2-(EP)-Employee-of-the-Year-web

Cultures Multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

Confession of Murder

de Jeong Byeong-gil
Autobiographie. Lorsque Lee Du-Seok publie une autobiographie dans laquelle il raconte les meurtres qu’il a commis, il ne prend aucun risque : ses crimes sont prescris. Ce qui n’est pas du goût du détective Choi, pas plus que de Han Ji-Soo dont la fille a été tuée par Lee Du-Seok. On pense à l’excellent The Chaser (2009) de Hong-jin Na ou au très radical J’ai Rencontré le Diable (2011) de Kim Jee-woon pour le rythme donné dans la narration. Pour le reste, en plus d’une critique des médias, Confession of Murder joue aussi avec l’humour. Une réussite.
Confession of Murder de Jeong Byeong-gil, avec Jeong Jae-yeong, Park Si-hoo, Jeong Hae-gyoon (COR. SUD, 2h05, 2012), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

Tell Me Lies

de Peter Brook
Pourquoi ? C’est la question que se posent trois jeunes anglais à propos de la guerre du Vietnam (1957-1973). L’absurdité de la guerre brillamment démontrée par Peter Brook, c’est le film du mois à découvrir dans une version DVD restaurée (aucune sortie blu-ray n’est hélas prévue) alors qu’on croyait ce long-métrage perdu. Inspiré et adapté de US, une pièce montée par Peter Brook en 1966 au théâtre Aldwych de Londres, Tell Me Lies est un film étonnant. A mi-chemin entre le documentaire, le cinéma militant et la satire mise en musique, Tell Me Lies ne donne aucune leçon. Mais reste terriblement actuel.
Tell Me Lies de Peter Brook avec Mark Jones, Pauline Munro, Robert Lloyd (GB, 1h48, 1968), 19,99 euros (DVD uniquement).

Prince of Texas

de David Gordon Green
Ados. En 1988, Alvin et Lance tracent des bandes jaunes dans un Texas ravagé par les incendies. Alvin est passionné par la nature, Lance par la fête et les filles. Rythme lent, dialogues rares, David Gordon Green réussit le portrait de ces ados plus si jeunes qui voient leur vie leur échapper. Cette comédie écolo douce-amère est un remake d’un film islandais, Either Way (2011) de Hafsteinn Gunnar Sigurdsson. Une jolie escapade avec deux loosers magnifiques, aussi carbonisés que les terres autour d’eux. Très convaincant avec son Délire Express (2008), David Gordon Green revient en forme. Enfin.
Prince of Texas de David Gordon Green, avec Emile Hirsch, Paul Rudd, Joyce Payne (USA, 1h34, 2013). 19,99 euros (DVD uniquement). Sortie le 4 mars.

Le Cœur a ses Raisons

de Rama Burshtein
Dilemme. Lorsque sa sœur aînée meurt, Shira, 18 ans, est face à un dilemme. Secrètement amoureuse du mari de sa grande sœur, doit-elle céder à son désir ? Pour son premier long-métrage Rama Burshtein impressionne. Issue de la communauté juive orthodoxe, Burshtein ne s’enferme pas dans la dimension religieuse pour s’ouvrir aux relations humaines. Frappée par le deuil, cette famille juive hassidique de Tel-Aviv accepte de suivre les rites de ce milieu religieux ultraorthodoxe. Hadas Yaron qui joue Shira, a obtenu le prix d’interprétation à Venise. Mérité.
Le Cœur a ses Raisons de Rama Burshtein, avec Hadas Yaron, Yiftach Klein, Irit Sheleg (ISR, 1h34, 2013), 19,99 euros (DVD uniquement). Sortie le 4 mars.

Hiver, histoire d’une saison

de François Walter
Imagerie. C’est un livre étonnant, mais passionnant, que l’historien genevois François Walter vient d’écrire. Son personnage principal est l’hiver. Comment l’hiver est-il perçu ? Quels usages sociaux en découlent ? Quelle imagerie véhicule cette saison ? Dés le départ, l’hiver peut tuer, donc il est redouté, notamment par les plus pauvres. Alors que les plus riches restent au chaud pour profiter de l’oisiveté hivernale. Ou, plus récemment, vont faire du ski. L’hiver révèle les différences sociales. Du coup, cette saison possède toujours cette double image : la peur de la mort et l’espérance d’un renouveau, avec le retour du soleil.
Hiver, Histoire d’une Saison de François Walter (Histoire Payot), 440 pages, 25 euros.

Duane est dépressif

de Larry McMurtry
Trilogie. Duane Moore en a assez. Après avoir été un mari modèle, un bon père de famille, un chef d’entreprise respectable et un citoyen exemplaire, il craque. Désormais, Duane a décidé de vivre à son rythme, en suivant ses priorités, pour coller à cette phrase du philosophe et poète américain Henry David Thoreau (1817-1862) : « Vivre délibérément et non plus automatiquement. » Après avoir décroché le prix Pulitzer avec Lonesome Dove (2010), Larry McMurtry signe un livre à la fois drôle et d’une grande humanité. Il clôt ainsi brillamment sa trilogie, commencée avec La Dernière Séance (2011) et Texasville (2012).
Duane est Dépressif de Larry McMurtry, traduit de l’anglais par Sophie Aslanides (Sonatine), 400 pages, 20 euros.

La zone grise

de Primo Levi
Ombre. Dans les années 1970, l’écrivain juif italien Primo Levi (1919-1987) s’est intéressé à la notion de « zone grise » qui désigne la zone d’ombre qui sépare les bourreaux des victimes dans les camps nazis. Pourquoi des victimes ont collaboré avec leurs bourreaux dans les camps de concentration ? En 1986, Levi publie Les Naufragés et les Rescapés dans lequel il essaie de comprendre, sans juger, cette « zone grise. » Payot prolonge la réflexion en publiant des entretiens avec Anna Bravo et Federico Cereja. Indispensable.
La Zone Grise de Primo Levi, entretiens avec Anna Bravo et Federico Cereja, traduits de l’italien par Martin Rueff et Celia Levi (Manuels Payot), 160 pages, 16 euros.

Wet Moon, tome I

d’Atsushi Kaneko
Noirs. Le mangaka Atsushi Kaneko est de retour après les très bonnes séries Soil et Bambi. Dans une ambiance résolument sombre, on suit Sata, un jeune flic de Tatsumi, une ville sans existence réelle, au milieu des années 1960. Alors qu’il poursuit une femme suspectée d’avoir assassiné son amant, il a un accident et se réveille avec une cicatrice et de gros trous de mémoire. Obsédé par l’idée de retrouver cette femme, Sata est au bord de l’implosion. Calqué sur les films noirs, Wet Moon est ultra référentiel, du Twin Peaks de David Lynch, au trait de l’auteur de BD américain Charles Burns.
Wet Moon, tome I d’Atshushi Kaneko, traduit du japonais par Aurélien Estager (Sakka/Casterman), 270 pages, 8,50 euros.

Le bec des corbeaux, abattre Franco

de Mikel Begoña-Iñaket
1963. Espagne, été 1963. Francisco Granado et Joaquin Delgado, deux militants anarchistes, sont injustement condamnés pour une tentative de meurtre contre Franco. Comment en est-on arrivé là ? La réponse est à découvrir dans cette passionnante BD. Originaires de Bilbao, Iñaket et Mikel Begoña ont évidemment la sensibilité nécessaire pour évoquer cette douloureuse page d’histoire. Après Tristes Cendres (Cambourakis, 2011), c’est la deuxième collaboration d’Iñaket et de Begoña. Une jolie occasion de plonger dans la BD espagnole encore trop peu diffusée à Monaco et en France.
Le Bec des Corbeaux, Abattre Franco de Mikel Begoña-Iñaket, Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu (éditions Cambourakis), 144 pages, 19,50 euros.

It All Makes Sense

Fantôme
« Indus-pop. » On a retrouvé Hanin Elias. Après avoir été la chanteuse d’Atari Teenage Riot (ATR) jusqu’en 1999 et s’être imposée avec quelques albums solo comme le très bon Future Noir (2004), elle sort mi-février It All Makes Sense avec Marcel Zürcher sous le nom de Fantôme. Un disque de 12 titres « indus-pop », assez loin des sonorités d’ATR, comme le démontre le premier single Love. L’influence de l’ancien membre de Die Krupps, Marcel Zürcher, se fait sentir, notamment sur Song For God. A noter la présence d’Asia Argento qui chante et enchante sur The Key. Produit par David Husser et Paul Kendall, qui a travaillé avec Depeche Mode et Recoil, ce disque est un régal.
It All Makes Sense, Fantôme (Snowhite/Rough Trade), prix : NC.

Fantasized Lumberton (EP)

Grindi Manberg
Rémois. Reims a révélé Yuksek, The Bewitched Hands et The Shoes. C’est au tour de Romain Thominot et ses deux compagnons de Grindi Manberg (anagramme d’Ingrid Bergman) de sortir leur premier EP. Les cinq morceaux de Fantasized Lumberton oscillent entre électro-pop et new wave. La voix fragile et planante de Romain Thominot rappelle celle de Mark Hollis, le chanteur de Talk Talk. Le résultat ? Une vingtaine de minutes poétiques (Marine Has The Key, Mimosa Cure) ou plus rythmées (Lisbon, Say Goodbye). Les mélodies ténébreuses et envoûtantes font de Grindi Manberg l’un des groupes à surveiller en 2014. En attendant, Marine Has The Key tourne en boucle à la rédaction.
Fantasized Lumberton, Grindi Manberg (Himmedia), prix : NC.

2 (EP)

Employee Of The Year
Parisien. Ce mois-ci, L’Obs’ met un coup de projecteur sur des artistes français. Après Grindi Manberg (voir par ailleurs), le duo parisien Employee Of The Year sort aussi un EP avec quatre titres bien balancés. L’efficace électro-pop de Coming ouvre ce mini-album, suivi d’un Somethin About qui creuse le même sillon. Mention spéciale pour le minimaliste et beau On My Own. Quant aux 3’51 de Berlin qui clôt 2, c’est un pur bonheur, avec une irrésistible montée en puissance. Pas étonnant que le Londonien S O H N ait confié le remix du magnifique The Wheel (2012) à Edouard et Romain. Son électro teintée de soul n’en est que plus belle.
2, Employee Of The Year (Take The Records And Run), 2,99 euros (en vente sur iTunes).