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Cultures Multiples

CULTURE / Par Raphaël Brun

Ma vie avec Liberace

de Steven Soderbergh
Show. Valentino Liberace, pianiste de music-hall né en 1919 à Las Vegas, a marqué les esprits avec ses délirantes prestations à la télévision dans les années 1950. Son goût pour le show est sans limites. Devenu une icône gay, Liberace n’a jamais avoué publiquement son homosexualité. Liberace (Michael Douglas) entretient une liaison tumultueuse avec Scott Thorson (Matt Damon), un dresseur de chiens pour le cinéma. Liberace domine le dresseur et le traite comme un animal domestique. Entre noirceur et humour, Soderbergh dresse le portrait d’un despote magnifique.
Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh, avec Michael Douglas, Matt Damon, Dan Ackroyd (USA, 2013, 1h59), 15,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

 

Le dernier pub avant la fin du monde

d’Edgar Wright

40. Les créateurs du très drôle Shaun of the dead (2004) sont de retour. S’il est encore question d’événements surnaturels, cette fois c’est surtout de nostalgie et de crise de la quarantaine que traite Le dernier pub avant la fin du monde. Après Hot Fuzz (2007), le duo Wright/Pegg termine sa trilogie avec pour personnage central le pub. Gary (Pegg) est un adolescent de 40 ans, fan des Sisters of Mercy, qui réunit ses amis d’enfance pour boucler une tournée des 12 pubs de la ville. Le reste est un clin d’œil à L’invasion des profanateurs de sépultures (1956) et au Village des damnés (1960).
Le dernier pub avant la fin du monde d’Edgar Wright, avec Simon Pegg, Nick Frost, Paddy Considine (GB, 2013, 1h49), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

 

The Terrorizers

d’Edward Yang

Fragmenté. Inédit à Monaco et en France jusqu’en 2011, The Terrorizers est sorti en 1986 sous le titre de Kong bu fen zi. Edward Yang (1947-2007) a fait partie de la nouvelle vague taïwanaise, remarquée au milieu des années 1980 avec Hou Hsiao-hsien. Construit comme un puzzle, ce polar évoque une série de destins croisés autour de cinq personnages majeurs. L’inventivité narrative et formelle de ce thriller trouve un écho dans la vision cellulaire de la ville de Taipei et de ces êtres qui se croisent pour donner vie à ce récit fragmenté. Le troisième film de Yang fait regretter que seulement deux de ses longs-métrages, dont Yi Yi, prix de la mise en scène à Cannes en 2000, aient connu une sortie commerciale.

The Terrorizers d’Edward Yang, avec Cora Miao, Bao-ming Gu, Wang An (II) (TAI-HONG-KONG, 1986, 1h49), 19,99 euros (DVD uniquement, tirage limité à 1900 exemplaires).

 

Pushing Hands

d’Ang Lee

Diaspora. Zhu Hsiao-Chen vit désormais aux Etats-Unis où il s’est marié avec une Américaine. Lorsque son père M. Zhu, un expert en tai-chi, le rejoint pour vivre avec lui, les tensions deviennent très vite palpables. M. Zhu et sa belle-fille ne se comprennent pas. Ce qui pousse le père de Zhu Hsiao-Chen à s’enfuir. Du coup, tout le monde part à sa recherche. Pushing Hands évoque la relation père-fils qui est l’un des sujets qui passionne Ang Lee. Le tout premier film de ce réalisateur taïwanais sort enfin en DVD à Monaco et en France grâce à Spectrum Films. L’occasion de vérifier qu’avant Garçon d’honneur (1993), ours d’or à Berlin en 1993, Ang Lee décryptait déjà avec talent la vie d’immigrés de la diaspora chinoise.
Pushing Hands d’Ang Lee avec Long Sihung, Deb Snyder, Pamela Yang (TAI, 1991, 1h45), 19,99 euros (DVD uniquement, tirage limité à 1900 exemplaires).

 

Persona
Les visages de Victoria Bergman

d’Erik Axl Sund

iloveyoubaby !. En février, courrez acheter Trauma. Pourquoi ? Parce qu’il s’agira du deuxième volume de la passionnante trilogie Persona, initiée avec Les visages de Victoria Bergman. A l’origine de cette série, Erik Axl Sund, un duo suédois composé de Jerker Eriksson et d’Håkan Axlander Sundquist. Jerker produit aussi le groupe électro-punk d’Håkan, iloveyoubaby ! et a été bibliothécaire dans une prison. Persona raconte l’histoire de la psy Sofia Zetterlund et de la flic Jeanette Kihlberg, deux femmes confrontées à la violence brute. Zetterlund suit deux cas de personnalités multiples : un enfant soldat venu de Sierra Leone et Victoria Bergman, victime d’horribles violences pendant son enfance. Le troisième volume, Catharsis, sortira en mai 2014.
Persona, Les visages de Victoria Bergman. Volume I d’Erik Axl Sund, traduit du suédois par Rémi Cassaigne (Actes Sud, collection Actes Noirs), 480 pages, 23 euros.

 

Depeche Mode
Monument

de Dennis Burmeister et Sascha Lange

2,5 kg. Les résidents allemands et anglo-saxons de Monaco vont être ravis. Monument, le livre qui retrace le parcours du groupe anglais Depeche Mode, est disponible en version allemande et anglaise. Si à ce jour aucune version française n’est prévue par l’éditeur Blumenbar, difficile de faire l’économie de ce livre de 2,5 kg qui contient plus de 3 000 photos, dont certaines étaient restées inédites. Album après album, single après single, Depeche Mode est décrypté. A noter une passionnante interview de leur producteur historique, Daniel Miller, fondateur de Mute Records. L’ensemble permet de mieux comprendre le remarquable parcours de ce groupe électro-pop pour qui tout a débuté à Basildon, à la fin des années 1970.
Depeche Mode, Monument, de Dennis Burmeister et Sascha Lange (Blumenbar), 424 pages, 59,90 euros.

 

La vérité et rien d’autre

de Mike Tyson

Démons. C’est indiscutablement la biographie du moment. Le boxeur américain Mike Tyson, 58 combats, 6 défaites, se raconte comme jamais dans La vérité et rien d’autre. Son ascension, sa chute, la perte de son mentor Cus D’Amato, le viol de Desiree Washington qui lui a valu 3 ans de prison d’avril 1992 à mars 1995, la drogue, l’argent, le sexe encore… Tyson n’élude rien. Ni son père proxénète et absent, ni sa mère alcoolique et violente. Son enfance à Brooklyn aussi. Tout est là, brutal comme l’étaient ses uppercuts à l’époque. Tyson s’est confié au journaliste new-yorkais Larry Sloman, sans chercher à s’apitoyer sur son sort. Il sait qu’il doit désormais apprendre à vivre avec ses démons. Cette introspection est un bouleversant témoignage.
La vérité et rien d’autre, Tyson (éditions Les Arènes), 630 pages, 21,50 euros.

 

Histoire d’un couple

de Yeon-sik Hong
Autobiographique. Lorsque l’auteur de manhwas (BD coréenne) éducatifs Yeon-sik Hong quitte Séoul pour s’installer à la montage avec sa femme So-Mi, c’est pour travailler au calme. C’est le récit de cette expérience que cet auteur raconte dans ce magnifique album édité par Ego comme X. Chapitré selon le rythme des saisons, Histoire d’un couple retrace les doutes, les joies et les interrogations qui jalonnent cette période pas comme les autres. Un récit simple magnifié par la qualité des dessins de cet auteur qui a débuté sa carrière en 1992 par une série d’histoires courtes, puis par des travaux de commande. Sorti en 2012 en deux volumes en Corée, Histoire d’un couple a obtenu le prix coréen « manhwa d’aujourd’hui. »
Histoire d’un couple de Yeon-sik Hong (Ego comme X), 570 pages, 25 euros.

 

Goggles

de Toyoda Tetsuya

Mélancolique. On poursuit ce début d’année culturel tourné vers l’Asie avec le très beau Goggles, un magnifique manga signé Toyoda Tetsuya. Après le marquant Undercurrent (2008) Tetsuya s’intéresse au Japon invisible. Le Japon de ceux dont on ne parle pas ou qui se sentent peu, pas ou mal représentés. Une série de 6 histoires indépendantes et brèves, réalisées entre 2003 et 2012, avec quelques personnages récurrents, servent de canevas à Goggles. Rejetés par la société, mis au ban par la hiérarchie du monde du travail, ces personnages sont très attachants. Si la tonalité globale est largement mélancolique, le non-sens et la dérision de certaines scènes rappellent le meilleur du réalisateur japonais Takeshi Kitano.
Goggles de Toyoda Tetsuya, traduit du japonais par Yohan Leclerc (Ki-oon, collection Latitudes), 240 pages, 14 euros.

 

Rave Tapes

Mogwai

Magnétique. En 2011, Mogwai a sorti Hardcore will never die, but you will. Puis, le groupe a signé la bande originale de la passionnante série Les Revenants, diffusée sur Canal+. Le huitière album studio des cinq écossais est là : il s’intitule Rave Tapes, et il a été précédé par le single Remurdered. Le second extrait, The Lord is out of control confirme la tonalité électro de ce nouveau disque produit par Paul Savage, qui a aussi travaillé sur Young Team (1997) et sur Hardcore will never die, but you will. Les 10 titres de Rave Tapes progressent lentement pour construire une ambiance aussi magnétique qu’hypnotique. Mogwai sera en concert le 3 février à l’Olympia (Paris), le 29 mars à Paloma (Nîmes) et le 3 avril à l’Aéronef (Lille).
Rave Tapes, Mogwai (Pias), 13,99 euros ou 49,99 euros (coffret en édition limitée).

 

Free Your Mind

Cut Copy

4. Quatrième album pour les Australiens de Cut Copy. Lancé en 2001 par le DJ, auteur et producteur Dan Whitford, il est rejoint deux ans plus tard par Tim Hoey, Mitchell Scott et Bennett Foddy. Après la sortie de leur premier album Bright like neon love en 2004, Foddy quitte le groupe. L’arrivée de Free your mind est donc un petit événement, dans la mesure où depuis Zonoscope (2011), on attendait des nouvelles de Cut Copy et de sa culture clubbing, version acid house. On a bien fait d’attendre. Le clip de l’excellent Free your mind, signé Christopher Hill, est absolument hilarant, avec Alexander Skarsgård, vu dans la série True Blood, transformé en gourou fan du survêtement bleu flashy. C’est gai, barré et déjanté. Parfait pour bien commencer 2014.
Free your mind, Cut Copy (Barclay/Modular), 14,99 euros.

Warpaint

Warpaint

Sombre. Créé en 2004, Warpaint est un groupe de rock originaire de Los Angeles. Composé d’Emily Kokal, Theresa Wayman, Jenny Lee Lindberg et de Stella Mozgawa, Warpaint vient de sortir son deuxième album, qui porte le nom du groupe. Leur premier disque, The Fool (2010), avait laissé un excellent souvenir aux fans de musique sombre et élégante. Produit par Flood et Nigel Goodrich, Warpaint a été dévoilé avec le joli single Love is to die, dont les riffs de guitare évoquent le Cure de Robert Smith, période Three imaginary boys (1979). Le second extrait, Biggy, creuse le même sillon avec la même réussite. Poussés par les voix de Kokal et Wayman, les 12 titres de Warpaint vont marquer le début de cette année 2014.
Warpaint, Warpaint (Rough Trade), 11,99 euros.