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Hervé Falciani, “insider” assumé

JUSTICE/ Cet informaticien qui a dévoilé la plus vaste affaire de fraude est né à Monaco. Visé par la justice suisse, il souhaiterait qu’une loi protège les “insiders”.

 

On ne peut le joindre que sur Skype. Le téléphone est proscrit. « Peut-être un jour… » souffle-t-il. Depuis qu’il est à l’origine de l’affaire HSBC, Hervé Falciani a changé de vie. « Cela représente beaucoup de sacrifices personnels et familiaux », lâche ce père d’un enfant, passé brièvement par la case prison. En 2008, ce franco-italien né à Monaco en 1972, aujourd’hui salarié de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), révèle des fichiers confidentiels de la banque HSBC Suisse où il est informaticien. Avec à la clé, une liste de plus de 127 000 fraudeurs. Une aubaine pour le fisc hexagonal qui déniche alors 2 932 Français ayant planqué en Suisse 5 milliards de dollars (3,65 milliards d’euros), selon un rapport parlementaire. L’affaire prend alors de l’ampleur. Bientôt, plus de 4 700 évadés fiscaux tapent à la porte de Bercy, avec dans leurs poches 7,3 milliards d’euros de capitaux. Cette collaboration avec les autorités françaises et espagnoles lui permette de se voir accorder une protection policière et de ne pas être extradés vers la Suisse alors qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

 

Procès

Combien de temps devra-t-il vivre caché ? Le 11 décembre, le Ministère public de la Confédération (MPC) l’a mis en accusation pour espionnage économique et violation du secret bancaire. Hervé Falciani est soupçonné « d’avoir offert à des banques libanaises ainsi qu’à plusieurs autorités étrangères des informations provenant des bases de données de son employeur » de l’époque. « Le problème, c’est que rien ne permet aux “insiders” de dévoiler des infractions sans être soi-même dans l’illégalité. Il faut trouver des solutions pour protéger ceux qui partagent des informations d’intérêt public ! » alerte-t-il. Car s’il est conscient d’avoir franchi la ligne jaune « pour la bonne cause », il nie en tout cas d’avoir commercialisé ces données. Hervé Falciani milite aujourd’hui pour « une loi de protection qui permette à des témoins de contacter les autorités par un canal privilégié et un contrôle assuré par des associations dans les établissements bancaires. » Il tente de faire passer le message autour de lui. Le plus largement possible. « Je participe à des think tanks sur le sujet, de gauche comme de droite. » Présent à l’Université d’été du PS, il a ainsi également participé en octobre au congrès de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignant pour défendre une nouvelle éthique financière… L’homme s’est même présenté aux élections européennes de 2004 avec les Indignés espagnols du Partido X. « Je n’ai rien d’un politique mais j’essaie de faire parler de cette cause tant que je peux. »

 

Une loi modèle à Monaco

Hervé Falciani n’exclue pas de proposer une loi modèle à Monaco. « Pourquoi ne pas créer une autorité citoyenne monégasque ? » dit-il très sérieusement. Pour lui, Monaco, c’est encore plein de souvenirs d’enfance et quelques contacts. Né d’une mère coiffeuse et un père banquier, l’informaticien a commencé sa carrière professionnelle à la sécurité de la Société des Bains de mer (SBM), puis il a été caissier, de 1992 à 2000. En 2002, il démarre à la HSBC Monaco. Il a obtenu en 2006 à l’université de Nice un master en data mining (exploration de données). Avant de partir pour la Suisse et le destin pas comme les autres qui l’attendait…

écrit par Milena