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« Je compte garder la maîtrise de mon agenda »

POLITIQUE/On l’aura bien compris. Pas question pour Stéphane Valeri de se précipiter et d’annoncer une candidature au lendemain de son départ de la place de la Visitation. Officiellement, pour le désormais simple homme d’affaires, l’heure est à la réflexion. L’ancien président du conseil national sait ménager le suspense, tout en amorçant déjà quelques messages très politiques…

 

Il est rare pour un conseiller de démissionner du gouvernement. Quel a été le déclic et depuis quand y pensez-vous ?

Ma démission est “positive”, si j’ose dire. Je pars à la suite du constat que l’essentiel des objectifs qui m’avaient été fixés par le prince, quand il m’a nommé dans mes fonctions, ont été atteints.

Y a-t-il eu des dissensions ou divergences internes au gouvernement sur certains dossiers qui justifient aussi votre départ ?

Les discussions au sein du gouvernement sont par nature confidentielles, mais je le répète, c’est une démission “positive” qui me permet d’ouvrir une nouvelle étape dans ma vie.

Vous estimez avoir rempli toutes les missions qui vous avaient été fixées. Ne manque-t-il pas selon vous la réforme du droit du travail (lois sur les salaires et sur le contrat de travail) ?

Toutes ? Certainement pas, nul bilan n’est parfait. Mais il est vrai que j’ai défendu sans relâche le modèle social et le système de santé, avec l’aide d’équipes formidables que je tiens à remercier chaleureusement. La réforme que vous évoquez n’était pas dans le périmètre qui m’avait été fixé. Sur ce sujet, j’ai le sentiment qu’il faut se garder de jouer aux apprentis sorciers dans un pays dont nous pouvons être fiers de la réussite du modèle économique et social. Pour autant, ce modèle, qui fournit le quasi-plein emploi et offre les meilleurs systèmes de remboursements médicaux, d’allocations familiales et de niveau de retraite pour les salariés, reste fragile. De plus, un peu partout en Europe, on assiste actuellement à un assouplissement du droit du travail, pour donner plus de liberté aux entrepreneurs et cela donne raison aux choix éclairés de la Principauté depuis toujours. Ce n’est certainement pas le moment d’aller dans la direction inverse. D’ailleurs, en dehors des dirigeants de l’USM, plutôt isolés, notre modèle fait consensus dans notre pays, salariés et chefs d’entreprise confondus.

Vous retournez dans le privé et dans la communication. Quel est votre projet de carrière ?

Tout d’abord, permettez-moi de préciser que je n’ai jamais eu de “plan de carrière”, sinon je serais aujourd’hui tranquillement installé dans une trajectoire initiée lors de mon passage en école de commerce. N’oubliez pas que je prends un risque non négligeable, en renonçant aux avantages liés à ma fonction gouvernementale. Mon projet d’entreprise est simple. Je retrouve mon ami Maurice Cohen pour prendre la présidence déléguée de Monaco Communication, qui est un groupe solide. Nous pensons en outre avec Maurice qu’il existe en principauté de grandes opportunités pour une offre de conseil stratégique dans le domaine de la communication et du marketing. C’est donc ma mission prioritaire de développer cette activité au sein du groupe, au travers d’une nouvelle enseigne : Autrement.

Beaucoup parlent de votre retour en politique…

« L’homme est un animal politique », disait Aristote. Vous êtes journaliste, vous faites de la politique. Conseiller-ministre en charge du social et de la santé, j’appliquais bien évidemment une politique. Finalement, tout compatriote fait de la politique dès qu’il pense à son pays. Aujourd’hui, je retrouve une certaine liberté de parole. Ne comptez pas sur moi pour la gâcher inutilement en m’exprimant sur tous les sujets. Je dois, et j’en ai besoin, prendre le temps pour écouter, pour échanger, pour réfléchir.

Pensez-vous jouer un rôle dans le parti que vous avez créé en 2001, l’Union pour la Principauté ?

L’Union pour la Principauté garde, comment en douter, toute mon affection. Je n’oublie pas d’où je viens, j’y garde des amis, et j’y retrouve ma sensibilité. Pour autant, je ne compte pas, ni à l’UP ni ailleurs, me précipiter aujourd’hui dans un engagement partisan. Pour tout vous dire, mais je n’en suis qu’au début de ma réflexion, j’ai le sentiment que la vie politique monégasque pourrait être à l’aube d’un renouvellement profond. Ici comme ailleurs, il faudra sans doute savoir se remettre en cause, se réinventer pour mieux répondre aux demandes des Monégasques qui attendent avant tout l’unité de leur communauté, loin des querelles et des divisions.

Serez-vous candidat pour les élections nationales de 2018 ?

Votre question ne me surprend pas, elle m’est posée tous les jours depuis mon départ, et même avant ! Elle est légitime mais n’est pas pour moi d’actualité. Tout d’abord, et compte tenu de ce que nous venons d’évoquer, je me garderai bien de tout pronostic sur l’évolution du paysage politique pour les prochains mois. Plus prosaïquement, et je vous demande de croire en ma sincérité, ma priorité est, comme je l’évoquais, double. D’une part vers le développement d’un projet professionnel concret. D’autre part vers le besoin d’écouter et de réfléchir. Rappelons qu’une candidature électorale ne devrait jamais être une fin en soi, mais plutôt l’aboutissement d’une démarche de propositions, fruit d’une rencontre avec les Monégasques. Ainsi, même si je retrouve une certaine liberté de parole, que je ne manquerai pas d’utiliser lorsque le débat public, sur les grands enjeux du pays, le justifiera, je compte garder la maîtrise de mon agenda personnel, chacun le comprendra.

Quel est votre regard sur le conseil national actuel ?

Vous me pardonnerez une certaine discrétion, alors que mon siège sur le banc du gouvernement y est encore chaud ! Je pense, sans fausse polémique — car je l’ai constaté et ce sont des données factuelles — que la production législative s’est sérieusement accélérée ces derniers temps, en particulier dans mon domaine de spécialité. J’ai en tête les lois sur l’accessibilité du cadre bâti ou sur l’art dentaire. Ces derniers jours avant mon départ, nous étions arrivés à un consensus autour de la loi sur la modernisation de la médecine du travail, qui sera certainement votée avant l’été. Donc, sur un plan purement factuel, personne ne peut contester que le conseil national travaille.

Estimez-vous qu’il s’agisse d’un conseil national fort qui joue son rôle politique voire institutionnel ?

Votre question est intéressante car elle ouvre deux réflexions. Celle du contexte politique et celle des institutions. Vous parlez de « force » et cela ouvre la question du rôle effectif du conseil national dans l’équilibre de nos institutions. Ce que j’entends au travers de mes premières rencontres va au-delà des péripéties politiques, certes dommageables. La vraie question qui se pose semble être celle de la place et de l’autorité des élus dans notre système tout entier, avec le prince et en face du gouvernement. Notre constitution, dans sa grande sagesse, permet à la représentation nationale de jouer tout son rôle. Qu’en est-il dans les faits ? C’est une question à laquelle on ne pourra pas se soustraire à l’avenir.

_Propos recueillis par Milena Radoman

écrit par Milena