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Cultures Multiples

Article publié dans L’Obs’ n°134 (juillet-août 2014) :

CULTURE / Par Raphaël Brun

 

My Sweet Pepper Land

de Hiner Saleem

Western. Comment faire régner la loi dans un village coincé au cœur des montagnes kurdes, entre la Turquie, l’Iran et l’Irak, transformé en plaque tournante de tous les trafics ? C’est la question à laquelle doit répondre Baran, un jeune officier de police plein d’espoir et d’illusions. Cette fable qui lorgne du côté du Far West, mise sur l’humour pour affronter et accepter un monde absurde. Après Si tu meurs, je te tue (2011) qui se déroulait à Paris, Hiner Saleem revient au Kurdistan pour jouer avec les codes du western, en leur ajoutant une teinte orientale. L’actrice iranienne Golshifteh Farahani, aussi bien malmenée par des indépendantistes kurdes que par des talibans, est parfaite.

My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem, avec Golshifteh Farahani, Korkmaz Arslan, Suat Usta (FRA-ALL, 1h34, 2014), 19 euros (DVD seulement). Sortie le 19 août.

 

Pelo Malo

de Mariana Rondón

Cheveux. Le festival de Saint-Sébastien a aimé, L’Obs’ aussi. Pelo Malo signifie « mauvais cheveux. » Cette expression vénézuélienne est aussi appliquée aux métis. Junior, jeune métis de 9 ans, a les cheveux frisés. Il les voudrait lisses. Sa mère vit dans un quarter pauvre de Caracas. Elle est au chômage. Elle ne comprend pas son fils. Ce tomboy à l’envers est un petit garçon qui veut devenir une petite fille. Le regard que pose Mariana Rondón sur ses personnages et sur une société où se déroule en filigrane la fin du règne d’Hugo Chavez, reste distancié. Et surtout pas moralisateur.

Pelo Malo de Mariana Rondón, avec Samantha Castillo, Samuel Lange Zambrano, Beto Benites (VEN, 1h33, 2014), 19,99 euros (DVD seulement). Sortie le 2 septembre.

 

Night Moves

de Kelly Reichardt

Nature. Lorsque des militants écolos décident de passer à l’action et de faire sauter un barrage hydroélectrique, ça peut faire mal. Après River of Grass (1994), Old Joy (2006), Wendy et Lucy (2008) et La Dernière Piste (2010), la cinéaste indépendante Kelly Reichardt signe un film noir qui multiplie les questionnements autour des rapports avec la nature. Grand prix au 39ème festival du cinéma américain de Deauville, Night Moves est aussi un film qui montre que le désir de révolution est voué à l’échec. L’évolution des relations entre les personnages, leur radicalisation et leur paranoïa, est brillamment filmée.

Night Moves de Kelly Reichardt, avec Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Peter Sarsgaard (USA, 1h52, 2014), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 2 septembre.

 

La Cour de Babel

de Julie Bertuccelli

Espoir. Vingt-quatre collégiens étrangers, entre 11 et 15 ans, filmés pendant un an par Julie Bertuccelli dans un collègue du Xème arrondissement de Paris. Politique ou religion, Felipe, Maryam, Youssef ou Oksana débattent de tout. Ce documentaire saisit avec justesse ce que sont les classes d’accueil, ces lieux où chacun mesure la profondeur de son déracinement, avant d’intégrer des classes « normales. » La douzaine de nationalités en présence est prise en charge par la professeur, Brigitte Cervoni, qui doit faire face à des situations très différentes, d’un enfant à l’autre. La Cour de Babel véhicule de l’espoir et montre que tout n’est pas perdu. Assez rare par les temps qui courent.

La Cour de Babel de Julie Bertuccelli (FRA, 1h29, 2014), 19,90 euros (édition double DVD, pas de blu-ray). Sortie le 3 septembre.

 

Entre frères de sang

d’Ernst Haffner

Gangs. Sorti en 1932, Entre frères de sang a été interdit par les nazis l’année suivante. Les Presses de la Cité rééditent ce livre à Monaco et en France cet été. Ernst Haffner, journaliste et travailleur social dont on sait finalement assez peu de choses, raconte l’histoire saisissante d’une Allemagne plongée dans la crise économique et sociale des années 1930. L’histoire se déroule à Berlin, où l’on suit les aventures de Jonny et de sa bande, prêts à tout pour survivre au froid et à la faim. Berlin est à eux. Ces Blutsbrüder, Frères de sang en traduction française, livrent une véritable guerre des gangs dans les quartiers ouvriers de cette ville.

Entre frères de sang, d’Ernst Haffner, traduit de l’allemand par Corinna Gepner (Presses de la Cité), 272 pages, 20 euros. Sortie le 21 août.

 

Price

Steve Tesich

Fondateur. Né à Užice en Yougoslavie, dans l’actuelle Serbie, le 29 septembre 1942 et mort le 1er juillet 1996, l’écrivain Steve Tesich est notamment connu pour son roman Karoo, publié en 1998. Mais aussi pour son scénario de La Bande des Quatre (1979), un film de Peter Yates. S’il a fallu attendre 2012 pour une traduction française de Karoo, son premier roman, Summer Crossing, sorti en 1982, débarque cet été sous le nom de Price. Un premier roman fondateur, dans lequel on trouve toutes les thématiques qui intéressaient Tesich, à travers l’itinéraire d’un jeune américain des années 1960 vers l’âge adulte.

Price, de Steve Tesich (éditions Monsieur Toussaint Louverture), 544 pages, 21,90 euros. Sortie le 21 août.

 

Déchirés

de Peter Stenson

Zombies. « J’ai peut-être raté ma vie, mais au moins, j’ai toujours ma tête et mes bras. » C’est la petite phrase d’accroche du dossier de presse qui accompagne Déchirés, le thriller horrifique de Peter Stenson. Ce roman de zombies raconte l’histoire d’un junkie, Chase Daniels, qui comprend que quelque chose ne tourne pas rond lorsqu’il voit une fillette réduire en morceaux un rottweiler. Ex-accro à la méthamphétamine, comme son personnage principal, Peter Stenson traite avec humour cette fin du monde qui ne signifie pas grand chose pour un junkie déjà exclu de notre société.

Déchirés de Peter Stenson (Super 8 Editions), 400 pages, 21 euros (12,99 au format numérique). Sortie le 28 août.

 

L’Insurrection, tome I : avant l’orage

de Marzena Sowa et Krzysztof Gawronkiewicz

Pologne. Varsovie, 1944. Un an après l’écrasement du ghetto juif en mai 1943, tout est incertain. La scénariste franco-polonaise Marzena Sowa s’est fait remarquer avec la BD Marzi (2004) qui retrace son enfance dans une Pologne qui vit alors la fin du communisme. Cette fois, elle débute une nouvelle série dans le cadre de la collection Aire Libre, avec pour trame la fin de la Deuxième Guerre mondiale et ses conséquences humaines et politiques. Krzysztof Gawronkiewicz, surnommé Gawron, dessine un pays dans des teintes expressionnistes du plus bel effet. Très recommandable.

L’Insurrection, tome I : avant l’orage de Marzena Sowa et Krzysztof Gawronkiewicz, (Dupuis, collection Aire Libre), 64 pages, 15,50 euros. Sortie le 29 août.

 

L’œil de la Créature Majestueuse

de Leslie Stein

Campagne. Guitare, cannabis et campagne. C’est le mode de vie choisi par Larry, une jeune new-yorkaise qui décide de quitter l’agitation de la ville pour se réfugier au calme, à la campagne. Son seul compagnon sera sa guitare. Loin de tomber dans le piège de la mièvrerie, Leslie Stein nous offre une BD underground, pleine de mélancolie et de justesse, notamment en ce qui concerne le rapport aux autres et à la famille. En partie, autobiographique, notamment les deux derniers chapitres, L’œil de la Créature Majestueuse aurait aussi été en partie inspiré par Eternal Comics de Susan Morris. Entre humour et psychédélisme, cette BD délicate et sensible touche juste.

L’œil de la Créature Majestueuse de Leslie Stein (Cambourakis), 120 pages, 19 euros.

 

Delta Machine Remixes (EP)

Depeche Mode

Noize. Delta Machine, 13ème album studio du groupe électro-pop anglais Depeche Mode est sorti en mars 2013. Leur tournée mondiale, débutée à Nice le 4 mai 2013, a pris fin le 7 mars 2014 à Moscou. Pour prolonger le plaisir, on se plongera tout l’été dans ces Delta Machine Remixes. Un EP avec deux remix réussis. My Little Universe revu par le producteur et DJ allemand Boys Noize prend des allures industrielles. Alexander Ridha conserve la trame minimaliste de ce titre en ajoutant une dynamique techno. Djedjotronic remixe Alone avec réussite. Autre disque à écouter, inégal mais intéressant, même s’il n’est pas officiel : les Delta Machine Remix de Dominatrix et Peter Frenzen.

Delta Machine Remixes (EP), Depeche Mode (Boys Noize Records), uniquement disponible sur Beatport, 2,17 euros par titre.

 

Adrian Thaws

Tricky

Club. Onzième album pour Tricky. L’an dernier, son album False Idols aux relents trip hop nous avait plongés dans l’obscurité. Cette année, Tricky utilise son nom de producteur, Adrian Thaws, comme titre de son nouveau disque. Il a promis à la presse quelques titres taillés pour les clubs. On a pu écouter le très électro Nicotine Love, avec Francesca Belmonte au chant. L’ambiance reste sombre, mais le rythme, hyper efficace, l’emporte sur le reste. Pour les 13 titres d’Adrian Thaws, Tricky s’est notamment entouré de Blue Daisy, Tirzah, Bella Gotti et Mykki Blanco. Ça promet.

Adrian Thaws, Tricky (False Idols/!K7), 16,20 euros (album cd), 18,90 euros (édition deluxe) ou 28,49 euros (vinyl). Sortie le 8 septembre.

 

 

#7 885 (Electropunk to Technopop 1978 – 1985)

Cabaret Voltaire

Dada. Cet été, Mute Records propose un passionnant retour sur Cabaret Voltaire. Créé en 1973 à Sheffield, ce groupe a emprunté son nom au café et lieu de culture Cabaret Voltaire, situé à Zürich, d’où émergea le mouvement dada en 1916. Sur leur premier EP, Extended Play (1978), on trouve le très distancié Do the Mussolini (Headkick) présent sur ce disque. Les fans ne seront pas surpris par le contenu de #7 885 (Electropunk to Technopop 1978 – 1985), où l’on retrouve des classiques, comme Nag Nag Nag, I Want You, Just Fascination ou Landslide. Les autres pourront découvrir le talent intact du groupe de Richard H. Kirk.

#7 885 (Electropunk to Technopop 1978 – 1985), Cabaret Voltaire (Mute Records), 13,99 euros (album cd), 22,99 euros (vinyl).