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Enfance cabossée

PROTECTION/Inauguré en février 2012, le Foyer princesse Charlène accueille une trentaine d’enfants et d’adolescents en souffrance. Ses missions : protéger les mineurs en danger, et aider les parents à réinvestir leur fonction parentale.

 

C’est une réalité que l’on peine à imaginer. Surtout dans ce “Monaco-cocon”, où la vie paraît plus douce. Plus privilégiée. Presque épargnée de tous les maux… Et pourtant, il est des familles où les conflits conjugaux, les troubles psychologiques ou les situations de maltraitance gangrènent tout. « La souffrance personnelle n’a pas de frontière et ne s’arrête pas aux portes de Monaco. Les problèmes de maltraitance existent aussi. Et touchent tous les milieux sociaux », constate Patrick Serre, directeur du Foyer de l’enfance princesse Charlène.

 

Refuge

C’est dans cet internat mixte, situé au 9 rue Bellevue, qu’une trentaine d’enfants et d’adolescents, tous résidant à Monaco, sont placés. Un refuge, où ces mineurs cabossés bien malgré eux, viennent chercher un équilibre. A la fois émotionnel et affectif. « En 2015, 44 enfants ont été accueillis. La durée moyenne du placement est de deux à trois ans. Mais cela peut aller de quelques heures… à plusieurs années. Certains sont en effet placés en foyer depuis plus de 10 ans. Toutefois, ce cas de figure reste exceptionnel », explique Huguette Woodroffe, directeur adjoint. Sur ces 30 mineurs — majoritairement âgés entre 14 et 18 ans — 1/3 sont Monégasques, 1/3 Français, et 1/3 d’autres nationalités. Et derrière chaque enfant placé, c’est une histoire de famille en situation de crise qui se cache. Tantôt de la violence conjugale ou des difficultés psychiques. Tantôt des problèmes de santé ou des situations de monoparentalité difficiles à vivre.

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ÉQUIPE/Huguette Woodroffe, adjoint au directeur, Corinne German, éducatrice spécialisée et Patrick Serre, directeur.

Prise en charge sur-mesure

Pour les aiguiller, ces mineurs peuvent compter sur une solide équipe de 39 personnes dont 17 éducateurs spécialisés qui interviennent 24h/24, 7 jours 7, en roulement. Des éducateurs qui deviennent tour à tour, père, mère, frère, sœur, professeur ou confident. « Les éducateurs sont en quelque sorte des substituts familiaux. Ils interviennent dans tous les actes de la vie quotidienne. Du lever au coucher : les repas, les douches, les devoirs, les achats de fournitures scolaires, les visites chez le coiffeur ou le docteur, les papiers administratifs etc. L’objectif est non seulement de les aider à gagner en autonomie mais aussi de retisser des liens sereins avec leurs familles », explique Corinne German, éducatrice spécialisée. Une prise en charge qui se veut ici « sur-mesure » où chaque membre du personnel est aussi mobilisé. Cuisinier, lingère, infirmière, maîtresse de maison, agent technique… Tous participent, selon leur savoir-faire, à l’action éducative des jeunes. Un quotidien qui gagne aussi en légèreté grâce aux sorties quotidiennes effectuées hors du foyer : foot, randonnées, plage, sorties culturelles ou excursion de plusieurs jours hors de Monaco. De quoi se ressourcer. Et mieux s’outiller pour la vie.

_Sabrina Bonarrigo.

(1) Au-delà des chambres individuelles, le foyer dispose d’une salle de jeux, de terrasses, d’une bibliothèque, d’une salle informatique, d’une cuisine collective ou encore d’une salle à manger. Le foyer dispose aussi de deux appartements situés au boulevard d’Italie, à l’usage de jeunes adultes. Le budget annuel est de 2 millions d’euros.

 

Rare/

Le refuge des mères, des nourrissons, et des mineurs errants

Ce sont des cas plus rares. Mais leur refuge est aussi le Foyer de l’enfance princesse Charlène. L’établissement du 9 rue Bellevue accueille également des femmes enceintes isolées, mais aussi des mères avec leurs bébés. « Si l’on estime que la mère est en capacité de s’occuper de son nourrisson, sans le mettre en danger, celle-ci est logée dans un des studios situés au 7ème étage du foyer », explique l’équipe. Depuis février 2012, le foyer a reçu au total neuf mères accompagnées de leurs enfants. Autre population recueillie en urgence : les mineurs sans attache avec Monaco. Il s’agit en général d’enfants en fugue, en errance, ou appréhendés sur le territoire à la suite d’un délit. Ce placement de courte durée, s’effectue à la suite d’une réquisition du parquet et des services de la sûreté publique. « Le mineur nous est confié le temps d’opérer son rapatriement dans son pays d’origine. Pour cela, nous nous mettons en relation avec l’ambassade du pays ou encore les services sociaux d’où il est originaire », explique Patrick Serre. _S.B.

 

Sentinelle/

Enfant en danger : comment le signaler ?

A Monaco, c’est le juge tutélaire ou le procureur général qui décide qu’un mineur en danger doit être placé au foyer de l’enfance. En revanche, plusieurs intermédiaires peuvent signaler qu’un jeune est dans une situation de danger potentiel ou avéré dans sa propre famille. Parmi ces sentinelles : le personnel des établissements scolaires bien sûr, mais aussi les services sociaux qui fréquentent ces familles (notamment parce qu’elles sollicitent des aides financières.) Parfois, ce sont les familles elles-mêmes qui font la démarche auprès du juge. C’est le cas notamment des parents qui ont des enfants violents, envers eux-mêmes, ou envers autrui. Des enfants, à l’inverse, apathiques, marginalisés ou ayant un rapport problématique avec la loi. Ou alors des enfants ayant des gros problèmes de santé. _S.B.

 

Orphelinat/

Feu… Foyer Sainte Dévote

Un peu d’histoire… Avant le foyer princesse Charlène, il y avait le foyer Sainte Dévote situé sur le Rocher. Créé en 1871, c’était à l’époque un orphelinat tenu par des sœurs qui a traversé les différentes guerres. L’établissement n’est devenu laïc qu’après 1980. Au départ, ce foyer abritait des grands dortoirs, puis a été réaménagé pour redonner un peu d’intimité à ses pensionnaires. « Au fil des années, ce foyer était devenu un bâtiment obsolète et vétuste. Les locaux ne convenaient plus du tout. Tant au niveau des normes de sécurité, que des capacités d’accueil », explique Patrick Serre, ancien directeur de ce foyer. Dès 2001, il a donc commencé à travailler avec la Direction de la prospective à un projet de nouveau foyer. Projet qui a abouti… 10 ans après. _S.B.