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Cultures Multiples

CULTURE /

Par Raphaël Brun

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Elena

de Andreï Zviaguintsev
Fixes. En multipliant les plans fixes et en diluant le temps, le talentueux réalisateur russe Andreï Zviaguintsev réussit le pari de n’ennuyer personne. Au contraire. Ce film noir raconte l’histoire d’Elena et Vladimir, un couple recomposé. Ce sont des nouveaux riches aussi, suite à l’effondrement du communisme. Zviaguintsev dresse un portrait sans concession de son pays. Avec des nouveaux riches aux fortunes douteuses, des pauvres qui souffrent encore et toujours. Depuis Le Retour, Lion d’or à Venise en 2003, on attendait la confirmation du talent de Zviaguintsev. C’est chose faite.
Elena de Andreï Zviaguintsev, avec Nadezhda Markina, Andrei Smirnov, Elena Lyadova (RUS, 2012, 1h49), 19,99 euros (DVD) et 24,99 euros (blu-ray).

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The Raid

de Gareth Evans
Jakarta. Un baron de la drogue, un bâtiment réputé imprenable à Jakarta (Indonésie) et une équipe de flics qui donnent l’assaut. Voilà le scénario de The Raid, second long-métrage signé par le Gallois Gareth Evans après Merantau (2009). Les fans de cinéma hong-kongais seront comblés. Construit comme un jeu vidéo dans lequel chaque étage du bâtiment est un nouveau niveau, The Raid est donc un bel hommage à Johnnie To, John Woo et Tsui Hark, avec de la baston chorégraphiée et inventive. L’occasion aussi de découvrir le pencak-silat, un art martial indonésien très spectaculaire.
The Raid de Gareth Evans, avec Iko Uwais, Yayan Ruhian, Joe Taslim (USA-IND, 2012, 1h41), 19,99 euros (DVD) et 24,99 euros (blu-ray).

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Holly Motors

de Leos Carax
Oscar. En une seule nuit, Monsieur Oscar, enchaîne plusieurs vies. L’occasion pour Leos Carax de proposer une véritable revisite de l’histoire du cinéma, à travers un long métrage décousu, mais drôle et émouvant. Difficile de décrire cette histoire, alors que Carax enchaîne les séquences en décrivant les multiples formes que peut prendre le cinéma. Dans la limousine d’Oscar (impeccable Denis Lavant qui passe brillamment d’un rôle à un autre), on est heureux. Heureux de retrouver en grande forme un Leos Carax qui n’avait pas signé de long-métrage depuis 1999 avec un ovni, Pola X. Moteur !
Holy Motors de Leos Carax, avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes (FRA-ALL, 2012, 1h55), 19,99 euros (DVD) et 22,99 euros (blu-ray).

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De Rouille et d’Os

de Jacques Audiard

Antibes. Du Nord de la France à Antibes, l’histoire d’Ali et de son fils de 5 ans. Ali va croiser le chemin de Stéphanie, dresseuse d’orques à Marineland qui perd ses jambes après un accident. Révélé par Bullhead (2012) Matthias Schoenaerts est une fois de plus impressionnant. Marion Cotillard est irréprochable. Lorsqu’Ali accepte de participer à des combats clandestins et que son corps souffre, Stéphanie progresse enfin dans sa rééducation. Ces deux paumés, blessés par la vie, finissent par émouvoir sans qu’Audiard ne tombe dans le mélo facile.

De Rouille et d’Os de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Armand Verdure (BEL-FRA, 2012, 1h55), 16,99 euros (DVD) et 19,99 euros (blu-ray).

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Six feet under — Nos vies sans destin

de Tristan Garcia
Fascination. Docteur en philosophie et fan de cinéma et de séries télé, Tristan Garcia est un touche à tout qui vient de sortir un livre passionnant dans la « Série » des PUF. Un livre dans lequel il explique sa fascination pour l’excellente série signée Alan Ball, Six Feet Under, diffusée pour la première fois par la chaîne câblée américaine HBO de juin 2001 à août 2005. En 5 saisons et 63 épisodes, Garcia a été saisi par cette série qu’il qualifie d’« indie », véritable « écho télévisuel à des groupes tels que Joy Division, les Smith, House of Love, Felt ou Field Mice. » Une sacrée bonne série à redécouvrir, passée au filtre de Tristan Garcia.

Six feet under – Nos vies sans destin de Tristan Garcia (PUF), 164 pages, 12 euros.

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Toi

 

de Zoran Drvenkar
Puzzle. Chaque chapitre du nouveau thriller de Zoran Drvenkar est une pièce d’un énorme puzzle. Construit avec une alternance de points de vues, cet étonnant thriller raconte l’histoire d’un tueur en série qui s’en prend à cinq adolescentes qui ont eu le malheur de croiser sa route. Après Sorry (2010), Drvenkar revient avec un polar très convaincant bâti autour de personnages suffisamment complexes pour capter l’attention du lecteur. Comme d’habitude, le final est plus que surprenant. De l’Allemagne jusqu’en Norvège, impossible de se détacher de cette course poursuite.

Toi de Zoran Drvenkar (Sonatine), 450 pages, 22 euros (sortie le 25 octobre).

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Intégrale Wallander, 1, 2 et 3

d’Henning Mankell
Enfin. Voici enfin réunis l’intégrale des 9 enquêtes menées par le commissaire Kurt Wallander. Au total 3 840 pages de littérature scandinave signée Henning Mankell qu’il ne faut évidemment pas rater. D’abord parce qu’Henning Mankell a commencé la série des Wallander il y a 42 ans. Et qu’en 2010, avec L’homme inquiet, Mankell a décidé de passer à autre chose. Ensuite parce que les fans nostalgiques pourront donc se consoler avec cette intégrale. Surtout que Mankell vient aussi de publier La faille souterraine. Un ultime polar où il révèle les origines de Wallander.

Intégrale Wallander, 1, 2 et 3 d’Henning Mankell (Seuil), traduits par Philippe Bouquet, Anna Gibson et Christofer Bjurström, 3 840 pages, 25,40 euros le volume.

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23 prostituées

de Chester Brown
Autobiographique. Après une rupture sentimentale et trois ans sans sexe, Chester Brown décide de faire uniquement appel à des prostituées, pour laisser derrière lui ses illusions romantiques. D’où les 23 filles rencontrées entre 1999 et 2010, auprès desquelles l’auteur cherche une forme d’écoute et de réconfort. Originaire de Montréal (Canada), Brown est un auteur réputé de la BD indépendante qui n’hésite pas à se mettre en scène. Dans ce récit autobiographique, il milite en faveur de la libéralisation de la prostitution. A la fois drôle et cynique, cette BD met aussi en relief la détresse affective, l’individualisme et l’hypocrisie de nos sociétés modernes.

23 prostituées de Chester Brown (Cornélius), 288 pages, 25 euros.

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Cleveland

d’Harvey Pekar
Splendor. « Harvey Pekar est décédé en juillet 2010 à Cleveland. Il avait pris sa retraite en 2001, après avoir travaillé 35 ans dans le même hôpital de Cleveland. » Né en 1935, ce pionnier de l’autobiographie sous forme de BD, révélé par sa série American Splendor, il était aussi un ami de Robert Crumb. S’appuyant sur un ton désabusé pour raconter la monotonie de sa vie dans une Amérique en crise, Pekar a consacré sa dernière BD à sa ville, Cleveland. De sa création à son déclin économique, tout y est. Avec en prime quelques personnages d’American Splendor, comme Toby le Nerd ou la femme de Pekar, Joyce Brabner.

Cleveland d’Harvey Pekar, (Editions Ça et Là), 128 pages, 17 euros.

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Lescop

Lescop
Cold. « J’aime que la pop reste noire » a expliqué Mathieu Lescop aux médias qui se demandaient pourquoi il avait créé son propre label, Pop Noire. Le chanteur du groupe Asyl sort son premier album solo teinté de new-wave, de pop et de cold-wave. Mention spéciale pour La Forêt et ses riffs de guitare qui évoquent le Manchester de Ian Curtis. Produit par John (du duo John & Jehn), Lescop livre un disque sombre, tendu et nerveux, qui fait parfois penser à Etienne Daho, New Order ou Daniel Darc époque Taxi Girl. Echappé de l’Asyl, Lescop a aussi participé au prochain Indochine prévu pour mars 2013. D’ici là, on se régalera avec sa très élégante cold-wave.

Lescop, Lescop (Pop Noire, Casablanca, Universal), 14,99 euros.

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Lost Summer

Whitey
England. C’est un excellent album d’électro-pop qui nous arrive en provenance d’Angleterre. Après Canned Laughter (2010) et Great Shakes volume II (2012), Whitey est de retour. Nathan Joseph White est originaire de Londres. Difficile de résister aux basses monumentales qu’il balance, avec son électro à la fois dansante et noire. Notamment sur le très bon Brief and Bright. Alors qu’avec The Empty Man Whitey, tout en retenue, montre qu’il sait aussi faire preuve de sobriété. Mais le morceau à ne pas rater c’est bien sur le superbe single Lost Summer. L’été est fini mais on pense déjà très fort au prochain.

Lost Summer, Whitey (Bad Life), 11 euros (disponible sur : http://njwhitey.bandcamp.com/album/lost-summer-new-album).

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Beams

Matthew Dear
Crooner. Quatrième album pour le DJ et producteur américain Matthew Dear. Les plus vieux se souviendront de l’excellent Hands Up For Detroit (1999) et de son premier album solo Leave Luck to Heaven (2003). Ce fan déclaré de Kraftwerk et de Depeche Mode a donc vite craqué pour la techno de Detroit. Ce qui a contribué à façonner son univers sonore minimal et répétitif. Avec Beams, ce Texan s’est dit qu’il pouvait chanter. Sa merveilleuse voix de crooner fait le reste. Résultat, les 11 titres de son disque lorgnent du côté de Brian Eno et même de David Bowie. Bref, Matthew Dear est en perpétuelle mutation, loin de la « minimal techno » de ses débuts.

Beams, Matthew Dear (Ghostly International — La Baleine), 17,99 euros.