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GPSI en alerte

INTERVENTION/Le Groupe de protection, de surveillance et d’intervention (GPSI) de la sûreté publique, équivalent du RAID français, suit une formation et un entrainement spécifiques. Des exercices réguliers, en conditions réelles, permettent à ces fonctionnaires de police particuliers d’être prêts à toute éventualité.

Evidemment, mardi 27 mars, lorsque le Groupe de protection, de surveillance et d’intervention (GPSI) de la sûreté publique commence son exercice en conditions réelles au Grimaldi Forum, les fonctionnaires de police ont en tête la prise d’otages du Super U de Trèbes (Aude). vendredi 23 mars, Radouane Lakdim, 25 ans, tue 4 personnes dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui avait pris la place d’une otage (lire par ailleurs). Une situation pour laquelle ils sont formés et entrainés. Ce jour-là, l’exercice du GPSI concerne deux forcenés qui, après un différend commercial, poignardent leur patron, qui décède de ses blessures. Le GPSI est appelé pour maitriser les deux hommes. Comme ils le feraient si un tel événement survenait réellement, les policiers revêtent leurs tenues lourdes. Ils portent entre 25 et 30 kg d’équipement : gilet pare-balle lourd, arme de poing, fusil d’assaut, casque balistique, cagoule. L’un des enjeux de cet entrainement est la maitrise parfaite de tous ces équipements, et de leur poids.

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

Confinement

Les fonctionnaires, appelés aussi des voltigeurs, pénètrent dans le centre des congrès de Monaco par son parking autobus. Une fois équipés, ils positionnent deux lourds boucliers balistiques, de 100 et 250 kg respectivement, à l’entrée du sous-sol. Devant le portail, ils s’arrêtent. Par radio, ils sont informés de la position des deux forcenés qu’ils repèrent sur un plan avant d’agir. L’un des deux agresseurs passe devant eux, un policier l’appelle, mais l’homme se retranche dans une salle. « Nous appliquons un schéma classique d’intervention, souligne le capitaine Pierre T., responsable du GPSI. On avance tout doucement, les collègues situés à l’étage ont déjà essuyé des tirs. Les deux forcenés sont équipés de couteaux, de grenades et d’armes de poing. » Les policiers avancent pas à pas pour former un étau autour des agresseurs qui va se resserrer de plus en plus, afin de le confiner et enfin de l’appréhender.

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

Drone

Un des fonctionnaires amène un renfort. Un drone volant, appelé Ramsès. « C’est un œil supplémentaire, insiste le capitaine. Cela permet de ne pas exposer les agents inutilement, et d’économiser du temps. Le temps, c’est aussi de la fatigue pour nous. Nous disposons ainsi de nombreux outils. » Le GPSI compte dans sa “boite à outils” un drone rampant, une caméra en fibre optique, mais aussi, un miroir au bout d’une perche. « Les moyens les plus basiques sont toujours aussi efficaces », commente le capitaine. Ici, compte tenu des grandes surfaces du Grimaldi Forum, Ramsès donne aux policiers une vue sur le deuxième homme, tandis qu’une grande partie des effectifs se concentre sur le premier. Ils avancent avec les boucliers balistiques, appellent l’homme par son prénom, Frédéric. Il se présente à la porte, mais, malgré les points rouges des lasers concentrés sur son ventre, il refuse de se rendre et recule dans la salle. Il prend la fuite dans l’établissement.

Terrain

Les policiers continuent leur progression, ici, lente, afin de pouvoir avoir un œil sur tous les recoins du centre des congrès. « L’un des buts essentiels d’un tel exercice est de prendre possession des lieux publics de la principauté, explique Pierre T.. Il faut que les équipes connaissent le moindre recoin. » Tous les lieux accueillant du public de Monaco ont déjà fait l’objet d’exercices. Le centre commercial Carrefour ne fait pas exception. Le scénario de Trèbes fait d’ores et déjà partie des exercices abordés par le GPSI.

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

Premiers secours

Un peu plus loin, un négociateur tente de parler avec l’homme. La plupart des voltigeurs ont une compétence particulière. « Certains sont spécialisés dans l’effraction, le franchissement, il y a des tireurs spécialisés, des négociateurs, des démineurs, des moniteurs de tir, des spécialistes des arts martiaux, ou de la technique de corde, énumère le responsable du GPSI. Lors d’une intervention réelle, nous sommes aussi accompagnés de médecins du CHPG. Ils font partie du GMI, le groupement médical d’intervention. » Si une personne est blessée durant un assaut — policier, agresseur, ou tiers — ils peuvent intervenir très vite. Les policiers eux-mêmes sont équipés d’une trousse de secours afin de parer à une urgence médicale.

Scénario

Le forcené échange quelques mots avec le négociateur mais refuse toujours de se rendre, il s’enfuit. Le second homme réapparait à cet instant et les agents pré-positionnés s’élancent à sa suite, et l’interpellent. Le premier est descendu à un niveau inférieur du Grimaldi Forum et s’est retranché dans des toilettes. Après avoir vérifié toutes les portes, le négociateur tente à nouveau une approche. « On ne veut pas vous tuer. Depuis tout à l’heure, on fait tout pour que ça se passe bien. » Mais l’homme refuse toujours de se rendre. Les policiers ouvrent la porte des WC, utilisent le miroir à perche télescopique pour repérer dans quel compartiment il s’est caché. Une grenade neutralisante est lancée, et les agents de police s’engouffrent dans les toilettes. Le forcené résiste et est tué. Dans le cadre de l’exercice, le scénario est revu soudainement afin que les fonctionnaires du GPSI ne baissent pas la garde. Un troisième homme entre en jeu et disparait encore plus loin dans le Grimaldi Forum. Les voltigeurs partent à sa poursuite et il est à son tour interpellé.

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© Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

Protéger le public

Même s’il ne s’agissait que d’un exercice, la tension de ces policiers d’élite était palpable durant les 2h30 qu’a duré l’entrainement. Elle retombe d’un coup, et le débriefe des responsables permettra de corriger les quelques erreurs commises. « Sur ce type d’intervention, on peut prendre notre temps, car le forcené n’avait pas d’otage. On le laisse dans son attente. La plupart du temps, il finit par craquer. 90 % de notre travail est de l’attente, précise le capitaine. Quand il y a du public, c’est très embêtant. Il faut le gérer, le protéger. Et les auteurs peuvent s’y dissimuler. » Le GPSI n’est cependant pas une section dédiée aux seules situations de crise. « Le Groupe est sollicité tous les jours. Il est présent sur la voie publique, participe aux nombreux services d’ordre, escorte des personnalités sensibles, décrit le responsable. Mais même pour des opérations police-secours ou pour la prévention cambriolages, ils sont pré-positionnés dans la Principauté afin de pouvoir intervenir en cas d’incident majeur. Ils sont primo-intervenants. »

_Sophie Noachovitch

 

écrit par Stephane