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Francis Bacon « Ses toiles passionnent les uns, irritent les autres »

Article publié dans L’Obs’ n°131 (avril 2014)

CULTURE/Une fondation Francis Bacon ouvrira à Monaco en octobre au 21 boulevard d’Italie (1). Créée par le promoteur immobilier Majid Boustany, cette institution à but non lucratif sera consacrée à l’un des artistes les plus controversés du XXème siècle.

C’est l’un des plus grands peintres de l’après-guerre. L’un des plus controversés, mais aussi l’un des plus chers sur le marché de l’art (voir encadré). Francis Bacon, peintre d’origine irlandaise né en 1909 à Dublin et mort en 1992 à Madrid, a considérablement marqué l’art figuratif du XXème siècle. « Ses toiles passionnent les uns, irritent les autres, mais ne laissent personne indifférent », résume Majid Boustany, promoteur immobilier, qui a décidé de créer en octobre prochain à Monaco une fondation entièrement dédiée à cet artiste très influencé par Pablo Picasso (1881-1973) ou encore Diego Vélasquez (1599-1660).

Crucifixion
La passion de Majid Boustany pour l’art est née à travers l’œuvre de Francis Bacon. C’était il y a plus de 20 ans. « Parallèlement à mes études à Londres centrées sur le commerce et les relations internationales, j’ai suivi un cours d’histoire de l’art, explique ce quadra. Ma rencontre avec le triptyque emblématique de Bacon Trois études de figures au pied d’une Crucifixion (1944) à la Tate Britain à Londres a déclenché en moi le besoin d’explorer son univers. »

© MB Art Collection

Violence
Ce tableau d’une rare violence expressive a beaucoup choqué au lendemain de la seconde guerre mondiale. Une période où l’on préférait oublier les images d’horreur. « Bacon est un peintre singulier qui nous confronte à la présence et à la condition humaine. Il peut être qualifié de peintre existentialiste dans la mesure où l’individu est saisi au cœur de son isolement », analyse ce résident monégasque depuis plus de 30 ans qui possède une impressionnante collection de Bacon riche d’environ 2000 pièces. Des tableaux, des œuvres graphiques, une grande collection de photos, professionnelles et plus intimes, des livres, des documents de travail, des objets insolites ayant appartenu à l’artiste. Mais aussi du mobilier, car Bacon a été designer à la fin des années 20 et au début des années 30.

Monaco
L’ouverture à Monaco de la Francis Bacon MB Art Foundation prend aussi tout son sens lorsque l’on sait que cet artiste controversé, aux figures torturées, a vécu quelques années en principauté. « Peu de temps après la vente du tableau Painting 1946 à la galeriste et marchande d’art allemande Erica Brausen, Bacon quitte Londres pour s’installer à Monaco avec son compagnon Eric Hall, explique Majid Boustany. A partir de ce moment, la principauté sera sa résidence principale de juillet 1946 jusqu’au début des années 50. Il ne cessera d’y retourner tout au long de sa vie. »

© Photo Eddy Batache – MB Art Collection

Recherches
Située au rez-de-chaussée de la Villa Elise au 21 boulevard d’Italie, cette Fondation a une ambition claire. Ce ne sera ni un musée ni une galerie d’art, mais un centre de recherches et d’études destiné à mieux faire connaître la vie et l’œuvre de Bacon, mais aussi ses méthodes de travail. « Cette institution aura pour objet de soutenir de nouvelles recherches sur le peintre, de parrainer des artistes émergents, d’organiser des expositions et des séminaires sur l’œuvre de Bacon avec des institutions locales et internationales, ainsi que de financer des projets associés à cet artiste », résume Majid Boustany. Attention : la Fondation sera ouverte uniquement sur rendez-vous, pour les historiens de l’art, les chercheurs, les étudiants mais aussi le grand public. Pour monter ce projet, Majid Boustany a fait appel à l’historien d’art Martin Harrison, auteur notamment du Catalogue Raisonné de Francis Bacon. Financée exclusivement par Majid Boustany, cette institution à but non lucratif est à ce jour la seule et unique fondation sur Bacon au monde.
_Sabrina Bonarrigo

(1) Le site internet de la Fondation (www.mbartfoundation.com) sera mis en ligne fin septembre 2014.

 

JACKPOT/
Un peintre à prix d’or

C’est l’œuvre d’art la plus chère du monde. En novembre 2013, le triptyque Trois études de Lucian Freud (1969) de Francis Bacon a été adjugé aux enchères pour la somme record de 142,4 millions de dollars (105,9 millions d’euros) chez Christie’s à New York. Ce triptyque n’avait pas été mis sur le marché auparavant car les trois panneaux avaient été séparés pendant quinze ans avant d’être réunis. Autre jackpot : le 13 février dernier, sa peinture Portrait of George Dyer Talking (1966) représentant son ami, amant et modèle George Dyer, a été vendue à 51 millions d’euros par Christie’s à Londres. Un record européen. _S. B.

CHOC/
Suicide de son amant

L’un des évènements les plus marquants de la vie de Francis Bacon a été le suicide de son amant et modèle, George Dyer, à Paris en 1971. « Deux jours avant l’ouverture au public d’une rétrospective au Grand Palais à Paris consacrée à l’œuvre de Bacon, Georges Dyer, sera retrouvé mort à l’Hôtel des Saints-Pères, rappelle Majid Boustany. Bacon réalisera trois triptyques à la mémoire de George afin d’exorciser sa douleur après ce drame. » Francis Bacon est rejeté par son père lorsque son homosexualité est découverte. _S.B.