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Cultures multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

40 ans : mode d’emploi

de Judd Apatow
Bilan. Marié, deux enfants, Pete est à l’heure du bilan. Son entreprise va mal, son père qui vient d’avoir trois enfants compte sur lui pour financer sa nouvelle vie, et avec ses deux filles, c’est tendu. Pire, son épouse est désormais plus une mère que la femme sexy qu’il a aimé. Obsédé par la quarantaine Judd Apatow ? Steve Carrel (40 ans, toujours puceau, 2005), Adam Sandler (Funny People, 2009) et maintenant Paul Rudd (40 ans, mode d’emploi, 2013) semblent le démontrer. Le talent d’Apatow lui permet de réaliser une comédie hilarante en décrivant la vie ultra banale d’un quadra.
40 ans : mode d’emploi de Judd Apatow, avec Paul Rudd, Leslie Mann, John Lithgow (USA, 2013, 2h14), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray. Sortie le 30 juillet.

La cité de la violence (Ill Manors)

de Ben Drew
Rap. Ben Drew, est connu dans le milieu du rap anglais sous le non de Plan B. Son premier film est une véritable plongée dans le quartier sensible de Forest Gate à l’est de Londres. Film social, film policier, thriller… Difficile de coller une étiquette à ce long métrage où chaque chapitre s’ouvre avec un titre inédit de Plan B. Sombre, violent, désespéré, Ill Manors s’appuie sur des acteurs énergiques et convaincants. A seulement 29 ans, Benjamin Paul Ballance Drew a sorti son premier album Who Needs Actions When You Got Words en 2006. Si Ill Manors n’est pas parfait, c’est prometteur. C’est déjà ça.
La Cité de la Violence (Ill Manors) de Ben Drew, avec Riz Ahmedn Ed Skrein, Natalie Press (GB, 2013, 2h), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 12 août.

The Place Beyond the Pines

de Derek Cianfrance
Cascadeur. On se souvient de Derek Cianfrance pour Blue Valentine (2010), un film indépendant avec Ryan Gosling présenté à Cannes en 2010 dans la catégorie « Un certain regard. » Trois ans plus tard, Cianfrance et Gosling remettent ça. Quelque part entre le mélo et la tragédie, ce film multiplie les points de vue : celui de Ryan Gosling, puis de Bradley Cooper, le flic qui le poursuit, et enfin de leurs enfants, 15 ans plus tard. Ce portrait d’une Amérique pauvre, violente qui se débat pour ne pas sombrer est traité sous la forme d’une saga reliée d’une époque à l’autre par les liens de la famille.
The Place Beyond the Pines de Derek Cianfrance, avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes (USA, 2013, 2h20), 19,99 euros (DVD), 24,98 euros (blu-ray). Sortie le 20 août.

Le passé

d’Asghar Farhadi
Vérité. Trois ans après le remarquable Une Séparation (2010), le réalisateur iranien Asghar Farhadi est de retour avec Le Passé, un film dramatique assez proche de La Fête du Feu (2006) et d’A propos d’Elly (2009). Porté par des acteurs tous excellents (Bérénice Bejo a obtenu le prix d’interprétation féminine à Cannes cette année), Le Passé raconte l’histoire d’Ahmad venu de Téhéran à Paris pour boucler son divorce avec Marie. L’occasion de découvrir les tensions entre Marie, sa fille aînée et le fils de son nouveau compagnon. Magistral, Farhadi explique pourquoi il ne faut pas juger trop vite, pourquoi la vérité n’est pas toujours ce que l’on croit.
Le Passé d’Asghar Farhadi, avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa (FRA, 2013, 2h10), 19,99 euros (DVD), 24,98 euros (blu-ray). Sortie le 18 septembre.

Polarama

de David Gordon
Lapin. David Gordon signe son premier roman avec Polarama qui vient d’être adapté au cinéma au Japon. Comme son personnage principal Harry Bloch, David Gordon a travaillé pour un magazine porno. Depuis la disparition de Chaud Lapin, Bloch a du mal à boucler les fins de mois. Du coup, lorsque que Darian Clay, un serial killer enfermé à la prison de Sing Sing, fait appel à lui pour rédiger ses mémoires, Harry Bloch flaire le bon coup. Sauf que les filles avec qui Clay entretient une relation épistolaire sont assassinées les unes après les autres. Suspecté, Bloch doit mener l’enquête. Doublé d’une réflexion sur la littérature aux Etats-Unis, Polarama s’impose comme indispensable cet été.
Polarama de David Gordon (Actes Sud), traduit de l’anglais par Laure Manceau, 416 pages, 22,80 euros.

La dépensée

de Gisèle Berkman
Lumières. Pense-t-on moins qu’avant ? A cette question, la philosophe Gisèle Berkman répond oui. On penserait donc moins et ce recul porte un nom pour elle : la « dépensée. » Penser serait devenu une activité « désinvestie, réduite qu’elle est à un reste, un rebut, un inutile supplément d’âme. » Tout en militant pour une relance de la pensée critique, Gisèle Berkman s’interroge sur ce nouveau monde qui « dispose des cerveaux et prétend les modeler conformément aux réquisits du marché. » Après avoir signé une série d’articles sur la pensée des Lumières, Gisèle Berkman évoque l’espoir d’une relance de ce courant, remis au goût du jour.
La Dépensée de Gisèle Berkman (Fayard), 260 pages, 19 euros.

Inspecteur Van Der Valk

de Nicolas Freeling
UK. Pour cet été, Omnibus propose de redécouvrir cinq aventures de l’inspecteur Van der Valk, un personnage créé par l’écrivain anglais Nicolas Freeling (1927-2003). Les fans d’humour « made in UK » vont être ravi : l’ironie, la dérision et les réflexions de cet inspecteur du service des recherches criminelles de la police d’Amsterdam sont toujours aussi efficaces. Et ce, même si ses débuts remontent à 1962, avec L’Amour à Amsterdam. Une série télé britannique de 25 épisodes de 60 minutes a même été adaptée et diffusée à partir de 1972. Cuisinier reconverti en écrivain suite à un séjour en prison, Nicolas Freeling a publié le dernier volet de la série Van der Valk en 1989 avec Sand Castles.
Inspecteur Van Der Valk de Nicolas Freeling (Omnibus), 890 pages, 28 euros.

Opus volume I

de Satoshi Kon
19. Le réalisateur et mangaka Satoshi Kon (1963-2010) est surtout connu pour avoir signé Paprika (2006), un film d’animation qui raconte comment des machines parviennent à entrer dans les rêves des gens. Les éditions IMHO sortent Opus, la dernière des cinq BD imaginée par Satoshi Kon. Hélas inachevée, elle ne compte que 19 chapitres. Mais ce document permet de plonger dans une réflexion sur différents niveaux de réalité. En effet, Opus décrit le parcours d’un dessinateur de BD avalé dans le monde qu’il crée. Une mise en abyme qui permet au réalisateur de Paranoïa Agent (2004) et Tokyo Godfathers (2003) de faire perdre au lecteur ses repères.
Opus volume I de Satoshi Kon, (Editions IMHO), traduit du japonais par Aurélien Estager, 196 pages, 14 euros.

Sois sage maintenant

d’Anna Sailamaa
Finnois. Cet été, L’Obs’ vous conseille de ne pas partir à la plage sans la dernière BD de la Finlandaise Anna Sailamaa. Née à Tornio en 1979, elle travaille désormais à Helsinki et deux de ses BD viennent d’être traduites en français. Sa toute première œuvre, Ollaan Nätisti devient chez nous Sois sage maintenant et s’intéresse aux liens qui unissent une famille. Notamment la narratrice, sa sœur et son frère à différents moments de leur vie. De l’enfance à l’adolescence, à l’âge adulte Anna Sailamaa pose un regard juste et suffisamment documenté pour que l’autobiographie ne soit pas loin.
Sois sage maintenant d’Anna Sailamaa (La Cinquième Couche), traduit du finnois par Jo Rdx et Kirsi Kinnunen, 40 pages, 8 euros.

Le Berger (L’Association), traduit du finnois par Kirsi Kinnunen, 80 pages, 16 euros.

Electric

Pet Shop Boys
Clubs. Neil Tennant et Chris Lowe sont de retour. Formé en 1981, les Pet Shop Boys connaissent le succès avec Please (1986) et le hit West End Girls. Leur pop synthétique est alors teintée de new wave. Toujours aussi synthétique, Electric, leur 12ème album studio, est aussi le premier disque sorti sur leur propre label x2, après plus de 20 ans chez Parlophone. Véritable hommage à la culture des clubs, les 9 titres d’Electric produits par Stuart Price sont énergiques et rythmés. Des titres comme Vocal ou Bolshy devraient agiter les dance floors tout l’été. Un simple échauffement avant de courir pour ne pas rater l’Electric Tour. Les dates sont à découvrir sur http://petshopboys.co.uk/tour.
Electric, Pet Shop Boys (label x2/Pias), 14,99 euros.

Vicissitude

Maps
Sombre. Depuis We Can Create (2007) et Turning the Mind (2009), on attendait des nouvelles de James Chapman. Originaire de Northampton (Angleterre) et plus connu sous le nom de Maps, Chapman sort mi-juillet Vicissitude. Un album plus sombre que Turning the Mind, travaillé avec le producteur et ingénieur du son Ken Thomas, un habitué des collaborations avec M83, les Sugarcubes ou Sigur Ros. Les 10 titres de Vicissitude sonnent très électro et L’Obs’ a particulièrement aimé I Heard Them Say. Sombre mais pas dépressif, ce disque s’affirme comme une jolie réussite de l’année 2013. Très recommandable.
Vicissitude, Maps (Mute Records), 10 euros.

Olympia

Austra
Lumineux. Très marqués électro dark, les Canadiens Katie Stelmanis, Dorian Wolf et Maya Postepski offrent enfin un successeur à l’excellent Feel It Break (2011). Ce successeur s’appelle Olympia et autant le dire tout de suite, il est tout aussi bon. Si les sonorités électro goth ne sont jamais loin, Olympia est un disque plus chaud, plus lumineux, avec quelques influences techno-house qui pousse inexorablement vers le dance-floor le plus proche. Le sens rythmique de Postepski se fait agréablement sentir sur Annie et Reconcile atteint des sommets. Incontestablement un disque électronique très abouti, en attendant de voir Austra sur scène le 30 juillet à Milan, le 31 juillet au Radar Festival de Padoue ou le 8 novembre à Lyon.
Olympia, Austra (Domino/Sony), 15 euros.