KRAZYKAT

Cultures Multiples

CULTURE /

Par Raphaël Brun

Les révoltés de l’île du diable

de Marius Holst
Révolte. A Bastoy (Norvège), un nouveau détenu d’une maison de redressement pousse les autres à se révolter. Pas de grosse surprise dans le scénario de ce film signé Marius Holst. Mais la qualité du jeu des acteurs, notamment le jeune Benjamin Helstad, est remarquable. Une mise en scène irréprochable permet à ce film dur et glacial de nous embarquer dans ce récit basé sur une histoire vraie. Privilégier la version blu-ray qui propose une superbe image HD qui permet de profiter de l’opposition entre la grisaille des bâtiments et la blancheur des paysages.
Les Révoltés de l’île du Diable de Marius Holst, avec Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Benjamin Helstad (POL-SUE-FRA-NOR, 2011, 1h55), 14,99 euros (DVD), 24,90 euros (blu-ray).

Kill List

de Ben Wheatley
Parano ? Lorsqu’un ancien soldat traumatisé devenu tueur à gage doit reprendre du service contraint et forcé par son coéquipier et sa femme, ça fait mal. Ben Wheatley est britannique et la première partie de son film lorgne du côté du cinéma social de Ken Loach. Avant que la suite ne verse dans le fantastique. Wheatley s’amuse alors à brouiller les pistes. Difficile de savoir ce qui relève du vrai, du faux, de la paranoïa, de l’invention ou de l’allégorie. On pense alors à Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski et à The Wicker Man (1973) du très britannique Robin Hardy.
Kill List de Ben Wheatley, avec Neil Maskell, Myanna Buring, Harry Simpson (GB, 2012, 1h35), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 5 décembre.

The King of New York

d’Abel Ferrara
Réédition. La réédition blu-ray du mois est signée Carlotta avec une version restaurée en HD de l’excellent King Of New York d’Abel Ferrara. Sorti en 1990, ce film raconte l’histoire d’un caïd new-yorkais (Christopher Walken, magnifique) qui sort de prison avec pour objectif la reconstruction d’un hôpital dans un quartier défavorisé. Violence, noirceur, sexe, décadence, pouvoir, mort, pulsions… Ferrara transforme Walken en une apparition vampirique, un spectre en quête de rédemption. Les fans choisiront la version blu-ray collector en boitier métal en édition limitée à 3 000 exemplaires.
The King of New York d’Abel Ferrara, avec Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne (USA-GB-ITA), 16,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray).

Twixt

de Francis Ford Coppola
B. Un écrivain sur le déclin venu faire la promo de son livre dans une petite ville des Etats-Unis est confronté au meurtre d’une jeune fille. Véritable retour aux sources, cette série B assumée par Coppola est un conte horrifique malin où l’on croise Edgar Allan Poe (Ben Chaplin), des vampires, des prêtres… Twixt s’inscrit dans la lignée assez étrange de L’homme sans âge (2007) et de Tetro (2009). On pense aussi au réalisateur et producteur Roger Corman qui a cru en Coppola dans les années 1960, en produisant Dementia 13 (1963). Et on constate que le polar gothique ne date pas d’aujourd’hui.
Twixt de Francis Ford Coppola, avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning (USA, 2012, 1h29), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 12 décembre.

Journal 1952-1962

Allen Ginsberg
Beat. L’éditeur Christian Bourgois propose ce mois-ci de se replonger dans l’œuvre du poète américain Allen Ginsberg (1926-1997). Ce fondateur de la Beat Generation est à redécouvrir à travers deux ouvrages. Le premier Journal 1952-1962 présente l’origine de l’écriture de Ginsberg qui n’a rien écrit en 1952 mais qui multiplie
les rencontres et les questionnements. Dans Journaux Indiens on retrouve Ginsberg en Inde où il vit en 1962 et 1963 avec un autre poète, Peter Orlovsky. Conversations avec des mendiants, des gurus, mysticisme indien… Un document important.
Journal 1952-1962 d’Allen Ginsberg (Christian Bourgois), 468 pages, 10 euros. Journaux Indiens d’Allen Ginsberg (Christian Bourgois), 364 pages, 10 euros.

Némésis

de Philip Roth
Last ? Philip Roth l’a dit et répété : Némésis sera son dernier livre. Promis juré, il arrête d’écrire. Né en 1933 à Newark (Etats-Unis), il a décroché en 1998 le prix Pulitzer pour Pastorale américaine. Dans Némésis, Roth raconte l’histoire de Bucky Cantor, un jeune homme qui s’occupe d’enfants, confronté à une épidémie de polio. L’occasion pour cet auteur américain d’afficher sa vision du monde et de l’homme, « impuissant face à la force des choses. » Après Everyman (2006), Indignation (2008), Le Rabaissement (2009), Némésis (2012) conclut donc cette tétralogie. Et aussi la carrière d’écrivain de Philip Roth.
Némésis de Philip Roth (Gallimard), traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier, 240 pages, 18,90 euros.

Le Hobbit (annoté)

de J. R. R. Tolkien
Trilogie. Décembre 2012, décembre 2013, été 2014. C’est le calendrier annoncé pour la sortie au cinéma de la trilogie Le Hobbit du réalisateur néo-zélandais Peter Jackson. Cette adaptation du roman de J.R.R. Tolkien, publié en 1937, bénéficie d’une jolie réédition chez Christian Bourgois. Annotée par Douglas A. Anderson, cette édition permet de redécouvrir cette œuvre écrite par Tolkien pour ses enfants. Cette fois, Bilbo part avec le magicien Gandalf et des nains à la recherche d’un trésor gardé par un dragon. A noter la sortie, toujours chez Bourgois, d’une version classique et d’une version illustrée.
Le Hobbit (annoté) de J. R. R. Tolkien (Christian Bourgois), annotations de Douglas A. Anderson, 468 pages, 25 euros.

Megaskull

de Kyle Platts

Absurde. L’univers du Londonien Kyle Platts est absurde, mais on adore. Comment résister aux histoires hilarantes et souvent de (très) mauvais goûts compilées dans cette BD éditée par Nobrow ? 22 façons pour un hamster d’en finir
avec la vie, un amoureux transi aux yeux puants, le pôle emploi de l’espace… Kyle Platts distille son humour noir au fil des pages, tout en épinglant les incohérences de notre société. Construit autour d’une base de couleurs très flashy survitaminées, Megaskull donne l’impression que tous les personnages ont été touchés par un étrange virus. Celui de l’absurdité. Ça doit être contagieux.
Megaskull de Kyle Platts (Nobrow), 52 pages, 10,95 euros.

Krazy Kat, volume 1, 1925 à 1929

de George Herriman
Populaire. Krazy Kat est une œuvre importante de la culture populaire américaine, façon « comic strip. » Un chat est amoureux d’une souris. Ce n’est pas réciproque. Alors la souris finit toujours par lui balancer une brique au museau. Et puis, il y a ce chien policier qui essaie de normaliser cette situation. C’est avec ces personnages que George Herriman (1880-1944) a produit, de 1914 à 1944, une collection de gags enfin disponible en français. BD réputée quasi-impossible à exporter dans une autre langue, Les Rêveurs ont relevé ce pari avec Marc Violine à la traduction. Chapeau.
Krazy Kat, volume 1, 1925 à 1929 de George Herriman (éditions Les Rêveurs), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Voline, 280 pages, 35 euros.

Forty Height Hours

Yan Wagner
Élégant. Ça faisait des mois que L’Obs’ attendait le premier album de Yan Wagner. Ça y est, Forty Height Hours est enfin là. Et notre attente a été récompensée. Produit par Arnaud Rebotini, ce disque est un joli écho aux productions new-wave des années 1980 tout en étant très ancré dans le présent. Le son électro-pop est soigné, la voix caverneuse de Wagner est à la fois sobre et élégante. Avec 12 titres très rythmés, dont l’excellent single Forty Height Hours, Wagner impressionne. Surtout qu’Etienne Daho fait une apparition remarquée sur le très bon The Only One. Son électro, froid, répétitif… New Order n’a pas à s’inquiéter.
La relève est là.
Forty Height Hours, Yan Wagner (Pschent Music), 12,69 euros.

Futur

Booba
Boulogne. Sixième album solo pour le rappeur français Booba, deux ans après le très bon Lunatic (2010). Un mois avant sa sortie le 26 novembre, Futur (2012) était déjà numéro 1 des précommandes sur iTunes. Trois extraits ont déjà cartonné : Wesh Morray, avec quelques petites moqueries à propos du chanteur français Willy Denzey. Puis Caramel et C’est la vie, avec 2 Chainz, un rappeur très en vue aux Etats-Unis. A noter que B2O s’est aussi entouré du patron de Maybach Music, Rick Ross. De quoi confirmer que le Duc de Boulogne exilé à Miami reste l’une des plumes les plus efficaces du rap game.
Il suffit de lire ses textes pour s’en persuader.
Futur, Booba (AZ-Universal Music), 13,99 euros. Sortie le 26 novembre.

A different Arrangement

Black Marble
Vintage. Pour leur premier album, Black Marble a misé sur un son très « eighties », bâti autour de synthés vintage et de lignes de basse aussi minimalistes que répétitives. Les 11 titres de A different Arrangement nous plongent avec délectation dans une dance music sombre et sophistiquée. Il faut dire que ce duo issu de Brooklyn a déjà fait ses preuves avec des titres très réussis, notamment Backwards issu du remarqué mini-album Weight Against the Door (2012). Quelques mois plus tard, Ty Kube et Chris Stewart reviennent donc avec un disque inspiré, glacial, brumeux, mais toujours soigné. Deux morceaux
comme Pretender et Static suffisent à convaincre du talent de Black Marble.
A different Arrangement, Black Marble (Hardly Arts), 16 euros.