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Foreplast : « Il y a eu un manque cruel de considération de la direction »

Clap de fin – Ils ont en moyenne 28 ans d’ancienneté… Les 60 salariés de l’usine Foreplast (1) ont appris que leur usine fermera définitivement ses portes en début d’année 2020. Le gouvernement et la direction du travail ont dû intervenir au cœur de l’été pour trouver une issue à ce conflit très tendu. Les explications de l’avocate défendant les salariés, Maître Delphine Frahi —

Après des mois de discussions houleuses entre la direction de Foreplast et les représentants des salariés, un protocole d’accord a été signé en plein cœur de l’été, le samedi 24 août. Pourquoi le gouvernement a-t-il dû intervenir dans ce dossier ?

Les échanges entre les délégués du personnel et la direction de Foreplast ont été difficiles. Il y a eu un manque cruel de communication et de considération pendant la première partie du processus. Les relations avaient commencé à se tendre considérablement et avaient conduit à ce que les salariés votent un mouvement de grève vers la mi-juillet. Sous l’impulsion du gouvernement princier, la direction du travail et l’inspection du travail, se sont donc proposés d’agir comme médiateurs. Cela a permis de rétablir le dialogue avec l’employeur. Des discussions ont continué durant la période estivale. Et le samedi 24 août, les deux parties sont parvenues à signer à un protocole d’accord.

Quel est le contenu de ce protocole d’accord ?

Cet accord actait, d’une part, la fin du mouvement de grève et, d’autre part, listait les mesures d’accompagnement sociales et financières des salariés licenciés, qui ont donc repris le travail lundi 26 août.

Ces mesures sociales et financières sont-elles suffisantes à vos yeux ?

Ces mesures, si l’on devait les qualifier, je dirais qu’elles sont honorables, contrairement à ce qui avait été présenté initialement… Il reste encore à rédiger la note de synthèse finale pour définir les derniers ajustements et les conditions précises de mise en application.

Quand l’usine fermera-t-elle définitivement ses portes ?

Il a été annoncé aux salariés que l’usine fermera début 2020. Les départs seront échelonnés. Certains salariés pourraient être amenés à devoir quitter le site au cours de la fin de l’année 2019.

Y a-t-il eu des propositions de reclassement pour les salariés ?

Des reclassements au sein du groupe Novares seront peut-être proposés aux salariés de Monaco. En tout état de cause, ce qui importait aux délégués du personnel, c’est le réemploi de leurs collègues, mais pas nécessairement au sein de Novares.

Pour quelle raison ?

Car le réemploi au sein de ce groupe impliquerait une mobilité, une mutation et donc un déménagement. Ils ont donc exigé une démarche de réemploi dans le bassin.

Qu’ont-ils obtenu ?

 

Les délégués du personnel ont obtenu que tout employeur qui offrira un emploi en CDD à un salarié de Foreplast bénéficiera de la prise en charge des cotisations sociales pendant 6 mois. Le but étant de favoriser le réemploi et d’inciter des employeurs à proposer des postes.

Cette mesure sera proposée aux employeurs monégasques uniquement ?

Cela n’a pas été précisé jusqu’à présent. Mais l’on ose espérer que ce ne sera pas strictement limité à la seule Principauté et qu’un employeur qui se trouve dans le bassin d’emploi (Alpes- Maritimes et Italie) se verra proposer la même disposition. En tout état de cause, les termes actuels de l’accord n’ont pas limité cette mesure aux seuls employeurs monégasques.

Concernant le versement des indemnités et des primes, qu’est-ce qui a été convenu pour les salaires licenciés ?

D’usage, ce ne sont pas des éléments que je communique de manière à éviter un système de surenchère d’une entreprise à une autre. Cela pourrait être néfaste, car chaque discussion tient véritablement compte de la situation de l’entreprise, de l’ancienneté des salariés, de leur réemployabilité, de leurs âges, et de leurs qualifications professionnelles. Il s’agit d’éviter de créer des attentes dans d’autres collectivités qui peuvent être dans des situations bien différentes.

Il semblerait que le groupe Novares affiche 1,123 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et 6,5 millions d’euros de bénéfice. Les raisons précises ayant poussé les dirigeants à fermer le site monégasque ont-elles été expliquées aux salariés ? Il s’agirait de délocaliser la production vers des pays à bas coûts…

La direction n’a pas été très précise dans les informations données aux délégués du personnel. Il y a une certaine opacité… Les salariés ont, en tout cas, bien compris que le groupe n’avait plus l’intention de conserver ce site en principauté.

Justement, les salariés l’ont véritablement compris lorsque le chargé d’affaires de l’usine a été licencié sans motif au mois de mars dernier. Il s’agissait d’un poste clé, puisque c’est à lui que revenait la mission de dénicher des nouveaux contrats…

Ce licenciement fut effectivement une alerte… A partir du moment où la direction indique à une usine qu’elle doit impérativement trouver de nouveaux marchés pour continuer de fonctionner, et que vous licenciez son seul commercial, cela signifie que vous n’avez absolument aucune intention de lui fournir une activité. Ce licenciement est intervenu en mars dernier. Les salariés se sont alors rendu compte qu’un certain nombre de choses leur étaient cachées. C’est la raison pour laquelle, à ce moment précis, ils ont voulu avoir des explications et être fixés sur leur sort. Ce n’est qu’à la fin du mois de juin que le plan social leur a été présenté.

Quelle est l’ancienneté moyenne des 60 salariés de l’usine ?

Nous avons calculé que la moyenne d’ancienneté est de 28,8 années. Certains salariés y ont travaillé plus de 35 ans…

 

(1) Foreplast est issue de Mecaplast, une entreprise spécialisée dans les pièces moteurs créée en 1955 par le Monégasque Charles Manni.