lobs-exorcisme-monaco-religion-couv

Exorcisme « Ce sont des personnes en réelle souffrance »

Religion — Depuis septembre  2015, l’abbé Alain Goinot est le prêtre exorciste du diocèse de Monaco. Pour aider les personnes qui s’estiment « victimes de phénomènes étranges perturbants », il est notamment épaulé par un psychologue et un médecin. Bien loin des fantasmes cinématographiques, ce ministère prend en charge des souffrances réelles —

C’est un titre aux accents moyenâgeux, et une fonction qui, dans l’imaginaire collectif, alimente beaucoup de fantasmes… Pourtant, contrairement au film de William Friedkin, et bien loin des effets spéciaux de cette fiction, les prêtres exorcistes sont régulièrement confrontés à des réalités souvent dures. Et parfois, selon leurs dires, à des cas assez troublants. Depuis plusieurs années, en France et en Europe, les exorcistes catholiques sont débordés par la multiplication des appels à l’aide émanant de personnes convaincues d’être “possédées” par une force occulte. Preuve que ce sujet est très officiel et tout à fait sérieux : tous les diocèses de France ont créé un ministère de l’exorcisme. Et le 3 juillet 2014, le Vatican a officiellement reconnu l’Association internationale des exorcistes (AIE). Créée en 1990, elle est aujourd’hui composée de 400 “chasseurs de démons professionnels” issus de plusieurs dizaines de pays. A Rome, un congrès sur l’exorcisme et les prières de libération est même organisé chaque année.

De plus en plus de demandes

A Monaco aussi, ces dernières années, cette tendance s’est observée. Face aux demandes grandissantes de la population résidente — qui s’adressait surtout aux exorcistes niçois — l’archevêque monseigneur Barsi a décidé de nommer à son tour un prêtre dédié à ce rituel ancestral en Principauté. C’était précisément il y a 4 ans. En septembre 2015. « Jusqu’à alors, nous n’avions pas jugé utile d’en nommer un dans notre petit diocèse. Lorsque des personnes venaient vers nous pour ce type de demande, un prêtre de Monaco faisait un pré-discernement et, selon les cas, nous faisions appel au père Bernardi du diocèse de Nice, qui dispose d’une équipe qui accueille et accompagne », explique Monseigneur Bernard Barsi. Mais face à la recrudescence des sollicitations en Principauté, c’est l’abbé Alain Goinot qui a été officiellement nommé et qui assure désormais cette mission depuis 2015.

« Attaques démoniaques »

A qui s’adresse alors l’exorciste ? Sur le site du diocèse de Monaco, il est mentionné noir sur blanc que cette démarche s’adresse à « toutes celles et à tous ceux qui s’estiment victimes de phénomènes étranges perturbants ». Le diocèse les invite ainsi à venir rencontrer l’abbé Goinot et, « éventuellement, son équipe. Après une écoute attentive des personnes et de leurs difficultés, on priera le Seigneur afin qu’Il nous donne la force de lutter contre toute adversité et qu’Il nous délivre de toutes les attaques démoniaques », rajoute le diocèse qui prend en charge très sérieusement toutes les personnes qui font ce type de démarche. « Le film l’exorciste a créé beaucoup de fantasmes, mais ce sont des personnes comme vous et moi qui sont en réelle souffrance et qui viennent les expliquer, explique Monseigneur Barsi. L’abbé Goinot est assez souvent sollicité. Nous avons instauré une équipe autour de lui avec notamment un médecin et un psychologue, car il peut arriver parfois qu’il y ait des cas à la limite de la psychiatrie. Dans d’autres cas, il peut s’agir d’une déprime, ou d’un deuil dur à surmonter. Il faut donc faire preuve de discernement. Ces personnes-là, nous les accompagnons aussi. »

« Face à l’impasse existentielle, resurgit l’hypothèse maléfique »

Car bien sûr, tous les cas de figure ne relèvent pas de l’exorcisme. En revanche, si un prêtre juge qu’« un mal » est véritablement présent, différentes étapes existent. Notamment des prières de délivrance ou, en dernier recours, ce que l’on appelle le grand exorcisme. « Souvent, écouter les personnes, les prendre au sérieux et prier avec elles, cela les aide beaucoup à avancer et à reprendre le dessus », rajoute Monseigneur Barsi. Reste à comprendre pourquoi, de plus en plus de personnes font ce type de démarche. « Face à l’impasse existentielle resurgit l’hypothèse maléfique », estime le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Podvin. Des hommes de foi considèrent également que ce phénomène est le résultat d’un déclin généralisé de la foi chrétienne. L’accès à la magie noire, à l’occultisme et au satanisme, a également été désigné comme un facteur expliquant l’explosion des demandes. Tout comme l’essor d’une culture favorisant la fascination pour les phénomènes diaboliques.