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Guillaume Rose veut
amplifier la “task force” Monaco

INTERVIEW/Son départ précipité de la direction du tourisme de Monaco avait fait jaser. Guillaume Rose a été chargé par le gouvernement de coordonner les actions de rayonnement de Monaco à l’étranger. Il explique à L’Obs’ sa mission.

 

 

Qu’avez-vous fait depuis votre départ de la direction du tourisme et des congrès ?

J’ai été nommé conseiller technique à la direction des ressources humaines et de la fonction publique. J’ai travaillé sur des dossiers en rapport avec mes connaissances. Notamment la réglementation des déplacements des fonctionnaires de l’Etat monégasque. Mais aussi des dossiers de ressources humaines comme la modification des procédures de recrutement ou la création d’une journée d’intégration.

Comment avez-vous vécu cette période en tant qu’élu ?

Ce qui m’est arrivé n’est pas quelque chose qu’on vit de manière anodine. Mais j’ai l’immense plaisir et honneur de voir que les Monégasques m’ont donné leur confiance. C’est un plaisir que j’ai vécu chaque jour depuis que j’ai dû quitter la direction du tourisme. Il ne se passe que très peu de jours sans que des Monégasques ne me disent qu’ils sont avec moi et que tout va s’arranger. Donc je pense que le gouvernement a parfaitement pris conscience du fait que j’avais accumulé assez d’expériences professionnelles à l’étranger pour pouvoir servir à un rôle encore plus intéressant que celui de directeur du tourisme.

Quelle est l’optique choisie ?

En accord avec le ministre d’Etat, Serge Telle, je pense que mes capacités peuvent être mises en valeur au service de la Principauté. Cela permettra à tout le monde de sortir par le haut de cette crise. Je crois que nous sommes beaucoup trop petit pour pouvoir se permettre une quelconque division.

Comment abordez-vous ce nouveau poste ?

Depuis la fin du mois de juin, je suis en mission, non pas pour coordonner tout de suite l’ensemble des entités de la Principauté destiné à exporter Monaco, mais pour faire un rapport sur l’intérêt qu’il pourrait y avoir, ou non, à créer une cellule de coordination de l’ensemble de toutes ces forces exportatrices. Je rendrai mon rapport courant septembre.

Quelles sont-elles ces forces ?

Tout ce qui est d’ordre culturel comme l’opéra, les ballets, le Printemps des arts, l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo ou le Nouveau Musée National de Monaco. Mais aussi tout ce qui est touristique avec la direction du tourisme, économique avec le Monaco Economic Board (MEB), et bien sûr diplomatique et consulaire. Il faut ajouter le secteur privé avec les banques, les grandes entreprises, le Yacht show ou le Grimaldi Forum. En fait, l’ensemble de ce qui est susceptible d’être intéressé par des opérations de développement à l’extérieur des frontières de Monaco.

Quel est votre état d’esprit ?

Ce nouveau poste me donne l’occasion de coordonner des personnes qui font déjà beaucoup pour Monaco. Mais qui le font parfois dans leur coin, sans se synchroniser. J’avais déjà commencé à le faire à la direction du tourisme. J‘espère pousser le concept.

Quel est votre point de départ ?

Comme il existe beaucoup de forces, l’idée est de les concentrer pour profiter de tous les bénéfices qu’ils rapportent à la Principauté. On peut rappeler l’existence d’un calendrier dont le MEB est l’auteur qui rassemble l’ensemble des événements en principauté, à l’initiative d’Henri Fissore, posant les jalons d’une coopération générale des services de Monaco à l’étranger. Je reprends ce travail avec un état d’esprit un peu plus large.

Quelles sont les interrogations ?

Comment définir les priorités ? Comment s’articuler pour attaquer tel ou tel marché ? Comment faire pour parler aux bonnes cibles et aux bons endroits ?

Des exemples sur lesquels vous pouvez vous appuyer ?

Nous avons notamment en ligne de mire Présence Suisse. Un organisme qui se développe depuis 10 ans et qui promeut la Suisse à l’étranger chaque fois qu’une entité suisse reconnue sort du pays. Présence Suisse le suit, rassemble des partenaires et offre la possibilité d’exporter avec le maximum de talents les nationaux.

Un autre exemple ?

En France, il y a deux organismes intéressants qui existent depuis 20 ans : Atout France, autour du tourisme, et Business France, autour du commerce. Il s’agit de deux agences permanentes de promotion de la France à l’étranger. Elles travaillent ensemble et ça marche très bien. Elles sont dans l’esprit des structures que je souhaite créer car ce sont de belles preuves d’efficacité.

Qu’est-ce que vous pouvez apporter à la définition de cette stratégie ?

En sept ans à la direction du tourisme, j’ai appris à connaître — professionnellement et personnellement — l’ensemble de tout ce qui communique à l’étranger. J’ai par exemple la chance de connaître personnellement plus de la moitié des consuls de Monaco vivant à l’étranger. Je connais parfaitement les ressorts du tourisme, les intérêts économiques du MEB mais aussi celui des acteurs économiques. En fait, j’ai une connaissance extensive des réseaux intérieurs et extérieurs.

Sur quelle base s’appuyer ?

Monaco dispose de 10 bureaux de représentation dans le monde, autant de mines d’or pour les entités de la Principauté qui s’exportent. Ce sont à chaque fois des autochtones qui occupent ces postes au nom de Monaco.

Quelle est votre priorité ?

Plus que canaliser, je dirais qu’il faut surtout amplifier. La plupart des partenaires hôteliers ou économiques ont réalisé qu’en travaillant ensemble, on travaillait vraiment pour Monaco. A l’intérieur de la Principauté, il peut y avoir de la compétition. Mais à l’extérieur, il ne doit pas y en avoir. C’est vraiment la “task force” Monaco. Il y a des gens qui ont compris qu’il fallait absolument fédérer tout le monde.

Selon vous, quelle est l’image actuelle de la Principauté ?

Elle est excellente ! On a eu une chance incroyable car les travaux, notamment sur la place du Casino, jusqu’ici, n’ont pas trop altéré l’image de Monaco. On espère qu’il en sera de même avec l’extension en mer, un chantier à la fois un petit plus éloigné des centres touristiques mais qui est immense. Autre avantage, c’est que nous sommes au coeur d’une poussée touristique mondiale. L’année 2017 avait été exceptionnelle. Donc nous sommes sur des tendances qui ne faiblissent pas.

On ne vend pas la destination Monaco à tous les coins du monde de la même façon. Qu’est-ce qui fonctionne selon les régions du monde pour attirer ici ?

Il y a des marchés qui nous connaissent très bien : l’Europe, les Etats-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Japon. Ce sont pour nous des marchés très mûrs qui viennent toujours voir de la nouveauté et chercher du luxe mais aussi de la culture. Les Russes sont un marché de plus en plus mûr, très apparenté au marché occidental, avec un infléchissement supérieur vers le luxe. Après, nous avons des marchés plus difficiles comme l’Inde ou la Chine, et l‘Asie de manière générale. Des pays où nous avons un fort déficit de connaissances. Nous ne pouvons pas communiquer avec eux avec les mêmes codes.

Selon vous, quel type de touristes veut accueillir Monaco ?

L’Etat n’investit certainement pas dans le touriste en autocar, ni dans les bateaux de croisière bas de gamme. En revanche, il investit dans les réseaux de touristes susceptibles de passer une nuit ou plus en principauté, de consommer dans ses restaurants de luxe et d’acheter dans ses boutiques. Mais Monaco est une ville, pas un club privé. Il y a différents types de touristes. On ne ferme évidemment la porte à personne.

Des phénomènes de tourisme de masse asphyxient de grandes villes européennes comme Barcelone, Venise ou Dubrovnik. Est-ce un risque qu’encourt aussi Monaco ?

Le tourisme de masse est intervenu de manière progressive dans des villes qui avaient besoin d’attirer rapidement des devises et de restaurer leur économie. C’est le choix qu’a fait Barcelone en 1992 à l’occasion des Jeux olympiques. La ville a ouvert un nombre énorme de chambres d’hôtels et fait venir des touristes de toutes gammes. C’est un choix que n’a jamais fait Monaco. Il y a 2 500 chambres d’hôtel ici contre 18 000 à Cannes par exemple. On a toujours été dans une recherche de touriste qui peut avoir les moyens de dormir en principauté. De plus, le flot d’autocaristes n’est pas encouragé.

Pourquoi est-il devenu nécessaire de mieux coordonner les actions de rayonnement ?

Monaco a besoin de toutes ses forces car nous avons des budgets en rapport avec la taille du pays. Il ne faut pas l’oublier. Notre notoriété dépasse de très loin la taille de notre pays mais pas nos budgets… Donc si on ne met pas en commun les ressources, on échoue tout simplement à parler plus fort. Moi je ne demande qu’à être un amplificateur. Il ne s’agit pour personne de changer ses habitudes mais pour tout le monde de se mettre à travailler ensemble.

_Propos recueillis par Anne-Sophie Fontanet.

 

écrit par Stephane