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Et maintenant ?

POLITIQUE/Après un examen du budget rectificatif tendu, la majorité du conseil national doit se ressouder. Au risque de traverser une crise plus grave dans quelques mois.

« Les choses sont rentrées dans l’ordre. » Pour le ministre d’Etat, il n’y a aucun doute : circulez, il n’y a rien à voir ! Après quelques tensions et « incompréhensions » ayant marqué l’examen du budget rectificatif 2015 en octobre, la page est tournée. Les nuages envolés. Bref, conseil national et gouvernement peuvent marcher main dans la main, sans se retourner. Pas étonnant que Michel Roger ait partagé cette analyse devant les journalistes, lors d’un point presse récent. Le chef du gouvernement a parfaitement manœuvré lors des derniers débats budgétaires. Flash back : une grosse majorité de conseillers nationaux, vent debout depuis cet été, persuadés d’être mis devant le fait accomplis par le gouvernement sur la plupart des dossiers — a fortiori celui de l’extension en mer —, avaient décidé de s’affirmer et de voter contre le BR2015. Le rapport de la commission des finances, signé Marc Burini, ne laissait pas de doute sur un vote symboliquement fort, destiné à « créer une douche froide pour repartir ensuite sur de bonnes bases », selon la formule de l’indépendant Jacques Rit. « Voter   “non” au rectificatif pouvait être (de plus) analysé comme une “partie gratuite” car il n’empêchait pas le gouvernement d’agir », explique quant à lui Daniel Boéri. Un petit-déjeuner en face-à-face avec le président du conseil national le jour de l’ouverture des séances publiques, suivi d’une déclaration publique le soir, couronnée de belles intentions d’améliorer la communication gouvernementale, aura suffi à dégoupiller la grenade. Et réussi à transformer les contestataires en abstentionnistes (sauf Jacques Rit) et les abstentionnistes en porteurs d’un oui… Une performance obtenue avec une promesse d’écoute et de dialogue : « Le gouvernement est conscient de la nécessité de perfectionner la communication à votre assemblée de toutes les informations nécessaires dont il dispose. Nous nous efforçons de le faire mais nous devons le faire encore mieux », a ainsi assuré le ministre. Pas de quoi déclencher les hourras de la foule mais suffisant pour obtenir 12 voix favorables. Pour justifier son revirement, Laurent Nouvion a parlé d’« équilibres nouveaux » et de « prise de conscience collective ». Claude Boisson de Realpolitik (« Je ne suis ni une girouette, ni un opportuniste… Je suis un politique réaliste et responsable »). Daniel Boéri, lui, admet avoir « payé pour voir en votant pour le budget ». Selon l’élu indépendant, « le gouvernement a fait “un petit pas en avant”, avec ses mots, ses prudences, ses fiertés. Voulait-on que le gouvernement capitule sans condition et tel les bourgeois de Calais offrant les clefs de leur ville à l’envahisseur anglais, se présente en plus en chemise et la corde au cou ? » interroge-t-il. Avant de lâcher : « Des difficultés existent, je ne le nie pas et elles doivent être traitées. En revanche le budget de l’Etat ne doit pas être “pris en otage” pour des questions de politique interne… »

 

Pas de vote de confiance

Pour d’autres élus, en revanche, il n’était pas question d’accorder une sorte de vote de confiance à ce gouvernement (Marc Burini). Seul à voter contre la loi de budget par « soif de cohérence », Jacques Rit prévenait d’ailleurs le gouvernement du risque d’« exaspération, née de l’escamotage (des prérogatives de l’assemblée), au sein d’un groupe politique majoritaire peu concerné par le risque institutionnel, ou bien cyniquement déterminé à en saisir l’opportunité ». Avec à la clé, une demande de révision de la constitution par deux tiers des élus pouvant provoquer une dissolution de l’assemblée… « Pareille séquence conduirait inéluctablement la Principauté vers un effondrement économique », avertit l’élu.

 

Amadoués

Pour l’opposition, l’occasion était alors trop belle de gloser sur « une énième pièce de théâtre dont (la majorité a) le secret ». Avant même le vote, Jean-François Robillon avait d’ailleurs prévu la montée en puissance. « Acte 1 : la frustration-la colère-les menaces. Acte 2 : les assurances et les bonnes résolutions gouvernementales pour vous amadouer. Acte 3 : un vote positif en apothéose et avec les vivas de la majorité en jurant qu’on a gagné et qu’on ne recommencera plus ainsi de part et d’autre. » Et de taper là où ça fait mal : la cohésion de la majorité. « Comme Messieurs Burini, Steiner et Rit doivent se sentir seuls ! Eux que la présidence a désignés pour défendre la ligne dure initiale, doivent avoir, au fond d’eux-mêmes, la sensation d’avoir été lâchés, floués, abandonnés en rase campagne. Car, petit à petit, M. Nouvion s’est rangé bien sagement derrière le Ministre d’Etat dans son attitude et dans ses paroles. Finies les grandes envolées à l’attaque des moulins gouvernementaux. Ces moulins se sont mués en ventilateurs qui l’ont obligé à courber l’échine et à s’allonger à plat ventre ! »

A la fin des débats, on ressentait en effet une certaine amertume de la part de nombreux élus. « C’est une occasion loupée », lâche encore maintenant le vice-président Christophe Steiner. Marc Burini a dû certainement mal digérer avoir été la cible de l’agressivité du ministre d’Etat. Jean-Charles Allavena, lui n’hésite pas à parler de cassure, dont les germes sont déjà apparus en mai dernier, lors du vote de la désaffectation des terrains publics de Testimonio. A l’époque, le oui était déjà passé à l’arrachée et montrait bien les divergences de vues sur la stratégie à mener face au gouvernement pour obtenir de lui des informations essentielles (en l’occurrence sur le montage financier de l’opération mixte des Marzocco). « Si le vote était pondéré selon l’ordre du protocole et des présidences de commission, le résultat n’aurait pas été le même », embraye Thierry Poyet, qui, lui aussi, lors de l’examen du rectificatif, a clairement critiqué la méthode employée actuellement par le conseil national. De là à ce que ces frondeurs, qui militent pour une ligne plus ferme de l’assemblée, se liguent pour quitter la majorité. « On voit bien les manœuvres des revanchards ou des aigris. L’UP louvoie, tout le monde bavasse à tort et à travers », commente un proche du président Nouvion, qui s’amuse à l’idée de « voir qui quittera vraiment la majorité. » Pour le moment, il est en effet hors de question pour l’UP de bouger un orteil et de tirer en premier, au risque d’être taxé de traître par le partenaire de la majorité Horizon Monaco, Rassemblement & Enjeux. On le voit très clairement dans le vote du BR2015 : à part Thierry Crovetto, qui s’est démarqué par son abstention, les UP ont plébiscité le budget, s’affirmant satisfaits des avancées du projet de très grand Ida…

_Milena Radoman

 

LOI/Extension en mer : pas de couperet

Pour le ministre d’Etat, le conseil national n’a pas à se prononcer sur la loi portant sur l’extension en mer avant le 31 juillet 2016. « Il n’y a pas d’échéance couperet. Nous avons prévu qu’il n’y avait pas de sanctions au-delà de cette échéance du 26 juillet 2016. Le conseil national est maître de son ordre du jour et chacun prend ses responsabilités. » Pourquoi une date limite a-t-elle été fixée contractuellement ? « Le financement de la plate-forme est aux alentours d’un milliard d’euros, et personne parmi les investisseurs, même Bouygues, n’a un milliard cash à investir dans la plate-forme. Donc il faut faire un montage financier, mobiliser les financeurs. Ce plan de financement coûte de l’argent dès qu’il commence à être mobilisé. Le groupement et Bouygues souhaitaient une indication de date. Comment vous voulez calculer le coût de financement de la plate-forme si vous ne savez pas quand elle se fait ? C’est impossible », explique Michel Roger, lors d’un point presse fin octobre. _M.R.

Politique/ Ils ont dit

 

« La vie d’un élu apporte son lot d’expérience et de maturité y compris pour moi, à qui vous avez confié cette fonction. »
Laurent Nouvion.
« Si nous avions déjà appris que nous ne pouvions nous prononcer contre un budget déficitaire car nous pénaliserions les plans de relance, nous savons maintenant que nous ne pouvons voter contre un budget positif. »
Christophe Steiner.
« La parole publique est porteuse de valeur, celle d’un engagement devant témoin et cela vaut pour toutes les parties présentes dans cet hémicycle. »
Christophe Steiner.
« Les deux méthodes (du gouvernement et du conseil national, N.D.L.R.) ont trouvé leurs limites, en même temps, ensemble, et avec quel résultat.
Thierry Poyet.

 

ATTRACTIVITE/ L’impartialité de la justice pointée du doigt

« Croyez vous que les fondateurs d’Apple ou de Google aient envie d’être clients d’une banque qui aurait aussi comme client un dictateur corrompu et sanguinaire ? Je ne le crois pas. Entre ces deux types de clients, il faut choisir, et mon choix est tout fait », a lancé l’opposant Bernard Pasquier, lors des débats budgétaires. L’élu a fait le parallèle avec la justice, qui représente l’une des clés de l’attractivité d’un pays. « L’opinion que les investisseurs se font sur la qualité de notre justice sera déterminante dans la décision de s’installer ou bien d’investir à Monaco. La sécurité judiciaire importe à certains investisseurs qui veulent être sûrs que leurs intérêts seront défendus impartialement. Pour eux, il est fondamental que notre justice soit impartiale et à l’abri de toutes sortes de pressions. Et ce n’est pas seulement la réalité qui importe ici, mais aussi la perception », a précisé l’élu, dans une allusion à peine voilée sur l’affaire polémique Bouvier-Rybolovlev. _M.R.

écrit par Milena