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Cultures multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

jaquette du film

Lovely Molly (The Possession)

d’Eduardo Sanchez

Souvenirs. Lorsque Molly Reynolds emménage après son mariage dans la maison de ses parents décédés, elle ne sait pas qu’elle va devoir affronter les souvenirs de son enfance. Et tous ne sont pas très bons… Le réalisateur de l’effrayant Projet Blair Witch (1999), Eduardo Sanchez, est de retour. Le « found footage », c’est-à-dire des extraits vidéo tournés au camescope servent de fil rouge, mais l’essentiel de Lovely Molly se déroule en dehors de ces moments. Moins fort que le Projet Blair Witch, ce film directement sorti en blu-ray en France et à Monaco mérite pourtant le détour. Notamment pour la performance d’Alexandra Holden.
Lovely Molly d’Eduardo Sanchez, avec Johnny Lewis, Alexandra Holden, Gretchen Lodge (USA, 2012, 1h40), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

jaquette du film

Les amants passagers

de Pedro Almodovar
Tolède. Si Les amants passagers n’est pas le meilleur film de Pedro Almodovar, il se révèle être une comédie assez folle pour séduire. C’est un huis-clos que propose cette fois le réalisateur espagnol. Dans un avion à destination du Mexique, des passagers tous plus dingues les uns que les autres, se confient pendant que leur vol, victime d’une panne, tourne au dessus de Tolède pour se poser en urgence. Métaphore d’une société espagnole qui va mal et qui tourne en rond, Les amants passagers est un film délirant, avec des dialogues affutés. Bref, à ne pas rater.
Les amants passagers de Pedro Almodovar, avec Javier Camaras, Carlos Areces, Raul Arevalo (ESP, 2013, 1h31), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray).

jaquette du film

Mama

de Andres Muschietti
Mystère. Après avoir disparu le jour où leurs parents sont assassinés, deux sœurs, Lily et Victoria, sont finalement retrouvées. Il leur faut réapprendre à vivre avec leur oncle et sa compagne musicienne. Primé au festival de Gérardmer, Mama a été produit par Guillermo Del Toro, expert en cinéma fantastique et d’horreur. Andres Muschietti a réalisé en 2008 un court métrage à partir de cette même histoire. L’atmosphère gothique prend le dessus sur le gore et le suspens est garanti dans cette production soignée qui révèle une fin étonnante.
Mama de Andres Muschietti, avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier (ESP/CAN, 2013, 1h40), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 1er octobre.

jaquette du film

Only God Forgives

de Nicolas Winding Refn
Noir. Après la parfaite trilogie Pusher (1996-2005) et le superbe Drive (2011), tout le monde attendait le retour du talentueux réalisateur danois, Nicolas Winding Refn. Avec Only God Forgives, Refn confirme qu’il est l’un des réalisateurs les plus excitants de ces 15 dernières années. L’épatante mise en scène, la musique, le style et la noirceur des ruelles de Bangkok font le reste. Film œdipien, film noir, dimension biblique, Only God Forgives est tout ça à la fois. C’est aussi une histoire de vengeance. Mais pas que. Indispensable.
Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Yayaying Rhata Phongam (USA, 2013, 1h30), 24,99 euros (combo blu-ray + DVD). Sortie le 2 octobre.

couverture du livre

Jacques Brel, rêver un impossible rêve

d’Alain Wodrascka
Mathilde. Disparu il y a 35 ans, l’héritage laissé par Jacques Brel (1929-1978) est immense. Son parcours est retracé par le biographe Alain Wodrascka, avec des illustrations signées Jean-Pierre Leloir, dans un livre intitulé Jacques Brel, rêver un impossible rêve. De celui qui attend Madeleine au type qui voit revenir Mathilde, Brel a créé de multiples personnages à travers lesquels il se moque aussi un peu de lui même. En 13 albums, sortis entre 1955 et 1977, cet artiste belge a indiscutablement marqué l’histoire de la musique francophone. Il suffit de réécouter Ne me quitte pas, Ces gens-là, Amsterdam, ou encore Les Vieux pour s’en convaincre.
Jacques Brel, rêver un impossible rêve d’Alain Wodrascka (Hugo Image), 144 pages, 19,95 euros. Sortie le 26 septembre.

couverture du livre

Robert Mitchum ne revient pas

de Jean Hatzfeld
Guerre. Si Jean Hatzfeld est écrivain, il a aussi été grand reporter de guerre en Yougoslavie, notamment pour Libération. C’est justement ce thème qu’il traite dans son dernier roman, Robert Mitchum ne revient pas. Un thème qu’il a d’ailleurs déjà parcouru avec L’Air de la guerre (1994). Cette fois, Hatzfeld traite son sujet à travers un couple, Vahidin, musulman, et Marija, serbe, tous deux champions de tir de l’équipe yougoslave. Lors du siège de Sarajevo, ils sont séparés et deviennent des tireurs d’élite, chacun pour leur camp. Le réalisme est total. La guerre dans toute sa cruauté est vue sans complaisance. Un roman que l’on n’oublie pas.
Robert Mitchum ne revient pas de Jean Hatzfeld (Gallimard), 240 pages, 17,90 euros.

couverture du livre

Esprit d’hiver

de Laura Kasischke
Enfermement. L’écrivaine et poétesse américaine Laura Kasischke, 52 ans, aime les ambiances et les atmosphères. C’est exactement dans cette logique qu’elle a écrit Esprit d’hiver. Le jour de Noël, une mère et sa fille, une ado, sont bloquées chez elles. Peur, enfermement, terreur, malaise, déviance… Tout y passe. Si la chronologie de ce roman est basée sur une seule journée, le rythme est celui d’un thriller très psychologique. Après avoir débuté par la poésie avec Wild Bridges (1991), Laura Kasischke a publié son premier roman Suspicious River en 1996. Avec Les Revenants (2011) et ses fantômes, cet auteur originaire du Michigan tenait son grand succès. Avec Esprit d’hiver, elle confirme.
Esprit d’hiver de Laura Kasischke, traduit par Aurélie Tronchet, (Bourgois), 294 pages, 20 euros.

couverture de la BD

Fenêtre sur rue

de Pascal Rabaté
Voyeur. Depuis qu’il s’est lancé dans la BD en 1989, Pascal Rabaté a connu le succès avec l’adaptation du roman Ibicus d’Alexis Tolstoï publiée de 1998 à 2001. Ce qui lui permet de se lancer dans le cinéma en 2010 avec Les Petits Ruisseaux, qui à l’origine est une BD. Du coup, avec la sortie de Fenêtre sur rue, on pense forcément à Alfred Hitchcock et à son film Fenêtre sur cour (1954). D’ailleurs le réalisateur américain apparait dans cette BD, tout comme Jacques Tati d’ailleurs. L’idée, se demander ce qu’il se passe de l’autre côté de la rue, est simple mais riche. En transformant le lecteur en voyeur, Rabaté évoque l’amour, la violence, l’adultère et même le meurtre. Malin.
Fenêtre sur rue de Pascal Rabaté (Soleil-Noctambule), 56 pages, 18,95 euros.

couverture de la BD

L’amour infini que j’ai pour toi

de Paulo Monteiro
10. En 10 histoires courtes, l’auteur portugais Paulo Monteiro a conquis ses lecteurs. Quelque part entre le fantastique et l’autobiographie, Monteiro fait preuve d’une véritable vision poétique pour aborder des thèmes variés, notamment l’enfance et la construction de soi. De plus, pour chaque histoire, assez courte d’ailleurs, il utilise une technique différente. Pour son premier album, Paulo Monteiro parle d’amour mais sans aucune mièvrerie. L’amour que l’on a pour son amant ou celui que l’on ressent pour ses parents. Avec pour support une superbe utilisation du noir et blanc.
L’amour infini que j’ai pour toi de Paulo Monteiro (Editions 6 Pieds sous terre/Collection Plantigrade), 64 pages, 12 euros.

Pochette de l'album

Aventine

Agnes Obel
Raffinée. La bonne nouvelle de la rentrée, c’est le retour d’Agnes Obel. L’Obs’ avait adoré Philharmonics, son premier album sorti en 2010. Trois ans plus tard, voici Aventine, précédé par le joli single The Curse. Agnes Obel travaille sur les 12 morceaux de ce nouveau disque depuis 2011. Et ça valait la peine d’attendre. On retrouve la même atmosphère élégante et raffinée du premier album. Débutée seulement en 2009, la carrière solo de la Danoise Agnes Caroline Thaarup Obel a connu un sérieux coup d’accélérateur. Aventine confirme tout le bien que l’on pensait d’elle. Fuel to Fire ou Words are Dead, déjà joués sur scène dans le cadre de l’Aventine Tour sont superbes. Rendez-vous le 24 novembre à Lyon.
Aventine, Agnes Obel (Pias), 25,99 euros (Ed. spéciale Fnac). Sortie le 30 septembre.

Pochette de l'album

If You Wait

London Grammar
Premier. La découverte du mois vient d’Angleterre avec le premier album du trio London Grammar. Originaire de Nottingham, la très jolie Hannah Reid, accompagnée de Dot Major et de Dan Rothman, enchaine, après la sortie du premier EP Metal & Dust Recordings, avec le magnifique single Strong. C’est bien sûr la voix envoûtante d’Hannah Reid qui marque dès la première écoute. Très dépouillés, les 17 morceaux très pop de If You Wait laissent la place nécessaire au chant. Dès l’ouverture, avec Hey Now puis Stay Awake, l’album décolle. On est scotché. Help Me Lose My Mind, présent sur l’album de Disclosure, a fait décoller London Grammar cet été. If You Wait assure la mise en orbite.
If you wait, London Grammar (M&D/Because), 13,99 euros.

Pochette de l'album

Factory Floor

Factory Floor
Dépouillée. Depuis leur formation en 2005 à Londres, Factory Floor a fait du chemin. Gabriel Gurnsey, Dominic Butler et Nik Colk sortent deux singles en 2008, puis un mini-album, Talking On Cliffs l’année suivante. En janvier dernier, on a découvert Fall Back, un single issu de leur premier album qui porte leur nom. 8’32 d’électro dépouillée, martiale, sombre et froide mais d’une redoutable efficacité. Chez Factory Floor, les machines ont pris le pouvoir. Two Different Ways et Turn It Up enfoncent le clou. En 10 titres, Factory Floor s’impose comme l’une des révélations électro du moment. Stephen Morris, batteur de Joy Division puis de New Order, a produit et remixé Factory Floor. Tout sauf un hasard.
Factory Floor, Factory Floor (DFA Records/Rough Trade), 13,99 euros.