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« Je ne lâcherai pas »

MISE AU POINT/Après une période de tensions avec le gouvernement, Laurent Nouvion compte bien repartir comme en quarante et il nie toute fracture dans sa majorité. Rappelant qu’aucun élu Horizon Monaco n’a encore claqué la porte.

 

Comment avez-vous vécu ce budget rectificatif ?

C’était un moment charnière de la mandature, éminemment politique à mi-mandat. Les tensions avec le gouvernement, causées à 70 % par la signature du contrat de l’extension en mer, l’été dernier, ont été suivies par une ouverture de la porte par le gouvernement. C’est le rapport ciselé et percutant du président la commission des finances Marc Burini, validé par tous, qui a permis de faire bouger les lignes et de faire douter le gouvernement. Pour moi, l’important était que ce dernier fasse un pas. Il l’a fait sur trois points majeurs, qu’il s’agisse de l’extension en mer, en reconnaissant qu’il nous avait mis devant le fait accompli, le logement (avec Stella, N.D.L.R.) et la proposition d’une table ronde sur la circulation.

 

On est passé d’un non ferme à un oui mitigé et critiqué…

Cette évolution est liée à l’inflexion forte du gouvernement sur les sujets principaux. Les élus ont exprimé un vote cohérent. Personne ne s’est prononcé avec le couteau sous la gorge. Il n’y a pas eu de consigne de vote, ni avant, ni pendant, ni après ! On ne peut pas passer son temps à fustiger l’ensemble des votes exprimés par l’ensemble de la majorité à partir du moment où chacun s’est exprimé en son âme et conscience. D’ailleurs, quand on regarde les législatures 2003-2008 et 2008-2013, on constate que les majorités se sont démises et désarticulées, comment elles ont été marquées par des départs officiels et revendiqués. Est-ce le cas aujourd’hui ? Non. Quelqu’un a-t-il décidé de quitter les rangs de la majorité ? Non, personne. Certains en parlent, échafaudent toutes sortes d’hypothèses mais personne n’a pris la décision. Ce sont les faits. Alors certes, c’est moins sexy que de faire des scénarios de science-fiction ou de faire du bashing contre Laurent Nouvion…

 

Vous avez été le premier à pointer du doigt la méthode Roger et les dysfonctionnements du dialogue interinstitutionnel. C’est réglé ? Pour certains élus, le ministre d’Etat a juste annoncé quelques promesses supplémentaires pour décrocher un vote positif…

Je ne porte pas de jugement public sur mes élus. Jamais. Je remarque juste que ceux qui estiment qu’il s’agit de promesses se sont abstenus et n’ont pas voté contre… On a dépassé le stade des promesses. Après, ce qui s’est passé au rectificatif, le gouvernement ne prendra pas le risque de repartir dans un blocage institutionnel. A nous de faire en sorte dans les mois à venir que ce coup de semonce et ce vote politiquement fort soient suivis d’un dialogue et d’un respect réciproque entre conseil national et gouvernement.

 

Comment ?

A l’heure actuelle, le gouvernement et le conseil national n’ont plus le choix. Nous sommes condamnés à trouver le chemin de l’accord des volontés sur les grands chantiers qui viennent, que ce soit l’extension en mer ou la réorganisation des quartiers. Ce sera ma responsabilité. Je ne lâcherai pas. Nous ne pouvons nous payer le luxe de recommencer une période de tensions pareille, aussi difficile à vivre, avaler et digérer. Nous sommes dans une période budgétaire faste, c’est une chance. Cela permet d’avoir une certaine vision et une certaine souplesse en matière de dépenses et d’arbitrages.

 

Et si ça ne marche pas ?

Je l’ai toujours dit et je ne changerai pas d’un iota ma conception des choses : si ça marche, c’est normal ; si ça ne marche pas, ce sera ma faute. Même si on se marie à deux et on divorce à deux… On a l’obligation de continuer sur de bonnes bases avec le ministre d’Etat. Finalement, pour ce budget rectificatif, on s’aperçoit que la matrice institutionnelle a bien fonctionné.

 

L’opposition fustige une dramaturgie très théâtrale ?

La vie politique monégasque n’est pas un long fleuve tranquille. Des passes d’armes terribles entre le président du conseil national et le gouvernement, il y en a eu depuis 50 ans… J’aimerais que les élus de l’opposition aient de la pudeur et de la mémoire. Que ses membres se rappellent par exemple de l’épisode de 2009 sur la tour Odéon… Que l’opposition me fustige, soit, elle est dans son rôle. Mais qu’elle soit dans la caricature et ose affirmer que lorsqu’on suggère de ne pas voter un budget, on est dans un système parlementaire, c’est ridicule. Il faut que ses membres retournent en première année de droit constitutionnel…

 

Cela signifie donc que vous n’avez pas peur, dans l’absolu, de ne pas voter un budget ?

Je n’ai peur que de la maladie, de la mort et de la déchéance physique. L’événement est roi en politique, on s’adapte à la situation.

 

Contrairement à d’autres épisodes de tensions au sein de la majorité, vous avez fait passer dans votre motivation de vote un message d’union. Il n’y a pas eu d’avertissements contre d’éventuels dissidents comme ce fut le cas dans le passé…

Je me suis effectivement adressé à ma majorité. Il était normal que je fasse un pas vers elle, y compris vers les élus qui émettent des critiques. La responsabilité d’un homme politique, c’est aussi de prendre du recul. Je n’ai pas de honte à reconnaître que ce budget rectificatif est une expérience supplémentaire. Je suis un démocrate dans l’âme. Je ne suis pas enfermé dans mon bureau dans une tour. J’écoute, je consulte, puis je décide en accord avec ma majorité. Ceci dit, j’ai un caractère, je vais avoir 50 ans, j’ai mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas là pour faire de l’auto-flagellation en public ! Après, les vicissitudes, les tensions qu’il peut y avoir en interne dans une majorité, c’est normal. Que certains prennent l’initiative, d’en faire état en public, c’est leur affaire.

 

Pour l’opposition, la majorité a « explosé ». Pour vous, il n’y a pas de tensions post-budget ?

J’aime l’honnêteté intellectuelle. Je m’en tiens aux faits. Je le répète : il n’y a eu aucun départ de la majorité. Après, quand des élus me parlent, que ce soit pour me donner des avis négatifs ou positifs, je n’ai pas à en faire état. C’est ma conception du pacte majoritaire. Les Monégasques attendent surtout qu’on déroule notre programme. Ce qui m’intéresse, c’est la préparation du budget primitif, la loi sur l’extension en mer, la loi 1235, le cas pratique du très grand Ida, la loi sur les fonctionnaires.

 

Quel est votre calendrier pour l’extension en mer ?

Le contrat est actuellement décortiqué par nos conseils extérieurs, qui sont de grands pontes spécialistes de la construction. Le traité fait 150 pages qui renvoient à 12 000 pages d’annexes. Nous prendrons notre bâton de pèlerin pour organiser des réunions avec le gouvernement pour pointer l’ensemble des sujets.

 

Vous avez déclaré que vous exigeriez des contreparties sociales et économiques à l’extension en mer. De quoi s’agit-il ? Demander l’ajout d’équipements publics ?

Nous avons des pistes de réflexion. Il peut en effet s’agir aussi bien de modifications des équipements de la dalle, de la majoration de la soulte reçue par l’Etat, que de contreparties in land.

 

Le budget primitif devrait être dominé par les grands travaux. Lesquels ?

Dans le cadre du budget primitif et du programme triennal, il faudra détailler l’opération mixte Stella, avec son école et ses logements, tout comme son coût et son phasage. C’est ça qui intéresse les Monégasques, pas les conditions dans lesquelles un vote est intervenu dans le cadre d’un budget qui est rectificatif !

Nous travaillons bien évidemment sur les pistes du grand ou très grand Ida, mais aussi sur l’îlot Pasteur, sur l’édification du collège et l’équipement de la zone. Le sujet était mis de côté depuis 2 ans. Il est temps de le réactiver. Nous sommes favorables à la réalisation d’un collège de 1 500 élèves avec une piscine, un centre de tri postal dans le tréfonds, qui descend jusqu’au niveau de la mer. Mais nous souhaitons également que soit remise sur la table la réflexion sur un hôtel couplé à un immeuble de bureaux. C’est important dans cette zone tertiaire. Or, ce terrain d’Etat peut faire l’objet d’un bail à construction et d’une emphytéose.

 

Deux opérations intermédiaires de logement sur trois ont été abandonnées. Comment voyez-vous la suite ?

Rappelons d’abord que les opérations intermédiaires sont hors engagement programmatique. Elles nous permettent d’être mieux intégrées sur le plan urbain. Sur les trois opérations, deux ont effectivement été abandonnées. Mais à côté de la Villa del Sol, dont le chantier devrait commencer en janvier 2016, 30 à 40 logements sont désormais prévus à Stella. L’opérateur s’est engagé à livrer mi-2018. Il s’agit alors de combiner ces opérations avec le moyen, grand ou très grand Ida, mais aussi un plan de mobilité et une révision de la grille des loyers. L’ensemble de ces éléments devrait correspondre à la mise en place d’une foncière d’Etat. Nous voulons profiter de l’extension en mer pour obtenir un phasage sur la partie urbanistique et domaniale sur 15 ans. Dans le cadre du très grand Ida, je demande une estimation du coût et une étude d’impact. Je souhaiterais qu’un questionnaire soit envoyé à l’ensemble des familles des immeubles concernés.

 

Quid des propositions de loi portant sur les sujets de société. Que comptez-vous faire de la proposition de loi sur le pacte de vie commune (PVC), transposition du PACS en droit monégasque, ou de celle annoncée par Renaissance sur l’avortement ?

La minorité n’a pas le monopole sur les sujets de société ! Le fonctionnement démocratique normal reste que la majorité décide de ses priorités législatives. Or, notre priorité est le dépôt imminent d’une proposition de loi sur la fin de vie, qui accompagne l’unité de soins palliatifs qui sera bientôt basée aux Tamaris. Nous sommes en train d’en discuter et une position commune sera arrêtée. De même, une proposition de loi sur l’aide nationale à la famille sera bientôt déposée. Si ça ne plaît pas à l’opposition, tant pis. Il fallait gagner les élections. Rappelons que la liste de Robillon & Co a fait à peine 39 % des voix…

_Propos recueillis par Milena Radoman

écrit par Milena