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De la pétanque place du palais

SPORT / Les 5 et 6 septembre, rendez-vous sur la place du palais pour assister aux Masters de pétanque 2013, une compétition qui oppose les meilleures équipes au monde. Du jamais vu à Monaco qui compte bien profiter de cet événement pour changer son image.

Cela fait 18 mois, le Club bouliste monégasque (CBM), présidé depuis 2007 par Marc Costa, est en effervescence. Depuis que le CMB a le feu vert pour organiser la finale des Masters de pétanque, la vie de ce chef d’entreprise, patron des boulangeries Costa, a radicalement changé.

Palais
Moins de sommeil et plus de stress. Et pas de vacances cet été pour Marc Costa qui se démène pour que tout soit parfait les 5 et 6 septembre sur la place du palais. « J’avais pour projet d’organiser un jour une étape des Masters. Après une discussion avec le prince Albert, on a décidé d’organiser ça sur la place du palais. C’était un projet un peu fou. Il a accepté, à condition que ce soit la phase finale qui soit organisée sur la place du palais. Fin 2011, j’ai pu annoncer que la finale des Masters 2013 se déroulerait à Monaco », raconte Costa.
Avec presque 900 membres, le CBM sait organiser des compétitions de pétanque. Chaque année, Marc Costa et ses bénévoles organisent le Challenge international Antoine Costa, un grand tournoi hommage au père de Marc Costa décédé en 1997, qui réunit plus de 200 triplettes sur 3 jours en octobre (du 18 au 20 octobre cette année).

« Festif »
Mais organiser la finale des Masters, c’est autre chose. Entre 4 000 et 6 000 spectateurs sont attendus. Il faut dire que tout est gratuit. L’accès aux 900 places en tribune également. « Faire plus, ça n’était hélas pas possible », souffle Costa en mettant en avant les 80 bénévoles, les sponsors et les partenaires qui le soutiennent. Les autres spectateurs pourront voir les phases finales sur un écran géant installé pour l’occasion. « Je veux faire de Monaco-Ville un grand village festif. Après, c’est vrai que je m’emballe très vite. Je n’ai peur de rien. Je ne suis pas un spécialiste de l’événementiel. Je suis juste un passionné », avoue Marc Costa qui doit aussi continuer à gérer son entreprise qui emploie une soixantaine de salariés.

« Energie »
Mais pas question de voir chaque année la finale des Masters sur la place du palais. Cette expérience devrait donc rester unique dans l’histoire de Monaco. « C’est un déploiement de force colossal et une dépense d’énergie incroyable. Je ne suis pas une boite d’événementiel. J’ai une entreprise à gérer. J’ai 59 ans. Il faut savoir raison garder et faire preuve de modestie. » Une modestie qui n’empêche pas d’être ambitieux. Pour cette grande finale, la place du palais est divisée en 7 zones pendant 2 jours. Sur ces 7 zones se succèderont des animations tous les quart d’heures : jongleurs, cracheurs de feu, prestidigitateurs… Aucun temps mort, « ça bougera tout le temps », promet Marc Costa.

Jeudi
Jeudi 5 septembre, les 16 champions qualifiés pour la finale de ces Masters et 32 personnalités joueront en triplette. L’occasion de faire la fête en associant des personnalités et des Monégasques ou résidents avec ces champions. Le prince et la princesse participeront. Mais aussi Adriana Karembeu, l’apnéiste Pierre Frolla, Daniel Elena, Patrice Drevet, l’ancien athlète Stéphane Diagana, miss Prestige 2013 Auline Grac… Début des parties à 11 heures. Chaque partie dure 45 minutes. Après un break vers 13 heures, reprise autour de 14 heures, avec la finale programmée à 15 heures.

Vendredi
Le lendemain, il faudra arriver tôt pour avoir une chance de pouvoir s’installer dans l’une des 900 places situées dans la tribune. Les quatre équipes qualifiées après une série de cinq étapes au cours de laquelle les meilleurs joueurs se sont rencontrés seront là. Dès 14 heures, le coup d’envoi de la première demi finale sera donné. Puis à 17 heures, deuxième demi finale. Et finale à 21 heures. Le tout sera diffusé pour la première fois en intégralité et en direct sur Sport+. Sachant que l’an dernier, France 3 a dépassé le million de téléspectateurs en proposant une rediffusion de la finale des Masters, les audiences promettent d’être intéressantes pour Monaco qui cherche à valoriser son image à l’étranger à travers cet événement. Des télés étrangères seront là : Italie, Asie, Etats-Unis… « On cherche à donner une image de Monaco un peu différente. Une image un peu plus terre à terre et populaire de la principauté. Voilà pourquoi les deux jours de manifestation seront entièrement gratuits », explique le président du CBM. Avant d’ajouter : « Sport+ propose une réalisation très professionnelle. Ils donnent une image nouvelle de la pétanque. Les sensations, le ressenti des joueurs, tout y est… Ce n’est plus l’image pagnolesque, avec les casquettes et les cigales. »

Image
Si en France, la pétanque est reconnue sport de haut niveau par le Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, il reste encore un gros travail d’image à mener. « C’est pour ça que je n’aurais pas voulu de Ricard comme sponsor ! », lance Costa. Interrogé par L’Equipe Mag’ en octobre 2012, le prodige Dylan Rocher (voir encadré), expliquait ceci : « Je suis un jeune dans un sport de vieux. Quand je jouais aux boules plutôt qu’au foot au collège, les copains se foutaient un peu de ma gueule, sans que ce soit méchant. Me voir à la télé depuis quelques années les a un peu calmés. On fait du sport de haut niveau. L’alcool, ça a pu exister, mais plus maintenant. Physiquement, je fais attention, je cours deux ou trois fois par semaine, je m’entretiens en jouant au badminton, au foot et j’essaie de bien présenter. Je me coiffe, je me rase, je ne veux pas avoir de bide. »
Si la famille Rocher a lancé une ligne de vêtements, peu de joueurs vivent de la pétanque. Une exception : Marco Foyot, 12 fois champions du monde, qui a créé son entreprise de prêt-à-porter et de matériel et qui propose aussi des stages pour les particuliers et les entreprises. Mais dans une écrasante majorité de cas, il faut donc travailler et prévoir l’avenir. Les prix et les sponsors ne sont même pas suffisants pour éponger les frais de déplacement. Il faut dire que malgré ses 21 ans, grâce à la pétanque Dylan Rocher est déjà allé au Japon, au Canada, en Thaïlande ou à New York.

« Balbutiements »
« La pétanque est aux balbutiements du professionnalisme. Des mecs comme Quintais, Suchaud ou Rocher ont une vie d’ascète, insiste Marc Costa. Quand on fait des compétitions qui durent deux ou trois jours, qui commencent à 8 heures le matin pour se finir à 2 ou 3 heures du matin pour reprendre le lendemain à 8 heures, il faut être en super forme physique. Contrairement aux idées reçues, pas question de boire de l’alcool ou d’aller faire le con en boite de nuit. »

autochtones/3 des 4 membres de l’équipe monégasque sur la première étape des Masters de Pétanque. (Rémy Galleau, Franck Millo, Eric Motté et Fernand Rivière). © Photo Quaterback

Favoris
Qui seront les 4 équipes qualifiées pour cette grande finale ? Alors que L’Obs’ était en bouclage le 11 juillet, après 2 étapes sur 5, le suspens restait entier. L’équipe de Philippe Suchaud était première avec 17 points, suivie par Madagascar (13 points) et Monaco (10 points). Avec Rémy Galleau, Franck Millo, Eric Motte et Fernand Rivière, Monaco a réussi à battre les expérimentés malgaches, Anthony Ramamonjisoa, Christian Andrianiaina, Heritiana Ralison et le revenant Jean-Jacky Randrianandrasana. « On a été exceptionnels. La particularité de la pétanque c’est que tout joueur peut battre un grand champion un jour. Mais objectivement, une équipe me semble au dessus : celle de Philippe Suchaud, avec Philippe Quintais, Christian Fazzino et Damien Hureau. » Tous champions du monde, tous vainqueurs des Masters de pétanque, ils seront en effet difficiles à battre.

« Candidat »
« En ajoutant tous les intervenants, le budget d’organisation de ces Masters doit dépasser les 400 000 euros. » Alors pour boucler ce budget pas question de partir dans l’inconnu. « Même si j’organise ces Masters au nom du club, j’en suis le garant économique. Voilà pourquoi j’ai créé une entité économique pour ne pas faire prendre de risques au club. Si on est déficitaire, j’assumerai. Si on fait un bénéfice, il sera intégralement reversé au club. Les choses sont claires », lance le président du CBM. Quant aux parkings, ils coûteront 5 euros la journée. « Pour faire tourner le commerce de la principauté le week-end pourquoi ne pas rendre les parkings gratuits ? De toute façon ils sont vides ! En ajoutant les bus gratuits, ça rendrait Monaco attractif », avance Costa qui pense déjà à l’avenir. S’il n’est pas question d’organiser à nouveau une finale des Masters, d’autres projets sont dans les cartons.
« On sera peut être candidat pour autre chose. Peut-être que Monaco organisera un championnat du monde. En attendant, j’espère beaucoup de nos nouvelles installations sur la ZAC Saint Antoine. »_Raphaël Brun

Palmarès/

Masters : les champions depuis 1999

1999 : titre non attribué
2000 : D. Choupay, M. Loy, E. Sirot
2001 : C. Hureau, D. Hureau, J. Lamour, P. Vilfroy
2002 : C. Fazzino, D. Voisin, P. Suchaud, F. Perrin
2003 : P. Quintais, P. Suchaud, H. Lacroix, J.-P. Albentosa
2004 : B. Rocher, D. Hureau, J. Lamour, B. Leboursicaud
2005 : C. Fazzino, J.-M. Foyot, P. Milei, Z. Radnic
2006 : K. Malbec, M. Loy, E. Sirot, C. Weibel
2007 : H. Lacroix, F. Perrin, P. Quintais, P. Suchaud
2008 : J.-M. Foyot, E. Bartoli, M. Schatz, R. Bettoni
2009 : Z. Radnic, M. Durk, B. Le Boursicaud, J.-M. Puccinelli
2010 : P. Quintais, H. Lacroix, P. Suchaud, S. Cortes
2011 : M. Loy, K. Malbec, J.-M. Puccinelli, D. Rocher
2012 : H. Lacroix, B. Le Boursicaud, D. Rocher, P. Suchaud

A suivre/

Dylan Rocher, le phénomène

Né le 17 décembre 1991 au Mans (Sarthe), Dylan Rocher est un véritable phénomène. Ce jeune joueur empile les titres : champion de France et du monde juniors en 2005, champion d’Europe de tir de précision en 2006, champion du monde juniors en 2007, champion d’Europe espoirs en 2009, vainqueur du Mondial La Marseillaise en 2010, champion de France en doublette et champion d’Europe de tir de précision en 2011, vainqueur du Mondial de Millau en doublette et champion du monde en 2012… Du jamais vu à cet âge. Une précocité étonnante qui s’explique par son excellente éducation et par ses origines : une véritable famille de pétanqueurs. Son père, Bruno, a d’ailleurs été champion du monde en 2004 en triplette. Son grand-père jouait, sa mère et ses deux frères cadets, Gueven et Mendy jouent aussi. Après avoir débuté à 3 ans, Dylan Rocher est inscrit en club à 5 ans. Régulièrement surclassé car très doué, il a tout de même passé un CAP de vente et vise un diplôme d’éducateur pétanque. Son objectif : un poste dans la fonction publique, comme ses parents, salariés à la mairie du Mans. Et peut-être un nouveau titre, en remportant la finale des Masters à Monaco. _R.B.