NORTHWEST2

Cultures Multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

L’Intégrale Jacques Tati

Première. Pour la première fois, toute la filmographie de Jacques Tati (1907-1982) est réunie dans un coffret. L’Obs’ recommande de miser sur l’édition blu-ray pour profiter de versions enfin restaurées en HD. Ce coffret contient les 6 longs métrages de Tati, un livret de 52 pages et 7 courts métrages. Le burlesque de Tati confronté à l’angoisse d’un monde qui change, happé par la modernité : c’est le thème transversal de son œuvre à redécouvrir avec ce joli coffret.

Jacques Tati – L’Intégrale7 blu-rays, 6 films : Jour de Fête (1949), Les Vacances de Monsieur Hulot (1953), Mon Oncle (1958), Playtime (1967), Trafic (1971), Parade (1974), Courts-métrages et un DVD bonus, 69,99 euros (coffret DVD), 89,99 euros (coffret blu-rays).

Le secret derrière la porte

de Fritz Lang

Psychanalytique. Le réalisateur de Métropolis (1927), Fritz Lang (1890-1976), a signé 22 films aux Etats-Unis entre 1936 à 1956. Dont Le Secret Derrière La Porte en 1948. Lorsque la riche Célia Barrett épouse à Mexico Mark Lamphere, elle ne sait pas encore qu’elle s’est engagée avec un homme plein de mystères. Libre adaptation du conte de Barbe Bleue (1697) de Charles Perrault, Le Secret Derrière La Porte s’inscrit dans la veine du film noir psychanalytique, très en vogue aux Etats-Unis de 1945 à 1949. La restauration de ce film permet de profiter d’une très belle esthétique expressionniste.

Le Secret Derrière La Porte de Fritz Lang avec Michael Redgrave, Joan Bennett, Barbara O’Neil (USA, 1h39, 1948), 20,06 euros (DVD), 20,06 euros (blu-ray).

Heimat : Chronique d’un Rêve, L’Exode

d’Edgar Reitz

Prologue. On doit au réalisateur allemand Edgar Reitz une trilogie de 55 heures qui raconte la vie d’une famille de paysans rhénans de 1919 à 1982. Une fresque monumentale diffusée au cinéma et à la télévision. Après Heimat 1 en 1984 (1919-1982), Heimat 2 en 1992 (1960-1970) et Heimat 3 en 2004 (1989-2000), Reitz propose un prologue de 3h51 minutes sur la période 1842-1844. L’action se déroule dans le village imaginaire de Schabbach, où des paysans essaient de survivre en pleine Prusse rhénane. Seul regret : l’absence de sortie blu-ray pour un film qui offre une magnifique photographie en noir et blanc. Les presque 4 heures de ce diptyque sont un véritable régal.

Heimat : Chronique d’un Rêve, L’Exode d’Edgar Reitz (ALL, 3h51, 2013), 19,90 euros (DVD uniquement).

Northwest

de Michael Noer

Copenhague. Dans le quartier pauvre de Nordvest à Copenhague, on suit l’itinéraire de Casper, un jeune cambrioleur de 18 ans, confronté à la violence et à la pègre. Ce thriller danois est un vrai film noir, intense, réaliste et nerveux. Difficile de ne pas penser à la magnifique trilogie Pusher (1996, 2004, 2005) de Nicolas Winding Refn, un autre réalisateur danois. Après R (2010), un film de prison très réussi réalisé avec Tobias Lindholm, Michael Noer a choisi les frères Dyekjaer Giese. Pour ses débuts devant la caméra, Gustav Dyekjaer Giese impressionne.

Northwest de Michael Noer, avec Gustav Dyekjaer Giese, Oscar Dyekjaer Giese, Roland Møller (DAN, 1h31, 2013), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray).

Guide de Survie en Milieu Hostile

de Shane Kuhn

Stagiaire. « Bienvenue dans le monde des ressources inhumaines ! » Pour flinguer en toute discrétion, John Lago multiplie les stages en entreprise. Mais à chaque meurtre qu’il commet, sa part d’humanité grandit. D’ailleurs, comme il a du temps libre, il en profite pour écrire un Guide de survie à l’intention des jeunes stagiaires. Ça peut toujours servir. Producteur, metteur en scène et écrivain, Shane Kuhn parvient à rendre presque sympathique ce tueur pas tout à fait comme les autres. Son humour très détaché rappelle American Psycho (1991) de Bret Easton Ellis.

Guide de Survie en Milieu Hostile de Shane Kuhn, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère (Sonatine), 314 pages, 21 euros (sortie le 20 mars).

Le Duel

d’Arnaldur Indriðason

Reykjavík. Les échecs et la guerre froide. Dans Le Duel, l’Islandais Arnaldur Indriðason plonge l’inspectrice Marion Briem au cœur de l’été 1972, en pleine guerre froide. C’est à Reykjavík que se déroule le tournoi d’échecs entre l’Américain Bobby Fischer et le Russe Boris Spassky. La ville est remplie d’espions. Un adolescent est assassiné devant un cinéma. Quel est le lien avec l’agitation qui règne en ville ? Après Étranges Rivages (2013), Indriðason s’intéresse à Marion Briem et à ses zones d’ombre. Celle qui deviendra le mentor du commissaire Erlendur Sveinsson est aussi rongée par la souffrance et le malheur.

Le Duel d’Arnaldur Indriðason (Métailié), traduit de l’islandais par Eric Boury, 320 pages, 19,50 euros.

Au départ d’Atocha

de Ben Lerner

Mythomane. Adam Gordon essaie d’écrire. Ce jeune poète américain est en résidence d’écriture à Madrid. Mais rien ne lui vient. Bipolaire, il erre et s’invente une vie qu’il n’a pas. Lorsqu’un attentat dévaste la gare d’Atocha le 11 mars 2004, le monde d’Adam Gordon vacille. Pour son premier roman, Ben Lerner, 34 ans, manie l’humour et le cynisme avec une grande habileté. Le sentiment d’imposture de son personnage est si vertigineux que toute son existence fini par ne faire qu’un avec un immense simulacre. Un mythomane qui dit : « J’étais un menteur compulsif, bipolaire et violent. J’étais un Américain, un vrai. »

Au départ d’Atocha de Ben Lerner (Editions de l’Olivier), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovic, 208 pages, 21 euros.

La Cicatrice

de Gilles Rochier

Certitudes. En 2012, Gilles Rochier a reçu le prix « révélation » du festival d’Angoulême pour TMLP, Ta Mère La Pute. Après cette chronique adolescente dans une cité de la banlieue parisienne, Gilles Rochier est de retour. Denis et Sophie forment un couple de parisiens trentenaires sans histoire. Leur vie est très ordonnée, ils ont des projets. Mais le jour où Denis découvre une cicatrice sous son bras sans en comprendre l’origine, il se lance dans une longue et obsessionnelle introspection. Une introspection qui va faire tomber toutes les certitudes de sa petite vie bien rangée.

Loin de la banlieue, Gilles Rochier signe une superbe BD, sensible et juste.

La Cicatrice de Gilles Rochier (6 Pieds Sous Terre), pages : NC, 15 euros.

Les filles n’ont pas de banane

de Copi

Absurde. Raúl Natalio Roque Damonte Botana (1939-1987), plus connu sous le nom de Copi, a été dessinateur, romancier, nouvelliste, danseur, homme de théâtre. Les Filles n’ont pas de Banane est un premier volume qui regroupe ce que Copi a dessiné pour Charlie Hebdo, Hara-Kiri ou Le Nouvel Observateur. Un vrai régal d’absurde, de non sens, de provocation et d’anticonformisme. Cet artiste argentin et activiste gay a publié en 1975 Et moi, pourquoi j’ai pas une banane ? une œuvre dénonçant le sexisme et le racisme. Et qui a donc inspiré le titre de cette jolie anthologie publiée aux Editions de l’Olivier.

Les Filles n’ont pas de Banane de Copi (Editions de l’Olivier, collection Olivius), 272 pages, 21,50 euros.

Step Into The Unknown (EP)

Pause

Berlin. Le label grenoblois Carton Pâte Records nous gâte. Avec Step Into The Unknown le producteur et DJ d’origine belge Pause sort un joli EP avec quatre titres très efficaces. Son lourd, rythme martial : aucun doute, Pause porte mal son nom. Parce qu’à l’écoute de sa musique, impossible de faire pause. C’est vers le dance floor que l’on a envie de courir. Sur Miles To Go, l’ambiance oscille entre le calme et la tempête (glaciale). Le son de Berlin n’est jamais bien loin, avec un rythme très techno qui parcourt de bout en bout ce premier EP très réussi.

Step Into The Unknown, Pause (Carton Pâte Records), 2,99 euros (sur iTunes).

Close To The Glass

The Notwist

Assemblage. Enfin. Les Allemands de Notwist offrent un successeur à The Devil, You + Me (2008). Depuis leurs débuts en 1989, le leader Markus Acher et ses quatre musiciens, jouent entre pop et expérimentation. Difficile de définir avec précision Close To The Glass. Car c’est un album à la fois beau et élégant. Mais c’est aussi un formidable assemblage de sons et d’atmosphères d’un morceau à un autre, ou même parfois dans le même morceau. L’architecture complexe et intelligente de ce disque permet aux 12 titres d’alterner entre guitares et électronique avec une étonnante facilité. Un album sensible et mélancolique à ne pas rater.

Close To The Glass, Notwist (City Slang/Pias), 14,99 euros.

In Roses

Gem Club

Minimal. Christopher Barnes et Kristen Drymala ont lancé Gem Club en 2009. Après le très apprécié Breakers (2011), voici In Roses. Au menu piano et violons. Et la voix absolument incroyable de Christopher Barnes fait le reste, avec celle de Ieva Berberian en renfort. Toute en subtilité, en douceur et en fragilité, la musique de Gem Club reste minimale, mais toujours emplie d’émotions. Le sublime et rêveur Braid rappelle Agnes Obel. L’ouverture avec l’instrumental [Nowhere] laisse la place à 10 autres titres d’une beauté rare. Crépusculaire, sombre et délicat, In Roses offre 51 minutes précieuses.

In Roses, Gem Club (Hardly Art Records), 10 euros.