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Jardins d’Apolline : Un dossier
éminemment politique

POLITIQUE/La crise sanitaire et le relogement des résidents des Jardins d’Apolline sont prioritaires en cette rentrée politique. Que ce soit pour le gouvernement ou les candidats aux élections nationales de 2018…

Depuis début juillet, Albert Croési n’a pas chômé. Le nouveau “Monsieur Apolline”, chargé par le ministre d’Etat de gérer ce dossier épineux qu’est la crise des Jardins d’Apolline, accueille les résidents, leur propose une solution de relogement dans l’un des 160 appartements disponibles recensés par les services de l’Etat. Quitte à leur faire visiter les locaux lui-même, affirme-t-il… « Quand les gens sortent de mon bureau, ils sont rassurés. Qui a des problèmes d’animaux, qui a des problèmes de plantes vertes, de compteur d’eau, d’électricité, de box… Ils n’ont rien à faire sauf nous donner leurs factures pour avoir leurs numéros d’abonnés. On prend en charge les déménagements. Tout est fait pour qu’ils aient le moins de tracas possibles », a-t-il confié à Monaco-Matin cet été.

34 relogements

Après la crise sanitaire — la question de la potabilité de l’eau est a priori réglée selon les derniers prélèvements des autorités sanitaires (1) —, la priorité est de vider le bloc B, où les travaux doivent démarrer mi-février 2018. Et d’évacuer d’urgence les familles ayant des enfants en bas âge et celles dont les appartements sont insalubres. « On a un accord de principe sur 34 relogements de résidents du bloc B. Une dizaine dans les domaines et une vingtaine de solutions alternatives », comptabilise le chargé de mission. La proposition d’une indemnité forfaitaire de relogement (allant de 1 500 euros pour un 2 pièces à 3 500 euros pour un 3 pièces), versée à ceux qui déménageront dans leur résidence secondaire, un appartement mis à leur disposition ou une location dans une commune limitrophe, « remporte un certain succès », juge Franck Lobono. « Content d’avoir fait passer la mesure » auprès des autorités, le président de l’association des résidents de Jardins d’Apolline avait pourtant dans un premier temps critiqué le montant des indemnités. « A 1 500 euros, le T2, personne ne va prendre l’indemnité ! » a-t-il fustigé à chaud, après l’annonce de la mesure début août. Et ce n’est pas le seul. Le président de la commission Logement du conseil national, Jean-Michel Cucchi, n’y est pas allé de main morte. « Le gouvernement essaie encore de faire des économies », a-t-il taclé dans le quotidien local, jugeant l’enveloppe financière allouée « mesquine et contreproductive ». Le conseiller national, probable candidat en 2018, demande, « afin que cette mesure soit la plus efficace possible, que les montants des indemnités soient équivalents aux plafonds des ANL (allocations nationales au logement), qui correspondent à ce que l’Etat devrait débourser si ces foyers étaient logés dans le secteur libre. »

10 % d’électeurs

Des réactions qui n’ont rien d’étonnant. Au fil des mois, le problème d’insalubrité des Jardins d’Apolline est devenu éminemment politique. « Il s’agit de déplacer près de 10 % des Monégasques », rappelle Jean-Michel Cucchi. Soit peu ou prou 10 % d’électeurs. Ce qui n’est pas négligeable à quelques mois d’une échéance électorale… Chacun y va donc de sa proposition pour reloger les nombreuses familles concernées. « La solution repose essentiellement sur le secteur privé quel qu’en soit le coût », pense Jean-Michel Cucchi. Pour Jean-Louis Grinda, « il faut laisser L’Engelin pour les Monégasques qui attendent un appartement depuis déjà trop longtemps. » Chez Horizon Monaco, Laurent Nouvion avait, lui, demandé que l’opération L’Engelin soit réservée aux résidents d’Apolline. Il appelle aujourd’hui surtout à la prudence. « Il ne faudrait pas que la commission d’attribution de L’Engelin commence à semer les ferments d’une espèce de guerre civile et prenne une tournure électoraliste. » Quant à l’association des résidents, elle a toujours plaidé, afin de réduire la durée des travaux, pour une rénovation de deux blocs à la fois. « Nous avons rencontré de nombreux professionnels qui nous ont assuré de la faisabilité de ces solutions. Ce ne sont pas des paroles en l’air ! », observe Franck Lobono.

Des F4 à Ida

Ces propositions seront-elles prises en compte ? Pour le moment, le gouvernement s’en tient au cadre qu’il a fixé. A savoir ne pas toucher à la réserve domaniale de L’Engelin (soit 134 appartements livrés fin 2017) et U Pavayùn (33 appartements à Saint-Roman, livrés à la fin du premier trimestre 2018). Seuls les résidents à mobilité réduite y seront relogés. Le gouvernement monégasque mise sur les appartements du privé, du secteur protégé, des domaines (hors programmes neufs) ou encore ceux proposés par la Caisse autonome des retraites (CAR).

Dernièrement, il a ajouté une option : des bâtiments temporaires construits sur la zone de l’Ida. « Il y a à l’étude deux, peut-être trois pavillons de F4 qui pourraient être construits en six mois et livrés en début d’année », a expliqué Albert Croési. Il manque aujourd’hui en effet une trentaine de F4. Mais le Monsieur Apolline veut avant tout rester positif. « Il me reste 100 jours ouvrables avant le début du chantier. Agissons vite et dans le calme. Il faut dépolitiser ce dossier », insiste le Monégasque qui, pour couper court à toute rumeur, précise que lui ne sera pas candidat en février 2018.

(1) La surveillance se poursuit : « La direction de l’action sanitaire continuera bien sûr à faire des prélèvements tous les quinze jours. Tous les résultats sont mis à la disposition des résidents à la loge du gardien », a prévenu cet été le conseiller pour les Affaires sociales Didier Gamerdinger.

 

COUP DE GUEULE/

« Pourquoi les entreprises ont bâclé le boulot ? »

Avec sa posture pagnolesque, Albert Croési est un habitué des coups de gueule. Le chargé de mission s’attaque aux entreprises qui ont fait les travaux à Apolline. « Elles sont toutes compétentes, or là, pour des bâtiments construits pour des Monégasques, elles ont bâclé le boulot et ont fait preuve de négligence. Pourquoi ? », s’interroge Albert Croési, qui lâche, avec une métaphore : « Si j’achète un frigidaire qui ne fonctionne pas, soit on me le rembourse, soit je vais dans une autre enseigne… » Un coup de pression avant de connaître le résultat de l’expertise judiciaire réclamée par le gouvernement et désormais en cours. Un expert judiciaire a en effet été désigné en août par le tribunal de première instance pour établir les responsabilités des uns et des autres dans ce dossier. Rappelons que des actions judiciaires en responsabilité et en dommages et intérêts ont été engagées par l’Etat monégasque à l’encontre de l’ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne de conception, de réalisation et de suivi de cette opération. A savoir contre l’entreprise Squarelectric, les entreprises du groupement Engeco-Satri, le cabinet d’architectes Giraldi et les bureaux d’études.

 

EN BREF/

A crise exceptionnelle, dispositif exceptionnel

50 %

Après une gratuité des loyers et des charges pour la période juin-août, les résidents des Jardins d’Apolline ne paieront que 50 % de leur loyer de leurs charges locatives. L’aide nationale au logement (ANL) étant elle aussi d’office baissée de 50 %. Une mesure adaptée aux détenteurs d’un contrat habitation capitalisation (CHC) (« 50 % des charges, et 50 % de dédommagement sur le montant du loyer qu’ils auraient payé s’ils avaient été locataires. »)

Gratuité durant le déménagement

Le début des travaux du bloc B est prévu pour la mi février. Dès qu’ils intégreront leur appartement temporaire et durant la durée des travaux de leur appartement, les résidents ne paieront pas de loyer. L’Etat prendra intégralement en charge le loyer et l’ameublement de l’appartement proposé par Albert Croési dans lequel ils auront été relogés.

Une indemnité de 1500 à 3500 euros par mois

Une indemnité de relogement temporaire (IRT) a également été débloquée pour les résidents des Jardins d’Apolline qui opteront pour une solution alternative. Une mesure destinée à ceux qui préfèreraient vivre le temps des travaux, dans leur résidence secondaire, dans leur famille, ou louer un appartement dans les communes limitrophes. Une « indemnité mensuelle forfaitaire » (1 500 euros pour un 2 pièces, 2 500 euros pour un 3 pièces et 3 500 euros pour un 4 pièces) leur sera allouée. « On considère qu’ils sont délogés de chez eux contre leur gré. Ils n’auront donc pas la jouissance de leur appartement et auront des frais de déplacement. Cela mérite indemnisation », a annoncé cet été le conseiller pour les finances Jean Castellini. L’Etat prendra aussi en charge le dépôt de garantie.

Une crise à « plusieurs dizaines de millions d’euros »

Travaux de rénovation et de reconditionnement dans les 237 appartements des quatre blocs, frais de déménagement et de relogement, manque à gagner lié à la gratuité des loyers, indemnités… « On sait que le coût total sera de plusieurs dizaines de millions d’euros. Mais on ne regarde pas la dépense. Un compte spécial du trésor a été affecté à cette fin », a annoncé le conseiller-ministre des finances Jean Castellini.

écrit par Milena