Jean-Charles-Vinaj-Photographe-JAGUAR-@JC-VINAJ

Impressions sauvages

Photo/Alors que la COP 21 vient de se terminer sur un accord a minima, certaines initiatives individuelles mettent en avant la beauté de la biodiversité. Rencontre avec Jean-Charles Vinaj, un photographe passionné qui prépare un livre état des lieux sur la relation homme-animal.

 

Jean-Charles-Vinaj-Photographe-JC-VINAJ-@-Johana-LAIK

© Photo Johana Laik

 

S’approcher à 6 mètres d’un léopard et le regarder droit dans les yeux, c’est l’une des expériences troublantes (et risquée !) qu’a vécue le photographe Jean-Charles Vinaj il y a quelques mois en Inde. « L’animal s’est approché de moi. Il ne montrait aucun signe de vouloir m’attaquer. J’ai baissé le boîtier, l’ai fixé. C’était un moment d’une intensité indescriptible. C’est pour cette raison que je fais ce métier, pour toute l’adrénaline que ça génère », raconte ce passionné de photographie et de biodiversité, qui a échappé, le même jour, à un cobra royal qui le serrait de près…

Jean-Charles-Vinaj-Photographe-LEOPARD-2-@JC-VINAJ

LEOPARD-INDE/« Le léopard a mauvaise presse en Inde du fait des nombreux incidents impliquant des léopards mangeurs d’hommes dans la banlieue de Bombay ou dans certains villages reculés de l’Inde. En effet, l’homme empiète de plus en plus sur la forêt, obligeant les léopards à s’introduire dans les villages et autres milieux urbains.
Dans une autre province de l’Inde, le Rajasthan, le léopard est très présent mais il ne se nourrit que d’animaux domestiques (chiens, brebis, chèvres et veaux). Malgré cette prédation permanente, les éleveurs Raika tolèrent ce prédateur et sont indemnisé en cas d’attaques mortelles de leur troupeau. »

Jean-Charles-Vinaj-Photographe-LEOPARD-INDE

Jean-Charles-Vinaj-Photographe-OURS-@JC-VINAJ

OURS BRUN-FINLANDE/« Les vastes forêts de Finlande abritent environ 1 500 ours bruns, énormes plantigrades dont la taille suscite la crainte, même si leur tempérament timide les pousse à éviter à tout prix le contact avec l’homme. Entre avril et septembre, des formules de découverte des ours proposés par des tour-opérateurs spécialisés permettent d’aller observer ces bêtes notamment en Finlande orientale à quelques kilomètres de la frontière russe : dans ces conditions, les chances d’en voir même de très près sont maximales.
Toutefois, pour permettre ces observations, les professionnels du tourisme n’hésitent pas à faire un nourrissage intensif sur les sites afin de fidéliser ces animaux. Quantité de filet de saumon, viande de porc et pour certains, croquettes pour chien sont tous les jours déposés sur les sites. Ces ours n’ont plus aucune raison de chasser dans leur milieu naturel. »

Reportages

Ce baroudeur a découvert la photo à l’adolescence. « A 13 ans, j’ai su que je voulais faire ça ! » se rappelle ce Méditerranéen grisonnant au regard ténébreux. Au collège de l’Annonciade, un frère qui s’occupait du laboratoire photo lui propose de venir voir la chambre noire. « Quand j’ai vu apparaître une photo dans un bac, ce fut une révélation ! » Aujourd’hui, ce photographe professionnel aux 27 ans de carrière, qui couvre depuis des années l’actualité monégasque, est passé au numérique. Il a surtout décidé de consacrer ses clichés à la complexité de la relation homme-animal et de les publier dans un livre album grand format. Son projet ? Effectuer, durant 5 ans, des reportages aux confins de la planète sur les différentes formes de cohabitation entre des peuples ethniques et des animaux sauvages. L’objectif est de sensibiliser, grâce à ces images, un large public sur l’importance de protéger la nature. « Au-delà d’un simple cri d’alarme, je souhaite faire prendre conscience au plus grand nombre de l’importance de préserver l’équilibre et l’harmonie qui règnent aujourd’hui encore en de nombreux lieux sur terre. L’idée est, pour chaque reportage, d’offrir un état des lieux de la relation homme/animal : mutualisme, symbiose, tolérance ou conflit », explicite Jean-Charles Vinaj.

 

Jean-Charles-Vinaj-Photographe-ELEPHANTS-NAMIBIE-@JC-VINAJ

ELEPHANTS DU DESERT-NAMIBIE/« Les derniers éléphants du désert vivent dans la région Damaraland. Ce territoire hostile où la température peut atteindre plus de 50 °C est aussi le territoire d’une centaine de lions de désert et de girafes. Les mastodontes se déplacent le long de rivières asséchées une grande partie de l’année. Pour survivre, ils creusent le sol pour atteindre les nappes d’eau souterraines et se nourrissent des rares buissons qu’ils trouvent sur leur passage. Certaines espèces d’acacias leurs procurent également un fruit appelé Ana qu’ils ramassent au sol ou en se servant de leur trompe pour les atteindre sur les arbres. Afin d’éviter aux éléphants de longues migrations dans des conditions extrêmes pour trouver suffisamment d’eau, le gouvernement namibien a installé des points d’eau à l’intersection des rivières asséchées. Les panneaux solaires alimentent en énergie une pompe qui va puiser l’eau dans la nappe phréatique et ainsi alimenter des vasques artificielles. Les éléphants comme les autres espèces (oryx, girafes, lions, cheetah) viennent alors régulièrement étancher leur soif. »
Jean-Charles-Vinaj-Photographe-HIMBA-NAMIBIE-@JC-VINAJ
HIMBAS-NAMIBIE/« Environ 10 000 Himbas vivent sur un territoire de plus de 32 000 km2 entre le Kaokoland et le Damaraland. Cette ancienne ethnie de chasseurs et cueilleurs nomades vivait au Bostwana avant d’être pourchassées par l’armée coloniale allemande au XIXème siècle. Les Himbas ont accepté de vivre sur un territoire dont personne ne voulait, le désert du Kaokoland, et sont devenus éleveurs nomades. Cette ethnie a énormément de difficultés à maintenir et protéger son mode de vie et ses traditions. »

 

Le déclic est venu d’un voyage en Finlande pour aller photographier des ours bruns. En simple touriste. C’est là qu’il découvre comment les ours font l’objet d’un nourrissage intensif et deviennent “addicts” aux croquettes pour chiens que les professionnels du tourisme leur servent pour les attirer. « Ces ours n’ont plus aucune raison de chasser dans leur milieu naturel. On met en péril une espèce pour gagner du fric », lâche Jean-Charles Vinaj, encore frappé par cette image d’une soixantaine de personnes, installées à la queue leu-leu pour voir les ours dans leurs tanières…

Depuis, le photographe part 4 fois par an à travers le monde en quête d’images et d’informations. Par exemple, il a filmé le jaguar du Pantanal, menacé d’extinction par le développement des activités humaines. « Les fermiers le voient comme un ennemi qui tue leur bétail, mais pour les professionnels du tourisme, il représente une attraction dont vivent des centaines de personnes (lodges, guide, taxi brousse, propriétaire de bateau). La rencontre avec un animal sauvage se paie très cher ; voir du jaguar durant une semaine se monnaie 9 000 euros au Brésil. A courte échéance, il n’y aura plus de jaguar, tant on développe les lodges et le tourisme animalier… » souligne-t-il.

Ce n’est pas le premier livre que Jean-Charles Vinaj prépare. Il travaille d’ailleurs parallèlement sur un ouvrage en noir et blanc relatif aux artisans du Mercantour. Mais cet auto-éditeur cherche aujourd’hui des partenaires pour financer son projet. « Il faut 25 000 à 30 000 euros rien que pour l’impression », rappelle le photographe qui compte éditer ce livre sur le vivre ensemble en 2018. A bon entendeur…

écrit par Milena