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Cultures Multiples

Article publié dans L’Obs’ n°132 (mai 2014)

 

CULTURE / Par Raphaël Brun

Cheap Thrills

de E. L. Katz

PIFFF. Lorsqu’on est endetté et au bout du rouleau, jusqu’où est-on capable d’aller pour s’en sortir ? C’est la question posée par E. L. Katz dans Cheap Thrills, un film à petit budget, tourné en une douzaine de jours et qui sort à Monaco et en France directement en vidéo. Les fans d’humour noir seront servis. Cette comédie amère et violente stigmatise les travers de notre société. En utilisant le mode du huis clos et en faisant appel à quatre comédiens qui portent le film avec succès, Cheap Thrills a remporté l’œil d’or 2013 au Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF).

Cheap Thrills de E. L. Katz avec Pat Healy, Ethan Embry, Sara Paxton (USA, 1h31, 2013), 14,99 euros (DVD), 19 euros (blu-ray en import uniquement).

Dallas Buyers Club

de Jean-Marc Vallée

30. Homophobe assumé et champion de rodéo, Ron Woodroof (Matthew McConaughey) est victime du sida. Il ne reste plus que 30 jours à vivre à ce Texan. On est en 1985 et cette histoire est vraie. Amaigri, Matthew McConaughey livre une performance de premier plan. Tout comme Jared Leto. Prêt à tout pour s’en sortir, Woodroof se lance dans la contrebande de médicaments et crée une association de malades déterminés à se faire soigner en dehors des circuits officiels, le Dallas Buyers Club. Si la rédemption de ce Texan est très prévisible, le jeu de Matthew McConaughey impressionne.

Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée, avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto (USA, 1h57, 2014), 19,99 euros (DVD uniquement), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 4 juin.

Drug War

de Johnnie To

Censure. Un inspecteur de police, un ponte de la drogue et un deal : des informations pour démanteler un réseau et échapper à la peine de mort. Le réalisateur et producteur hong-kongais Johnnie To a réalisé Drug War en 2012. Près de deux ans après, ce polar sombre arrive en blu-ray. Tourné en Chine, ce film n’a donc pas échappé à la censure du pouvoir. Pourtant, avec notamment quelques courses poursuites réussies, la violence n’est pas édulcorée. Ce qui n’empêche pas Johnnie To de parvenir à jouer sur l’ironie et l’humour noir pour signer un polar nerveux, servi par des acteurs très convaincants.

Drug War de Johnnie To, avec Louis Khoo, Honglei Sun, Yi Huang (CHI-HONGKONG, 1h51, 2012). 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 18 juin.

Only Lovers Left Alive

de Jim Jarmusch

Désabusé. Adam et Eve sont un couple de vampire très éduqués. A Tanger, Eve s’approvisionne en poches de sang, alors qu’Adam vit à Detroit. Ce dandy désabusé est aussi un musicien punk fatigué par la bassesse des zombies, c’est-à-dire les humains. Il pense même au suicide. Tilda Swinton et Tom Hiddleston manient l’humour à travers une culture accumulée depuis des siècles. Detroit, ville fantomatique et industrielle en décomposition magnifiquement filmée, symbolise la déchéance du capitalisme. Désenchanté et romantique, Only Lovers Left Alive célèbre avec élégance la beauté du passé. Superbe.

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska (ALL-GB-FRA-CHY, 2h03, 2014), 19,99 euros (DVD uniquement), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 25 juin.

A la porte du paradis — Cent ans de cinéma américain, 58 cinéastes

de Michael Henry Wilson

Sélection. Michael Henry Wilson fâchera sans doute celles et ceux qui n’y sont pas. Mais A la porte du paradis recense 58 cinéastes et raconte à travers cette sélection une histoire du cinéma américain. Ernst Lubitsch, F. W. Murnau, Buster Keaton, Joseph Mankiewicz, Stanley Kubrick… Difficile de critiquer cette sélection. Même si le cinéma fantastique et d’horreur est laissé de côté, ce qui écarte de fait des réalisateurs de talent, comme George A. Romero ou John Carpenter par exemple. Néanmoins, la somme de ces fiches reste un précieux document dans lequel on peut se plonger et replonger avec plaisir.

A la porte du paradis — Cent ans de cinéma américain, 58 cinéastes de Michael Henry Wilson (Armand Colin), 640 pages, 39 euros.

Screening Sex — Une histoire de la sexualité sur les écrans américains

de Linda Williams

Porn. On doit à Linda Williams des livres comme Hard Core (1989) ou Porn Studies (2004). Enseignante et chercheuse à l’université californienne de Berkeley, Linda Williams est l’une des premières à avoir questionné la pornographie sous un angle sociologique, politique et esthétique. Comment interagissent les corps montrés à l’écran et ceux des spectateurs ? Comment naissent les émotions et les désirs provoqués par les mouvements vus sur un écran ? On sait de Linda Williams qu’elle a fréquenté les cours du sémiologue Christian Metz. Il ne faut pas rater ce livre.

Screening Sex — Une histoire de la sexualité sur les écrans américains de Linda Williams, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raphaël Nieuwjaer et Pauline Soulat (Capricci), 264 pages, 20 euros.

Carnival City

de Rawi Hage

Barré. Bien sûr, on pense forcément au Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese. Car Carnival City raconte l’histoire d’un chauffeur de taxi, témoin du monde qui l’entoure, de jour comme de nuit. Prostituées, banquiers, dealers, touristes… Tous les jours Fly voit défiler des personnages plus ou moins étonnants. Fils d’une mère trapéziste et d’un père pilote de tapis volant, il grandit dans un cirque. Ce fan de littérature se transforme en justicier pas comme les autres : les coupables sont convaincus de lire de grands auteurs avec un calibre braqué sur eux. Après De Niro’s Game (2008), Rawi Hage est de retour, avec un livre barré et brillant.

Carnival City de Rawi Hage (Denoël), traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier, 352 pages, 21,50 euros.

L’Arabe du futur — Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

de Riad Sattouf

Autobiographique. Cet album est le premier d’une trilogie. L’occasion pour Riad Sattouf né d’un père syrien et d’une mère bretonne de raconter son parcours. D’abord à Tripoli (Lybie) où son père est professeur. Son père élève Riad en lui faisant l’apologie de tous les grands despotes et autres dictateurs du monde arabe. Jusque là très discret sur sa vie privée, le réalisateur de Jacky au royaume des filles (2013) se livre comme jamais. A la fois drôle, décalé et documenté, L’Arabe du futur est une BD intelligente dont on attend les deux prochains volumes avec impatience.

L’Arabe du futur — Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) de Riad Sattouf (Allary Editions), 184 pages, 20,90 euros.

Ermite

de Marijpol

Jeunesse. Après La roche au tambour (2013), Marijpol revient avec Ermite. Cette BD d’anticipation raconte l’histoire d’une société emportée par la vieillesse, dans laquelle les enfants sont devenus rares. Dans une forêt vit un ermite. Partagé par de forts conflits intérieurs, il travaille pour une entreprise de pompes funèbres. C’est alors qu’il rencontre un jeune garçon qui a fui ses parents. La vie de l’ermite est bouleversée. Marijpol dresse dans cette BD une critique de notre société et du culte voué à la jeunesse. Très élégant, l’utilisation du noir et blanc sert cet étonnant récit.

Ermite de Marijpol (Atrabile, collection Flegme), 216 pages, 23 euros. Sortie le 13 juin.

I Never Learn

Lykke Li

Mystique. Troisième album pour la jolie suédoise Lykke Li. Après les très bons Youth Novels (2008) et Wounded Rhymes (2011), I Never Learn sort dans les bacs en mai. Bien sûr, tout le monde se souvient du remix de son tube I Follow Rivers par le DJ belge The Magician en 2011. A 28 ans, Lykke Li reste pourtant une artiste discrète avec une image sombre et quasi-mystique. Il suffit d’écouter le superbe morceau I Never Learn ou le très dépressif No Rest For The Wicked et la magie opère. Cette artiste complète joue aussi dans le film Tommy (2014) de Tarik Saleh, qui a réalisé plusieurs de ses clips. Cinéma et musique, toujours : en 2013, elle a signé le titre I’M. Waiting Here avec David Lynch.

I Never Learn, Lykke Li (LL Recordings/Atlantic Records), 14,99 euros.

Dreams

Whomadewho

Machines. « So hungry for darkness » lance Jeppe Kjellberg, chanteur et guitariste des Whomadewho sur Hiding in Darkness, un titre imparable, taillé pour les clubs. Si Dreams est leur cinquième album, ce trio danois refuse de s’endormir en proposant une pop trop facile. Ce qui n’empêche pas Tomas Høffding, Jeppe Kjellberg et Tomas Badford d’offrir aussi du plaisir très immédiat avec l’hymne très dansant The Morning. Les guitares restent dominées par les machines, comme sur Indian Summer et son parfait changement de rythme en fin de morceau. Du coup, on ira voir Whomadewho à Paloma à Nîmes le 31 mai, dans le cadre du très éclectique festival This is Not a Love Song. « We’re sharing the darkness. » Quand c’est aussi bon, c’est gentil de partager.

Dreams, Whomadewho (Kompakt/Differ-ant), 18 euros.

Artificial Sweeteners

Fujiya & Miyagi

Insouciance. Fujiya & Miyagi vont faire exploser le dance floor avec Artificial Sweeteners. L’album s’ouvre avec Flaws, une invitation à l’insouciance et à la fête totale. Originaires de Brighton, Steve Lewis, David Best, Matt Hainsby et Lee Adams livrent un cinquième EP totalement electro. Personne ne s’en plaindra. Du vénéneux Daggers au sombre Vagaries of Fashion sublimé par la voix de David Best, Artificial Sweeteners s’impose dès la première écoute. Festif mais aussi quelque peu anxiogène, notamment sur le très bon Little Stabs At Happiness, cet album va tourner un peu partout cet été. Au total, 9 morceaux et 38 minutes très efficaces.

Artificial Sweeteners, Fujiya & Miyagi (Yep Roc/Differ-ant), 16,99 euros. Fujiya-miyagi.co.uk