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Didier Gamerdinger,
nouveau boss aux Affaires sociales

REMANIEMENT/Le 1er juin, Didier Gamerdinger a assisté à son premier conseil de gouvernement. Le nouveau conseiller-ministre pour les Affaires sociales et la Santé est réputé pour sa rigueur. Portrait.

Le bruit courait depuis quelques semaines. C’est finalement à la veille du Grand Prix qu’un communiqué lapidaire émanant du cabinet princier est tombé, presque en catimini. Se bornant à évoquer le départ de Stéphane Valeri, conseiller de gouvernement-ministre des Affaires sociales et de la Santé, le 31 mai et son remplacement par Didier Gamerdinger, le 1er juin. Une nomination finalement logique : au palais, où il a été nommé en novembre 2009, Didier Gamerdinger était conseiller du prince en charge du département de l’Intérieur et… des Affaires sociales. Le haut fonctionnaire revient donc au gouvernement pour chapeauter le deuxième département monégasque en termes d’effectifs et son bataillon de personnels de santé, après avoir été directeur général à l’Intérieur pendant près de 15 ans, de 1995 à 2009. « Il a fait toute sa carrière dans la fonction publique que ce soit en tant que chargé de mission, secrétaire général ou directeur général. C’est un véritable serviteur de l’Etat », commente une source proche du palais qui voit dans cet homme de 57 ans « un bosseur brillant et très rigoureux ».

Carrière administrative modèle

Greffier au palais de justice, ce docteur en droit international économique a gravi tous les échelons, depuis qu’il a intégré le département de l’Intérieur en 1989. Une carrière administrative exemplaire et météorite durant laquelle il a connu plusieurs conseillers pour l’Intérieur. Notamment Philippe Deslandes avec qui il a chapeauté en 2005 l’organisation des funérailles de Rainier III, l’avènement d’Albert II et son intronisation… « Ce n’était pas léger, comme calendrier », sourit une source proche du Ministère d’Etat. Toujours avec Deslandes, il a mené à bien la délicate réforme hospitalière en 2002. « C’était un dossier sensible. Cette réforme a contraint les médecins de l’hôpital à quitter leur cabinet en ville pour consulter au CHPG, tout en conservant bien évidemment une activité libérale. Il fallait savoir où mettre les pieds, notamment avec un Jean-Louis Campora, chef de service à l’hôpital à la fois président du conseil national et président du conseil de l’ordre… » A cette époque, le département de l’Intérieur avait la tutelle du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), avant que celui-ci ne tombe — logiquement — dans l’escarcelle des Affaires sociales et de la Santé. La preuve, s’il en fallait une, qu’il n’a pas été nommé à ses nouvelles fonctions par hasard, analyse une source proche du gouvernement. Tout en mesurant l’ampleur de la tâche : « Conseiller-ministre, c’est une fonction à la fois politique, technique et de représentation. C’est très lourd. Didier Gamerdinger passe de plus après un Stéphane Valeri, qui a été un très bon conseiller de gouvernement durant 7 ans, doté d’une grosse personnalité. Ce n’est pas facile ». Pour ce portefeuille, le haut fonctionnaire pourra en tout cas compter sur une équipe en place soudée et compétente, avec un DG qu’il connaît parfaitement, Virginie Cotta. « A Monaco, ce n’est pas comparable à ce qui se pratique ailleurs. Dans l’administration, il n’y a pas de couleur politique et de besoin de changer à chaque remaniement, comme dans un cabinet ministériel français. »

Rencontres avec les partenaires sociaux

« C’est un homme courtois, qui maîtrise parfaitement ses dossiers. Il a un profil dont le pays a besoin », observe quant à lui le conseiller national Jean-Louis Grinda. « Très discret, c’est un homme prudent sans être craintif. Il ne partira pas à l’aventure bille en tête. Par contre, c’est un excellent organisateur, très méthodique », ajoute un proche. Parmi ses faits d’armes, on trouve ainsi le départ du Tour de France à Monaco. Didier Gamerdinger avait piloté le comité d’organisation. Son challenge ? Gérer les 650 journalistes, les 4 500 suiveurs du Tour, ainsi que 20 équipes cyclistes… Des qualités qu’il mettra à profit pour gérer le dossier sensible de demain : le CHPG, qui doit à la fois assumer le chantier du nouvel hôpital et le passage à la tarification à l’activité (T2A).

Car dès aujourd’hui, le nouveau conseiller-ministre va devoir endosser ses nouveaux habits. Ce qui commencera par des rencontres protocolaires avec les partenaires sociaux. « Il compte les voir vite. C’est un homme de dialogue et de consensus. Il a envie de nouer des relations franches et directes, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il sera obligatoirement d’accord sur tout », avertit un proche.

L’Union des syndicats de Monaco devrait provoquer une rencontre rapide. Car le 8 juin, une délégation de l’USM a d’ores et déjà prévu de lui apporter les 10 000 signatures d’une pétition pour le maintien des salariés partant à la retraite dans le régime des caisses sociales monégasques (CCSS). Les syndicalistes comptent bien également relancer certains dossiers qui n’ont pas été réglés. « Stéphane Valeri s’était par exemple engagé à combattre l’absence de motivation pour les licenciements. Ça n’a pas été du tout le cas », juge le secrétaire général adjoint Olivier Cardot, qui compte bien convaincre Didier Gamerdinger d’amorcer la réforme du droit du travail monégasque. Côté patronat, l’accueil de cette nomination se veut cordial, avec un brin d’attentisme. « Nous espérons que le climat apaisé et constructif que nous avons connu avec Stéphane Valeri se poursuivra naturellement avec son successeur », se borne pour l’heure à dire Philippe Ortelli le patron de la Fédération des entreprises monégasques (Fedem).

Face à ces nouveaux défis, Didier Gamerdinger mettra à profit ses qualités de coureur de fond. Cet ancien participant aux JO de Séoul en 1988 en voile, qui a écumé les championnats de France et du monde, enchaîne les kilomètres. Marié à la directrice adjointe des Affaires culturelles Françoise Gamerdinger, ce père de deux enfants a en effet un côté touche à tout. « Il est extrêmement bricoleur. C’est une entreprise de travaux publics à lui tout seul, rigole un proche. Il est capable de faire une chape de béton aussi bien que de réparer une montre ancienne… » A ce poste, ce sera peut-être utile.

_Milena Radoman

écrit par Milena