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Elections nationales 2018
Trois candidats pour un fauteuil

POLITIQUE/C’est désormais officiel. Trois listes se présenteront au suffrage des Monégasques le 11 février 2018. A moins que…

Avec une candidature surprise durant la trêve estivale (Jean-Louis Grinda) et une autre, encore plus inattendue, sur les réseaux sociaux (Béatrice Fresko-Rolfo), cette campagne électorale joue la carte de la surprise. Au final, l’officialisation de Stéphane Valeri, en tant que leader de Primo !, était sans aucun doute la plus prévisible. « Certains avaient prédit un trio Valeri-Nouvion-Grinda, aujourd’hui les cartes sont rebattues », analyse un élu Nouvelle Majorité.

Une femme tête de liste

En annonçant qu’il serait tête de liste d’Union monégasque le 21 juillet, Jean-Louis Grinda a voulu damner le pion à ses adversaires et les inciter à sortir du bois. « J’aime la clarté », sourit aujourd’hui le président de la commission Environnement du conseil national. Son vœu s’est réalisé dès la rentrée avec l’investiture de Béatrice Fresko-Rolfo, par le comité politique de Rassemblement & Enjeux. « Béatrice, élue loyale et engagée, saura faire l’unité autour d’elle, commentait alors Laurent Nouvion, au nom de Horizon Monaco. Cette candidature est dans l’ordre des choses. Le temps est venu pour qu’une femme courageuse, expérimentée et pondérée comme elle, prenne la tête du conseil national ». Une femme tête de liste aux élections nationales, c’est une première en principauté. Seule Anne-Marie Campora avait réussi à conquérir la mairie de Monaco. « Les Monégasques sont prêts à ce changement », estime l’élue HM. Tout en précisant, dans les colonnes de Monaco-Matin : « Je ne pense pas avoir été choisie par ma famille politique parce que je suis femme. Mais parce que je suis une élue qui connaît ses dossiers. J’ai prouvé que je tenais la route, avec une façon de faire de la politique autrement. »

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La machine de guerre

Une semaine après, c’était au tour de Stéphane Valeri de rentrer dans la bataille. A 55 ans, l’ancien président du conseil national (2003-2010) remet le couvert. Comme il l’avait fait en 2003, en s’appuyant sur la force de frappe de l’Union pour la Principauté, Stéphane Valeri compte asseoir sa campagne sur un nouveau mouvement, Primo !, alias Priorité Monaco !. « Comme beaucoup de compatriotes, je considère que la vie politique de notre pays est à bout de souffle. Je veux lui redonner de l’oxygène », avance l’ancien membre du gouvernement qui se veut fédérateur d’une union nationale. « Nous allons dépasser les clivages anciens et les querelles du passé portées par les anciens partis politiques. » Objectif : remettre en selle une assemblée qui a perdu toute crédibilité. Car son constat est implacable : « Les divisions entre de multiples partis ont paralysé l’action du conseil national depuis le début du mandat. Il y a un manque de vision politique et de leadership. »

Sous l’égide de son directeur de campagne Stéphane Machaire — qui avait contribué à sa victoire en 2003 et 2008 —, l’animal politique a mis en branle une véritable machine de guerre. Communication 2.0, courrier à tous les Monégasques —, avec bulletin d’adhésion à Primo ! incorporé —, et chaîne WebTV… Pour montrer son assise dans la population, intergénérationnelle et transpartisane, il a annoncé avoir sous le coude une cinquantaine de « référents », dont « une pépinière de trentenaires » qui ont accepté de le soutenir. Des élus actuels — avec comme poids lourd Jean-Michel Cucchi — comme des anciens — Michèle Dittlot, Guillaume Rose, Fabrice Notari, Thomas Giaccardi ou encore Brigitte Boccone-Pages. Mais aussi un ex-conseiller de gouvernement populaire, José Badia, ou encore des membres de grandes familles — à l’instar de Charles-Henry Rey, fils d’Henry ou de Nathalie Aureglia. Clairement une démonstration de force à destination de ses adversaires quand on sait à quel point il est difficile de concocter une liste avec 24 candidats crédibles… C’est parmi cette cinquantaine de référents que l’on trouvera ses colistiers, choisis par un comité d’investiture, a priori en novembre.

Vieilles ficelles ?

Et comme certaines recettes ont marché en 2003 ou 2008, pas question de s’en priver. Des réunions thématiques avec les électeurs sont prévues, dans le cadre des « PEP’S » (pôles d’écoute et de propositions). « Je veux remettre les Monégasques au cœur des décisions. Loin des solutions toutes faites prises dans les bureaux par des technocrates éloignés des réalités », s’exclame Stéphane Valeri. Si le programme semble loin d’être abouti, on sait déjà que ces PEP’S parleront de l’avenir des casinos au sein de la Société des bains de mer, du respect de la priorité nationale, de « la pénurie de logements domaniaux », de l’accord avec l’Union européenne ou encore de « la dégradation de la vie quotidienne ». Bref, des thèmes classiques de campagne électorale monégasque.

 

Echos de campagne

POLITIQUE/L’Obs’ vous livre les tendances de cette campagne.

Trois c’est trop…

C’est mathématique : à Monaco, trois listes, c’est une de trop, pour avoir une chance de l’emporter. La loi électorale favorise en effet le vainqueur, avec un ras-de-marée assuré. La troisième liste ne pouvant décrocher qu’un fauteuil à l’assemblée. C’est pourquoi les spéculations vont bon train sur des alliances entre les listes Union monégasque et Horizon Monaco, voire Horizon Monaco et Primo !. Après avoir séduit le frondeur Jean-Charles Allavena, Jean-Louis Grinda devrait recevoir le 2 octobre le soutien officiel du groupe Renaissance. Avec un ralliement d’Eric Elena et de Jean-Michel Rapaire, candidat malheureux aux élections nationales en 2013 et aux communales en 2015.

De son côté, Stéphane Valeri n’a pas fermé la porte à un rapprochement éventuel. Tout en posant ses conditions. : « Il faut partager un socle commun de valeurs et adhérer à l’essentiel : à savoir la défense des droits des nationaux et avoir des parcours personnels de qualité et irréprochables. » De quoi voir venir…

Une campagne propre ?

Marquée par les épisodes nauséabonds du Petit Niçois et du collectif sainte-Dévote, la campagne de 2013 est encore dans toute les mémoires. « Il n’y aura pas d’attaques personnelles chez nous, assure Stéphane Valeri. Nous n’avons pas d’ennemis dans la communauté monégasque, mais que des compatriotes. » Et le leader de Primo ! de diagnostiquer : « La première équipe qui va se permettre de porter les débats en-dessous de la ceinture, au niveau du caniveau, sera rejetée massivement par les Monégasques. »

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HM : le programme le 18 octobre ?

Le 18 octobre, Béatrice Fresko-Rolfo, tête de liste de Horizon Monaco, prendra la présidence de Rassemblement & Enjeux, à l’occasion de l’assemblée générale du mouvement. C’est à cette date qu’elle doit annoncer le nom de ses colistiers et son programme. A moins qu’il n’y ait de nouvelle surprise…

Un plafond pour cette campagne ?

Après le psychodrame de l’été, le projet de loi dit Greco sur le financement des campagnes électorales devrait pouvoir être voté en octobre. Ce texte prévoyant la transparence et la limitation des dons aux listes en lice pour les élections est actuellement étudié en commission spéciale. Des élus souhaiteraient voir inscrit un plafond des dépenses de campagne à 320 000 euros sur les 130 jours précédant le scrutin. Le remboursement de 80 à 100 % des frais de campagne — hors dons — est toujours discuté. « Que le texte soit voté ou non, nous nous l’auto-appliquerons. C’est une question de principe », a affirmé Jean-Charles Allavena, qui a rejoint la liste Union monégasque. Pas question de franchir la barre « indécente » de 800 000 euros de dépenses électorales par liste comme en 2008. Stéphane Valeri, lui, a tenu un autre discours : « Je tiens à ce qu’une partie des dépenses électorales soit prise en charge par les candidats. Ce serait malsain qu’une liste dépende entièrement du financement public. Quand on s’engage pour son pays, quand on est prêt à le servir, on peut investir quelques petits milliers d’euros. » _M.R.

 

Un budget pas comme les autres

POLITIQUE/Le dernier budget rectificatif de la mandature se déroule dans une ambiance inhabituelle. Les débats publics au conseil national, qui démarrent le 3 octobre, seront axés sur la crise aux Jardins d’Apolline.

Un président de l’assemblée qui annonce dans la presse qu’il quitte la vie politique, un leader de l’opposition qui démissionne du conseil national, et un groupe majoritaire morcelé avec des élus qui s’affronteront aux prochaines élections… A partir du 3 octobre, l’examen du budget rectificatif 2017 se fera dans un contexte pour le moins inhabituel voire cocasse. « Ce qu’il se passe est incompréhensible pour nous, donc imaginez pour les Monégasques qui ne sont pas aguerris à la vie politique. Nous allons commencer ce budget dans une ambiance assez inédite : un président qui jette l’éponge donc on est en droit de se poser la question. Tout ça pour ça ? Le président de cette majorité de circonstance qui part chez UM. On a vraiment de quoi perdre pied. Mais le véritable problème c’est qu’encore une fois, l’image du conseil national en prend un sacré coup ! » commente Béatrice Fresko-Rolfo, devenue depuis le départ de Laurent Nouvion à la SBM, le leader de Horizon Monaco avec Jacques Rit. Pas de panique, réplique Thierry Poyet, du groupe Nouvelle Majorité : « La majorité n’est pas plus adoubée à Primo !, Horizon Monaco ou Union monégasque. Nous garderons notre neutralité dans la campagne, avec la volonté de terminer au mieux cette mandature. »

Une ligne de 5,5 millions d’euros

Le rapport de la commission des finances sur la loi de budget est à l’image de cette ambiance singulière. C’est un rapport un peu décousu, appelant, sans suspense, à voter le projet gouvernemental. Première raison : les grands équilibres sont bons avec des prévisions de recettes s’élevant à 1 milliard 226 millions d’euros (en légère progression de 1,3 % par rapport au Budget Primitif). Contre 1 milliard 219 millions d’euros de dépenses publiques. Deuxième raison, comptable : « Le gouvernement a inscrit une somme de 5,5 millions d’euros affectés au sinistre des Jardins d’Apolline. Seul le vote du budget peut permettre d’affecter ces sommes afin qu’elles soient utilisables », rappelle le rapporteur Marc Burini, vice-président (NM).

Tirer les leçons d’Apolline

La crise sanitaire des Jardins d’Apolline, « un sinistre sans précédent pour la Principauté » qui touche 10 % de Monégasques, est d’ailleurs au cœur des préoccupations des élus. Ils dépeignent « une situation aux conséquences humaines graves pour les familles qui occupent des logements insalubres, qui n’ont pas eu, un temps, accès à l’eau potable, qu’il faudra reloger temporairement et qui sont encore, pour certaines, dans l’incertitude de leur quotidien pour les mois à venir. » Politiquement, ils dénoncent les multiples « dysfonctionnements allant de la conception à la gestion du parc immobilier de l’Etat, lequel est à la fois et tour à tour maître d’ouvrage, propriétaire et bailleur ». « Il aura fallu deux ans pour que le gouvernement prenne conscience de l’ampleur des problèmes et de la gravité de la situation », fustigent les conseiller nationaux, se plaignant de l’opacité de l’Exécutif. « Le sentiment dominant dans la population est : comment en est-on arrivé là ? Et, plus jamais ça. »

Le conseil national appelle les autorités à tirer les leçons de la crise Apolline. « En ce qui concerne la signature du contrat pour la réalisation d’une opération, le gouvernement doit user de toutes ses compétences juridiques et prendre toutes les précautions nécessaires afin de prévoir tout sinistre : garanties décennales, pénalités de retard, interdiction de la sous-traitance en cascade. Le maître de l’ouvrage doit s’entourer dès le départ de toutes les garanties. A ce stade, personne n’est en mesure d’établir de responsabilités ou une chaîne de responsabilités. Seules les experts et la justice pourront les déterminer. » La crise des Jardins d’Apolline a également fait apparaître « de nombreuses malfaçons dans la réalisation des opérations de construction » de cette opération « qui a coûté 160 millions d’euros et fut réalisée par un marché “tout corps d’Etat”. Ce choix opéré souvent pour permettre un gain de temps est en fait dû à l’absence de prévision de nos besoins en logements », analyse la commission des finances.

 

Echos de campagne

Valeri : « Les Monégasques veulent de l’expérience »

« La notion de primaire divise. Ce n’est pas la bonne solution. Je veux une équipe unie et soudée pendant 5 ans », a averti Stéphane Valeri, lors de son point presse, le 19 septembre. Dans cette équipe, il y aura, promet-il, au moins un tiers de femmes : « J’ai contacté autant de femmes que d’hommes. Mais elles ont plus de difficultés à franchir le pas », regrette la tête de liste de Primo !. Pour l’ancien président du conseil national (2003-2010), pas question de laisser croire qu’il est un homme du passé, comme le pensent ses adversaires. « Les Monégasques veulent une certaine autorité et de l’expérience à la tête du conseil national. A 55 ans, je suis en pleine forme. J’ai fait mes preuves et je me suis entouré de beaucoup de jeunes qui ne se sont jamais engagés », juge-t-il. _M.R.

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Grinda : Roule jeunesse…

« Notre vraie richesse, ce sont nos jeunes ! » a tonné Jean-Louis Grinda, en conférence de presse, pour bien montrer que la jeunesse est « le thème numéro 1 » de la campagne d’Union monégasque. Parmi ses propositions, il y a la couverture à 100 % par les bourses d’études des frais de scolarité des jeunes Monégasques admis dans les plus grandes écoles post-bac. « On parle de 5 à 10 Monégasques très brillants admis chaque année à Columbia ou Yale, où la scolarité coûte entre 20 000 et 70 000 euros. C’est le devoir de l’Etat d’aider les familles qui n’ont pas les moyens. Pour l’Etat monégasque, c’est un investissement pour l’avenir ! » juge Bernard Pasquier. _M.R.

Fresko : On poursuit le travail parlementaire…

Jeudi 28 septembre, les élus Horizon Monaco ont salué « la décision de Laurent Nouvion de mettre fin à son mandat de conseiller national ». Nommé par le prince administrateur d’Etat au sein de la Société des bains de mer, ce choix est « en cohérence avec notre manière de voir les choses, a insisté Béatrice Fresko-Rolfo. On ne peut pas être à la fois juge et partie sur les budgets. » La candidate d’Horizon Monaco s’est défendue d’avoir organisé ce point presse à des fins électoralistes. Elle affirme vouloir continuer le travail parlementaire et que celui-ci ne soit pas parasité par la campagne jusqu’au début de celle-ci le 21 novembre. En attendant, le groupe HM s’est réorganisé. Jacques Rit prend la place de président de groupe et Claude Boisson, celle de vice-président. _S.N.

écrit par Milena