eSante-connecte

E-santé : mode d’emploi

SANTÉ/Monaco entame sa révolution numérique dans le domaine de la santé. Pour mieux comprendre ce qui va concrètement changer pour les patients dès 2019, l’Obs’ détaille les principales mesures.

Hasard du calendrier ou pas… Le 6 novembre, le gouvernement a dévoilé à la presse son plan sur 4 ans pour développer la santé numérique à Monaco. Le même jour, la France officialisait le lancement (mille fois annoncé et mille fois repoussé) du dossier médical partagé. Un carnet de santé numérique qui conserve et sécurise les informations de santé des patients (traitements, résultats d’examens, allergies etc)… Alors, où se positionne Monaco dans ce domaine ? Autant le dire, on ne part pas d’une page blanche, mais presque… En matière d’E-santé — de l’aveu même du gouvernement — la principauté est clairement à la traîne. « Nous sommes assez en retard. Des professionnels de santé à Monaco ont déjà développé des initiatives, mais isolément. Cela reste relativement disséminé et pas du tout coordonné. Jusqu’à présent, il y avait un grand absent : l’État, qui n’avait pas investi ce domaine de compétence. Les professionnels de santé sont donc en attente, car ils voient qu’autour de nous, ça bouge », a expliqué Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé.

« Big bang » numérique

Sous la houlette de Frédéric Genta — le “monsieur numérique de Monaco” nommé il y a huit mois par le gouvernement — l’exécutif a donc décidé de mettre un coup d’accélérateur et d’entamer son « big bang » numérique. « On veut aller très vite et très fort, car il y a beaucoup d’attente. Nous avons mis en place un plan d’action à court, moyen et long terme, de 2019 à 2022. Ce plan a été validé par le prince et le gouvernement », rajoute le conseiller-ministre. Selon ce membre du gouvernement, le retard pris par Monaco n’est pas forcément un handicap. « C’est même un atout, indique-t-il. Cela nous permet d’expertiser ce qui se fait ailleurs, et de s’inspirer de ce qui marche. » Ce gros retard permettrait aussi de ne pas « reproduire les erreurs et les tâtonnements des autres pays » qui se sont lancés dans la course bien avant Monaco. « Ce n’est pas un manque d’ambition. On va au contraire gagner du temps. De plus, nous sommes un petit territoire avec de vrais moyens humains et financiers. »

« L’administration n’agira pas seule »

Pour opérer cette révolution, « l’administration n’agira pas seule », assure Didier Gamerdinger. Toutes les secteurs en lien avec la santé seront associés. « On ne construit rien isolément dans notre coin. Médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, les établissements de soins publics et privés, mais aussi les caisses sociales ou encore les complémentaires d’assurance, seront intégrés dans notre réflexion. Rien ne se fera sans les professionnels de santé, et rien ne se fera contre eux. L’État leur proposera des outils mais ne leur imposera jamais rien. » Pour mettre en route cette santé connectée, le gouvernement souhaite que cette « réforme soit compréhensible de 7 à 77 ans ». Avec un écueil à éviter : ne pas déshumaniser la médecine de demain. « Il faut conserver une médecine humaine, sinon l’opération sera ratée… », confie Frédéric Genta.

_Sabrina Bonarrigo

 

EN 2019/

Un rendez-vous médical en quelques clics

La révolution numérique à Monaco commencera par cette première étape : en 2019, il sera possible pour les patients – affiliés, ou pas, aux caisses sociales monégasques — de prendre rendez-vous avec un médecin de Monaco sur internet, en seulement quelques clics. Aujourd’hui, plusieurs professionnels de santé proposent déjà ce type de services en ligne — via Doctolib notamment — mais l’Etat souhaiterait tout centraliser sur une même plateforme de prise de rendez-vous. Les patients pourront donc visualiser rapidement les créneaux disponibles de chaque médecin, et en choisir un qui leur convient. Inutile ainsi d’appeler 10 ou 15 généralistes différents pour obtenir un rendez-vous d’urgence. « Par ce biais, les patients pourront accéder rapidement à la médecine, souligne le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. Les médecins nous disent toutefois qu’ils ne veulent pas rompre le lien humain ave leur patientèle. Le contact avec le secrétariat sera donc toujours maintenu. Notamment pour répondre aux demandes des personnes âgées qui ne sont pas à l’aise avec ces outils technologiques. » Une fois le dispositif mis en place, un sms sera envoyé aux patients pour rappeler l’ heure et le jour de rendez-vous. Rendez-vous qu’ils pourront également annuler en ligne, en quelques clics. _ S.B.

En 2019/

Toutes les informations santé sur un même site

Pour que les résidents puissent avoir accès à un maximum d’informations médicales et sanitaires, un portail santé sera créé sur internet. Celui-ci informera la population sur les campagnes de vaccination, les alertes sanitaires, les campagnes de prévention ou encore les éventuelles épidémies. « Le département des affaires sociales a un contenu informatif, médical et sanitaire énorme. Ce portail sera un moyen de véhiculer ce contenu et d’y donner accès à la population », explique Didier Gamerdinger. _S.B.

 

 

En 2019-2020/

L’ordonnance papier, c’est fini ?

C’est une autre mise en pratique très concrète de la santé connectée : l’ordonnance papier délivrée par les médecins après une consultation, va être petit à petit numérisée… « L’objectif est que le médecin envoie l’ordonnance sur le smartphone du patient, et que ce dernier la remette ensuite électroniquement au pharmacien de son choix », explique Didier Gamerdinger. Si les caisses sociales de Monaco ont déjà mis en œuvre un bouquet de téléservices permettant aux professionnels de santé de transmettre par voie électronique les feuilles de soin, le droit monégasque impose encore aux caisses sociales de récupérer ces prescriptions médicales sur papier. Une paperasse forcément considérable… « Ainsi, plusieurs fois par semaine, un agent des caisses sociales fait le tour des pharmacies de la principauté pour aller récupérer ces ordonnances papiers. Il y a donc ici la juxtaposition d’éléments de modernité (la télétransmission), et des éléments du passé (l’obligation d’avoir encore des documents papiers). Mon souhait est d’aller vers une dématérialisation totale », explique Didier Gamerdinger. _S.B.

 

En 2021/

Télémédecine : une surveillance à distance

L’art de la médecine n’a pas échappé aux évolutions technologiques. Comme son voisin français, le gouvernement monégasque envisage de développer la télémédecine. Notamment le télémonitoring et le télésuivi. Ce procédé (très utile pour les patients vivant dans une zone isolée où il y a peu de professionnels de santé) permet de pratiquer la médecine à distance, au moyen des technologies de l’information et de la communication. A Monaco, la télémédecine pourrait être utile pour les personnes maintenues à domicile ayant du mal à se déplacer, ou pour le suivi post-opératoire. _S.B.

 

En 2022/

Intelligence artificielle : des algorithmes au service de la médecine

A plus long terme, le gouvernement mise aussi sur l’apport de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Très concrètement, des outils de recherche analyseront les données médicales numérisées de milliers de personnes. « Ces outils vont alors permettre de définir que sur tel nombre de patients, il y a telle pathologie ou telle autre pathologie associée. En fonction de ces données, il sera alors possible de mettre en place des systèmes de surveillance particuliers et des politiques de prévention auprès de la population », explique Didier Gamerdinger. Ces algorithmes qui permettent de recouper rapidement un très grand nombre de données, pourront aider à l’avenir à mieux identifier les facteurs de risques, personnaliser les traitements et en vérifier l’efficacité, prédire les épidémies ou encore améliorer la pharmacovigilance. _S.B.

 

En 2020-2021/

Vos données médicales dans un coffre-fort numérique

Après quatorze ans de doutes et deux ans de tests, le dossier médical partagé a été déployé dès le 6 novembre sur toute la France… Ce DMP est une sorte de carnet de santé numérique qui recense toutes les informations médicales d’un patient : pathologies et allergies éventuelles, résultats d’examens (radios, analyses biologiques), médicaments, comptes rendus d’hospitalisation etc. Accessible sur internet de façon sécurisée, ce dossier numérique, confidentiel et gratuit, permet de mettre à disposition vos données médicales aux professionnels de santé qui vous prennent en charge. Monaco va peu ou prou emprunter la même voie… Le gouvernement souhaite en effet créer un coffre-fort numérique. Le principe ? Dès qu’un patient effectue une radio, un acte d’imagerie, ou un examen de laboratoire, les éléments seraient numérisés et insérés dans ce coffre-fort. Seuls les médecins et les patients seront autorisés à y accéder via un login et un mot de passe très sécurisés (ou un QR Code). Quels seront les avantages pour les patients ? Ce dossier numérique permettra aux médecins d’avoir accès rapidement aux antécédents médicaux des patients et de mieux — et plus rapidement — les prendre en charge, notamment en cas d’urgence. Cela évitera aussi les examens ou prescriptions inutiles : devoir par exemple, refaire un même examen dans un court laps de temps. Autre avantage : si vous êtes amené à vous faire soigner dans un pays étranger, le médecin pourra (avec votre consentement) accéder à votre dossier médical sur internet. « La médecine d’aujourd’hui fonctionne en réseau. Il faut pouvoir échanger les données médicales. Avoir ces éléments d’information donne de la sécurité dans le diagnostic », estime Fréderic Genta. Comment le gouvernement va-t-il alors sécuriser toutes ces données médicales numérisées ? Pour protéger ces éléments, celui-ci va créer à horizon 2020 un « cloud souverain ». Les données de santé des patients y seront hébergées. « Nous pourrons proposer aux différents professionnels de santé à Monaco de ne plus stocker dans leurs ordinateurs ou leurs disques durs les données médicales de leurs patients. Nous leur proposerons d’héberger gratuitement ces données dans ce cloud. L’État gère ainsi la sécurisation et cela évite aux professionnels d’installer des éléments de sécurisation coûteux qu’il faut sans cesse actualiser », note Didier Gamerdinger. Pour sécuriser au mieux ces données, la sécurisation de ce cloud souverain sera également assurée par l’agence monégasque de sécurité numérique (AMSN) qui veillera à ce qu’il n’y ait pas d’intrusion malveillante dans le dispositif. Reste également à régler le problème de la confidentialité des données médicales : si vous ne souhaitez pas que votre cardiologue ait accès, par exemple, à vos examens gynécologiques, le gouvernement assure que le patient pourra décider d’interdire ou de masquer l’accès à ces éléments. Enfin, pour faciliter et uniformiser le dispositif, le gouvernement souhaite créer un identifiant unique par patient. « Cet identifiant serait le même pour les caisses sociales, les médecins de ville ou pour les structures publiques ou privées », explique Didier Gamerdinger.

_Sabrina Bonarrigo