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Elections 2018
Grinda lance les hostilités

POLITIQUE/C’est en plein cœur de l’été que Jean-Louis Grinda a annoncé qu’il serait tête de liste aux élections nationales 2018. Une première candidature qui sonne le démarrage d’une précampagne encore dans le flou. A qui le tour ?

Il a choisi la torpeur estivale pour casser un « sur-place réfrigérant ». Le 21 juillet, Jean-Louis Grinda a annoncé sa candidature en tant que tête de liste aux élections nationales. Selon l’élu Union monégasque, il n’était plus question d’attendre davantage et de se calquer sur un échiquier politique où personne n’avançait ses pions. Visant tout particulièrement, sans le nommer — ça devient une habitude —, un Stéphane Valeri, retourné dans le privé fin mai : « Il dit « Peut-être que je serai candidat », met tout en œuvre pour l’être, mais il ne s’est toujours pas déclaré… » a en effet soufflé le directeur de l’opéra de Monte-Carlo.

Le lièvre et la tortue

Selon Grinda, se présenter en solo n’était pas son premier choix. Début 2017, les 3 élus Union monégasque sont allés tâter le terrain auprès de l’actuel président du conseil national. Proposant à Christophe Steiner de se rallier à lui s’il présentait une liste en 2018. « Depuis, nous n’avons pas eu la moindre nouvelle… » Un silence expliquant que depuis quelques semaines, les trois compères se sont désolidarisés de la Nouvelle majorité. Tâclant aussi bien le manque de courage de leurs voisins de l’hémicycle que leur manque de positionnement politique (voir p. 13).

Cette candidature amorce en tout cas le démarrage de la précampagne électorale. Qui sera le prochain à affirmer viser le fauteuil présidentiel ? On sera peut-être fixé dès septembre. D’aucuns imaginent une candidature à la rentrée de Stéphane Valeri, à qui l’on prête le dessein de former une liste d’union nationale. Quant à Laurent Nouvion, il n’est pas encore dans les starting-blocks. Se référant à la fable de la Fontaine du Lièvre et la tortue, il privilégie la stratégie de la tortue. « Je laisse tous ces gens s’agiter. C’est plus astucieux… Et nous devons gérer en amont des échéances budgétaires et politiques », affirme le leader du groupe Horizon Monaco.

Trois listes ?

On part donc aujourd’hui sur l’hypothèse de trois listes concurrentes se disputant les voix des Monégasques en février 2018. Il y a en effet peu de chances que Renaissance présente une quatrième liste avec la volonté de rééditer le coup de poker gagnant de 2013. A l’époque, une campagne éclair tout comme le charme de la nouveauté leur avait permis de remporter un siège dans l’hémicycle. « La campagne de Renaissance, c’était un one shot, commente un observateur de la vie politique. Il n’y a plus le même état d’esprit chez les employés de jeu. »

Or, avec trois listes, chacun sait à quoi s’en tenir. Le mode de scrutin monégasque augure un raz-de-marée pour le vainqueur et des strapontins pour les deux autres listes… De quoi faire réfléchir les prétendants… L’élu Jean-Charles Allavena n’exclut pas un rapprochement entre Laurent Nouvion et Jean-Louis Grinda. « Ils n’auront peut-être pas d’autre choix. Seront-ils en mesure de trouver chacun 24 candidats “présentables” ? Et je ne vois pas Laurent Nouvion prendre la tête d’un combat perdu d’avance… » Les deux hommes semblent pourtant aux antipodes. Notamment sur les questions de l’amendement budgétaire que défend mordicus le directeur de l’opéra, ou encore des négociations avec l’Union européenne. « C’est le jour et la nuit sur un certain nombre de problématiques », reconnaît Allavena. A voir donc. Ce qui est sûr, c’est que les Monégasques en ont vu d’autres. En 2008, ils avaient eu droit à une explosion du paysage politique avec une multiplication des formations politiques et à une fusion de deux listes (RPM et Valeurs&Enjeux) en dernière minute… En 2013, les ennemis d’hier, l’UP et R&E, s’étaient soudés contre toute attente pour former Horizon Monaco. Bref, il n’y a pas de raisons que 2018 ne réserve de nouvelles surprises… Reste à savoir lesquelles.

 

En bref/

Parité ?

S’il est loin de présenter une liste complète, Jean-Louis Grinda en a dressé le profil. Parité hommes-femmes, forte présence de jeunes. « Ce ne sera pas une parité gadget. On ne va pas prendre n’importe qui, sous prétexte que c’est une femme », a-t-il promis. Grinda raflera-t-il des élus en dehors de ses deux comparses ? Il le croit en tout cas. « Il y aura des élus actuels, il y aura des gens qui ne sont pas élus… Ma candidature ne sort pas de la cuisse de Jupiter. J’ai été sollicité en interne, au conseil national, mais aussi en externe. »

Adoubement

Jean-François Robillon a donc renoncé à repartir en première ligne en 2018, sans doute échaudé par l’échec de 2013. Il a adoubé avec enthousiasme son colistier. « Jean-Louis Grinda apporte une vision plus moderne du conseil national. Il a désormais l’expérience de son premier mandat. Il peut nous permettre d’éviter les vieux mammouths de la politique monégasque et les réflexes politiciens que nous avons tous. Il peut nous permettre de faire de la politique autrement. Et surtout, dans l’intérêt général », a-t-il commenté.

Idées

Jean-Louis Grinda l’assure : « De notre côté, cette campagne se fera avec le sourire. » Cela changerait de l’ambiance délétère de la campagne de 2013. UM compte faire campagne sur les idées défendues depuis 2013 : égalité hommes-femmes, garantie du système de retraite des fonctionnaires et bien évidemment… restauration de l’amendement budgétaire qui avait été supprimé en 1962.

 

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L’heure du bilan

POLITIQUE/Les meetings de campagne ne démarreront pas avant des semaines mais déjà, opposition et majorité parlementaires évaluent le bilan de cette mandature. Chacun à sa sauce…

« Les Monégasques se disent que le conseil national ne sert à rien. Et ils ont raison… Tant qu’il n’y aura pas des gens avec plus de courage, le parlement continuera d’être une coquille vide ! » Dans le camp Grinda, ce constat sévère est signé Bernard Pasquier, selon qui les élus de la majorité parlementaire « se couchent » à longueur de journée devant un gouvernement qui ne les respecte plus. Pour les élus Union Monégasque, les textes de loi votés en juin — réglementant le droit international public et la garde alternée — illustrent cette incon- sistance parlementaire. « Ils ont subi des crises d’amaigrissement drastiques » ironise Jean-François Robillon, estimant que le futur code de l’environnement comme la fameuse loi sur le patrimoine ressemblent plus à « de l’affichage » qu’autre chose…

Une charge de la “minorité canal historique” que développe Horizon Monaco à l’envi. « C’est une fin de législature crépusculaire », tonne l’ancien président du conseil national. Pour Laurent Nouvion, le conseil national, qui « ne fait plus de politique mais de la technique législative », est carrément devenu « un service du gouvernement »« On l’a vu sur l’usine d’incinération, Apolline, le port de Vintimille et d’autres sujets… Les élus de l’assemblage majoritaire sont démobilisés ! » Une démission volontaire selon Nouvion : « Le conseil national a été pris en otage par des gens qui font le cocon de quelqu’un. » Une référence encore une fois, bien évidemment, à “Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom” (sic), Stéphane Valeri.

« Ida est un symbole »

A six mois des élections, cette charge des deux groupes d’opposition du conseil national n’a rien d’étonnant. Surtout quand l’un des leaders a déjà fait officiellement acte de candidature. S’il reconnaît une « boulimie législative » et une communication devenue insuffisante, Jean-Charles Allavena, leader du groupe Nouvelle majorité, défend, lui, le bilan majoritaire depuis l’élection de Christophe Steiner en avril 2016. « A l’exception du projet de loi réformant le statut des fonctionnaires, tous les textes de loi qui étaient dans les tiroirs ont été ou seront traités avec des résultats convaincants. Qu’il s’agisse des lois sur le handicap, le télétravail, l’extension en mer, la sécurité nationale et bientôt le code de l’environnement et le financement des campagnes électorales ! » Quant au rôle politique du conseil national, pour Allavena, « le dossier Ida est le symbole de la façon dont on devrait travailler avec le gouvernement. Techniquement, on ne pouvait rien faire car Ida ne nécessitait plus de désaffectation ni de ligne budgétaire. Mais on ne pouvait pas renoncer. On a expliqué en séance budgétaire au gouvernement que le projet initial (qui ne prévoyait qu’un bâtiment de 32 appartements pour les enfants du pays, N.D.L.R.) était ridicule et allait plomber le remembrement du quartier comme il l’avait déjà fait avec les Tamaris. Ida a finalement grossi jusqu’à une refonte complète. C’est ça faire de la politique ! » Mais l’élu en est conscient. Durant la campagne, comme à chaque élection, le rôle du conseil national sera au centre des débats. « Il va y avoir de la surenchère… » souffle Allavena.

 

Echos de précampagne…

POLITIQUE/La rentrée politique donnera le pouls de la campagne électorale. Mais on pressent déjà quelques tendances…

 

Dépenses électorales à la baisse

Le projet de loi sur le financement des campagnes électorales sera-t-il finalement voté en octobre ? Cet été, ce texte demandé par le groupe d’Etats contre la corruption (Greco), qui prévoit un abaissement du plafond des frais de campagne — aujourd’hui fixé à 320 000 euros — et une augmentation de leur prise en charge – voire un remboursement intégral — par l’Etat avait créé la polémique : le président de la commission spéciale chargée de son étude, Jean-Charles Allavena et les élus de l’opposition avaient milité pour un examen en session extraordinaire en juillet pour une application dès la prochaine campagne. Son examen a été repoussé, provoquant la démission d’Allavena de la présidence et l’ire des élus UM et HM. « Quelques élus NM, qui n’avaient ni exprimé d’opposition au texte auparavant, ni participé aux réunions de la commission, ont bloqué le processus », commente Jean-François Robillon.

S’il y a peu de chance d’une application de cette loi dès cette campagne, le discours ambiant est en tout cas de limiter les dépenses électorales. « Des campagnes électorales qui coûtent 700 000 à 800 000 euros dans une petite communauté comme Monaco, sur trois mois et demi, ce n’est pas sain, explique ainsi Laurent Nouvion. Nous n’avons pas besoin de dépenser autant pour enrichir des communicants qui, en plus, sont mauvais et qui sont en général des mercenaires ! » « Ne comptez pas sur nous pour dépenser 600 000 euros et épater tout le monde, a quant à lui prévenu Grinda. On publiera régulièrement nos comptes de campagne dans la presse. Car les sommes dépensées dans le passé sont indécentes. »

 

Effet Macron ?

Qui bénéficiera de la recette d’En Marche !, basée sur le rassemblement, un besoin de nouveauté et un soupçon de dégagisme ?  Officiellement ou en coulisses, chacun a aujourd’hui la référence Macron à la bouche. « Notre campagne se fera sur les idées développées par UM depuis 2013. La dynamique vue en France avec Emmanuel Macron, qui a réussi à gagner une élection de manière assez improbable, sur des idées, est très intéressante », commente Bernard Pasquier, chez UM. « Emmanuel Macron débarquait, Stéphane Valeri n’est pas nouveau, pas aussi jeune mais voudra rassembler toutes les tendances », observe Claude Boisson. Pour autant, d’ici février 2018, les têtes de listes s’éloigneront peut-être du schéma de victoire macroniste, surtout si le président de la République française continue de plonger dans les sondages…

 

Une campagne 2.0

Premier candidat en lice, Jean-Louis Grinda a donné le ton d’une campagne qu’il voit proactive sur les réseaux sociaux et Internet. Pas question de louper le coche : en 2013, la liste UM avait « complètement délaissé » la Toile. Son nouveau site Internet publiera notamment les interventions publiques des élus. Les autres listes privilégieront aussi sans aucun doute une campagne 2.0, à moindre frais.

 

Dépenses électorales à la baisse

Pour l’élu Nouvelle majorité Thierry Poyet, les candidatures officielles auront le mérite d’éclaircir le positionnement politique de chaque camp pour cette fin de mandature. « Il serait bien que les choses se déclenchent pour clarifier la situation pour cette fin de mandat. Sur quels dossiers va-t-on travailler au conseil national ? Quelle partie vont jouer la majorité et les minorités ? Quelles postures vont-elles prendre ? » Des questions en effet essentielles avant l’examen des budgets rectificatif 2017 et primitif 2018. Aujourd’hui, chez Horizon Monaco, Claude Boisson, qui tient un fichier des présences en commission, dénonce « un absentéisme record » des élus de la majorité. S’il défend ses collègues, Thierry Poyet reconnaît : « On a validé les questions liées au budget rectificatif 2017 à 4 sur 24 ! » Dans la révision du règlement intérieur du conseil national, qui devrait être bouclée avant la fin de la mandature, le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (Cisad) souhaite voir entériner un ordre du jour publié avec la liste des élus présents à la commission. Sans forcément aller jusqu’à des pénalités financières. Des règles déontologiques qui ne concernent que les élus même si certains tancent les membres du gouvernement sur leur présence en séance publique : « La fin de mandat est lamentable, c’est la première fois qu’un gouvernement est à moitié absent lorsque l’on vote des textes de loi », fustige Claude Boisson.

 

Statu quo sur la réforme électorale

C’était une promesse de campagne en 2013. Le sort de la loi électorale est désormais scellé. Elle ne sera pas réformée. L’élu HM Jacques Rit avait pourtant mis le chantier sur la table il y a quelques mois. Proposant de ramener les listes à 14 ou 16 candidats et d’ajouter une dose de proportionnelle. « Il n’y a pas eu la volonté politique d’aller plus loin », regrette Claude Boisson.

 

Thèmes de campagne

Il n’y aura pas de surprise. L’un des principaux thèmes de campagne portera sur les négociations de Monaco avec l’Union européenne. Chacun bosse aujourd’hui sur son programme. Et sans en révéler les mesures, Laurent Nouvion évoque déjà certaines problématiques : « outre le cataclysme des Jardins d’Apolline, l’urbanisme domanial, résidentiel et commercial avec la rénovation par quartier ; la circulation et la qualité de vie. Il faut également se pencher sur les finances publiques. La structure financière actuelle ne permet pas de financer des projets publics aussi importants, nous proposerons un partenariat public privé faisant en sorte que l’Etat garde le contrôle des opérations. »

écrit par Milena