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Jeunes en souffrance :
l’urgence d’agir

DOSSIER/De nombreux enfants et adolescents en détresse psychologique ou présentant des troubles du développement sont suivis par le Centre Plati ou le CHPG. Deux structures aujourd’hui très sollicitées. Pour mieux prendre en charge ces jeunes en difficulté, résidents ou scolarisés à Monaco, le gouvernement a décidé de créer une unité pour adolescents dans le service psychiatrique du CHPG et un hôpital de jour pour les jeunes patients présentant des pathologies plus sévères.

 

Le constat en France est unanime : la pédopsychiatrie souffre d’un cruel manque de moyens. Aussi bien au niveau des structures d’accueil — totalement engorgées — que des médecins, de moins en moins attirés par cette discipline et donc de moins en moins nombreux à exercer. La preuve : le nombre de pédopsychiatres inscrits en tant que tels au conseil de l’ordre des médecins en France, a été divisé par deux en dix ans. De 1 235 en 2007, il est passé à 593 en 2017. Un secteur sinistré qui a forcément de lourdes conséquences pour les jeunes et les familles touchées : le délai en France pour une première consultation dépasse en effet un an dans certains départements. Ce qui entraîne, de fait, des retards de diagnostic et l’exaspération des parents et des professionnels… Qu’en est-il à Monaco ? La situation est loin d’être optimale. La filière pédopsychiatrique est, elle aussi, particulièrement sollicitée et débordée. Les deux seules structures prenant en charge des enfants et des adolescents en souffrance psychologique ou psychiatrique — à savoir le Centre Plati et le CHPG — disent aussi manquer de moyens humains et de structures appropriées.

« On manque de pédospychiatres »

A l’hôpital par exemple, les pédopsychiatres affirment être confrontés à « une liste d’attente importante et à la nécessité de hiérarchiser les cas qui se présentent ». Autre constat gênant : les adolescents présentant des pathologies psychiatriques plus sévères se retrouvent hospitalisés dans le service psychiatrique pour adultes… Quand d’autres — les moins de 13 ans — sont orientés vers le service de pédo-psychiatrie de Lenval à Nice. « Pour les consultations en urgence et les troubles graves, nous parvenons toujours à prendre en charge rapidement les jeunes qui se présentent. En revanche, dans le suivi, en particulier pour les troubles plus légers, on manque effectivement de pédopsychiatres et de psychologues spécialisés à Monaco comme en France », affirment les pédopsychiatres du CHPG. De plus, à Monaco, impossible de trouver une solution de secours en ville car… il n’y a aucun pédopsychiatre en libéral. Une situation délicate dont a bien conscience le gouvernement : « Nous avons de plus en plus de jeunes en souffrance psychiatrique, reconnaît Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Et cette détresse peut, dans certains cas, nécessiter une hospitalisation pendant un temps. Aujourd’hui, le service psychiatrique n’est pas vraiment structuré pour ces profils, car, dans le passé, il n’y avait pas une telle prévalence »

Une unité ados au CHPG

C’est pourquoi le gouvernement a décidé de créer prochainement au CHPG, une unité réservée aux adolescents. Cette aile isolée (qui se situera au sein du service psychiatrique) comprendra deux chambres individuelles, une chambre double, une salle de jeux dédiée, et une salle d’activité polyvalente, pouvant servir, si besoin, de salle de classe. « Les travaux vont commencer l’année prochaine. Nous en avons besoin », rajoute le conseiller-ministre. Au sein du nouvel hôpital, un service dédié aux adolescents sera également créé, avec au total 6 chambres modulables qui pourront théoriquement accueillir jusqu’à douze patients.

« Ne pas laisser ces jeunes sur le bord du chemin »

Du côté du Centre Plati qui prend en charge un très grand nombre de pathologies différentes (et pas uniquement psychiatrique ou psychologique) on attend avec impatience la création d’un hôpital de jour, à Monaco ou dans une commune limitrophe. Cette structure aura pour vocation de prendre en charge des enfants souffrant de troubles sévères du spectre autistique, ou affecté par des troubles de la personnalité. Pourquoi une telle structure est-elle nécessaire pour Monaco ? La raison est simple : ces jeunes patients plus lourdement atteints, ont besoin de soins très spécifiques que le Centre Plati n’est pas en mesure d’offrir… Les médecins monégasques sont ainsi contraints d’orienter ces jeunes dans le département français voisin, à Nice notamment, territoire présentant déjà un déficit de places dans les structures spécialisées. Si le projet est totalement acté sur le papier et budgété, reste encore à trouver un terrain de construction. La volonté de mieux prendre en charge ces enfants semble en tout cas réelle : « Il ne faut pas laisser ces jeunes sur le bord du chemin », affirme Didier Gamerdinger.

_Sabrina Bonarrigo

Suite du dossier : Centre Plati : « Nous sommes confrontés à toutes les pathologies »