EauNergie-Mehdi-Hadj-Abed

EauNergie veut ouvrir son capital

ECONOMIE / Lancée en 2007, EauNergie est une entreprise spécialisée dans la transformation d’eau salée en eau potable. Son patron Mehdi Hadj-Abed se donne un an pour lever des fonds et assurer son développement.

« Même si au final je ne garde que 10 % du capital, peu importe. L’essentiel, c’est qu’EauNergie puisse grandir, aidée par des gens qui donnent leur chance à mon projet. » Mehdi Hadj-Abed, designer industriel, est décidé. Alors qu’il possède 47 % d’EauNergie, il est prêt à ouvrir le capital de son entreprise qu’il a lancée en juillet 2007. A ce jour, les autres actionnaires sont Julian Lennon (33 %), la fondation Albert II (10 %) et le directeur de la Monégasque des eaux (SME), Manuel Nardi, avec 10 %. En octobre, Mehdi Hadj-Abed était à Genève pour discuter avec des investisseurs égyptiens. Mi-septembre, ce sont des Américains qui ont entamé des discussions.

« Baby »
Le fils ainé de John Lennon a été séduit par le concept. « Il espérait pouvoir financer à travers sa fondation des projets en Afrique pour lesquels on pouvait installer nos solutions EauNergie » explique Hadj-Abed.
Mais, pour le moment, EauNergie a du mal à décoller, malgré quelques machines vendues notamment en Mauritanie ou au Maroc. « En Mauritanie, ça a changé la vie de 6 000 personnes. Notamment pour les accouchements », explique ce père de famille français de 39 ans, né à Oran (Algérie).
A Monaco, l’arrosage des jardinières du port, l’école de voile et le chantier du nouveau yacht club ont bénéficié de solutions EauNergie. Même les éléphantes du Parc de la Tête d’Or Baby et Népal, désormais installées à Roc Agel sur une idée de la princesse Stéphanie, bénéficient des services d’EauNergie. Depuis juillet dernier, 500 à 1 000 litres d’eau sont traités chaque jour. « Les eaux de rejets des deux éléphantes sont traitées et récupérées pour irriguer des bambous dont se nourrissent Baby et Népal », raconte Mehdi Hadj-Abed. Et les idées ne manquent pas : « On pourrait travailler sur les bassins du jardin japonais, les douches sur la plage du Larvotto… »

© Photo EauNergie

ELEPHANTES/Même les éléphantes du Parc de la Tête d’Or Baby et Népal, désormais installées à Roc Agel sur une idée de la princesse Stéphanie, bénéficient des services d’EauNergie. © Photo EauNergie

« Ateliers »
Pourtant, si la SeaMob, une machine à énergie renouvelable qui permet de rendre l’eau de mer potable, fonctionne et a fait ses preuves (voir encadré), EauNergie tarde à décoller. « Le principe du dessalement d’eau de mer existe depuis 200 ans environ. Mais l’aspect écolo, avec par exemple l’utilisation de l’énergie solaire, c’est nouveau », souligne Mehdi Hadj-Abed. Autre invention : l’EauMob, une machine qui permet de rendre potable de l’eau insalubre. Dans sa version manuelle à 6 000 euros, l’EauMob permet de produire jusqu’à 300 litres d’eau par heure. « On peut monter des ateliers là où sont vendues les machines pour assurer ensuite la maintenance. C’est important de le faire. Le fonctionnement est simple, c’est basé sur du matériel de plombier. Et plus personne ne boira de l’eau pourrie… » Si l’EauMob et la SeaMob sont deux solutions entièrement mobiles, la première traite l’eau des lacs, des fleuves ou des puits par exemple. Intéressant pour les ONG notamment. Alors que la deuxième solution est tournée vers l’eau de mer.

© Photo EauNergie

200 000
Prix des machines commercialisées par EauNergie : de 6 000 à 300 000 euros, selon la taille et la configuration. « Pour grandir, il manque un premier gros contrat qui agirait comme un déclic », souffle Hadj-Abed. Plus concrètement encore, il manque aussi un commercial, un bureau de 30 m2… Ce qui représente environ 200 000 euros. Sans oublier de quoi développer la recherche et le développement pour garder de l’avance sur la concurrence.
Autre problème : difficile de représenter l’entreprise à l’international, là encore faute de fonds. « Début décembre, la Ligue arabe m’a invité pour un événement autour du développement durable et de l’écologie. Faute d’argent, je ne pourrai pas y aller », raconte Mehdi Hadj-Abed. Arrivé à Monaco en 2005 comme designer industriel chez Single Buoy Moorings, il quitte à l’amiable en 2011 cette entreprise spécialisée dans les études maritimes, pétrolières, l’ingénierie, mais aussi la recherche. Objectif : se consacrer à son entreprise.

Business
Depuis, c’est compliqué. Avec un chiffre d’affaires annuel estimé à 35 000 euros, difficile de s’en sortir. « Depuis les débuts, j’ai mis 300 000 euros dans EauNergie. Je ne peux pas faire plus. Je réfléchis donc à d’autres solutions pour m’en sortir personnellement. » Car Mehdi Hadj-Abed reste persuadé que l’eau reste un business d’avenir : « Ce marché est énorme, il pèse plusieurs milliards d’euros. Surtout qu’il est possible de s’adapter du petit villageois aux plus grandes communautés. Le panel est assez large. »
Du coup, l’existence de concurrents n’inquiète pas vraiment ce jeune patron. En Italie, Gabriele Diamanti, un designer italien, a mis au point Eliodomestico, un système de dessalement de l’eau qui fonctionne aussi à l’énergie solaire.

Solaires
Peu importe. « Ce business est tellement gros qu’il y a de la place pour tout le monde » estime Hadj-Abed, avant de prendre en exemple Amman. Dans la capitale de la Jordanie, 80 boutiques vendent de l’eau, tout simplement parce que les gens n’ont pas confiance dans l’eau du robinet. « Pour produire 6 000 poches d’eau de 5 litres, une machine à 300 000 euros suffit. En vendant 1 euro la poche d’eau, on ferait un chiffre d’affaires de 6 000 euros par jour », calcule Hadj-Abed, en précisant que 100 m2 de panneaux solaires suffisent à assurer le fonctionnement de sa machine. Pour l’entretien, il suffit de changer les membranes et les filtres. « L’électricité nécessaire est fournie par les panneaux solaires pendant environ 20 ans. »

2014
Autre piste sur laquelle travaille Mehdi Hadj-Abed : l’Arabie Saoudite. Et là, c’est énorme : « En Arabie Saoudite, un marché de 1 000 machines à 300 000 euros pièce, soit près de 300 millions d’euros, est actuellement en discussion. » Une petite partie de ce gigantesque contrat assurerait l’avenir d’EauNergie qui a remporté en mars 2006 les 40 000 euros mis en jeu par le concours Next Generation Entrepreneur Forum. « Je me donne 1 an pour convaincre mes partenaires sur la véritable taille de ce marché et sur le manque de développement par rapport à ce businesss. Voilà pourquoi je laisse aussi la porte ouverte à l’arrivée de nouveaux partenaires. » Mais déjà, le regard de Mehdi Hadj-Abed est braqué sur l’avenir immédiat. « En 2014, l’objectif, c’est de décrocher une commande de 50 EauMob et de 50 SeaMob. »
_Raphaël Brun

SeaMob-EauMob/
Comment marche ?

CACAS/« Un jour, peut-être que l’on se dira enfin que nettoyer les rues et les cacas de chiens avec de l’eau potable, c’est un gaspillage que l’on peut éviter. Surtout quand on a de l’eau de mer juste à côté… » Mehdi Hadj-Abed. Patron d’EauNergie. © Photo EauNergie.

Transformer l’eau de mer en eau potable grâce à l’énergie solaire. C’est le petit défi relevé par Mehdi Hadj-Abed entre l’été 2005 et mars 2006. Avec une méthode simple : l’eau de mer est d’abord filtrée pour supprimer les déchets visibles à l’œil nu. Ensuite, elle est soumise à une pression de 80 bars pour pratiquer le phénomène d’osmose inversée et obtenir uniquement les molécules d’eau. Enfin, on ajoute des sels minéraux et on réajuste le potentiel hydrogène (pH) de l’eau distillée. L’eau est alors parfaitement buvable.
Une fois le concept validé, Hadj-Abed décide de rendre sa machine mobile. Les premières SeaMob, en version mallette roulante, sont lancées à partir de 2009-2010. Vendue 10 000 euros pièce, la SeaMob vise quatre gros marchés : les hôtels et l’éco-tourisme, les particuliers qui possèdent une maison en bord de mer, les ONG et les gouvernements.
Depuis 2011, Mehdi Hadj-Abed travaille sur une seconde machine pour rendre potable l’eau insalubre. « L’EauMob permet de rendre potable l’eau du Gange ou du Nil. Cette machine fonctionne très bien, assure Hadj-Abed. Elle peut fournir 300 litres d’eau par heure. »
En tout cas, le potentiel semble prometteur. Reste à trouver environ 15 000 euros pour financer le brevet et protéger l’EauMob.