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Jean Petit
Fidèle parmi les fidèles

FOOT / Arrivé à l’AS Monaco comme joueur en 1969, Jean Petit n’en est jamais reparti. Actuellement dans le staff de Claudio Ranieri, ce Toulousain affiche un parcours qui détonne dans le milieu du foot actuel. Portrait.

Jean Petit n’est pas en retard. Il est même légèrement en avance au rendez-vous fixé dans un café de Monaco. L’entraîneur-adjoint de l’AS Monaco avait prévenu : il ne serait pas seul. Le meilleur buteur de l’histoire du championnat de France de première division est avec lui, Delio Onnis. Cet attaquant italo-argentin a fait les belles heures de Monaco entre 1973 et 1980. Ses 299 buts marqués en France entre 1971 et 1986 restent un record absolu. On s’installe à une table un peu en retrait, en terrasse. Mais difficile de passer inaperçu. Souvent, les gens s’arrêtent pour saluer les deux hommes.

« Calme »
Né le 25 septembre 1949 à Toulouse, Jean Petit est de la même génération que Delio Onnis qui a vu le jour à Giuliano di Roma (Italie) le 24 mars 1948. Entre les deux hommes, on sent une véritable amitié. Une fois les cafés commandés, Onnis met les choses au clair : « On a joué 7 ans ensemble. Mais Jean et moi, ca va bien au-delà du football. Comme moi, il vit à Monaco. C’est le parrain d’un de mes enfants, comme moi je suis le parrain de l’un des siens. Sur le terrain, c’était un joueur calme, mais très technique, qui courrait tout le temps. » Jean Petit prend la parole : « Beaucoup de joueurs de Monaco ne se posaient pas la question de savoir comment marquer. Quand on donnait le ballon à Delio, on savait qu’il allait marquer. A l’époque, c’était l’un des meilleurs avant-centre au monde, très adroit de la tête. Les supporters lui reprochaient parfois sa nonchalance et de ne pas courir assez. Mais pourquoi courir ? De toute façon, à la fin, il marquait quand même… »

Fruits
A Toulouse, Cosme, le père de Jean Petit, est expert-comptable dans une entreprise spécialisée dans la vente de fruits, dont son beau-frère était propriétaire au MIN de Toulouse. Quant à sa mère, Cécilia, elle dirige des magasins de fruits-primeurs à Toulouse puis à Castelginest (Haute-Garonne). Originaires de Barcelone, les parents de Jean Petit quittent l’Espagne. En cause, la guerre civile qui débute en juillet 1936 et qui ne prendra fin qu’en avril 1939. La famille Petit arrive dans l’Ariège pour finalement s’installer à Toulouse. En plus de Jean, Cécilia et Cosme ont trois autres enfants. Marie-Thérèse est la plus jeune. Elle ne travaille pas. Son mari a pris la succession de l’entreprise tenue par l’oncle de Jean Petit. Plus âgé que Jean, Henri est recruteur à l’AS Monaco depuis une dizaine d’années. Auparavant, il était directeur de banque, au Crédit Agricole. Enfin, il y a l’ainé, Georges expert-comptable à Toulouse à la retraite.

Sud-Aviation
C’est la grand-mère paternelle de Jean Petit qui l’éleve avec ses deux frères et sa sœur. Car ses parents travaillent dur. Le soir, ils rentrent tard. « Mes parents n’avaient pas le temps. Ils rentraient la nuit tombée, très fatigués. Je le comprends. Alors c’était un peu à la démerde… » C’est en tout cas une éducation assez stricte que reçoit Jean Petit.
A Toulouse, la famille Petit vit dans le quartier de la Patte d’Oie où il va à l’école jusqu’en 6ème. Ensuite, il prépare sur 3 ans un BTS de dessinateur industriel et tourneur fraiseur. Objectif : rejoindre le constructeur aéronautique Sud-Aviation, créé en 1957.
Et puis, il y a le foot, bien sûr. Le foot comme une évidence. D’ailleurs, Jean Petit ne sait même plus comment c’est arrivé. Son père qui a joué avec Barcelone ? « Il a peut-être fait un match avec l’équipe 1, mais il jouait plus souvent avec les équipes réserves. Mes frères aussi ont joué. Du coup, c’était naturel. C’était pas compliqué : on posait les cartables et on jouait dans la rue. »

Red Star
Après le jeu entre les cartables, Jean Petit rejoint le club de Toulouse où il évolue alors en junior. Il a notamment pour entraîneur Jean Merchadier et même Just Fontaine. Créé en mars 1937, le Toulouse Football Club fusionne en 1967 avec le Red Star suite à des problèmes financiers. C’est donc sous la présidence de l’homme d’affaires Jean-Baptiste Doumeng (1919-1987) que le foot professionnel disparait de Toulouse. A l’époque, ce genre de fusion était possible, sans limite de distance géographique. Depuis les années 1980, des plafonds ont été fixés. C’est en tout cas à Toulouse que Jean Petit est formé. « A cette époque, quand un joueur signait, il ne pouvait pas quitter ce club avant d’avoir 35 ans, sauf accord des deux parties. Du coup, je devais aller en région parisienne. »

CONTRAT/En juin 1969, Jean Petit signe un contrat avec l’ASM, même si Marseille et Saint-Etienne étaient intéressés. « L’ASM me plaisait, parce qu’au début des années 1960, il y avait des joueurs comme Henri Biancheri ou Michel Hidalgo. Monaco, c’était le beau jeu… » © Photo ASM-FC.

Contrat
Mais Petit refuse de partir. Il va donc jouer avec ses deux frères à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) en championnat de France amateur (CFA), l’équivalent du niveau National aujourd’hui. Là-bas, il retrouve Just Fontaine et « 5 ou 6 » ex-Toulousains qui ont refusé de rejoindre le Red Star. C’est avec ce club qu’Armand Bessone, un recruteur de l’AS Monaco, remarque Petit. « Il a fallu faire des échanges : deux joueurs du Red Star, dont moi, sont venus à Monaco. Et deux joueurs de Monaco sont partis au Red Star. C’était obligé, puisque j’appartenais toujours à Toulouse. » En juin 1969, le contrat est signé, même si Marseille et Saint-Etienne étaient intéressés. « L’ASM me plaisait, parce qu’au début des années 1960, il y avait des joueurs comme Henri Biancheri ou Michel Hidalgo. Monaco, c’était le beau jeu… » Hidalgo joue avec l’ASM de 1957 à 1966 et finit d’ailleurs sa carrière ici.

« Armée »
En tout cas, Jean Petit doit en parallèle effectuer 16 mois d’armée. Manque de chance, à l’issue de la saison 1968-1969, Monaco descend en deuxième division (D2). « Ça ne change rien pour moi. Je reste. » Mais rien ne sera facile. Robert Domergue, qui entraine l’ASM de 1968 à 1970, ne fait pas de cadeaux à Jean Petit : « Mes débuts sont compliqués. Car Domergue voulait avoir tous ses joueurs à disposition en semaine. Sauf que moi, pendant la semaine, j’étais à l’armée à Auch… Mais comme j’étais pas si mal que ça, et avec l’insistance des dirigeants, il était obligé de me faire jouer le week-end. Ce qui le contrariait un peu… » En 1970, Domergue est viré. Pas rancunier, il dit alors à Petit : « Si tu as besoin d’un club, viens me voir. »

Pari
428 matches et 76 buts marqués entre 1969 et 1981. Et 13 sélections avec l’équipe de France, dont un match amical, entre 1977 et 1980. C’est le bilan de Jean Petit en tant que joueur. De tout ça, il parvient à isoler deux grands moments. D’abord, le match contre Bastia, le 2 mai 1978. Un match important, gagné par l’ASM 2-1. Monaco remporte le titre de champion de France, alors que l’équipe jouait en D2 la saison précédente. Un sacré exploit, car Nantes termine juste derrière Monaco, avec seulement un point de retard. « Quelques semaines auparavant, l’équipe s’était réunie au bar du Loews. Et on s’était dit que si on gagnait les 5 derniers matches, on pouvait être champions. » Pari tenu.

« Rêve »
Le buteur de Monaco, Delio Onnis, n’a rien oublié de cet exploit : « Cette saison 1977-1978 était très particulière : on a gagné les 5 premiers matches et les 5 derniers. J’avais fait un rêve dans lequel je nous voyais gagner ces 5 premiers matches. Et on a perdu le 6ème chez nous, contre Marseille (2-3)… » Ce qui n’empêche pas Onnis d’inscrire 37 buts dans la saison.
Pour Petit, l’équipe de France, c’est surtout ce but marqué le février 1979 de la tête contre le Luxembourg sur un corner d’Albert Emon, un autre joueur monégasque. C’était au Parc des Princes. Et Jean Petit n’a rien oublié de ce moment très spécial. La France s’impose 3-0 avec aussi un but d’Emon et de Larios.

« Incroyable »
Petit dispute la Coupe du Monde 1978 en Argentine. Le voyage se fait pour la première fois en Concorde. « Détail amusant : quand je faisais mon BTS à Toulouse, Sud-Aviation travaillait justement sur ce Concorde… » Mais le joueur de Monaco est alors bien loin du secteur aéronautique. Il a une Coupe du Monde à faire. La France est dans la poule de l’Italie, de la Hongrie et de l’Argentine. « C’était assez incroyable, mais on était dans le même hôtel que les Italiens. » Delio Onnis passe voir son ami. Jamais sélectionné avec l’Argentine, Onnis explique que pour lui, de toute façon, cette Coupe du Monde 1978 était jouée : « L’Argentine devait gagner. Les Français le savait. Ça ne pouvait pas se passer autrement. »
Avec une seule victoire contre la Hongrie (3-1) le 10 juin 1978, les Français sont éliminés. Ce sera le seul match que Petit disputera lors de cette compétition. « C’est un mauvais souvenir. On a eu beaucoup de blessés. Et on était un peu cuits, fatigués par une saison éprouvante. Pourtant, cette Coupe du Monde, c’était une récompense. Puisque depuis l’édition de 1966 en Angleterre, la France ne s’était pas qualifiée. »

BILAN/428 matches et 76 buts marqués entre 1969 et 1981. Et 13 sélections avec l’équipe de France, dont un match amical, entre 1977 et 1980. C’est le bilan de Jean Petit en tant que joueur. © Photo ASM-FC.

« Précurseurs »
En 1981, Petit doit stopper sa carrière. La faute à une série de trois claquages dont il peine à se remettre. « A chaque fois je suis revenu sur le terrain trop vite et je me suis blessé à nouveau. J’ai fini par me faire opérer. Mais je n’ai pas pu retrouver le niveau nécessaire pour jouer à haut niveau. » A 32 ans, cette retraite forcée n’a pas choqué Petit : « Parce que les faits étaient là, devant moi. Je ne pouvais plus. J’étais assez bon pour jouer avec l’équipe des Barbajuans. Mais plus pour l’équipe première… »
Pas le temps de se laisser aller. Car immédiatement, le club propose une solution. Au début des années 1980, le recrutement des jeunes est très peu développé. Saint-Etienne est l’un des premiers club à s’en préoccuper, avec Pierre Garonaire (1916-1998), un ancien joueur devenu recruteur qui a notamment découvert des joueurs comme Jean-Michel Larqué ou Robert Herbin. Jean Petit est chargé de cette tâche pour l’ASM. « On a été un peu des précurseurs. »

Diplômes
Ensuite les entraîneurs se succèdent. Gérard Banide (1979-1983), Lucien Muller (1983-1986), Stefan Kovacs (1986-1987), Arsène Wenger (1987-1994)… La liste est longue. Si Jean Petit n’a pas travaillé directement avec chaque coach de l’ASM, certains l’ont marqué.
C’est Arsène Wenger qui vient d’abord. « Parce qu’on a débuté ensemble en 1987. Arsène est quelqu’un de très intelligent, qui ne laisse jamais rien au hasard. Il arrive à tirer le meilleur de chaque joueur. »
Il faut dire que Petit s’est toujours intéressé au métier d’entraîneur. Après avoir été capitaine de l’ASM, l’idée d’avoir des responsabilités dans un groupe ne l’a pas quitté. Du coup, il commence à passer ses diplômes d’entraîneur alors qu’il est encore joueur. Et il décroche son dernier diplôme au début des années 1980, alors qu’il vient de mettre un terme à sa carrière de joueur.

INTELLIGENT/« Avec Arsène Wenger on a débuté ensemble en 1987. Arsène est quelqu’un de très intelligent, qui ne laisse jamais rien au hasard. Il arrive à tirer le meilleur de chaque joueur. » Jean Petit. © Photo ASM-FC.

« Zidane »
Et puis bien sûr, de juin 2001 à septembre 2005, il y a la période Didier Deschamps et l’incroyable parcours en Ligue de Champions lors de la saison 2003-2004. « C’était magique. On avait une bonne équipe, très volontaire. On élimine le Real Madrid avec Zidane, Figo, Ronaldo… Nous, on a des joueurs avec qui on peut partir à la guerre. Mais sur le papier, ils sont moins talentueux. Ludovic Giuly, Fernando Morientes et Jérôme Rothen étaient au sommet de leur art. Mentalement Dado Prso était très fort. Ces joueurs ont fait la différence. » En finale, Monaco s’effondre (0-3) contre le FC Porto. « C’est l’effet de la fatigue. Et puis, Giuly s’est blessé… »

Chelsea
Après cette belle aventure, Didier Deschamps est contacté par Roman Abramovitch. Le patron de Chelsea lui propose le poste d’entraîneur. Pour la première fois de sa carrière, Jean Petit est tenté : « J’aurais pu partir à Chelsea avec Deschamps. A l’époque, l’idée, c’était de faire jouer en attaque Fernando Morientes avec Didier Drogba. De l’autre côté, il y avait Arjen Robben. A droite, on pensait prendre David Beckham… Oui, vraiment, là j’aurais pu quitter Monaco. » Une pause. Petit reprend : « J’ai dit à Didier : à Chelsea, tu feras la renommée du club. Comme Arsène Wenger a fait celle d’Arsenal. » Finalement, Deschamps part à la Juventus. Et c’est José Mourinho qui s’impose avec Chelsea.
En tout cas, voir Didier Deschamps nommé entraîneur de l’équipe de France en juillet 2012 n’étonne pas Petit : « C’est quelque chose de normal. Parce qu’il a tout gagné en tant que joueur. Et il adore l’équipe de France. L’équipe de France, c’est son but final. »

« Adversaires »
Entre 2009 et 2011, Petit travaille avec Marc Keller comme directeur du recrutement. En septembre 2011, il est nommé adjoint de Marco Simone qui prend la direction de l’équipe jusqu’en mai 2012. Lorsque Claudio Ranieri arrive, Petit est chargé de suivre les joueurs qui ne font pas partie du groupe. Changement de casquette cette saison. « Cette année, je vais voir les adversaires de l’ASM. Donc je voyage beaucoup. »
Divorcé, Jean Petit a trois enfants d’un premier mariage. Le 12 juillet 2005, il est devenu papa une quatrième fois d’une petite Sasha. « Avant, je faisais du golf. Mais depuis que ma fille est née, je ne joue plus. Alors je lis. Notamment pas mal de romans policiers. »

© Photo L’Obs’

Zitouni
Sous contrat avec l’ASM encore 18 mois, Jean Petit réfléchit à son avenir. Mais il sait aussi l’importance du poids de l’histoire dans le football. Le décès le 5 janvier à Nice de l’ancien footballeur monégasque Mustapha Zitouni (1928-2014) est passé un peu trop inaperçu aux yeux de Petit. Sélectionné avec l’équipe de France, Zitouni avait décidé en avril 1958 de partir pour répondre à l’appel du Front de libération nationale (FLN), en participant à la création de la première équipe de foot d’Algérie, quatre ans avant l’indépendance du pays. Entre 1954 et 1958, Zitouni a crevé l’écran avec l’AS Monaco. Ce que Petit n’a pas oublié. « Les médias sont restés assez discrets après cette disparition. Mais quand je vois que l’AS Saint-Etienne est devenu le premier club français à inaugurer son musée, je me dis que c’est une excellente idée. A l’étranger, beaucoup de clubs ont leur musée. Et les anciens sont consultés. Monaco a une histoire suffisamment riche pour qu’elle soit racontée. Et surtout pas oubliée. »
_Raphaël Brun

 

Coupe du Monde/
Brésil : « La France est un point d’interrogation »

Si Jean Petit est soulagé de voir que son ami Didier Deschamps est parvenu à se qualifier avec l’équipe de France pour la Coupe du Monde qui se déroulera au Brésil du 12 juin au 13 juillet, Delio Onnis est plus circonspect : « L’équipe de France, c’est un grand point d’interrogation. Il faudra faire attention à l’Equateur. » Petit est plus confiant : « La France possède de bons joueurs. Même si Benzema ou Nasri doutent, j’ai confiance. Les 22 joueurs seront importants. » Pas d’inquiétude non plus en ce qui concerne la gestion de certains joueurs, réputés difficiles : « Didier est l’homme de la situation. Il sait comment faire. » Mais même en insistant, Onnis et Petit refusent de s’avancer en émettant un pronostic._R.B.