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Guérisseurs
Faut-il y croire ?

Article publié dans L’Obs’ n°134 (juillet-août 2014) :

SOCIETE/De plus en plus de Monégasques consultent des guérisseurs. Un phénomène étonnant qui confirme que la santé reste une préoccupation majeure. Tout en mettant la médecine devant ses limites.

 

« D’un côté, vous avez un chirurgien qui fait 8, 10 ou 12 ans de spécialisation, qui travaille comme un forcené pour décrocher son diplôme et qui n’arrive pas à tout soigner. De l’autre, il y a un « clown » comme moi, qui débarque, pose les mains et pourquoi, on ne sait pas, quelque chose se passe… » En deux phrases, Thierry Villette, magnétiseur, pose le débat entre pro et anti-médecines alternatives, entre convaincus et sceptiques. On qualifie d’alternatives, douces, parallèles ou complémentaires, les médecines qui n’entrent pas dans le cadre de la médecine officiellement reconnue. En font notamment partie, les techniques d’apposition des mains censées soulager certaines douleurs, comme les zonas ou les brûlures par exemple.

 

« Non conventionnelles »

En 2012, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) recensait en France 400 pratiques « non conventionnelles à visée thérapeutique. » 4 Français sur 10 y feraient appel. Parmi eux, 60 % seraient atteints de cancers. La Miviludes évaluait également à 4 000 le nombre de « psychothérapeutes autoproclamés » n’ayant suivi aucune formation et n’apparaissant sur aucun registre. Pas de statistique à Monaco, où seules l’homéopathie, l’acupuncture et l’ostéopathie, classées parmi les médecines alternatives, sont reconnues par l’Ordre des médecins. Ce dernier, sollicité par L’Obs’, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour le gouvernement monégasque, le sujet des médecines alternatives est « une question qui divise depuis l’enseignement de la médecine dans les pays européens. C’est vrai qu’il existe des pratiques visant à préserver et rétablir la santé, autres que celles qui sous-tendent les systèmes de santé officiels. » Tout en préférant parler de « médecines non conventionnelles. »

 

« Illégal »

Le gouvernement rappelle que seule la pratique de la médecine conventionnelle est autorisée en principauté. A savoir, celle « qui consiste au diagnostic et traitement des troubles médicaux, chirurgicaux ou psychiatriques constitutifs de l’exercice médical. » Il ajoute aussi que « toute personne établissant un diagnostic ou un traitement sans être médecin s’expose à des poursuites pour exercice illégal de la médecine. » Cependant, même les médecins qui usent de « méthodes non conventionnelles » peuvent être sanctionnés s’ils ont « recours à des méthodes insuffisamment éprouvées, contraires au code de déontologie. »

 

« Savoir »

A Monaco, le médecin Roland Marquet est l’un des rares généralistes à pratiquer l’acupuncture, l’homéopathie et les manipulations vertébrales (l’ostéopathie, N.D.L.R.) : « Je ne me suis jamais éloigné de l’allopathie (1), en opposition à l’homéopathie. Je peux recourir à ces méthodes, en complément, pour des troubles relativement mineurs. L’homéopathie pour les infections virales, l’acupuncture pour les angoisses, les manipulations vertébrales pour les lombalgies, cervicalgies… » Ce docteur se désole que ces pratiques aient pu être exercées « par des gens qui ont fait n’importe quoi », en estimant qu’elles ne devraient l’être que par des médecins, car ceux-ci ont « une garantie » : celle du « savoir. » « L’acupuncture a été décriée car des gens qui l’ont pratiquée ont perforé certains organes », ajoute le docteur Marquet, qui relève que l’acupuncture, comme l’homéopathie, « ont des racines anciennes, datant d’avant la médecine moderne. »

 

« Confiseries ! »

L’homéopathie repose sur le principe de similitude. Une substance qui entraîne des symptômes chez une personne en bonne santé peut « guérir » un malade qui présente ces mêmes symptômes. En d’autres termes, guérir le mal par le mal, notamment par des gélules. « Des confiseries ! », selon l’un de leurs détracteurs, le docteur Jean-Jacques Aulas. L’acupuncture qui consiste à implanter des aiguilles en divers points du corps pour les stimuler à des fins thérapeutiques, divise aussi. Roland Marquet rapporte notamment le cas d’un patient qui était atteint du cancer du pancréas : « L’acupuncture lui a permis de ne plus avoir besoin de la morphine pendant sa radiothérapie. » Quant à l’ostéopathie, qui consiste à soulager certains troubles par des manipulations du corps, « aucune articulation ne fonctionne indépendamment des autres. Si une articulation va mal, il y a des conséquences à distance à d’autres endroits du corps », résume Roland Marquet.

 

Placebo

Mais en principauté, difficile de trouver un écho favorable à ces thérapies. « Au centre hospitalier princesse Grace (CHPG), un chef de service m’a ri au nez quand je lui ai suggéré que ces médecines, notamment l’homéopathie et l’acupuncture, étaient complémentaires des traitements. C’est une erreur de dénigrer ces médecines alternatives. Ceux qui le font n’en ont aucune expérience et appartiennent à une génération où elles n’étaient pas enseignées à l’université » affirme le docteur Marquet. Quant à l’effet placebo, c’est-à-dire la guérison par l’auto-suggestion et le conditionnement, il est au cœur de ce débat. « Même si c’en est un, pourquoi s’en priver ? Les gens y croient. Il ne faut pas le détruire ! » rétorque Roland Marquet.

 

Reiki

L’effet placebo, Loïc (2) « s’en fout. » Cela signifie que « l’esprit a pris le dessus sur la maladie. » En complément de son activité professionnelle, Loïc exerce le reiki et la biorésonance, entre Cannes et Menton, depuis 2010. Deux pratiques qui figurent dans le viseur de la Miviludes et qui ne sont pas reconnues par le corps médical. « Pour le reiki, je pose mes mains aux endroits du corps qui correspondent aux différents chakras. En rééquilibrant les énergies, j’élimine douleurs et tensions. Je suis un canal. Je capte une énergie et je la retransmets aux gens par les mains. Je ne peux pas l’expliquer. Je demande aux gens de ne pas essayer de ressentir les choses, de se laisser aller. » Les effets se produiraient « sous 48h. »

Comme pour de nombreuses médecines alternatives, les causes du mal proviennent d’une blessure émotionnelle, juge Loïc : « Toute situation est ressentie par rapport à votre vécu. Quand quelqu’un me bouscule, ça ne doit pas me blesser. Sinon, ça veut dire que cela a réouvert une blessure ancienne. Mon travail, c’est de faire en sorte que cette personne ne soit plus blessée quand elle est bousculée. »

 

« Boîtier »

Autre méthode, pratiquée par Loïc : la biorésonance. « Chaque organe possède une fréquence de fonctionnement. A l’aide d’un boîtier, on va reprogrammer les cellules malades de nos organes sur la bonne fréquence. » Une à plusieurs séances peuvent être nécessaires. Compter 65 euros la séance pour le reiki et à partir de 95 euros pour la biorésonance.

La clientèle de Loïc : des hommes et femmes d’affaires, des jeunes et même des mères qui viennent pour leurs enfants. En aucun cas il ne demande à ses patients d’arrêter leurs traitements. « Quand une personne, qui a suivi les séances et pris son traitement en même temps, retourne voir son médecin, il lui baisse la dose du traitement, affirme Loïc. Je comprends qu’on puisse être sceptique, dire qu’il n’y a pas de preuve, que c’est du pipeau. Si on ne peut pas quantifier ce qu’on fait, on n’existe pas pour la médecine. Qui vous dit qu’un jour nous n’aurons pas les outils pour le faire ? Avant les microscopes, on ignorait l’existence des microbes. »

 

« Ambivalent »

Comme d’autres médecines alternatives, les défenseurs du reiki aimeraient se voir ouvrir les portes des hôpitaux. On en est loin. C’est la méfiance qui prédomine. Dans un rapport adopté en mars 2013, l’Académie de médecine française observe que ces médecines se sont « installées insidieusement dans de nombreux établissements de soins, en réponse à une demande importante des patients. » Cette institution note que « le comportement du public vis-à-vis de la médecine est ambivalent. » Un public convaincu par les avancées de la recherche, mais déçu par l’insuffisance de résultats des traitements et inquiet de leurs effets.

 

« Défiance »

« C’est souvent dans cet esprit de relative défiance par rapport à la médecine que les patients se tournent, sans en informer leur référent médical, vers des pratiques non conventionnelles », estime l’Académie. Pour Olivier Schmitz, auteur d’une enquête sur les guérisseurs (3) « la majorité des gens savent bien que la biomédecine est la médecine la plus efficace. Seulement, dans certaines situations, celle-ci a ses limites. C’est la raison pour laquelle les médecines non conventionnelles se sont développées dans les marges de la médecine », indique ce chercheur de l’Institut de Recherche Santé et Société, au sein de l’université catholique de Louvain (Belgique).

 

Pratique

Au CHPG, on jure qu’on « ne pratique pas les “médecines douces”. » Pas davantage au centre hospitalier universitaire de L’Archet, à Nice. Pourtant, début 2012, une enquête menée auprès de 29 CHU par le comité d’orientation en matière de médecines complémentaires de l’assistance publiques des hôpitaux de Paris (AH-HP), a montré que 16 d’entre eux, dont celui de Nice, avaient inclus des « thérapies complémentaires » dans leur offre de soins. C’est aussi le cas dans des hôpitaux de Haute-Savoie.

Fin 2009, Nicolas Perret a soutenu une thèse (4) à la faculté de médecine de Grenoble sur la place des coupeurs de feu dans la prise en charge ambulatoire et hospitalière des brûlures en Haute-Savoie. Un document de près de 200 pages dans lequel cet étudiant en médecine étudie ces guérisseurs, tout en mettant en perspective leur rapport avec la médecine traditionnelle, leurs résultats et leur histoire. A noter la présence dans le jury du spécialiste lyonnais des grands brûlés, Jacques Laterjet.

 

Thèse

134 soignants, 173 patients et 210 médecins généralistes ont répondu à ses questions. Résultat : 61 % des soignants interrogés, contre 36 % des médecins questionnés, trouvaient « souhaitable » l’intervention des coupeurs de feu dans les services dédiés au traitement des brûlures. « L’intervention d’un coupeur de feu a été proposée à 75 % des patients : 81 % l’ont acceptée. 87 % des patients qui en ont bénéficié disent que leur douleur a diminué de plus de 30 % », indique Nicolas Perret dans sa thèse. « En médecine, tout n’est peut-être pas scientifique. Il ne faut pourtant pas croire qu’il y a du magique. Par contre, il y a forcément de l’anthropologique, du psychologique, du relationnel et de l’inexplicable. La question serait alors de réintégrer du culturel, du sens à la médecine », ajoute cet ex-étudiant en médecine.

 

« Apaisement »

Olivier Schmitz a enquêté pendant quatre ans en Wallonie sur le phénomène des guérisseurs : « Le guérisseur est une réponse historiquement et socialement construite en réponse aux limites thérapeutiques de chaque société […] Dans les sociétés dépourvues de l’arsenal thérapeutique de nos sociétés, les pouvoirs du guérisseur sont immenses. Chez nous, ils se limitent aux cas désespérés, aux pathologies plus ou moins graves, mais pour lesquelles les recours usuels ne sont d’aucun secours. »

Mais est-ce que les méthodes proposées par ces guérisseurs marchent vraiment ? « J’aime penser que les guérisseurs, tout comme les hypnothérapeutes, acupuncteurs et autres magnétiseurs, utilisent toute une batterie de procédés, qui restent largement à étudier. Mais ces procédés permettent néanmoins de produire des effets de l’ordre de l’apaisement, par des procédés complexes susceptibles de produire du changement chez leurs consultants. Bien entendu, il reste à savoir ce que chaque guérisseur guérit réellement. Et d’expliquer quels ressorts thérapeutiques sont actionnés pour obtenir telle “guérison”», répond Schmitz.

 

« Déontologie »

Dans la région, la position dominante des médecins n’est pas à l’ouverture. Les magnétiseurs et autres guérisseurs ne sont pas bien vus. Interrogé par L’Obs’, le docteur Jacques Schweitzer, président du conseil de l’Ordre des médecins des Alpes-Maritimes, juge que les établissements hospitaliers qui ont recours à des guérisseurs sont « à la limite de la législation. Ces pratiques sont en contradiction avec le code de la santé publique. Vous pouvez utiliser le pendule ou autre chose, ça reste superflu. A l’Ordre, on s’occupe de médecine. On est là pour faire respecter le code de déontologie médicale. Ces pratiques, c’est comme l’histoire du clignotant belge. Un coup il marche, un coup il ne marche pas… », soutient ce médecin.

 

« Charlatanisme »

Jacques Schweitzer renvoie L’Obs’ à l’article 39 du code de déontologie médicale. Un article qui dit que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite. » Pourtant, comme à Monaco, des généralistes inscrits au conseil départemental de l’Ordre pratiquent l’acupuncture et l’homéopathie. « Oui mais à côté, ils soignent aussi de vrais malades. Là où nous ne sommes pas d’accord, c’est quand des thérapies reconnues par la science sont détournées ou remplacées par des pratiques qui ne le sont pas. Si une personne nous écrit pour dire qu’elle porte plainte contre un médecin parce qu’il ne lui prescrit plus la radiothérapie pour son cancer de la prostate au profit de l’acupuncture, on intervient », soutient le docteur Schweitzer.

 

« Intérêt »

L’Académie de médecine ne dénigre pas le « réel intérêt » de l’insertion des « thérapies complémentaires » dans les soins dispensés par les hôpitaux. Mais seulement si ces thérapies sont « comprises non comme une reconnaissance et une valorisation de ces méthodes, mais comme un moyen de préciser leurs effets, de clarifier leurs indications et d’établir de bonnes règles pour leur utilisation. » Dans les conclusions de son rapport, cette institution suggère aux patients et aux professionnels de santé « d’en éviter l’usage en l’absence d’un diagnostic médical et de ne les accepter qu’avec une extrême prudence comme traitement de première intention. »

 

Légalisation

Sur le plan législatif, l’Académie de médecine « déconseille formellement l’institution d’un label ou la création d’un statut de praticien de thérapie complémentaire, qui n’est pas justifié compte tenu de l’hétérogénéité de ces techniques, dont chacune pose un problème spécifique. »

A Monaco, la légalisation n’est pas davantage envisagée. « Dans la très grande majorité des cas, ces pratiques n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques ou cliniques montrant leurs modalités d’action, leurs effets, leur efficacité, voire même leur non-dangerosité. Lorsqu’elles sont utilisées pour traiter des maladies graves ou en urgence à la place des traitements conventionnels reconnus, elles peuvent donc faire perdre des chances de guérison aux personnes malades », estime le gouvernement.

_Adrien Paredes

 

(1) L’allopathie consiste à donner au patient des substances actives avec pour objectif de lutter contres les effets ou les causes d’une maladie.

(2) Les prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes qui le souhaitaient.

(3) Soigner par l’invisible : enquête sur les guérisseurs aujourd’hui d’Olivier Schmitz (Editions Imago), 250 pages, 21,50 euros.

(4) Place des coupeurs de feu dans la prise en charge ambulatoire et hospitalière des brûlures en Haute-Savoie en 2007, de Nicolas Perret (thèse réalisée à l’université Joseph Fourier, faculté de médecine de Grenoble).

 

Formation/

Comment devenir guérisseur ?

Pour le sociologue et anthropologue Olivier Schmitz, plusieurs possibilités existent : « D’abord par transmission. Surtout dans le cas des conjureurs, qui le deviennent après avoir accepté les conditions de l’exercice du secret qu’ils reçoivent de la part d’un parent, d’un ami… Autre possibilité : par révélation. C’est le cas de certains guérisseurs qui, un jour, ont posé leurs mains sur un malade qui s’est aussitôt senti soulagé. Enfin, il y a aussi l’initiation, dans le cas des radiesthésistes et magnétiseurs qui ont appris l’usage des outils de la radiesthésie auprès d’un guérisseur expérimenté. » _A.P.

 

Douteux/

Dérives multiples

La Miviludes a pointé certaines dérives, soit fantaisistes soit sectaires, parmi les 400 pratiques non conventionnelles recensées en France. Parmi elles, le respirianisme. Objectif : un jeûne de 21 jours durant lequel les jeûneurs ne se nourrissent « que d’air et de lumière. » Des décès survenus suite à cette pratique ont déjà été constatés. Autre pratique dangereuse : le rebirth, qui peut entraîner la création de faux souvenirs (viol, inceste) chez le patient par un thérapeute et « conduit à des ruptures familiales, voire à des procédures judiciaires intra-familiales dans lesquelles la parole des victimes peut apparaître crédible pour les experts. » Egalement contestée, l’urinothérapie qui consiste à recycler son urine en la buvant. _A.P.

Judiciaire/

Menton : un magnétiseur condamné

En 2004, un ex-médecin allemand, Ryke Geerd Hamer, a écopé de trois ans de prison ferme en France pour « escroquerie et complicité d’exercice illégal de la médecine. » A l’origine, une plainte avait été déposée par un homme, dont l’épouse atteinte d’un cancer du sein était décédée après avoir suivi la méthode de Hamer. Celle-ci exclut tout recours à la médecine conventionnelle et a pour postulat que « toute maladie est la résultante d’un choc psychologique intense et d’un conflit intérieur non résolu. » Plus récemment, en février 2013, le tribunal correctionnel de Nice a condamné un magnétiseur de Menton à 6 mois de prison avec sursis. Son délit ? « Agression sexuelle par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction » L’homme avait commis des attouchements sur une cliente pendant une séance de magnétisme. _A.P.

Guérisseurs/

Les hôpitaux suisses disent oui

La journaliste Julie Zaugg a enquêté en 2007, pour la revue L’Hebdo, sur le phénomène des guérisseurs en Suisse. Là-bas, on dit des rebouteux qu’ils ont « le secret. » Julie Zaugg s’est aperçue que les Suisses étaient assez réceptifs aux médecines alternatives : « Certaines personnes étaient très étonnées que je veuille écrire un article sur le sujet. J’avais l’impression que ça faisait partie de la tradition, que c’était une habitude d’utiliser ces médecines depuis plusieurs siècles. Ce n’était pas étrange pour les gens que j’interrogeais, car leurs aïeuls avaient déjà recours à ces pratiques. »

Cette journaliste a remarqué que le recours aux guérisseurs était « plus fort dans les cantons catholiques, surtout dans les paroisses locales et rurales. » Elle a également constaté que des hôpitaux étaient ouverts à ces médecines parallèles : « Dans certains services d’urgence, il y avait une liste de guérisseurs posée à côté du téléphone. Ce n’est pas une pratique officielle. Il y a un accord tacite entre les infirmières et les médecins. » Croient-ils vraiment à un don quelconque ou à un effet placebo ? « Un mélange des deux. De nombreux urgentistes ne cherchent pas à tout expliquer », raconte Julie Zaugg.

Les rebouteux ont aussi beaucoup de succès en librairie. Le livre Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secrets en Suisse romande, écrit par Magali Jenny et publié en 2008, a été vendu à 56 000 exemplaires. Cet ouvrage recensait 250 adresses de guérisseurs. Un deuxième tome, intitulé Le nouveau guide des guérisseurs de Suisse romande, est sorti en novembre 2012. _A.P.

 

Exorcisme : les demandes se multiplient

 

SOCIETE/Le diocèse de Nice reçoit 500 à 600 demandes d’exorcisme par an. Une tâche qui incombe au père Jean Bernardi.

« Pratique religieuse ayant pour but de chasser le démon qui a pris possession de quelqu’un. » C’est la définition que donne le dictionnaire Larousse de l’exorcisme. Depuis septembre 2008, le père Jean Bernardi, 81 ans, exerce la fonction d’exorciste au sein du diocèse de Nice, qui couvre l’ensemble du département des Alpes-Maritimes. C’est à lui que revient la charge de combattre celui que l’on dénomme Satan, Belzébuth ou encore Lucifer. 120 chasseurs de démons sont recensés en France, contre une trentaine dans les années 1980.

 

« Occultes »

Dans le diocèse de Nice, les demandes sont si nombreuses qu’un secrétariat a dû être mis en place. 500 à 600 personnes demandent à être exorcisées chaque année. Alors qu’à Paris, ce chiffre atteint 1 500 selon La Croix. Nice accueille également les demandes venant de Monaco. « C’est extrêmement rare », estime le père Jean Bernardi. Une statistique confirmée du côté de l’archevêché monégasque qui estime entre « zéro et une par an » les personnes envoyées consulter. Le 13 juin, le Vatican a reconnu l’association internationale des exorcistes, un groupe de 250 prêtres, issus de 30 pays. Pour faire face à la hausse du nombre de demandes, en France, l’Eglise intègre un prêtre exorciste dans chaque diocèse.

 

« Discernement »

Mais n’est pas exorcisé qui veut. « Dans un premier temps, un discernement est mené par des diacres qualifiés — ils sont 21 dans le diocèse — car beaucoup de gens demandent un exorcisme pour des choses qui n’ont rien à voir avec le démon, explique l’exorciste. S’ils estiment que quelque chose leur échappe dans le comportement de la personne, qu’il y a des forces occultes en elle, ils me l’envoient. »

 

« Experts »

Au final, l’exorciste du diocèse niçois ne recense en moyenne que « 10 % des personnes » reconnues comme de vrais cas de « possession. » Mais avant tout exorcisme, le père Jean Bernardi fait appel à des « spécialistes » pour évaluer les cas qui lui sont soumis : « Des psychiatres, des magnétiseurs, des désenvoûteurs. J’ai tout un réseau d’experts. En fonction de leur réponse, j’ai un entretien avec la personne. » Le chanoine affirme cependant que dans certains cas, les psychiatres lui « déconseillent » de pratiquer tout geste religieux. « Cela pourrait laisser croire à la personne qu’elle a réglé tous ses problèmes et la pousser à ne plus vouloir de soins », précise cet exorciste.

 

« Démon »

Trois types d’exorcismes peuvent être pratiqués : la prière de délivrance, l’exorcisme intermédiaire réalisé par un prêtre avec l’aval du père Jean Bernardi et le grand exorcisme « où l’on s’adresse au démon. » « On se rend dans une chapelle privée en compagnie de la personne à exorciser avec 4 ou 5 personnes, des prêtres et des laïcs, pour lire les prières. Je pratique le grand exorcisme quand j’ai la quasi-certitude de l’influence du démon. C’est très rare, car cela soulève des énergies insoupçonnées. On est face à l’adversaire de Dieu. Les réactions de la personne exorcisée peuvent être violentes et faire peur », raconte le père Jean Bernardi. Comment est-il convaincu d’être en présence d’une âme possédée par Satan ? « Par mon expérience, mes prières et l’avis des experts. »

_Adrien Paredes

« On sent qu’on a quelque chose »


SOCIETE/Thierry Villette, magnétiseur, essaye d’apporter « un mieux-être » aux personnes qui font appel à lui sur la Côte d’Azur.

Votre parcours ?

Avant, j’étais chef de cuisine. Il y a presque trois ans, j’ai tout lâché pour devenir énergéticien. Mais ce que je fais aujourd’hui, je le fais depuis l’âge de 6 ou 7 ans. Sauf qu’à l’époque, je ne savais pas ce que c’était. On sent qu’on a quelque chose. On perçoit des choses, on en ressent… Mais dès qu’on en fait part, on est pris pour un allumé.

 

Comment vous-vous êtes lancé ?

Cette transition mûrissait depuis toujours. Mais il faut avoir le courage de se lancer. Car on passe d’une feuille de salaire qui tombe tous les mois, à rien. Tout en étant pris pour un fou.

 

Vous avez vraiment un don ?

Je ne peux pas vous dire si j’ai un don ou pas. Plusieurs personnes m’ont dit que j’en avais un.

 

Comment ça fonctionne ?

J’aimerais le savoir. Pour amener un mieux-être à une personne victime de stress ou d’une pathologie, on parle avec. Puis, on essaye de trouver un point de départ à ce problème. Cela peut être un événement qui s’est déroulé la veille ou 40 ans en arrière.

 

Comment se déroulent vos séances ?

Une séance peut durer une demi-heure comme quatre heures. Les gens s’ouvrent d’eux-mêmes. On reste dans l’énergie. On est dans le ressenti. Le plus dur pour moi, c’est de faire le vide total, d’émettre une intention par rapport au corps, au mal-être de la personne. A partir de là, on ressent une énergie qui arrive d’en haut. C’est comme un appareil. On/off. L’énergie est là, j’appose mes mains sur la personne. Personnellement, je ne les appose qu’au niveau du crâne.

 

Et ensuite ?

Je questionne le corps, donc je questionne l’âme. C’est un tout. Tout mal-être provient de causes émotionnelles, positives ou négatives. On ne guérit rien du tout : on remet les gens en phase avec eux-mêmes. Le corps de la personne qui a besoin d’un mieux-être va chercher ce dont il a besoin. L’énergie s’arrête d’elle-même.

 

Il peut y avoir des effets secondaires ?

S’il y a des effets secondaires, ça dure au maximum 72 heures.

 

Quelle est votre clientèle ?

Très variée. Ça va de la personne qui n’a pas un sou à celle qui a beaucoup d’argent. J’ai des hommes d’affaires, des agriculteurs… Je vois même des médecins et des infirmiers.

 

Vos tarifs ?

80 euros la séance. Mais je fais aussi beaucoup de soins gratuits pour que les gens voient ce que c’est.

 

Vous avez combien de clients ?

Une vingtaine par mois.

 

Vous avez une autre activité en parallèle ?

Non, je ne veux pas en avoir une. Même si je ne vis pas encore de mon activité.

 

Pourquoi les gens viennent vous voir ?

Souvent, ils ont écumé tout le système médical « occidental. » Leurs problèmes ne se résolvent pas et ils sont fatigués de prendre des médicaments. Ils sont désemparés. Mais attention : jamais je ne dirai aux gens d’arrêter de prendre des médicaments. Il y aussi des clients qui sont atteints d’une pathologie, mais pour lesquels les examens médicaux n’ont rien révélé.

 

Vous avez déjà eu des clients atteints de cancers ?

Oui. Mais attention : on ne va pas guérir les cancers. Je n’aurai jamais la prétention de le faire. En revanche, amener la personne à accepter ce qu’elle a, oui. Et surtout, travailler sur les effets secondaires. On arrive à faire en sorte que les gens n’aient plus de nausée, de perte d’équilibre ou de dépression. On amène le corps à accepter la chimiothérapie. Si on a la chance de travailler avec des médecins ouverts à nos pratiques, on travaille sur la chimiothérapie en elle-même.

 

Vous travaillez aussi à distance ?

Oui. Quand je travaille à distance, je fais comme si la personne était là. On la sent. Parce qu’il n’y a pas de notion de temps et de distance.

 

Mais beaucoup de médecins ne croient pas à tout ça !

Partout, on m’a fermé la porte au nez. J’ai démarché 22 maisons de retraite entre Cannes et Menton en leur proposant bénévolement mes services. On m’a demandé si je pratiquais la magie… On m’a dit que j’étais un gourou, qu’on n’était plus au Moyen Âge. J’ai envoyé 9 courriers à des hôpitaux, ça n’a pas marché beaucoup plus… Alors qu’aux Etats-Unis, ça fait 40 ans qu’il y a des magnétiseurs dans les blocs opératoires.

 

Des hôpitaux font appel à des magnétiseurs dans la région ?

Pas à ma connaissance. En revanche, dans le reste de la France, ça se fait dans certains établissements.

 

Mais il n’y a aucune preuve que ça marche !

La médecine a arrêté de croire en nous à partir du moment où elle n’arrivait plus à quantifier ce qu’on faisait. Franz Anton Mesmer (1734-1815), un médecin allemand qui pratiquait le magnétisme au XVIIIème siècle, arrivait à arranger des pathologies devant des assemblées de médecins. Pourtant, on ne le croyait déjà pas.

 

Les patients doivent y croire pour que ça fonctionne ?

Non. Mais après, c’est mieux. Je ne leur demande pas s’ils ont la foi. Je ne veux pas tomber dans les bondieuseries.

 

En fait, vous jouez tout simplement sur l’effet placebo !

Même s’il y a un effet placebo, tant que le résultat est là, qu’un mieux-être s’installe, où est le problème ? On se fiche de la manière dont ça fonctionne. Ça relève de l’impalpable pour le commun des mortels.

 

Il y a des clients pour lesquels vous avez échoué ?

Non. On préconise trois rendez-vous. Le premier, le corps vient prendre ce dont il a besoin. Le deuxième, on valide avec le corps ce qui a été fait. Le troisième, on scelle le tout.

 

Comment se bâtit la réputation d’un guérisseur ?

Les résultats et le bouche à oreille restent la meilleure publicité. Ça rassure. Quelqu’un qui nous a vu faire et qui en parle à d’autres, il n’y a pas mieux comme publicité.

 

Tout le monde peut devenir énergéticien ?

Il y a des choses qui s’apprennent. On parle de reiki (1) et d’autres techniques depuis plusieurs années. Ça s’apprend. Malheureusement, en France, les gens ne font pas ça avec le cœur, beaucoup le font pour l’argent. Quand on a un don, ça ne s’apprend pas.

 

De nouvelles « techniques » apparaissent régulièrement : c’est dangereux ?

Ce qui est dangereux, ce sont les hommes et les femmes qui, du jour au lendemain, se disent thérapeutes en je ne sais quoi. Ce sont des gens avides d’argent. Il m’arrive de ne pas faire payer des gens, parce qu’ils sont dans le besoin. On ne fait pas ce genre de pratiques pour s’enrichir. Après, il faut vivre. C’est évident. Il faut qu’il y ait toujours un échange. C’est symbolique.

 

Le débat est vif entre les pro et les anti-médecines alternatives ?

C’est normal qu’il y ait débat. D’un côté, vous avez un chirurgien qui fait 8, 10, 12 ans de spécialisation, qui travaille comme un forcené pour décrocher son diplôme et qui n’arrive pas à tout soigner. De l’autre, il y a un « clown » comme moi, qui débarque, pose les mains et pourquoi, on ne sait pas, quelque chose se passe.

 

Le professeur Philippe Even, président de l’Institut Necker à Paris, déclarait dans Le Nouvel Observateur en 2010 que les médecines alternatives ne pouvaient « avoir qu’un effet objectif mineur sur la santé » ?

Je ne suis pas d’accord. On ne peut pas quantifier ce qu’on fait, à l’inverse du médecin, qui va établir un acte médical ou un diagnostic. Je peux comprendre qu’un médecin prétende que tout cela puisse être des foutaises. Mais pourquoi il y a des résultats alors ?

 

Il faut légaliser les médecines alternatives ?

Il y a environ 6 000 énergéticiens répertoriés officiellement en France. Ce chiffre peut être multiplié par 2 ou 3, car certains travaillent en dessous de la table. Les autorités auraient tout à gagner à légaliser les médecines alternatives. Maintenant, il faudrait que le corps médical soit prêt à s’adjoindre des thérapeutes comme nous. Parce qu’au fond, on poursuit le même but : que la personne aille mieux ou soit guérie.

_Propos recueillis par Adrien Paredes

 

(1) Venu du Japon, le reiki consiste à soigner les douleurs et le mal-être en apposant les mains sur des chakras. Cette méthode n’est pas reconnue par le corps médical.

« Un mécanisme de conditionnement »

 

SOCIETE/Pour le docteur Jean-Jacques Aulas, psychiatre et psychopharmacologue clinicien au CHU de Saint-Etienne (1), les techniques employées par les magnétiseurs relèvent de l’effet placebo.

Votre définition des médecines alternatives ?

Médecines magiques à efficacité non démontrée, où la parole révèle l’action. C’est guérir les maux par les mots, mais des mots extrêmement illusoires. Les médecines alternatives emploient des méthodes qui font rêver. L’énergie de l’acupuncture, la loi de similitude de l’homéopathie, les conneries énergétiques de tous les machins chinois…

 

Les magnétiseurs ont un don ?

J’ai le même.

 

Il faut être crédule pour que ça marche ?

Ce n’est pas nécessaire. C’est un plus.

 

Pourquoi ne pas faire d’essais cliniques pour démontrer qu’ils n’ont pas de don ?

Ça a été fait. Il y a eu un certain nombre d’essais cliniques où les guérisseurs ont été testés en aveugle. Ils étaient derrière un rideau et ils magnétisaient le patient. Il a été largement démontré que ce n’était qu’un effet placebo.

 

Tout s’explique par l’effet placebo ?

Jusqu’à preuve du contraire, oui. Mais il est diabolique cet effet placebo. Il se produit là où on ne l’entend pas. Il est mal connu cet effet placebo. Dans certaines circonstances, il peut être extrêmement puissant. Et particulièrement dans la douleur et toutes les pathologies fonctionnelles qui échappent aux classifications académiques de la médecine classique.

 

Vous écrivez que l’effet placebo n’est que « suggestion et conditionnement » ?

Oui. A la suggestion s’ajoute l’auto-suggestion. Si je vous dis que je vous prescris un médicament extrêmement efficace qui vient des Etats-Unis, et que « c’est fabuleux, on a des résultats terribles », je vous suggère que ce que vous allez prendre est très efficace. Du coup, vous allez vous en persuader. Cette suggestion explique cette première réaction au placebo.

 

Et ensuite ?

Ensuite, si vous soignez régulièrement votre maladie de Parkinson par des injections d’apomorphine, qui auront un effet anti-parkinsonien immédiat, et si à votre insu, je remplace l’apomorphine par un placebo, on aura une réponse positive. Très vraisemblablement. Une réponse moindre que si c’était l’apomorphine. Mais une réponse positive. C’est un mécanisme de conditionnement.

 

Un exemple concret d’effet placebo ?

Si je vous applique sur la peau un objet chaud, vos vaisseaux sanguins vont se dilater. On parle alors de vasodilatation cutanée. Si je vous applique du froid, vos vaisseaux sanguins vont se rétracter. On parle là de vasoconstriction. Si je vous suggère que je vous applique du chaud alors que je ne vous applique rien du tout, vous allez avoir une réaction de vasodilatation. Certes moindre que la vraie réaction, mais c’est une réaction nette.

 

Un autre exemple ?

Si je vous suggère que je vous applique un objet chaud alors qu’il est froid, votre réflexe ne va pas être une réaction de vasoconstriction, mais une réaction de vasodilatation. C’est-à-dire ce que que je vous ai suggéré. C’est complètement l’inverse de ce qui se passe naturellement. Un certain nombre de médecins de l’école classique feraient bien de s’inspirer des techniques psychologiques utilisées par les magnétiseurs. Ça rendrait la pratique de la médecine beaucoup plus humaine.

 

C’est une perte de contact entre le médecin et le patient qui provoque le développement de ces pratiques alternatives ?

En grande partie. C’est l’hyper-technologie médicale, l’hyper-spécialisation médicale qui a fait perdre son âme à la médecine. Avant, les médecins généralistes étaient beaucoup plus près de leurs patients. Ils étaient d’autant plus près que leurs moyens thérapeutiques étaient dérisoires.

 

Les magnétiseurs peuvent avoir un effet sur le cancer ?

Un effet placebo n’a jamais fait régresser une tumeur cancéreuse. Ceci étant, il existe des cas spontanés de guérison de tumeurs cancéreuses. C’est rare, mais ça existe. En dehors d’un essai clinique contrôlé qui devrait inclure un énorme nombre de patients, il n’est plus possible de faire la différence entre évolution spontanée et effet placebo. On entend plus souvent parler de mort par cancer que de guérison.

 

Votre réponse aux magnétiseurs qui disent que « même s’il y a un effet placebo, où est le problème, tant qu’il y a un mieux-être » ?

Ils ont raison. Le problème, c’est qu’il ne faut pas faire prendre des vessies pour des lanternes. C’est-à-dire faire croire que les magnétiseurs ont un don, un fluide entre les doigts, c’est stupide. En revanche, dire que ce sont de brillants psychologues qui connaissent très bien et utilisent au mieux l’effet placebo, c’est correct.

 

Toutes les médecines alternatives se valent ?

Non. Prenons l’exemple de l’homéopathie. C’est celle qui a fait l’objet du plus grand nombre de travaux d’évaluation. Aucun essai clinique rigoureusement mené n’a montré une supériorité d’action du remède homéopathique sur le placebo.

 

Et l’acupuncture ?

C’est plus compliqué. On peut la considérer comme une méthode de réflexologie. Si vous stimulez à un endroit en piquant, il y a une réponse un peu plus loin. C’est de la bonne vieille physiologie neuro-sensorielle. En acupuncture, une dizaine d’essais, dont les résultats concordent, montrent que la stimulation du point P6, à savoir le poignet, réduit de manière significative les vomissements des chimiothérapies anti-cancéreuses. C’est donc une bonne méthode complémentaire.

 

Il faut donc faire appel à l’acupuncture ?

Il m’apparaît plus intelligent de soigner par l’acupuncture que par des anti-vomitifs, qui demeurent des neuroleptiques. Après, c’est une médecine qui amplifie les placebos. Elle vient d’Orient…

 

Pourquoi certains hôpitaux font appel à des guérisseurs alors ?

Pour traiter la douleur, il est plus malin de faire appel à des magnétiseurs et à des acupuncteurs que de donner des doses massives d’analgésiques associées à des neuroleptiques. Si ces techniques permettent de mieux contrôler la douleur au prix d’effets indésirables quasi-inexistants, chapeau ! Mais ça donne une caution scientifique à ces techniques qu’elles n’ont pas. Les admettre à l’hôpital, c’est quasiment les reconnaître. C’est gênant, mais ça ne m’empêchera pas de dormir.

 

Il faut interdire les magnétiseurs ?

Pas du tout. Supposez que vous avez affaire à un malade fonctionnel pour lequel les symptômes qu’il présente n’ont absolument aucune cause organique : une maladie psycho-somatique, un trouble psycho-fonctionnel… C’est plus malin de se faire soigner en se faisant apposer les mains que de bouffer des tranquillisants.

 

Il faut légaliser les médecines alternatives alors ?

Il ne faut pas exagérer. Une légalisation entraînerait une reconnaissance universitaire doublée d’un enseignement. Aucune de ces médecines alternatives n’est pour l’heure reconnue par le conseil de l’ordre des médecins. L’enseignement risquerait de faire passer les assertions des tenants de ces médecines pour vraies et fondées scientifiquement. Ça, c’est dangereux. De même que le remboursement par la sécurité sociale. Il ne faut pas déconner !

 

Mais certaines sont remboursées, comme l’homéopathie !

C’est une injustice terrible par rapport à des médicaments phytothérapiques comme l’Euphytose pour traiter la petite anxiété, qui ne sont plus remboursés du tout. L’homéopathie bénéficie d’un passe-droit scandaleux. Ou bien on rembourse tout au même taux, ou bien on ne rembourse rien dans les médecines à l’efficacité non démontrée.

_Propos recueillis par Adrien Paredes

 

(1) Les médecines douces : des illusions qui guérissent de Jean-Jacques Aulas (éditions Odile Jacob), 301 pages, 19,90 euros. Placebo et effet placebo en médecine de Jean-Jacques Aulas (éditions Book-e-Book.com), 56 pages, 11 euros.

écrit par Adrien