, il y avait aussi du dopage ?
Oui. Dans les JO antiques, au XVIème siècle avant Jesus-Christ, le vin était interdit pour les athlètes. Parce qu’on sait depuis longtemps que l’alcool est un stimulant. Bien évidemment, l’important c’est la dose d’alcool avalée. A faible dose, dans des activités de précision, l’alcool améliore la gestuelle. Du coup, à l’époque, un prêtre reniflait l’haleine des athlètes pour détecter d’éventuelles traces d’alcool. Même lors des courses de quadrige, c’est-à-dire de chars sur deux roues attelés avec 4 chevaux, les animaux étaient parfois dopés !

Ils prenaient d’autres produits ?
Chaque athlète mangeait des aliments précis. Exemple : les lutteurs mangeaient du porc gras pour développer leur masse corporelle, les sauteurs c’était de la chèvre et du taureau pour les pugilistes et les lanceurs. D’autres mangeaient des testicules d’animaux pour vivre plus longtemps… Certains sont même allés encore plus loin.

C’est-à-dire ?
Un siècle avant Jésus-Christ, en enlevant la rate, on pensait améliorer les qualités sportives des athlètes. Sans la rate, les globules rouges augmentent et on pensait améliorer le transport d’oxygène. Mais c’est plus souvent le cimetière qui attendaient les sportifs de l’époque. D’autres essayaient de réduire leur rate en avalant des mélanges de plantes. C’est de là que vient l’expression « courir comme un dératé. »

D’autres pratiques étonnantes ?
5 siècles avant Jésus Christ, les athlètes buvaient au sein maternel. Ce qui était supposé rendre plus fort. Car le lait maternel contient notamment des facteurs de croissance et des anabolisants. Ce qui permet à un nourrisson de grandir.

Mais ce genre de pratiques n’existe plus ?
Non mais d’autres ont pris la place. Exemple : aux JO d’été de 1976, les Allemands de l’ouest utilisaient l’insufflation rectale. En mettant de l’air dans le rectum, ils cherchaient à améliorer la flottabilité pour la natation. Mais ils ont assez vite abandonné car les athlètes avaient les fesses qui sortaient de l’eau !

Quelles sont les disciplines les plus exposées ?
Les plus médiatisées. Et celles où la compétition est individuelle. Mais tous les athlètes des JO sont exposés ou tentés par le dopage. Du coup, il n’est pas étonnant de voir du dopage même dans la voile. Puisqu’il y a aussi eu des cas de dopage à la pétanque et aux fléchettes !

Que prennent les athlètes ?
Dans les spécialités sportives où le physique prime, surtout des anabolisants, des amphétamines et de l’EPO.

Il y a des produits nouveaux ?
La methylhexanamine qui est surveillée depuis 2010. C’est un stimulant qui remplace l’éphédrine et les amphétamines qui sont aujourd’hui parfaitement décelables. Comme on retrouve de la methylhexanamine dans certains compléments alimentaires, ça permet aux sportifs positifs d’avoir une excuse toute trouvée. Voilà pourquoi depuis 3 ans la methylhexanamine est très présente.

Les sportifs savent tout ça ?
Les tricheurs sont très bien informés. Quand un sportif est pris, tout le milieu du sport de haut niveau va chercher à savoir pourquoi. Objectif : modifier la tactique pour ensuite passer à travers les contrôles. Voilà pourquoi à chaque avancée de la lutte antidopage il y a une professionnalisation supplémentaire des tricheurs.

Il reste des produits indécelables ?
Bien sûr. Notamment des hormones sécrétagogue, c’est-à-dire des hormones qui viennent de l’hypothalamus et qui stimulent les différentes glandes, comme les testicules, les surrénales ou la thyroïde pour qu’elles produisent des hormones.

Un exemple ?
Le Synacthène. C’est un produit qui contient de la corticostimuline, une hormone sécrétée par l’hypophyse, qui va stimuler la surrénale pour qu’elle fabrique davantage de corticoïdes et d’anabolisants. Ce produit est connu et utilisé par les sportifs depuis 1968. Il est interdit depuis 1989. Le problème, c’est qu’on est en 2012 et qu’on attend toujours le premier cas positif à la Synacthène. Or, ce produit a permis à certains de monter sur des podiums.

Il y aura quand même des cas positifs pendant ces JO ?
Oui car il y a toujours des sportifs qui prennent un produit sans savoir qu’il contenait un élément interdit. Voilà pourquoi l’Agence française de normalisation (Afnor) a labellisé les compléments alimentaires. Le problème, c’est que ça peut aussi pousser les sportifs à prendre plus de compléments alimentaires. Et donc à intégrer l’idée que, pour atteindre le haut niveau, il faut prendre des produits.

Mais alors les JO n’ont plus aucun intérêt ?
La lutte entre les hommes reste passionnante à voir. En revanche, il ne faut pas en faire des dieux, comme c’était le cas pendant l’antiquité.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) Le dopage aux Jeux Olympiques — La triche récompensée, de Jean-Pierre Mondenard, (Amphora éditions), 22,60 euros.
Tour de France, histoires extraordinaires des géants de la route, de Jean-Pierre de Mondenard, (Hugo et Cie), 287 pages, 16,95 euros.
Les dopés du foot, Foot : un siècle de potions magiques, de Jean-Pierre de Mondenard, (Quel Sport ?, n° 18-19, juin 2012), 374 pages, 18 euros.

 

DOPAGE/
Les JO aussi

Le 14 juillet, l’Américaine Debbie Dunn a annoncé qu’elle ne participera pas au 4 fois 400 m lors des J.O de Londres. En cause, un contrôle positif réalisé par l’agence antidopage américaine, l’Usada. La veille, c’est le champion de javelot grec Gervasios Filippidis qui a été suspendu pour les mêmes raisons. Ce qui confirme que le dopage sera aussi présent aux JO. « J’ose espérer naïvement que les gens sont propres. Dans notre discipline, un contrôle antidopage coûte entre 500 et 1 000 euros. Ce qui est très cher », soupire Hervé Banti. Alors que Brice Etes préfère ne « pas se demander si celui qui est devant moi est dopé. Sinon, autant arrêter l’athlétisme ! » Même la voile est concernée comme l’a confirmé à L’Obs’ Damien Desprat-Lerale : « Il y a eu quelques contrôles positifs. Notamment des décontractants, pour le stress. Ou des anabolisants pour prendre de la masse musculaire. » A noter que le système Anti-Doping Administration and Management System (ADAMS) permet de réaliser des contrôles surprises à tout moment. 34 000 sportifs dans le monde adhèrent à ce système, dont les athlètes monégasques de haut-niveau.
_R.B.